‹ Physio-Pathologie Nerveuse: Des Accidents Liés à l'Évolution de la Première DentitionChapitre 9 sur 24 · FORMES CLINIQUES DES ACCIDENTS DE LA PREMIÈRE DENTITION · texte numérisé non relu

FORMES CLINIQUES DES ACCIDENTS DE LA PREMIÈRE DENTITION

L’étude de l’éruption dentaire nous a montré qu’elle est le résultat de phénomènes multiples. Chez de nombreux enfants, il arrive de constater des manifestations pathologiques apparaïissant brusquement et disparaissant aussi brusquement lors de l’éruption définitive. Elles ont la particularité de se reproduire à chaque éruption.

Nous les classerons en :

— Accidents locaux, — Accidents régionaux,

— Accidents généraux.

1° Accidents locaux

Reconnus par tous les pédiâtres, même par COMBY, qui s’est pourtant toujours élevé contre les accidents de la dentition, ils sont les plus nombreux et à l’origine des troubles à distance que la dentition peut faire naître.

Il s’agit, en général, d’une inflammation locale qui se produit au cours de l’éruption. Au niveau des dents en évolution, le nourrisson éprouve un « prurit gingival » accompagné d’une rougeur anormale de la muqueuse gingivale. Si souvent nous constatons une coloration rouge violacé au lieu du rose vif normal de la muqueuse gingivale, il est possible d’observer aussi une modification inverse, la muqueuse devenant pâle, presque

translucide.

C’est à ce moment que le bébé manifeste ses sensations anormales par de l’agitation, une irritabilité s’accompagnant de pleurs et de cris. Il refuse le sein ou le biberon, le moindre

contact de la gencive étant très douloureux.

2° Accidents régionaux

Au moment de la dentition, il est d’observation courante que les enfants bavent abondamment. Le prurit dentaire pro-

voque done de l’hypersécrétion salivaire.

De même peuvent s’observer un écoulement séreux des fosses

nasales, ainsi qu’une hypersecrétion lacrymale discontinue.

De plus, du côté de l’appareil oculaire, une hyperhémie conjonctivale, une photophobie passagère peuvent coïncider avec

l’évolution des dents temporaires.

Des otites « dites de dentition » ont été signalées.

De nombreuses manifestations cutanées sont rattachées à l’évolution des dents temporaires. La plus connue est la rougeur unilatérale de la face, prédominante aux joues, que l’on appelle communément le « feu des dents ». Elle peut durer quelques heures, parfois plus. La rougeur survient toujours du côté où le

travail de la dentition est le plus actif.

D’autres « feux de dents », consistant en eczéma, impétigo. prurigo, herpès, ont été mis, pendant longtemps, au compte du

travail dentaire.

La pelade, qui est l’accident cutané d’origine dentaire Île plus souvent observé chez l’adulte, se retrouverait, pour JACQUET. sur la tête des jeunes enfants, « une dépilation diffuse paraissant

être en rapport avec les phénomènes de la première dentition ». 3° Accidents généraux

À leur sujet eurent lieu les discussions les plus passionnées entre partisans et adversaires des maladies de dentition. L’éruption dentaire agit-elle seule ou bien est-elle le facteur mettant en

activité une disposition morbide latente ?

Mie

Nous considèrerons successivement :

— L’Hyperthermie, — Les troubles du système nerveux, — Les troubles digestifs, — Les troubles de l’appareil respiratoire, — Les troubles de la nutrition.

a) L'hyperthermie On peut noter, accompagnant l’éruption de la dent et disparaissant avec sa sortie définitive, un état subfébrile ne

paraissant pas avoir un retentissement marqué sur l’état général.

b) Troubles du système nerveux

Très souvent, pendant la période du « prurit dentaire », le bébé manifeste de l’agitation, des phénomènes douloureux.

Ces manifestations s’observent aussi bien le jour que la nuit. L’enfant s'endort plus difficilement et quelquefois s’éveille brusquement en criant, en pleurant comme s’il ressentait une vive douleur.

Les accès convulsifs, si redoutés des mères, surviennent parfois : « Certains enfants ont des convulsions chaque fois qu'ils mettent des dents. Le fait est rare, mais il ne paraît pas contestable. »

Clinrquement, les crises convulsives attribuables à la dentition sont habituellement limitées à Ja face, atteignant une partie seulement ou l’ensemble du visage.

Une éruption dentaire peut de même faire éclater un laryngospasme, ou un accès de contracture des extrémités, voire de convulsions généralisées.

c) Troubles digestifs

Toutes les variétés de troubles de l’appareil digestif peuvent s’observer. Ils consistent en perte d’appétit, vomissements, diarrhées.

L’anorexie ne serait pas due seulement à la douleur des vencives ; pour le professeur HUTINEL, il s’agirait parfois d’une véritable manifestation névropathique à laquelle il donna le

nom d’ « anorexie mentale du nourrisson ».

ro:

Les selles sont, en général, simplement mal liées ou franchement diarrhéiques.

Le professeur OMBRÉDANNE attribue un rôle à la dentition douloureuse dans l’invagination intestinale. Une statistique provenant de ses services hospitaliers montre qu’à peu près dans la moitié des cas d’invagination observés, on avait noté la coexistence certaine d’une éruption dentaire douloureuse. Chez un des enfants cités des récidives d’invagination se sont produites

à l’occasion d’une poussée dentaire difficile. d) Troubles de l'appareil pulmonaire

Un des plus banaux ei des plus habituels est une petite toux sèche qui peut prendre un aspect coqueluchoïde ; elle est diurne ou nocturne. Dans ce dernier cas, elle se manifeste avec une certaine ténacité durant une bonne partie de la nuit, pour cesser vers le matin ; mais elle n’est pas assez intense pour réveiller l’enfant. Parfois, après une nuit calme, elle s’intensifie le matin au réveil.

Sa caractéristique est de cesser au moment de l’éruption et de se reproduire aux poussées ultérieures.

Elle ne présente aucune gravité et ne donne pas lieu à des complications.

Des accès de dyspnée ont été également constatés.

Pendant longtemps, l’évolution de la première dentition a été rendue responsable de nombreuses bronchites et bronchopneumonies. Heureusement, cette conception erronée, qui malheureusement a fait de trop nombreuses victimes, est aujourd’hui complètement abandonnée, Seul un catarrhe laryngo-trachéal peut être provoqué par l’évolution de la

première dentition.

e) Troubles de la nutrition

Ces troubles se traduisent par un arrêt ou une diminution du poids, un arrêt de la croissance.

VARIOT rapporta à la Société Médicale des Hôpitaux de

Paris, le 23 mars 1928, le cas de jumelles chez lesquelles il y eut

Te

simultanément arrêt de poids et refus de biberon de la trente. huitième à la quarante-deuxième semaine. L’incision des deux incisives inférieures fit disparaître ces manifestations.

Le même VARIOT, après examen de cinq cents fiches à la Goutte de Lait de Belleville, releva des arrêts de développement statural et pondéral nettement en rapport avec l’évolution de la dentition.

Ces arrêts de l’accroissement du poids avaient d’ailleurs déjà été signalés par BUDIN qui, dans son livre sur « Le Nourrisson », cite des observations accompagnées de courbes du poids démontrant d’une façon nette un arrêt ou une chute pondérale coïncidant avec l’apparition d’une dent ; le phénomène identique se reproduisait chez les mêmes enfants, à plusieurs semaines d’in-

tervalle, sous l’influence de l’évolution d’une autre dent.

Page 1