‹ Physicale socialeChapitre 92 sur 151 · LA: ARR ER · texte numérisé non relu

LA: ARR ER

Pen e, LR 75 220 36,026 | 11,958 3,01 62 Dordogne . . . 64 149 36,256 | 15,573 2,33 76 AUDE 4 0 53 123 37,844 | 12,615 2,96 50 Haute-Marne . . 32 94 38,254 | 13,023 2,93 46 Indre-et-Loire. . 37 151 99,21401"44,075 3,54 79 Charente . . . #5 92 39,295 | 19,220 2,05 60 Haute-Loire. . .. 36 35 39,677 | 40,810 0,97 75 JAN 11), AMEN 35 124 40,757 | 11,504 3,54 91 Pas-de-Calais . . 76 568 41,751 5,660 7,38 65 Basses-Pyrénées . 47 142 43,880 | 14,524 5,02 73 Hé au Un, 35 91 43,943 | 16,901 2,60 70 Corrére si ru". 32 56 44,513 | 25,430 1,75 77 DERP SR ETUne 48 183 45,248 | 11,868 3,81 66 Seine-et-Marne. . 35 167 45,459 9,527 4,77 58 Maine-et-Loire, . 50 197 45,867 | 11,641 3,94 81 Haute-Vienne . . 30 120 46,058 | 11,515 4,00 79 Hautes-Pyrénées . 24 64 46,265 17,549 2,67 : 71 Eure-et-Loir . . 50 231 46,592 6,043 7,70 63 AREAS ie ER 36 84 47,448 | 20,335 2,53 60 Deux-Sèvres . . 30 124 48,043 | 11,623 4,13 61 Charente-Inférieure 44 257 48,199 8,252 5,84 66 Meurthe: 1.1, 52 249 48,788 | 10,189 4,79 42 DA Mes 45 177 49,613 | 12,614 3,93 87 Haute-Garonne. . mi 190 49,636 | 10,711 4,63 71 Haute-Saône . . 33 134 49,643 | 12,225 4,06 43 Mayenne. . . . 39 146 50,591 | 12,128 4,17 82

Morbihan . . . 4 183 52,129 | 11,679 4,46 78

CONDAMNÉS PARA PÈRES ACCUSÉS DÉPARTEMENTS POUR CNRS À CONDAMNÉ POUR CRIME LES |\g RUE ee | — PPROPRIÉTES | KLIRE POURACRIME| je FRANCAIS. CONTRE CONTRE CONTRE CONTRE coNTRE | MN ÉCRIRE ? LES PERSON-|LES PROPRIÉ-ÎLES PERSON- |LES PROPRIÉ- NES. TÉS. NES, TÉS,

LES ses PERSONNES. 400 ACCUSÉS.

Cantal 4 hi. 52,403 | 17,468 Loir-et-Cher . . 92,424 8,122 Note PLU 52,893 8,783 Loire UE 99,252 | 18,063 Côte-d'Or . . . : 55,992 | 11,599 Nibrre SOU: 96,620 | 12,467 Saône-et-Loire . 57,508 | 15,350 Vendée .+ . . 57,648 | 15,228 Lot-et-Garonne . 08,084 | 15,181 Melse ROC. 58,911 | 14,588 Yonne. 0: We 58,986 | 12,219 Chefs SN. 59,188 | 12,683 Finistère. . . . 59,863 9,977 Manche : . 42, 59,922 | 12,575 Tarn-et-Garonne . . 60,597 | 13,572 Côtes-du-Nord. . 61,881 9,960 Gironde". 6%. 65,628 | 12,999 Aisne. MN. 67,995 9,451 OISE CANON, 83,723 | 11,814 Somme :1 20h. 84,884 | 10,239 Ardennes . . . 93,875 | 15,506 Indeés "meet 99,012 | 12,377 Grense ii Re O 240,777 | 51,617

Aux documents précédents, je joindrai ceux qui concernent l'ancien royaume des Pays-Bas (1) et le duché du

(1) Les nombres pour les Pays-Bas embrassent les deux années 1826 et 1827, et, pour le duché du Bas-Rhin, les années 1822 à 1826, d’après la

Bas-Rhin, où le code français est encore suivi, et permet d'établir des comparaisons.

