A G E S. ALIÉNÉS DE 1832 |POUR 1,000. ALIÉNÉS DE 1852| POUR
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Les documents dela Prusse que nous venons de présenter sont encore peu nombreux et l'on peut dire peu complets. Malgré tous les soins des autorités pour constater le nombre des aliénés, on conçoit que le sentiment des familles tend le plus possible à soustraire ces pénibles aveux à la connaissance publique. Les particuliers, dans leurs recherches, n'ont guère été plus heureux que les gouvernements; on trouve d'ailleurs peu de personnes assez dévouées au bien public et dans des positions assez indépendantes, pour pouvoir faire des recherches pareilles dans l'étendue de tout un État.
Dans les pays où la levée de milice se fait par inscription et avec les motifs qui exemptent du service militaire, on pourrait, en y mettant les soins convenables, parvenir
à connaître d'une manière. plus complète l’état d'aliénation mentale et ses caractères. Les listes publiées ensuite, sans l'indication des noms des familles, pourraient spécifier d'une manière sûre le nombre des malheureux atteints par ce terrible fléau, en même temps que la nature du mal ; car il est de la plus grande importance de connaître si le mal a frappé accidentellement le malade et s'il y a espoir de guérison, ou si, provenant d'un dérangement organique, le fléau règne chez la victime dès sa naissance et sans qu'il y ait aucun espoir pour l'avenir.
Ce que nous disons de la folie s'applique également aux autres maladies ou aux lésions qui peuvent accabler l’homme et le rendre impropre au service militaire : ces infirmités exemptent du service dans les États bien constitués ; mais elles ne donnent pas toujours les garanties nécessaires pour être accueillies avec toute confiance : elles présentent ensuite l'inconvénient de n'être recueillies que pour un même âge et de ne pouvoir être obtenues que pour les hommes. Ce serait déjà un avantage immense de pouvoir contrôler, par cès aperçus, les documents que les administrations recueillent d'une autre part.
Les détails que peut désirer la statistique intellectuelle sont immenses et ne doivent pas se présenter aux yeux de l'ami de l'humanité sous les voiles mystérieux dont on a paru vouloir les couvrir. L'homme doit avoir la force nécessaire pour apprendre à connaître son état d'existence ici-bas et pour en apprécier toutes les conditions.
Il est une autre classe de phénomènes qui méritent une attention spéciale : nous avons eu déjà l'occasion d’en parler; ce sont les faits périodiques, surtout ceux qui dépendent du temps qu'emploie la terre à faire sa révolution autour du soleil. L'homme les connaît dans leur ensemble; il a su se faire aux plaisirs et aux peines que
lui imposent les saisons, particulièrement les chaleurs de l'été et les rigueurs de l'hiver. Mais le savant qui en apprécie les causes et qui sait que ces phénomènes dépendent de linclinaison de l'axe de notre terre sur le plan de l'écliptique, peut mieux se rendre compte de tous ses effets. Il voit cette obliquité diminuer lentement d'année en année: il a pu croire d'abord qu'un jour elle disparaîtrait complétement et que, par suite, les saisons cesseraient d’avoir leur cours. Mais les progrès de l'astronomie lui ont appris, depuis, que cette diminution de l’obliquité de l’écliptique aura ses limites, et que la terre reprendra sa position primitive. | ;
Si les alternatives de la période annuelle ont une action si puissante sur l'homme; si elles exercent, d'après les recherches statistiques, une influence marquée sur le nombre des naissances, des décès et sur tous les faits qui concernent l'humanité, son action est bien mieux marquée encore quand on considère les animaux et surtout les plantes.
Parmi les animaux, et particulièrement parmisles oiseaux, il en est qui reparaissent à certaines époques de l’année, selon les degrés de latitude et selon la température des climats. Ce dernier phénomène, qui les avait appelés, leur donne ensuite le signal du départ aux approches de l'hiver. Nous en dirons autant de ce peuple d'insectes qui s'attachent à nos forêts et aux plantes en général ; ils renaissent à des époques et à des températures marquées, ils choisissent chacun l'arbre qui leur convient ; ils offrent enfin aux naturalistes l’une de leurs études les plus attrayantes.
