chapitre xvin
station et conclusion de cet ouvrage. La loi de la propriété, établie sur Port oYhii la nmiKUHsanee évidente est donnée par la nnlure ,1 tous lafl honuiu ^ renferme en son entier l'ordre esseniiel des ^oiieics — Cette loi unique i raison essentielle ei primitive de toutes les autres bis. — ee tes mœurs. — Combien les systèmes publics d'un gouverneur Ki formation de l'homme moral.— Les vertus sociale* ne peti- :iii' passagères , dès qu'elles sont séparées de Tordre essentiel des so-
isement de Tordre naturel et essentiel dessociétés ne demande •mimes nouveaux, des hommes qui ne soient susceptibles ni de I les plaisirs, ni de l'aversion de la douleur. Ne vous imaginez
pour parvenir ;i cet établissement, il faille commencer par Tant de nos passions : il n'appartient pas a l'humanité de poumire; mais elle peut les modifier, les diriger : Panions f lho trlfish, Ij/etunder the rmson*; quoiqu'elles ne soient jamais affectées
encore r « II n y a point de question qui soit plus évidente et plus démontrée que de h liberté du commerce. Le sens commun et l'expérience générale plaident thid., lettre du t«* juin)* » C'est, en termes littéraux, pour ainsi dire, lit dernièrement *ir .lames Graham an Parlement d'Angleterre et ce ;.Mii, mm is toutes tes formes, les orateurs de YÀnli-corn-law-lmgue, Ajournons précédentes ne soni pas des phrases échappées, sans réflexion, plume diiu littérateur* Grimm traite souvent les matières économiques, et en beaucoup de sens , tontes les fois qu'il dérobe son jugement a Pin* ^ee les Encyclopédistes. It montre, pour l'agriculture, prèsit de prédilection que Tes Phy si ocrâtes , et, rotiitninetlM correa-
I plus d'une roisjuslice à leur amour du bien public, ainsi qu'à leurs notamment, von analyse de l'ouvrage d'Herbert, Y Essai sur ta police lins [IhùL, lettre du i*r octobre 17B5)- (E. D.)
passions rapportent tout à elfcs-rorHnes , elles doivent cependant it Ij raison- Ijope, Estai sur t'hommr.
que de leur intérêt personnel, elles nous sont données cependant comme les moyens que la raison doit employer pour nous soumettre h un ordre immuable institué par Fauteur de la nature pour gouverner les hommes tels qu'ils sont, pour faire servir à leur bonheur temporel ces deux mobiles auxquels nous avons donné le nom de passions, ou du moins, qui sont le germe de toutes nos passions.
Si vous en exceptez la nécessité des ménagements qu'il faut garder, quand il s'agit de rendre aux corps politiques la santé qu'ils ont perdue, il est sensible qu'un tel établissement ne peut plus trouver d'obstacles que dans une espèce de léthargie dont notre ignorance est le principe: effrayés de la distance prodigieuse qui se trouve entre l'ordre et cette multitude de désordres qui, dans tous les temps, ont couvert la surface de la terre, et dégradé l'humanité, nous nous imaginons que leur ré* forme est un ouvrage au-dessus de nos forces ; nous nous persuadons que l'ordre propre à opérer cette réforme est un ensemble très compliqué; qu'il demande de nous une étude et des connaissances profondes; qu'il exige des génies supérieurs, des travaux pénibles et assidus, des efforts sur nous-mêmes, des combats dans lesquels nous n'osons nous engager.
C'est ainsi qu'une masse énorme de difficultés imaginaires nous en impose au point qu'elle ne nous permet pas de former le projet de les surmonter ; elle n'est cependant qu'une pure illusion, qu'une vaine chimère, dont l'idée factice agit sur nos esprits, comme celle des revenants ou des fantômes agit sur les enfants. Mais pour la dissiper, cette chimère, et nous faire sortir de notre abattement, ne suffit-il pas de montrer aux hommes combien est simple, combien est évident et sensible ce même ordre à la connaissance duquel ils désespèrent de pouvoir jamais s'élever ; de les convaincre qu'il est facile à comprendre, facile ï mettre en pratique, plus facile encore k perpétuer ?