PROVINCES. CRIMES He |‘cowrRe nt (PAYS-BAS A fs 4 éLÈvE RS EE EE .

NES. TÉS, NES. ne PERSONNE. COLES.

ES Brabant méridional 61 16,336 0,992 2,75 13 Flandre orientale . 82 154 17,100 9,104 1,88 14 Limbourg. . . . 32 120 20,384: 5,436 3,75 15 Over-Yssel . . . 16 42 20,385 7,766 2,62 7 Brabant septentr. . 30 : 66 22,031 10,014 2,20 9 DOVErS. an 0 29 113 29,562 5,800 3,90 12 GroningueetDrenthe 18 98 23,611 4,296 5,44 7 : TETE 26 82 25,107 7,961 3,15 45 Flandre occidentale 46 142 25,222 8,171 3,09 15 Namur. . . . . 14 | 66 À 27,455 | 5,849 À 4,71 9 Gueldre :. . . . 21 114 27,633 5,090 2,20 9 Hollande méridion. 28 216 32,000 4,148 7,71 11 Hollande septen- | trionale et Utrecht 28 263 37,560 4,000 9,42 10 Luxembourg. . . 14 47 42,208 | 12,572 3,34 8 Hainautsre 21 76 52,712 | 14,565 3,62 10 Zehinde ere 5 86 53,450 3,108 17,20 10 TE TROT UE 3 103 À 132,248 9,852 94,33 8 Pays-Bas . . . .| 474 1,956 25,747 6,239 4,15 10 Pays-Bas (crimes) . 424 1,691 28,782 7,217 4,00 10 Ducué ou Bas-Ruin. 396 994 33,784 | 10,060 3,96 13 Frans ei 217,160 20,308 21,648 7,632 2,84 27

Revue encyclopédique pour le mois d'août 1830. Comme ce dernier recueil faisait connaître le nombre des crimes et non des condamnés, j'ai cru devoir aussi donner le nombre des crimes pour la France et les Pays-Bas, afin de rendre les résultats comparables.

Comme :l serait très-dificile de se former une idée de l'ensemble des résultats contenus dans les tableaux précédents, et quil serait même impossible de les embrasser d'un même coup d'œil, j'ai cherché à les rendre sensibles par des teintes plus ou moins foncées, appliquées sur une carte de France et des Pays-Bas, selon les nombres plus ou moins grand des crimes contre les personnes ou contre les propriétés relativement à la population. (Voyez planche cijointe.) L'une des cartes figuratives se rapporte aux crimes contre les personnes ; elle nous montre d'abord, par l’obscurité de ses teintes, que le plus grand nombre des crimes sont commis dans la Corse, dans le midi de la France et particulièrement dans le Languedoc et la Provence, ainsi que dans l'Alsace et dans le bassin de la Seine. La partie méridionale des Pays-Bas, à l'exception du Hainaut et du Luxembourg, présente aussi des teintes assez sombres ; il convient cependant d'observer que les teintes sont peutêtre plus obscures qu'elles ne devraient l'être, si l’on considère qu'elles représentent le nombre des condamnés, et qu'en général la répression a été, dans les Pays-Bas, beaucoup plus forte qu'en France, puisque l'on ne condamnait dans ce dernier pays que 6L individus sur 100 accusés, tandis qu'on en condamnait 85 dans le premier. Au contraire, la France centrale, la Bretagne, le Maine, la Picardie, ainsi que la Zélande et la Frise, offrent des ‘teintes beaucoup plus satisfaisantes.

Si l'on compare cette carte à celle qui indique l’état de l'instruction, on sera disposé à croire, au premier abord, que les crimes sont en raison inverse des lumières. La carte figurative des crimes contre les personnes et celle des crimes contre les propriétés présentent plus d'analogie. En général, les départements qui s'offrent des deux côtés d’une manière avantageuse ou désavantageuse peuvent être

rangés de la manière suivante, en adoptant trois classes principales :

PREMIÈRE CLASSE. Départements où le nombre des condamnés pour crimes contre les personnes et contre les propriétés a excédé la moyenne de la France.

