MÉCANISME DE CES ACCIDENTS
Nous savons que le mécanisme d’un trouble réflexe d’origine dentaire comporte essentiellement la transmission, par le trijumeau, au bulbe d’une irritation locale et le retentissement consécutif de cette excitation dans les tissus et les organes.
Etudions séparément ces divers éléments.
1° L'irritation locale :
Nous avons vu, dans le chapitre où nous avons étudié l’évolution physiologique de la première dentition, que celle-ci provoquait un remaniement complet aussi bien du tissu conjonctif qu'épithélial. De plus, l’éruption proprement dite nécessite la destruction et la perforation de la muqueuse gingivale.
L'étude de l’évolution dentaire montre bien qu’il s’agit d’un processus différent des autres processus physiologiques de la vie végétative.
L’invagination épithéliale, qui est la première formation de la dent, pénètre de plus en plus profondément à mesure qu’elle acquiert plus d’importance. Si cette pénétration n’est pas un fait isolé dans l’organisme, elle se fait, pour les autres organes, dans des tissus mous.
Au niveau des maxillaires, au contraire, l’évolution de la dent se fait dans une zone destinée à devenir du tissu osseux, c’est-à-dire un tissu dur, inextensible, qui offrira une résistance sérieuse à l’accroissement des bourgeons dentaires.
Dès ce stade, il y a hyperémie, non seulement des tissus pulpacés, mais aussi des tissus périphériques. Cette hyperémie provoque une stase des éléments sanguins nécessaires à l’hyperactivité des tissus conjonctif et épithélial. Comme ces phénomènes se produisent à l’intérieur d’une coque inextensible, il y a
augmentation de pression, et c’est ainsi que se constitue, par
Des
excitation des terminaisons nerveuses du trijumeau, un des facteurs de l’épine irritative.
Puis le processus de l’éruption proprement dite va succéder au stade précédent. La couronne va, ainsi que nous l’avons déjà vu, cheminer en empruntant le gubernaculum dentis dont le diamètre, bien plus étroit que celui de la couronne, nécessite pour se laisser forcer, des pressions qui, agissant sur les terminaisons nerveuses du trijumeau, seront elles aussi un facteur d’irritation.
Lorsque la couronne à cheminé dans le gubernaculum dentis et qu’elle arrive au niveau de la muqueuse gingivale, il lui reste à terminer son éruption par l’effraction de cette muqueuse. Là encore, les terminaisons nerveuses du trijumeau vont être excitées, ce qui sera un nouveau facteur d’irritation.
En résumé, nous pouvons dire que l’irritation locale susceptible de déclencher des phénomènes réflexes se produit en trois périodes séparées dans le temps : une première lors de la forma: tion de la couronne, une seconde lors du cheminement de celle-ci à travers le gubernaculum dentis, et enfin une troisième et dernière lors de l’effraction de la muqueuse gingivale. Mais ces trois périodes d’apparition successive dans le temps ne restent pas isolées. Elles coexistent, se superposent et, lors de l’effraction de la muqueuse gingivale, les excitations recueillies par les terminaisons nerveuses trigéminales seront la conséquence des trois facteurs d’irritation. On peut donc considérer que l’intensité de l’irritation croît en même temps que l’évolution de la dent, pour atteindre son maximum au moment de l’effraction de la muqueuse gingivale.
Les excitations trigéminales, conséquence de ces phénomènes
irritatifs, vont, par la voie de ce nerf, gagner le tronc cérébral.
2° La voie centripète : le trijumeau
Nerf du premier arc branchial, l’arc mandibulaire, le trijumeau est un nerf mixte entièrement assimilable à un nerf rachidien. Il se compose donc de deux faisceaux : l’un moteur, dont
le noyau d’origine se trouve à l’intérieur du névraxe, l’autre sen-
2 De
sitif qui prend son origine dans le ganglion de Gasser, homologue d’un ganglion spinal, en dehors du névraxe.
Nous ne mentionnerons que pour mémoire la branche motrice. Née de deux noyaux, l’un principal, profondément situé dans la partie latérale de la calotte protubérantielle, l’autre accessoire, s’étendant au-dessus du précédent, elle donne la motricité aux muscles masticateurs. Ce faisceau moteur chemine accolé, après le ganglion de Gasser, au nerf maxillaire inférieur.
Il n’est pas nécessaire de reprendre la description détaillée du trajet des branches du trijumeau. Bornons-nous à rappeler les territoires sensitifs cutanéo-muqueux, tels que les sections rétro-gassérienne, totales ou partielles, ont permis de les pré-
ciser :
a) Pour la branche ophtalmique :
— Face dorsale du nez, la paupière supérieure, la partie antérieure du front et de la région temporale ;
— La conjonctive bulbaire et palpébrale, le globe oculaire et ses glandes annexes, la muqueuse des sinus frontal et ethmoïdal et du tiers antérieur des fosses nasales, le périoste frontal et
des os propres du nez.
b) Pour la branche maxillaire supérieure :
— Les téguments de la partie movenne de la région temporale, de la paupière inférieure, de la pommette de la joue. de la lèvre supérieure, de l’aile du nez et du vestibule de la fosse nasale ;
— La muqueuse nasale non innervée par la branche ophtalmique, les muqueuses du sinus maxillaire, du canal nasal, les gencives, la voûte palatine et le voile du palais avec la luette, la muqueuse de la joue et de la ièvre supérieure, les dents de la
mâchoire supérieure.
c) Pour la branche maxillaire inférieure :
— Les téguments de la partie postérieure de la région temporale, de la partie antérieure du pavillon de l'oreille, de la