L'homme franchit, vers les pôles de notre globe, des limites que les plantes n'atteignent généralement pas, et où peu d'animaux réussissent à séjourner.
La période annuelle, de même que la période diurne, est donc de premier ordre et comprend, comme faits secondaires, une quantité de phénomènes que l’homme ne connaît encore quimparfaitement, mails au perfectionnement et à la découverte desquels il consacre toute son existence. Ces deux périodes. sont à peu près les seules connues par leurs effets, mais est-ce à dire qu'il n'en existe point d'autres qui méritent également notre attention ?
Le soleil, qui les cause, à un mouvement de rotation sur son axe ; il montre successivement ses différentes faces à notre terre, et sa rotation complète s'achève dans l’espace de vingt-cinq à vingt-six jours. Mais connaissons-nous les effets que produit ce mouvement? Les astronomes seuls les ont aperçus par le déplacement des taches qui naissent de temps en temps à sa surface. Ces taches exercent-elles une action? ou bien telle face du soleil, abstraction faite des taches, produit-elle des phénomènes qui lui soient particuliers? Ces effets périodiques sont encore généralement inconnus : on en soupçonne les causes, mais il faudrait des études plus approfondies pour les admettre entièrement. William Herschel supposait que la présence des taches indiquait des jours plus chauds : mais la science manque encore de notions suffisantes de ce côté, malgré les observations du célèbre astronome anglais.
Nous sommes également dépourvus de notions positives sur le mouvement de translation que semble avoir le soleil dans l’espace, en entraînant, dans son cortége, tous les satellites qui l'entourent : nos connaissances sont donc insuffisantes sur les phénomènes périodiques que peuvent produire, par rapport à nous, ses mouvements de translation et de rotation.
Si, après le soleil, nous considérons les attractions qu'exerce sur notre globe l'astre qui l'avoisine le plus,
nous trouverons quelques faits reconnus par la science, et particulièrement le phénomène des marées, qui est trop prononcé et trop influent pour que les causes et les effets aient pu nous échapper : on a reconnu même que la lune, à cause de sa proximité de notre terre, est beaucoup plus influente que le soleil dans la production des marées, dont on à calculé les retours et les hauteurs.
On a supposé également que l'influence lunaire peut s'exercer sur quelques phénomènes physiologiques, et particulièrement chez les femmes; cette action cependant est restée problématique; elle a même été rejetée par la science.
Les effets produits par la lune, quoiqu’on aït souvent parlé de leur influence, ont généralement peu exercé les investigations des savants ; on doit cependant excepter le phénomène des marées dont nous venons de parler. On ne peut surtout ignorer les secours que donnent, aux navigateurs, les phases lunaires qui se reproduisent pendant le cours d'un mois périodique, ainsi que les autres phénomènes astronomiques qui en dépendent.
On sait, d'une autre part, que les corps célestes, en opérant leur révolution autour du soleil, éprouvent, autant qu'on à pu en juger, une rotation autour de leur axe. Cette rotation s'exécute dans l'intervalle d'un jour à peu près pour les corps qui sont, avec notre terre, dans le voisinage du soleil; tandis que, pour les grandes planètes, plus éloignées, telles que Jupiter et Saturne, la rotation est beaucoup plus rapide, et s’accomplit dans l'espace de dix heures, malgré leur volume considérable.
Les mouvements de ces corps, si intéressants par rapport à notre terre, n'ont rien fait connaître de spécial sur leur mode d'action, qui, du reste, à l'exception des forces attractives, semble être à peu près nul à notre égard.
On a pu supposer. une action sensible aux comêtes qui souvent passént dans notre voisinage; mais rien de positif n’a été reconnu à ce sujet. D'ailleurs les comètes, à quelques exceptions près, offrent des phénomènes qui ne pourraient donner lieu à une périodicité, puisque, après un premier passage, elles ne doivent généralement plus agir sur notre système solaire.