Corse, Landes, Rhône, Bouches-du-Rhône, Doubs, Haut-Rhin, Bas-Rhin, Moselle, Seine-Inférieure, Calvados, Eure, Seine-et-Oise, Seine, Marne, Loiret, Vienne, Ille-et-Vilaine ; 17 départements.

DEUXIÈME CLASSE. Départements où le nombre des condamnés pour crimes contre les propriétés et les personnes a été moindre que la moyenne de la France.

* Creuse, Indre, Cher, Nièvre, Saône-et-Loire, Jura, Ain, Isère, Loire, Haute-Loire, Cantal, Puy-de-Dôme, Allier, Corrèze, Haute-Vienne, Basses-Pyrénées, Hautes- Pyrénées, Haute-Garonne, Gers, Tarn-et-Garonne, Lotet-Garonne, Gironde, Dordogne, Charente, Deux-Sèvres, Vendée, Loire-Inférieure, Maine-et-Loire, Sarthe, Orne, Mayenne, Manche, Finistère, Morbihan, Côtes-du-Nord, Somme, Oise, Aisne, Ardennes, Meuse, Meurthe, Haute- Saône, Haute-Marne, Côte-d'Or, Yonne, Seine-et-Marne ; 46 départements.

TROISIÈME CLASSE. Départements où le nombre des condamnés pour crimes contre les personnes seulement, ou contre les propriétés seulement, a été moindre que la moyenne de la France.

Var, Hautes-Alpes, Basses-Alpes, Drôme, Vaucluse, Gard, Ardèche, Lozère, Aveyron, Lot, Tarn, Hérault, Aude, Pyrénées-Orientales, Ariége, Charente-[nférieure,

Loir-et-Cher, Eure-et-Loir, Nord, Pas-de-Calais, Aube, Vosges; 22 départements.

En faisant la même distinction à RER des proviiees des Pays-Bas, on trouve :

PREMIÈRE cLasse. Brabant méridional, Anvers, Limbourg, Groningue et Drenthe; 5 provinces.

DEUXIÈME CLASSE. Hainaut, Luxembourg ; 2? provinces.

TROISIÈME CLASSE. Namur, Liége, Flandre occidentale, Flandre orientale, Zélande, Brabant septentrional, Hollande méridionale, Hollande septentrionale, Utrecht, Gueldre, Over-Yssel, Frise; 12 provinces (1).

Avant de chercher à déduire des conclusions des résultats précédents qui se rapportent à l'année 1830, je remarquerai que certains rapports pourraient ne pas être rigoureusement comparables à cause d'une évaluation fautive de la population ou d’une inégale répression dans les différentes cours de justice. Il serait assez difficile de reconnaître les erreurs provenant de la première cause, puisque nous n'avions pour éléments de vérification que les nombres relatifs aux naissances et aux décès ; quant à l’inégale répression, il n’en est pas tout à fait de même, car, outre que nous sommes portés à croire que l’activité de la justice pour rechercher les auteurs des crimes n’est pas égale partout, nous voyons que les acquittements n'ont pas non plus une marche régulière. Ainsi, d’après les documents de 1825 à 1829, on a condamné dans toute la France 61 individus par 100 accusés ; cependant la répression à été généralement plus forte dans la partie septentrionale du royaume que dans le midi. La cour de justice de Rouen est celle qui prononçait le plus de condamnations : elle condamnait,

(1) Voyez, pour de plus amples renseignements, la Statistique des tribunaux de la Belgique pendant les années 1826, 1827, 1828, 1829 et 1830, publiée par MM. Quetelet et Smits, in-4°, Bruxelles, 1832.

