L'ÉRUPTION DENTAIRE
L’éruption, c’est-à-dire la sortie de la dent hors de la gencive, n’est que l’aboutissement d’un travail qui a commencé dès la vie intra-utérine.
Lèvres et gencives forment primitivement un bourrelet unique qui borde l’ouverture buccale. Sur le bord libre de ce bourrelet, l’épithélium ectodermique, très épais, forme une crête, le rempart maxillaire de Kôlliker, ou mur saillant de Pouchet et Chabry. En dedans de ce mur saillant, vers la sixième ou septième semaine de la vie intra-utérine, une lame épithéliale épaisse refoule le mésenchyme ; c’est le mur plongeant qui sépare ainsi les portions labiale ou jugale de la portion gingivale. Ce mur plongeant se fissure sur toute sa longueur pour former le sillon labial.
De la face interne de ce mur plongeant se détache une lame épithéliale continue, la lame dentaire, qui s’enfonce dans le mésenchyme sous-jacent. À Ia fin du deuxième mois, apparaissent les bourgeons dentaires, ébauches des dents de la première dentition. Chaque bourgeon s’écarte alors de la lame, tout en lui restant uni par le cordon dentaire.
À partir de ce moment, le bourgeon dentaire passe par plusieurs stades successifs pour arriver, au sixième mois, à celui de la cloche dentaire. Le mésenchyme sous-jacent s’est condensé pour former le bulbe dentaire ou papille qui se trouve coiffé et étranglé par les parois de la cloche.
Le cordon dentaire se fragmente alors et le mésenchyme condensé enveloppe complètement l’ensemble de la dent embryonnaire, le tout formant le follicule dentaire.
Ce follicule est constitué par :
1° La papille, tissu conjonctif embryonnaire et vasculaire
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qui se différenciera en odontoblastes qui secréteront l’ivoire ou dentine en commençant au sommet de la papille, puis sur les bords latéraux. Toutefois, il persistera au centre de la dent une cavité, la chambre pulpaire, remplie de tissu conjonctif, de vaisseaux et de nerfs ;
2° L’organe adamantin, formé par les cellules épithéliales qui coiffent immédiatement la papille ou la couche d'ivoire secrétée par les odontoblastes. Ces cellules épithéliales forment les adamantoblastes qui sécrètent l’émail dont sera recouvert l’ivoire de la couronne.
Par ce double processus d’origine épithéliale pour l’émail et conjonctif pour l’ivoire ou dentine, la dente s’accroîtra en
longueur.
On voit donc que la formation de la dent commence par la partie superficielle, par la zone triturante; l’émail couvre cette surface d’une couche dure et résistante qui épaissit la couronne. Dans le même temps, la couronne et les faces latérales s’édifient
et c'est la racine ou les racines qui se forment les dernières.
Le cément qui revêt les racines est une formation osseuse vraie dérivée directement du mésenchyme. Il se forme à l’intérieur du follicule dentaire, au contact de la racine et seulement lorsque celle-ci est développée. Il à la signification d’un os sur lequel s’insèrent les fibres internes de la 5aroi du follicule, tandis que les fibres de la face externe sont elles-mêmes insérées sur la paroi osseuse de l’alvéole. Cette paroi fibreuse devient alors le ligament alvéolo-dentaire, moyen de fixation de la dent dans son alvéole.
Vers le septième mois de la vie intra-utérine, la calcification commence et chez le f@tus à terme la calcification des couronnes
des deux incisives centrales inférieures est terminée.
À l’âge de deux mois, l’examen des maxillaires montre leur accroissement, le maxillaire inférieur surtout s’est accru en pro: fondeur, le bord libre des alvéoles s’est élevé par addition de (issus osseux,
À trois mois, les alvéoles se sont considérablement modifiées,
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leur profondeur s’est accrue, les bords libres qui, auparavant, étaient ouverts, se sont renversés en dedans, du côté de la ligne médiane de la crête alvéolaire, retenant ainsi les dents qui, précédemment, sur des pièces macérées, s’échappaient assez facilement de leurs cavités alvéolaires.
Ayant atteint ce stade de son évolution, la dent commence son éruption. Celle-ci n’est encore caractérisée que par une modification de la gencive. Les faces antérieure et postérieure de l’alvéole bombent sous la fibro-muqueuse et la distendent. L’aspect de la gencive est en général pâle, ou bien légèrement œdématiée; parfois, elle est déjà rouge et congestionnée. Une expression populaire : l’enfant « double ses gencives », illustre
fort bien ce stade d’évolution.
Le véritable processus d’éruption commence alors. Deux mécanismes différents sont à considérer. L’un consiste en une néoformation active de la racine, en étroite dépendance avec le développement alvéolaire et ligamentaire.
L’autre donne lieu à des réactions sur les procès alvéolaires et les tissus périphériques.
Le phénomène de l’ascension a d’ailleurs été expliqué de différentes facons. KOLLIKER et MAGITOT pensent que la sortie de la dent serait due à l’allongeïnent de la racine par formations successives d'ivoire et à la pression qui en résulte sur le fond de l’alvéole.
Pour Guipo FiscHER, elle est consécutive à l’hypérémie des
tissus pulpaires produisant une force expulsive.
Mais dans ces deux explications, il n’est tenu aucun compte de l’évolution simultanée de l’alvéole ; d’autre part, l’extrémité de la racine ne se trouve jamais en contact immédiat avec le fond de l’alvéole dont elle est séparée par les fibres péri-apicales du ligament alvéolo-dentaire.
Ainsi, l’élévation progressive de la dente paraît être pour le Professeur CAPDEPONT la conséquence du développement parallèle de l’alvéole : « À mesure que se déposent les couches
de l’ivoire radiculaire, et que la dente s’élève d’autant, l’alvéole