On à remarqué d'une autre part que les aérolithes, et, particulièrement, que les étoiles filantes, supposées ou étrangères à notre globe, ou formées dans notre atmosphère, ont des retours périodiques, surtout pendant les grandes apparitions. De semblables phénomènes sont en effet très-probables, surtout si l’on consulte les apparitions périodiques du mois d'août, et celles du mois de novembre. Ce phénomène, étudié avec plus d'attention dans ces derniers temps, n'est cependant pas encore assez connu pour qu'on puisse en présenter une explication complète.
Si nous ramenons nos regards vers la terre, et si nous les arrétons sur l'atmosphère qui lui sert d’enveloppe, nous jugerons quil est impossible que cette masse mobile ne prenne une part spéciale aux phénomènes annuels et diurnes que produit le soleil pendant le cours d’une année ou d'un jour.
Mais il est essentiel, avant tout, de connaître quelle est la hauteur de cette enveloppe gazeuse dans laquelle nous vivons. Les opinions admises sont encore partagées à cet égard : on ne lui attribue généralement que seize à vingt lieues ; mais plusieurs physiciens, dans ces derniers temps,
lui ont supposé une hauteur trois à quatre fois plus grande, en se basant sur l'apparition de phénomènes qui seraient inexplicables sans une hauteur semblable (1). Quoi
(1) J'avais émis cette opinion dans mon ouvrage sur la Physique du
qu'il en soit, on comprendra combien les phénomènes atmosphériques peuvent présenter de dificultés dans ce qui concerne leur explication.
La météorologie comprend tous les phénomènes qui se manifestent dans les couches inférieures de l'atmosphère, ou, si l'on veut, dans l'atmosphère entière, par les variations de température des jours et des nuits; car les idées sont encore fort partagées à cet égard. La majeure partie des physiciens supposent, en effet, que les mouvements périodiques de la couche d'air se manifestent dans toute son étendue, depuis la surface de la terre jusqu'à la partie la plus élevée; les autres, au contraire, croient que, dans nos climats, ces variations ne s'étendent pas d'une manière sensible au delà de certaines limites; que l'échauffement et le retournement continuel des couches ne se propagent guère au delà de six à huit lieues de hauteur en été, et de la moitié de cette élévation en hiver. Toute la partie supérieure de l'atmosphère se trouverait donc dans un état relativement immobile jusqu'à ses dernières limites. C'est aux époques des solstices surtout que la couche mobile subirait des changements assez sensibles. Le passage brusque d'une partie atmosphérique du nord vers le sud, et réciproquement, selon la saison, produirait ces coups de vent et ces bourrasques bien connus des observateurs.
Les phénomènes météorologiques qui concernent la densité de l'air, la température, l'humidité, les vents, l'électricité, le magnétisme et toutes les propriétés de à atmosphère doivent donc subir des variations, soit diurnes,
globe, pages 314 et suivantes, in-4°, 1861, et plusieurs savants des plus distingués, parmi lesquels je citerai sir John Herschel, Haidinger, H.-A. Newton, De la Rive, Le Verrier, Hansteen, etc., avaient bien voulu me permettre de m'appuyer de leur opinion.
M. Laugier et quelques autres physiciens ont également soutenu des opinions semblables.
soit annuelles, dont il importe de tenir compte. Ces périodes cependant ne sont pas entièrement limitées par la longueur du jour ou de l’année; elles ne dépendent pas uniquement du soleil; la période lunaire produit aussi son effet, et l’on connaît son action mensuelle et diurne, surtout en ce qui concerne les marées.
Les effets produits par la lune sur notre atmosphère ont été, malgré leur importance, trop peu étudiés, sous le rapport météorologique, pour qu'on puisse bien les apprécier ; quant aux planètes et aux comètes, leur action a été jugée généralement trop faible pour qu’on ait cru devoir la prendre en considération.