terme moyen, 71 individus par 100 accusés; les cours de Dijon, Angers, Douai, Nancy, Orléans, Caen, Paris, Rennes ont également dépassé la moyenne; les cours de Metz, Colmar, Amiens, Bordeaux, Bourges, Besançon, Grenoble, Lyon et de la Corse ont présenté à peu près la même moyenne que la France, tandis que les acquittements ont été plus nombreux dans les cours méridionales, telles que celles de Toulouse, Poitiers, Nîmes, Aix, Riom, Pau, Agen, Limoges et Montpellier. Les deux dernières cours n'ont condamné, terme moyen, que52individus sur 100 accusés. Il resterait à examiner si ces inégalités, bien prononcées pour les acquittements dans le nord et le midi de la France, tiennent à une plus grande facilité de mettre en accusation ou à plus d'indulgence envers les accusés. Elles peuvent tenir encore, ce qui me semble plus probable, à ce que, toutes choses égales, les crimes contre les personnes sont plus communs dans le midi, et les crimes contre les propriétés dans le nord; on sait d’ailleurs que la première espèce de crimes donne lieu à plus d'acquittements que la seconde. Quoi qu'il en soit, je pense qu'il sera bon de ne pas perdre de vue cette double cause d'erreur que je viens de signaler.

Si maintenant nous jetons les yeux sur les départements de la France qui ont dépassé la moyenne pour les crimes contre les personnes, en même temps que pour les crimes contre les propriétés, nous trouverons d'abord la Corse et les Landes : ces deux pays sont, par leurs mœurs et leurs habitudes, dans une position tout à fait particulière, et ne peuvent guère être comparés au reste de la France.

Le Corse, en effet, poussé par de cruels préjugés et embrassant avec chaleur des sentiments de vengeance qui se transmettent souvent de génération en génération, se

fait presque une vertu de l'homicide; aussi commet-il ce crime avec excès. Les délits contre les propriétés sont moins fréquents, et cependant leur nombre surpasse encore la moyenne de la France. On ne sau:cit attribuer cet état de choses au défaut d'instruction, puisque le nombre des accusés qui ne savaient n1 lire ni écrire était comparativement moindre qu'en France. Il n’en est pas de même des Landes, où presque les neuf dixièmes des accusés étaient dans un état de complète ignorance. Ce département, où une population pauvre et faible se trouve dispersée au milieu des bruyères, est un de ceux où la civilisation a fait le moins de progrès. Quoique les Landes se trouvent . rangées dans la classe la plus défavorable quant aux crimes, il est juste de dire cependant qu'elles ne s’écartent pas beaucoup de la moyenne de la France; on peut faire la même observation à l'égard des départements de la Vienne et d'Ille-et-Vilaine. Quant aux autres départements, on remarquera d'abord qu'ils sont au nombre des, plus peuplés de la France et qu'on y trouve quatre des villes les plus importantes, Paris, Lyon, Marseille et Rouen; que ce sont aussi les plus industriels, ceux qui offrent le plus de mouvement et de contact avec les étrangers. On pourra s'étonner peut-être de n y pas trouver les départements de la Gironde et de la Loire-Inférieure, qui paraissent à peu près dans les mêmes circonstances que les départements des Bouches-du-Rhône et de la Seine- Inférieure, surtout si l'on considère que, sous le rapport des lumières, ils semblent moins bien partagés que ces derniers, et que la répression y a été généralement forte. Cette remarque est particulièrement applicable au département de la Gironde, car le département de la Loire- Inférieure ne forme pas un grand écart de la moyenne de la France. Je ne ferai point difficulté d'attribuer ces diffé-

rences à une moralité plus grande d'une part que de l'autre, et cette conjecture acquiert plus de vraisemblance si l'on observe que tous les départements de la première classe qui bordent l'Océan, depuis les Basses-Pyrénées jusqu'à la Manche, excepté les Landes, la Seine-I[nférieure et l'Ille-et-Vilaine, dont 1l a déjà été question, tombent audessous dela moyenne dela France, pour les crimes contre les personnes, et qu'au contraire tous les départements, sans exception, qui bordent la Méditerranée, même avec leurs adjacents, dépassent cette même moyenne. On remarquera d'une autre part que les côtes de la Méditerranée et de l'Océan, depuis les Basses-Alpes jusqu'à la Manche, tombent en général un peu au-dessous de la moyenne pour les crimes contre les propriétés.

