‹ Physio-Pathologie Nerveuse: Des Accidents Liés à l'Évolution de la Première DentitionChapitre 6 sur 24 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

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L’époque n’est plus où les dents étaient considérées comme des corps étrangers, ou comme des organes inertes «€ fixés dans les maxillaires comme des clous dans une planche », et n’ayant aucun lien avec l’organisme.

Bien au contraire, l’état de souffrance des dents retentit sur l’état général, de même que les maladies se répercutent sur la denture. Et il ne faut pas nier l’influence encore plus grande de ces phénomènes chez les enfants, ne serait-ce qu’en raison de l’évolution de leurs deux dentitions, temporaire et permanente.

À ce propos, il nous a paru utile d’essayer d’apporter quelques précisions sur la physiopathologie nerveuse des accidents de la première dentition. En bornant le sujet à cette étude « nerveuse », il n’entre pas dans notre intention de nier les autres pathogénies de ces accidents.

L'évolution dentaire, comme le développement de l’ensemble de l’organisme, constitue en général un phénomène normal, se déroulant avec une régularité toute physiologique ; cependant dans certains cas, elle peut présenter, chez un nourrisson en parfaite santé, des anomalies, des modalités se traduisant par des troubles locaux et généraux.

Cette influence fâcheuse de la dentition était déjà signalée par Hippocrate : « Lorsque, dit-il, les enfants sont un peu plus âgés, que les dents commencent à leur venir, les gencives leur démangent ; il est alors des fièvres, des convulsions, des diar-

rhées, et c’est surtout lorsque leurs dents canines paraissent,

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qu’ils sont gros et gras et qu'ils ont le ventre dur » {Hippocrate, livre ITT, aphorisme 25).

Pendant de nombreux siècles, les accidents de dentition n’ont jamais été mis en doute, car la médecine consistait à commenter les aphorismes d’Hippocrate et, plus tard, ceux de Galien. Bien plus, les accidents incriminés ne se limitèrent pas à ceux décrits et la plupart des manifestations morbides de la

première enfance furent rattachées à la dentition temporaire.

Il fallut attendre 1745 pour voir BUNON, dentiste de Mesdames de France, tenter de réduire à de justes proportions les accidents attribués à la dentition. En 1781, l’Académie de Médecine fonda un prix spécial pour la meilleure solution à la question : « Quels sont les moyens les plus sûrs des préserver les enfants des accidents auxquels la dentition les expose ? ».

BAUMES en fut le lauréat et le premier à attirer l’attention

sur l’importance de la prédisposition organique.

En 1848, TROUSSEAU consacra la réalité de ces accidents ; il décrivit la fièvre, la diarrhée, la bronchite, les convulsions de la dentition, et recommanda de ne sevrer les enfants qu’à vingt mois, après l’éruption des incisives et des quatre premières molaires. Vers la même époque, cependant, SERRES s'élevait contre les assertions de SYDENHAM qui attribuait à la dentition toutes les maladies de l’enfant. Pour lui, l’éruption dentaire

n’est qu'un phénomène de croissance banal et indolore.

En 1875, PoLiTzER s’érige contre l’opinion unanime d’alors: « Quand on ne trouve pas autre chose que la dentition, on ne doit pas encore admettre qu’elle est la cause plausible du mal et se contenter de dire qu’on est en présence d’accidenis de dentition, parce qu’un diagnostic doit reposer avant tout sur les phénomènes frappants de la maladie et non sur sa cause. Pour éviter les erreurs graves et leurs conséquences, il faut bannir de la clinique et même des livres tout ce qui touche aux maladies bles à l’éruption dentaire.

En 1880, MacirorT, stomatologiste, et ROCER, pédiâtre, sou-

tinrent devant l’Académie de Médecine que les maladies de den-

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tition n’existaient pas. Maciror demanda même que « la classe des accidents dits de dentition soit définitivement rayée du cadre de la nosologie médicale ». Il ne fut pas suivi. Des controverses s’engagèrent alors et il en résulta, le débat étant resté stérile, un véritable scepticisme, une défiance contre les accidents imputa-

de dentition et jusqu’à leur nom ».