Il n'en est pas tout à fait de même des étoiles filantes ; on ne pourrait guère, par exemple, s’énoncer sur la nature de celles qui se montrent, chaque jour, en nombre plus ou moins grand dans l'atmosphère ; mais on a pu en reconnaître qui se reproduisent périodiquement, à certaines époques de l’année, comme le 10 ou le 11 août, et le 15 ou le 16 novembre. Leur multiplicité, en des circonstances pareilles, et leur direction à peu près uniforme ont fait supposer une cause spéciale d'existence et d'origine : on les a considérées comme formant un phénomène périodique qui se reproduit à la même époque. Généralement, ces étoiles filantes, d’après les opinions reçues, circulent dans l'espace et viennent se jeter dans notre atmosphère, où elles s'éteignent sans qu'on ait jamais réussi, malgré leur grand nombre, à en saisir une seule et à reconnaître la substance.
Ceux qui attribuent une hauteur plus grande à cette région aérienne, ou plutôt qui supposent, comme nous, que, par-dessus l'atmosphère dans laquelle nous vivons, il s'en trouve une autre de nature différente, infiniment rare et trois à quatre fois plus élevée, supposent que les
étoiles filantes se montrent en y pénétrant, et s'éteignent après l'avoir traversée. D'une autre part, c'est aussi vers la partie servant de limite à ces deux atmosphères que se forment, d'après eux, les aurores boréales qui présentent une périodicité surtout vers les équinoxes.
.. En opérant à travers l'atmosphère, l'électricité de l'air produit sur la surface du globe, pendant le jour et la nuit, des actions statiques marquées qui ont été étudiées dans ces derniers temps. Les différences sont extrêmement prononcées selon les saisons : pendant les mois de décembre et de janvier, l'électricité statique, à une heure après midi, est, à Bruxelles, dix à douze fois plus forte que pendant les mois d'été. Ces observations demandent beaucoup de précautions, et, pour conditions essentielles, elles doivent être faites dans un lieu où l'instrument ne puisse être influencé par aucun bâtiment voisin ni par aucun corps plus élevé (1). L'électricité en agissant sur les nuages change parfois totalement leur état normal et produit des orages, surtout vers les époques des équinoxes.
(1) Ces recherches sont faites réguliérement, chaque jour, sur une des tourelles de l'observatoire de Bruxelles, à l’heure de midi et avec l’électromètre de Peltier (voyez la Physique du globe, page 81). C’est, je crois, la plus longue série d'observations qui ait été faite : elle a commencé en 1844 et continue encore chaque jour, indépendamment des recherches supplémentaires que l’on prend en temps d'orage. Des travaux semblables ont été faits à Munich par M. Lamont, et à Kew, en Angleterre, par M Ronalds : les maxima et minima annuels de ces différents lieux arrivent aux mêmes époques, mais avec des valeurs différentes. M. Duprez, pour éclaircir cette question, a bien voulu faire, à ma prière, des observations chaque jour, à la même heure, de 1855 à 1865, sur le toit de sa demeure, à Gand, où il se trouve un peu dominé par une élévation voisine. Cet obstacle lui donne des valeurs absolues trois à quatre fois moindres que les miennes : mais les valeurs relatives sont identiques et donnent les mêmes variations diurnes et annuelles de l’électromètre qui sont aussi clairement mises en évidence que les variations correspondantes du thermomètre. Ces mêmes observations ont été multipliées depuis sur différents points du globe et dans des stations très importantes.
On est loin de connaître complétement les lois de l'électricité statique et celles de l'électricité dynamique de la terre, bien que, jusqu'à ce jour, des expériences nombreuses aient été faites à ce sujet.