La troisième classe nous présente d’abord quinze départements qui forment la lisière de la Méditerranée, et qui tous dépassent la moyenne de la France pour les crimes contre les personnes, mais sont un peu inférieurs à cette moyenne pour les crimes contre les propriétés. Les bords de la Méditerranée semblent donc offrir un penchant bien déterminé à la première espèce de crimes. Des sept autres départements de la même classe, un seul dépasse la moyenne pour les crimes contre les personnes, c'est celui des Vosges, qui tient à l'Alsace; les autres dépassent la moyenne des crimes contre les propriétés.

Les départements de la seconde classe où ont eu lieu le moins de condamnations pour crimes contre les personnes et contre les propriétés, sont situés en général dans le centre de la France, sur la côte de l'Océan depuis la Gironde jusqu'à la Manche, et dans les bassins arrosés par la Somme, l'Oise et la Meuse.

On peut résumer ce qui précède de la manière suivante :

1° Le plus grand nombre de crimes contre les per-

sonnes et contre les propriétés ont lieu dans les départements que traversent ou qu'avoisinent le Rhône, le Rhin et la Seine, du moins dans leur partie navigable; 2° Le moins de crimes contre les personnes et les propriétés se commettent dans les départements du centre de la France, dans ceux qui sont situés à l’ouest vers l'Océan, depuis les Basses-Alpes jusqu'à la Manche, et dans ceux que traversent vers le nord la Somme, l'Oise et la Meuse; 93° Les bords de la Méditerranée et les départements voisins montrent, toutes choses égales, un penchant plus prononcé pour les crimes contre les personnes, et la partie septentrionale de la France pour les crimes contre les propriétés. Après avoir établi ces faits, si l'on cherche à remonter aux causes qui les produisent, on se trouve arrêté d’abord par de nombreux obstacles. Et en effet, les causes qui influent sur les crimes sont si nombreuses et si diverses, qu'il devient presque impossible d’assigner à chacune son degré d'importance. Il arrive d’ailleurs souvent que des causes qui paraissalent très-influentes s’effacent devant d'autres auxquelles on avait à peine songé d'abord, c'est ce que j'ai particulièrement éprouvé dans les recherches actuelles; j'étais trop préoccupé peut-être de l'influence qu'on accorde à l'instruction pour amortir le penchant au crime; il me semble que l'erreur commune provient surtout de ce qu'on s'attend à trouver moins de crimes dans un pays, parce quon y envoie plus d'enfants aux écoles, ou parce qu'en général plus de personnes du peuple savent lire et écrire. Ce serait plutôt de l'instruction morale qu'il faudrait tenir compte, car bien souvent l'instruction qu'on reçoit aux écoles n'offre qu'un moyen de plus pour commettre le crime (1). On regarde aussi

(1) M. Guerry est parvenu, presque en même temps que moi, à des conclusions semblables dans son Essai sur la statistique morale de la France,

assez généralement la pauvreté comme conduisant au mal; cependant le département de la Creuse, l'un des plus pauvres de la France, est celui qui présente, sous tous les rapports, le plus de moralité. De même dans les Pays-Bas, la province la plus morale est le Luxembourg, où il règne le plus de pauvreté. Il convient cependant de s'entendre sur le mot pauvreté, qui est employé ici dans une acception qu'on peut regarder comme impropre. Une province, en effet, nest point pauvre parce qu'elle renferme moins de richesses qu'une autre, si ses habitants, comme dans le Luxembourg, sont sobres et actifs; si, par leur travail, ils parviennent à pourvoir d’une manière sûre à leurs besoins et à satisfaire des goûts d'autant plus modestes, que l'inégalité des fortunes s'y fait moins sentir et provoque moins la tentation; on dira avec plus de raison que cette province jouit d'une modeste aisance. La pauvreté se fait ressentir dans les provinces où sont amassées de grandes richesses, comme dans les Flandres, la Hollande, le département de la Seine, etc., et surtout dans les pays manufacturiers, où, par la moindre commotion politique, la moindre obstruction dans les débouchés pour les marchandises, des milliers d'individus passent subitement de l'état de bien-être à celui de misère. Ce sont ces brusques alternatives d'un état à l’autre qui donnent naissance au crime, surtout si ceux qui en souffrent sont entourés de sujets de tentation et se trouvent . irrités par l'aspect continuel du luxe et d’une inégalité de fortune qui les désespère. R