Qu'on me permette donc de rapprocher, de rassembler, pour ainsi dire, dans un même point de vue, les vérités contenues successivement dans cet ouvrage; de faire voir, par la nécessité de leur enchaînement, qu'il en est une première dans laquelle toutes les autres sont renfermées, et qui est sensible à toute intelligence : ce coup-d'œil mettra mes lecteurs dans le cas, non de croire à la possibilité de l'établissement de l'ordre naturel des sociétés dans toute sa perfection, mais de ne pouvoir i plus imaginer quelle espèce d'oppositions un établissement si précieux, si désirable, pourrait rencontrer, lorsque ce même ordre sera connu dans toute sa simplicité.
Nous avons commencé par attacher nos regards sur le premier état < de l'homme, avant qu'il se réunisse librement a quelque société particu-
Itère: nous le voyons naître dans l'impossibilité de se passer du secours des antres; mais aussi, pour ménager ces secours à son impuissance absolue, nous trouvons dans ses père et mère des devoirs dont l'observation est assurée, tant par les plaisirs d'attrait dont la nature a rendu ces devoirs susceptibles, que par la contemplation du besoin que les père et mère auront un jour des secours de leurs enfants.
Sur ces premiers devoirs des père et mère envers ceux qui leur doivent le jour, vous voyez s'établir leurs premiers droits sur leurs enfants, et les premiers devoirs des enfants envers leurs père et incve : cette réciprocité de devoirs et de droits forme entre eux une société naturelle. Mais à peine les enfants sont-ils en état de rendre quelques services, qne les liens de cette société se resserrent encore par les avantages ftnsiiles que tous ceux qui la composent trouvent h rester unis pour s'aider mutuellement !.
Noos avons passé rapidement sur ces premières époques de notre vie, pour considérer les hommes dans l'âge où le germe des passions s'est développé, dans l'âge où la force physique de leur individu les met en Aal de disposer d'eux-mêmes, et sert leurs volontés. Là, nous avons observé qu'une sensibilité involontaire au plaisir et au mal physiques, les avertit perpétuellement qu'ils ont un devoir essentiel à remplir, celui de Pourvoira leur subsistance; cette sensibilité les tient assujétis rigoureu- *etnentàce devoiretatous les travaux qu'il exige d'eux pour les conduire «des jouissances qui leur sont précieuses. De la, le désir naturel d'acîû^rir ces jouissances et de les conserver ; désir qui les dispose naturelteuaent à saisir tous les moyens de s'assurer la possession paisible des rt* ils de leurs travaux ; par conséquent à vivre en société.
"Vivre en société, c'est connaître et pratiquer les lois naturelles et fon- **mentale$ de la société, pour se procurer les avantages attachés à leurobm ^nation. Cette définition nous montre que la nature est le premier ins-
* Nest-il pas singulier que les Socialistes prêchent tout à la fois la loi du dévoue- L^mt et le libre essor des passions humaines, et cela, pour que ['inégalité des apti- **Mes, comme dit Pun d'eux , n'aboutisse pas à l'inégalité des droits , mais bien à **%égalité des devoirs ? Plus judicieux, les Physiocrates se contentaient d3 mettre * lumière l'importance qu'il y avait pour la société, même au point de vue matériel, a se pas enfreindre la loi de justice, dont la notion existe dans le cœur de chacun e nous pour y tenir en équilibre les deux instincts fondamentaux de notre espèce, : désir du bien-être et l'aversion pour la souffrance. Nous pensons, avec cesphilo- >phes, qu'il n'y a pas de droits sans devoirs ; mais nous ne comprenons pas plus U'eux, comment il y aurait des devoirs spéciaux qui ne donneraient pas naissance des droits analogues. Commençons par être justes, car cela n'empêchera personne, -t surtout les théoriciens du dévouement, d'être sublimes. (E. D.)
tituteur de l'homme social parvenu à l'âge où ses passions et ses forces doivent être dirigées par la raison. Je dis qu'elle en est le premier instituteur, parce que c'est elle qui a voulu la réunion des hommes en société; c'est elle qui a dicté les conditions essentielles à cette réunion; c'est elle enfin qui leur rend sensibles la nécessité de la société, et celle des conditions auxquelles ils doivent se soumettre pour que la société puisse se former et se perpétuer.