On doit à M. Hansteen, directeur de l'observatoire de Christiania, des calculs précieux sur la durée de la longue période magnétique qui sépare progressivement la plus grande de la plus petite déclinaison de l'aiguille. Quelle est la durée d'une période semblable, et quelles sont les circonstances qui peuvent lui donner naissance ? Je n’en don- nerai qu'un exemple : à Bruxelles, la déclinaison a passé par son état maximum vers 1814; elle était alors positive et de vingt-deux degrés et demi. Elle diminue maintenant, et, selon le physicien norwégien, elle sera nulle en 1927 ; l'aiguille alors passera de l’autre côté du méridien, pour atteindre sa plus grande excürsion négative vers l'est ; elle reviendra ensuite vers l’ouest, et dépassera encore le méridien pour redevenir positive. Toute la période sera parcourue en plus de quatre cent cinquante ans : J'ai trouvé, de mon côté, une période un peu plus longue. Quelle est la cause de ce changement? À quoi faut-il l’attribuer? Peut-on penser que la surface solidifiée du globe ait un mouvement diurne différent de la partie intérieure probablement encore liquide, et que cette différence de révolution des temps produit la différence d'action? Cette dissimilitude pourrait exister lors même que la partie solide ne serait pas encore complétement disjointe de la partie intérieure ; cest entre elles deux que se formeraient les vapeurs et les laves qui se répandent de temps en temps pendant les éruptions volcaniques (1). Nous n'insisterons (1) Ily a vingt ans à peu près, pendant qu'avec M. Bravais (Lettres sur
La théorie des probabilités, par A. Quetelet, pages 412 et suivantes) je m'occupais du problème des éruptions volcaniques, nos idées étaient entière-
pas à cet égard; nos études sont trop peu avancées pour qu'on puisse exprimer une opinion fondée.
Notre globe paraît avoir trois espèces de mouvements : indépendamment de la rotation de la partie solide sur laquelle nous nous trouvons, la partie plus ou moins liquide de l'intérieur, qui en est détachée, ferait sa révolution dans un temps un peu moins long; de manière que la concordance se rétablirait après quatre siècles et demi environ. On verrait alors les mêmes phénomènes magnétiques, qui n'ont pas sensiblement changé dans la partie interne du globe, recommencer les mêmes mouvements par rapport à la partie solide sur laquelle nous nous trouvons. De plus, la partie supérieure de l'atmosphère, disjointe déjà de la partie inférieure, qui est échauffée par la réflexion des rayons solaires, aurait aussi sa rotation particulière quine serait pasla même que celle de la partie solide.
Ces différents mouvements n'ont rien d’extraordinaire : nous les voyons se produire de la même manière sur la planète Saturne, qui a une révolution indépendante de celle des deux anneaux qui l'entourent. Ces anneaux, indépendants l'un de l’autre, ont aussi chacun un mouvement particulier qu’on est parvenu à reconnaître.
D'après M. Hansteen, les aurores boréales auraient, de leur côté, une périodicité qui mérite une attention spéciale; et, de plus, elles se montreraient en nombre plus ou moins grand pendant le cours d’une année (1).
ment tournées vers le double mouvement de rotation de la partie extérieure solide et de la partie intérieure encore liquide de la terre, qui nous semblaient ne pas devoir être de même durée. Nos relations à cet égard n'avaient rien de confidentiel, et M. Alexis Perrey, qui partageait nos idées, a bien voulu m'en parler encore dans ces derniers temps. Sans la maladie opiniâtre de mon savant ami, dont la science déplore la perte récente, je l'aurais engagé à continuer ce sujet intéressant de recherches, que ses connaissances étendues pouvaient embrasser d'une manière si complète.
(1) Mémoires de l'Académie royale de Belgique, t. XX, p. 118, an. 1847.
La rapidité de l'électricité à la surface de la terre est immense; on varie cependant beaucoup d'opinion à cet égard : pour des espaces même assez grands, on peut regarder sa marche comme à peu près instantanée. C'est sur cette belle propriété que sont fondés les télégraphes
électriques, qui ont tant excité l'admiration du public dans ces derniers temps.
Les phénomènes annuels et diurnes de la météorologie et de la physique du globe n'exercent pas leur influence seulement à la surface de la terre : les variations de température subsistent encore à l'intérieur du sol, et même elles s’y transmettent plus régulièrement qu'à la surface, car les petites variations accidentelles y disparaissent complétement pour laisser prédominer les faits généraux. Ainsi dans nos climats, à la surface du sol, les températures de janvier et de juillet diffèrent,en moyenne, de 16 degrés centigrades ; à un mèêtre de profondeur, la différence pour ces deux mois extrêmes est de 9 1/2 degrés; et, à 7°,80, elle n'est plus que de 1 degré 1/2 environ : c’est-à-dire qu'elle est à peu près sur le point de s'éteindre. D'une autre part, les dates de ces extrêmes ne sont plus janvier et Juillet, mais juin et décembre, c’est-à-dire que le minimum et le maximum ont employé cinq mois à se transmettre jusqu à cette profondeur. Ce n'est qu'en descendant de vingt mètres environ et après une année entière que la température redevient à peu près uniforme à toutes les époques.