Il me semble qu'une des premières distinctions à faire dans l'étude qui nous occupe, est celle des différentes races

page 51, et il les a exprimées à peu près dans les mêmes termes ; les mêmes résultats ont été obtenus aussi en Angleterre, en Allemagne et aux Etats- Unis.

d'hommes habitant les pays que nous considérons; elle est, comme nous le verrons bientôt, de la plus haute importance, quoique ce ne soit pas celle qui se présente d'abord à l'esprit. « La population de la France appartient à trois races principales : la race celtique, qui forme près des trois cinquièmes de ses habitants ; la race germanique, qui comprend ceux des anciennes provinces de Flandre, d'Alsace et d'une partie de la Lorraine ; la race pélagienne, répandue sur le versant méditerranéen et dans la Corse. Les changements de mœurs, ajoute Malte-Brun, à qui cette division est empruntée, les progrès de la civilisation peuvent altérer le caractère d'un peuple, mais non le changer entièrement (1). » Si nous jetons les yeux sur la carte figurative des crimes contre les personnes, cette distinction des peuples se fera sentir d’une manière extrêmement remarquable. Nous verrons que la race pélagienne, répandue sur le versant méditerranéen et dans la. Corse, se livre particulièrement à des attentats contre les personnes, chez la race germanique, qui s'étend sur l'Alsace, le duché du Bas-Rhin, une partie de la Lorraine et des Pays-Bas, où le grand nombre de personnes et de choses fait naître plus d'occasions de commettre des crimes, et où l'usage fréquent des boissons donne plus souvent naissance aux excès, on compte généralement beaucoup de crimes contre les propriétés et les personnes. Les Bataves et les Frisons, qui appartiennent aussi à la race. germanique, se livrent plus particulièrement aux crimes contre les propriétés. Enfin la race celtique paraît la plus morale des trois races que nous avons considérées, surtout en ce qui concerne les crimes contre les personnes; elle occupe la plus grande partie de la France et la partie

(1) Précis de la Géographie universelle, livre 159.

wallonne de la Belgique. Il paraîtrait du reste que l’homme habitant les frontières, où les races se croisent le plus, où règne le plus d'agitation, et où sont particulièrement établies les lignes des douanes, se trouve plus exposé à se démoraliser et à se livrer à des excès.

Après avoir admis cette distinction, basée sur la différence des races, 1l reste à examiner quelles sont les anomalies locales qui ont dû influer sur la moralité des peuples et modifier leur caractère.

L'anomalie la plus remarquable que semble présenter la race celtique s'observe dans les départements qui se rattachent au bassin de la Seine, surtout au-dessous de Paris; plusieurs causes contribuent à la faire naître. On remarquera d'abord que ces départements sont ceux qui, en raison de leur étendue, renferment le plus de personnes et de choses, et offrent par conséquent le plus d'occasions de commettre des crimes; c'est là qu'il existe le plus de mouvement et que viennent affluer de tous les pays le plus de personnes sans aveu, de manière même que la race d'hommes primitive a dû s’altérer plus que partout ailleurs : enfin, c'est encore là que se trouvent le plus d'établissements industriels; et, comme nous avons déjà eu occasion de le faire observer, ces établissements entretiennent une population agglomérée dont les moyens d’existence sont plus précaires que dans les autres professions. La même remarque peut se faire à l'égard du bassin qu’occupe le Rhône, et avec d'autant plus de raison que la race pélagienne a dû, en remontant ce fleuve, pénétrer dans les terres plus avant que partout ailleurs.