C’est ainsi que M. Comgy, qui niait en 1888 l'existence des accidents généraux, à distance, réflexes ou sympathiques, tout en reconnaissant les troubles locaux, écrivait en 1922, dans le journal de « Médecine et de Chirurgie pratiques » (juillet 1922) : « Outre les arguments théoriques que nous ne répéterons pas, il nous suffira de dire que depuis quarante ans (avril 1883) que nous étudions pratiquement la question, nous n’avons jamais vu sur des milliers d’enfants le travail dentaire causer par luimême un syndrome morbide de quelque importance, encore mieux une maladie définie et classée... Voilà pourquoi nous répétons avec le maître Henri Roger : « Les maladies de dentition

» n'existent pas. »

En 1926, dans ses leçons cliniques, le Professeur MARFAN déclare qu'entre les exagérations des commentateurs d’Hippocrate et ceux qui nient l’existence des accidents de la dentition, se placent les médecins qui croient devoir tenir compte de certaines coïncidences et cherchent à les interpréter. C’est à l’opinion de ces derniers qu’il se range.

Enfin, depuis une cinquantaine d’années, plusieurs conceptions pathogéniques essayèrent d’expliquer ces troubles de la dentition. Avec le triomphe des idées pasteuriennes, le rôle des réflexes fut restreint et l’origine microbienne fut la seule incriminée. C’est ainsi que SAVOYE, inspiré par CRUET (Thèse Paris 1902) ne reconnaît que l’infection locale comme cause efficiente et suffisante des accidents de la dentition. Pour certains auteurs, la péri-coronarite constitue à elle seule toute la pathologie de l’évolution des dents temporaires ; d’autres, cependant, admettent et décrivent des trouble à distance dont la genèse s'explique.

rait par toxi-infection,

Contre cette intransigeante doctrine microbienne s’éleva la théorie de la prédisposition organique. Pour SÉJOURNET, l’éruption dentaire n’était plus qu’une cause adjuvante occasionnelle mettant en jeu l’état pathologique déjà en puissance. Et, dans cet ordre d’idée, un grand rôle était donné à l’influence de l’alimentation et aux diathèses. Pour BESSON (thèse Paris 1899) : « De tous les enfants dont nous avons donné l’observation, pas un n’a été nourri exclusivement au sein ; il n’est donc pas étonnant que l’éruption des dents temporaires ait constitué un vérita-

ble traumatisme chez ces enfants à nutrition pervertie. »

M. CHOMPRET soutient des idées analogues. « La question du terrain domine ici la scène. : l’enfant peut, par hérédité, être un déprimé et il peut l’être également du fait de maladies antérieures... S'il ‘est vrai que la dentition ne peut à elle seule déterminer des accidents généraux, il n’est pas moins certain qu’elle est parfois la cause déterminante, le déclic d’un réflexe agissant sur un terrain prédisposé par une tare héréditaire ou acquise » (les Accidents de Dentition dans le Traité de Pathologie et de Thérapeutiques appliquées - 1921).

Si l’éruption n’est plus la cause unique, elle n’en est pas moins déterminante, ce qui, en définitive, n’est pas très éloigné de la doctrine hippocratique.

En dernier lieu, se trouve la théorie réflexe. HEAD déterminait les répercussions sensitives cutanées de l’irritation des dents, JACQUET mettait en évidence la pelade d’origine dentaire. Enfin, M. RoussEAU-DECELLE démontrait la pathogénie reflexe des répercussions organiques provoquées chez l’adulte par les irritations du système dentaire et il en déduisait que celles-ci pourraient se produire dans deux conditions : quand le système dentaire évolue ou souffre.

De cette dernière théorie, nous allons faire l’objet d’étude de notre travail et essayer de comprendre par quels phénomènes physio-pathologiques l’éruption des dents temporaires peut provoquer non seulement des accidents locaux, mais aussi des acci-

dents généraux à seule pathogénie nerveuse et réflexe,

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