La variation diurne du thermomètre ne se fait pas sentir à des profondeurs aussi grandes. Le célèbre physicien Fourier, qui à traité admirablement cette branche des sciences, a fait voir que les profondeurs où les variations thermométriques cessent d'agir, sont entre elles comme les racines carrées des nombres qui représentent les durées des périodes de ces variations, et par conséquent
comme VI ést à V”365, ou comme 1 est à 19 environ. La période diurne n'éxerce donc pas d'effet sensible audessous de 1 mètre. C'est ce que l'expérience confirme en effet (1).
Mais ce qui mérite surtout notre attention, c'est le curieux développement des plantes. Pour quelqués régions, le phénomène de la végétation se fait d'une manière continue pendant tout le cours de l’année; ën se rapprochant des pôles, on rencontre des pays, et le nôtre est de ce nombre, où la végétätion est arrêtée pendant une partie de ce temps. Plus on s’avancé vers les pôles, où $e trouvent les régions dans lesquelles aucune plante ne peut croître ni subsister en plein air, plus la durée de leur sommeil augmente. Ce qui est merveilleux, c’est que toutes les plantes ont respectivement leur instant de croissance, de développement des feuilles et des fleurs, ainsi que de production des fruits, qui sont en rapport avec la température de chaque climat. Il est des plantes qui ne fleurissent point däns nos régions, faute d'une température suffisante ; d'autres y viennent avéc abondance et s'arrêtent sur une lignée dé démarcation plus ou moins rapprochée du pôle. Cetté limite est invariablement fixée à la surface de la terre, comme l’ä très-bien indiqué l'illustre de Humboldt : chaque espèce de plantes à sa courbe qu'elle ne franchit point. Dans notre climat, par exemple, nous dépassons la frontière où müûrit la vigne, et où les raisins ont encore la force nécessaire pour produire un vin potable; à mesure qu'on se rapproche des pôtes ou qu'on s'élève sur les montagnes, les fleurs diminuent en même temps que les degrés dé température : ainsi les sommets
(1) On peut voir dans les Mémoires de l’Académie royale de Belgique, tomes X et XIII, deux mémoires que M. Quetelet a publiés à ce sujet, 1837 et 1840; voyez aussi la Physique du globe, par le même, p. 69'et suiv., 1861.
des Alpes sont à peu près dans le même état que des plaines situées dans les régions boréales. Cet admirable spectacle de la végétation offre un des phénomènes les plus frappants et les plus séduisants pour l'homme dont le cœur s'ouvre aux merveilles de la nature.
Ce ne sont pas seulement les variations annuelles du règne végétal qui doivent nous occuper, les changements diurnes méritent aussi notre attention : 1l est des plantes qui s'ouvrent à diverses heures du jour, ou qui ferment le calice de leurs fleurs, selon l'heure plus ou moins avancée et le degré d'éclairement du soleil. Cet astre, en effet, semble être leur protecteur et l'agent principal de leur vie : les fleurs paraissent ne s'ouvrir qu à regret quand elles sont privées de sa douce influence, et les fruits avortent ou n'acquièrent point de saveur.
Cet admirable concert des plantes est animé par une quantité innombrable d'animaux de toute espèce. Au retour du printemps, les papillons, les scarabées, les pucerons, les oiseaux animent la verdure qui leur sert d'asile : il semble que chaque espèce de plantes porte ses habitants particuliers. La vie est tour à tour en pleine activité à la surface boréale et à la surface australe de notre globe.
Pour la plupart de ces animaux, la période est annuelle : ils s'éveillent avec les beaux jours, vivent au milieu des bienfaits que leur présentent les plantes, et ils s'éteignent successivement, en laissant les germes destinés à former la génération suivante.