Les provinces commerçantes et industrielles des Pays- Bas sont également celles où se commettent le plus de délits et de crimes.

Quant au nombre plus grand de crimes contre les pro-

priétés qu'on observe en avançant vers le nord, on peut l'attribuer, je pense, en grande partie, à l'inégalité des richesses et des besoins. Les grandes villes et les capitales surtout se présentent d'une manière défavorable, parce qu'elles offrent plus d'appât aux passions de toute espèce, et qu'elles attirent les gens sans aveu, qui espèrent trouver l'impunité en se cachant dans la foule,

Il est remarquable que plusieurs des départements les . plus pauvres de la France, et en même temps les moins instruits, tels que ceux de la Creuse, de l'Indre, du Cher, de la Haute-Vienne, de l'Allier, etc., soient en même temps les plus moraux, tandis que le contraire a lieu pour la plupart des départements qui ont le plus de richesses et d'instruction; ces singularités apparentes s'expliquent, Je crois, par les observations qui ont été faites plus haut. La moralité est mieux en rapport avec l'état de l'instruction dans le ci-devant royaume des Pays- Bas; ce qui porterait à croire que la direction de l’enseignement était meilleure.

L'influence du climat n'est pas très-sensible non plus, comme on peut le voir en comparant la Guienne et la Gascogne à la Provence et au Languedoc, et les habitants des Hautes et Basses-Pyrénées aux habitants des Hautes et Basses-Alpes, qui cependant sont placés sous les mêmes latitudes. On peut dire que l'influence des lumières et du climat disparaît en partie devant d'autres influences plus énergiques, et qu’elles sont loin surtout d'effacer le caractère de moralité qui distingue les trois races d'hommes habitant les pays que nous considérons. On ne peut méconnaître néanmoins, en rapprochant les rapports que contient la sixième colonne de notre tableau, que le nombre des crimes contre les propriétés, relativement au nombre des crimes contre les personnes,

n'augmente considérablement en avançant vers le nord.

Il est bien à regretter que les documents de la justice que nous possédons pour d'autres pays ne soient pas complétement comparables à ceux de la France et des Pays- Bas. Les différences qui existent dans les lois et les classifications des crimes rendent impossibles les rapprochements directs. Cependant les pays qui ont quelque étendue et qui offrent la distinction des crimes contre les personnes et des crimes contre les propriétés, permettent, au moins sous ce dernier rapport, d'établir une comparaison entre leurs différentes provinces. Il ne sera peut-être pas sans intérêt pour notre objet de comparer entre elles les différentes parties de la Prusse et de l'Autriche. Les renseignements sur la justice criminelle en Autriche sont extraits du Bulletin des sciences de M. Férussac pour novembre 1829, et sont relatifs aux cinq années de 1819 à 1823 : ceux qui concernent la Prusse sont extraits de la Revue encyclopédique pour août 1830, et sont relatifs aux trois années de 1824 à 1826 inclusivement. J'ai suivi la même forme de tableau que précédemment; je regrette néanmoins de n'avoir pu indiquer le nombre des enfants qui fréquentaient les écoles dans les différentes parties de l'Autriche. Pour la Prusse, j'ai pris le nombre des écoliers sur 1,000 enfants en âge de fréquenter les écoles, comme l'indique la Revue encyclopédique (1).

(1) J'aurais pu sans doute employer des documents plus complets et plus récents, en ayant recours aux statistiques que publient actuellement l'Angleterre, la France, la Prusse, l'Autriche et généralement les divers États de l'Europe, avec le concours des hommes distingués qui essayent d'établir, avec nous, la science dans le véritable rang qui lui revient : mais mon âge me force à laisser ce soin à des collègues plus jeunes et plus actifs. Je m'attache spécialement ici à essayer de saisir, au milieu de ce que nous possédons déjà, ce qui est nécessaire pour arriver aux admirables lois de la physique sociale. Peut-être suis-je'téméraire, mais on voudra bien m’excuser, si, après de longs travaux, je tâche de reconnaître quelques-unes des magnifiques proportions du monument.

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