Quelques-uns de ces insectes ont une période plus courte; les éphémères, par exemple, limitent leur durée à l'espace d'un jour : tous semblent également reconnaître cette période diurne. Le lever du soleil, au milieu des merveilles que cet instant fait naître, doit frapper d'un charme toujours nouveau l'ami de la nature. L'activité qui
anime les plantes et les animaux divers forme un spectacle séduisant qui se renouvelle sans cesse. Chaque heure du jour a ses charmes pour qui sait les apprécier ; et le coucher du soleil, bien que l’astre se rapproche de l'horizon opposé à celui où il se trouvait le matin, offre un tableau tout à fait différent, et répand dans l’âme des sentiments d'une tout autre nature.
Que dire du spectacle que présente l’homme et de l'influence qu'exerce sur son être le retour des saisons ou même la courte durée du jour, qui réveille successivement toute son organisation? On le voit, pour ainsi dire, renaître à chaque retour annuel : en lui se renouvellent aussi les mêmes besoins instinctifs, les mêmes phénomènes du moral et de l'intelligence; on les voit se développer dans le même ordre,atteindre au même maximum dans le cours de son existence, maximum plus ou moins reculé, selon la nature du phénomène. Pour les facultés de l’intelligence, par exemple, les nuances sont admirablement observées : les travaux qui exigent plus spécialement la force de l'imagination, tels que les produits des beaux-arts, les grands ouvrages tragiques ou les découvertes mathématiques, naissent vers l’âge de dix-huit à vingt ans. C'est alors que, livré à toute la fougue de son imagination, l'homme en montre toute la puissance, On le voit atteindre ensuite à son point le plus élevé entre trente et quarante ans ; et souvent sa carrière est entièrement terminée avant que la période s'achève. Aïnsi, nous citerons Raphaël, Mozart, Weber, Pascal et tant d'autres, qui n'ont point franchi ce degré fatal. C'est alors que commencent plus particulièrement les ouvrages de raisonnement et de philosophie, qui exigent, soit dans les arts, soit dans les lettres ou les sciences, des combinaisons profondes et des études sérieuses que le temps seul peut donner à l’homme : ce
sont ces études austères qui occupent alors ses travaux et qui couronnent ses derniers instants. |
Ce que nous disons de l'homme peut se remarquer encore au sujet des villes les plus importantes de l'antiquité, et même des peuples les plus illustres qu'on ait vus sur la scène du monde. Les villes comme les nations peuvent avoir en effet une existence complète : on les voit naître, et commencer à s'agrandir et à se forüfier, en donnant la plus grande part à leur activité et souvent au besoin de la guerre. Ses premiers instincts une fois satisfaits, le peuple tourne ses regards vers l'intérieur ; c'est alors qu'il donne à ses plus nobles qualités l'élan le plus rapide. Le moral s'y établit sur des bases plus fermes ; les beaux-arts, les lettres et les sciences fixent aussi son attention et semblent annoncer que bientôt ce même peuple, arrivé à sa complète maturité, aura terminé son existence, ou qu'il commencera une existence nouvelle, en modifiant entièrement son organisation première.
L'existence la plus longue de l'homme atteint, au plus, un siècle; pour une ville ou pour un peuple, elle ne dépasse guère huit à dix fois cette durée. Les républiques de la Grèce, l’ancienne Rome, Venise, et tous les centres principaux de la puissance et de la civilisation n'ont pas dépassé ce terme. Rome, il est vrai, a pris ensuite une autre existence sous l'ère chrétienne; elle a recommencé en quelque sorte sa vie politique et religieuse; elle s’est créé une langue nouvelle ; elle a changé complétement ses habitudes, sa religion et ses mœurs. Elle a étendu une seconde fois son empire sur toute l'Europe : elle n’a pas brillé seulement par sa puissance, il est arrivé un instant où elle a dominé le monde entier comme siége de la religion ; puis elle s'est soutenue à cette hauteur par sa politique, par ses grands artistes, par ses savants et par le luxe et
la splendeur qu'elle répandait sur tout ce qui l'entouralt.
Les autres États de l’Europe ont eu également une puissance qui révélait une existence spéciale ; ils ont pris en général une langue et une constitution particulières. Peutêtre un changement tend-il à s'introduire aujourd'hui dans les mœurs et les habitudes? Le siècle actuel semble avoir rompu avec le passé; les dynasties se trouvent déplacées ; les besoins, les travaux ont complétement changé. Nous ne pouvons plus même assimiler nos mœurs à ce qu’elles étaient il y a deux à trois siècles. La modification, il est vrai, se fait moins sentir chez un peuple que chez un autre; mais à l’homme du moyen âge a succédé un homme nouveau, qui peut encore en conserver les souvenirs, comme nous avons conservé ceux des Grecs et des Romains ; mais, quoique rapprochés de nous, ces souvenirs semblent déjà ne plus exercer leur ancien empire. Qui pourrait âujourdhui, par exemple, comparer le peuple italien à ce qu'il était du temps de Léon X, ou le peuple français à celui du siècle de Louis XI.
La période qui limite l'existence d'un peuple est extrêmement remarquable : elle mérite, comme la vie de l’homme, toute l'attention du penseur. On reconnaît que les changements sont dus au renouvellement du cercle des idées; on comprend les progrès de chaque peuple ; on voit ce qui le distingue à chaque âge ; mais ce qui annonce le mieux la modification qu'il va subir, c’est l’état plus approfondi des sciences et des lettres. Cet instant le plus brillant desa vie a quelque chose de solennel, car il est décisif; et si le peuple n'est pas assez fort pour le franchir avec dignité, il touche .à sa fin prochaine. C’est une crise dangereuse : il faut savoir en sortir plus fort et plus brillant, ou bien y laisser sa nationalité et son existence.
À plusieurs égards, la vie des peuples.tient à la classe des phénomènes périodiques. Malgré le peu de recherches faites à ce sujet, on.en reconnaît assez bien la durée; on peut établir les différentes phases de la période et en déterminer l'énergie. Nous ne parlons ici, bien entendu, que des réunions d'hommes qui forment véritablement un peuple; .et, en pareil cas, il faut bien moins consulter leur grandeur et leur puissance momentanée que l'ensemble des phénomènes qui révèlent la communauté de leur exis- -tence.et de leurs pensées.
Le désir de suivre le développement de ces idées dans tout ce qui.nous entoure, ma porté, depuis longtemps, à étudier les principaux phénomènes périodiques de la nature. Il est intéressant de voir les traces d'une étude semblable ; et peut-être, si mes résultats offrent quelque intérêt, y trouvera-t-on des motifs pour coordonner et étudier les phénomènes périodiques sous une forme plus étendue qu'on ne le fait habituellement.
Il pourra paraître étrange, au premier abord, de rassembler des faits appartenant à des sciences si différentes par leur objet et par les études qu'elles exigent. On verra avec quelque étonnement, par exemple, la science des astres prendre place à côté de celles qui concernent notre terre et surtout les phénomènes qui se rapportent à l'homme. La différence doit en effet paraître immense, mais elle provient en général de l'habitude où l'on est de s’isoler dans la création et de croire que les lois régulières de la nature ne peuvent rien sur nous, ou que l'Être suprême qui à créé ce qui nous entoure à été insuffisant pour coordonner ce qui tient à notre espèce. Nous possédons certainement des qualités qui nous distinguent, mais ces qualités intellectuelles ne nous exemptent pas d'être sujets aux lois physiques qui règlent la nature :
dans bien des circonstances, au contraire, elles semblent nous en rapprocher avec plus de force.
Cette étude immense, je n'ai pas craint de l'entreprendre à un âge qui me permettait peu d'en prévoir les difficultés. Pendant plus d'un demi-siècle, j'ai eu la constance de poursuivre activement les travaux qu'elle exige, en aidant à former, dans les différents pays, des associations qui pussent m'en faciliter les moyens. Si je n'ai pas atteint complétement mon but, j'ai montré du moins les avantages qu'on peut tirer de travaux entrepris en commun par des observateurs zélés, soit pour les études météorologiques qui aujourd'hui ont pris tant de développement, soit pour les époques naturelles des plantes et des animaux, soit plus spécialement pour les recherches qui concernent le développement de l'homme.