En effet, le désir d'acquérir et de conserver nous presse naturellement d'éviter tout ce qui pourrait mettre des obstacles à l'accomplissement de ce désir : nous sentons même en nous une disposition naturelle à employer toutes nos forces pour surmonter ces obstacles. Celle disposition, conséquente à notre premier désir, est donc une leçon très intelligible que la nature nous donne, et par laquelle elle nous fait comprendre qu'il est de notre intérêt de ne pas provoquer ces mêmes obstacles que nous nous proposons d'écarter ; en un mot, de ne rien faire qui puisse nous empêcher de jouir paisiblement et constamment du droit d'acquérir et de conserver.
Je me sers ici du terme de droit, parce qu'il n'est aucun homme qui, dans ce premier état, ne sente la nécessité absolue dont il est pour loi de pouvoir librement se procurer les choses dont sa conservation a besoin; aucun homme qui ne comprenne que la liberté de les acquérir serait nulle en lui sans la liberté de les conserver; qu'k raison de cette même nécessité absolue, qui fait son titre, on ne peut, sans injustice, offenser en rien sa liberté.
Dès ce moment, je vois des hommes instruits et formés pour vivre en société : la sensation ou la connaissance intuitive qu'ils ont de leurs premiers droits, leur donne aussi nécessairement la connaissance intuitive de leurs premiers devoirs envers les autres hommes : ce qui se passe dans leur intérieur leur fait facilement comprendre que tous les hommes ont des droits de la même espèce ; qu'aucun d'eux ne peut se proposer de les violer dans les autres, qu'il n'éprouve de leur part la plus grande résistance possible; qu'il ne s'expose nécessairement 1 toutes les violences qu'ils pourront, à leur tour, exercer k son égard.
Ainsi chacun, éclairé par V attention qu'il donne à son intérêt personnel, à ses propres sensations, est forcé de se reconnaître sujet à des devoirs; de s'imposer l'obligation de ne point troubler les autres hommes dans la jouissance du droit d'acquérir et de conserver, afin de n'être point aussi troublé lui-même dans la jouissance de ce droit '.
1 Ces principes d'économie sociale, que le cœur et la raison sanctionnent, sont, dans Tordre moral , des axiomes qui n'ont pas moins de clarté et de certitude c%jw
Noos n'avons donc pas besoin d'un autre maître que la nature pour parvenir k l'institution de la propriété personnelle et de la propriété mobilière; car ces deux sortes de propriétés , qui au fond n'en font qu'une seule, présentée sous deux noms différents \ ne sont autre chose que ce que je Tiens de nommer, le droit d'acquérir et de conserver : elles se trouvent naturellement instituées par la seule force de la nécessité absolue dont elles sont a notre existence ; nécessité que le physique de notre constitution nous rend sensible, et d'après laquelle il ne nous est pas possible de méconnaître ni les premiers devoirs réciproques auxquels elle assujétit les hommes entre eux, ni l'intérêt qu'ils ont tous à s'y conformer.
Tel est le premier état du genre humain; tel est l'état de la société priœititive, de cette société naturelle, tacite et universelle, qui a dû précéder l'institution des sociétés particulières et conventionnelles. C'est dans cette source que j'ai puisé les premières notions du juste et de l'injuste absolus, des devoirs et des droits réciproques dont la justice est absolue, parce qu'ils sont d'une nécessité absolue dans des êtres créés pour vivre en société.
Hais en quoi consistent-ils ce juste et cet injuste absolus? Présentent-ils, dans leurs principes ou dans leurs conséquences , des vérités compliquées, des vérités à la connaissance desquelles notre intelligence
ceux de Tordre mathématique. Si cela est vrai, la cause du monopole, sous quelques formes qu'il se déguise , est définitivement jugée; et le maintien de son existence n'est plus qu'une question de temps. Ne serait-ce donc pas faire injure à notre pays , que de croire qu'une agitation française, au profit de la doctrine du sens commun , car les principes de l'économie politique ne sont point autre chose, ne peut y surgir aussi bien que de l'autre côté du détroit? Parce que les propriétaires territoriaux ne se sont pas trouvés assez forts pour nous imposer une loi-céréale aussi inique que celle de l'Angleterre , est-ce donc pour nous un enseignement qui manque d'application que celui contenu dans ces éloquentes et spirituelles paroles d'un orateur de la Ligue :
« Le monopole isole le pays de la grande famille humaine ; il détruit ces liens et ces avantages mutuels que la Providence avait en vue le jour où il lui plut de répandre tant de diversité parmi toutes les régions du globe. La loi-céréale est une expérience, faite sur le peuple ; c'est un défi jeté par l'aristocratie à V éternelle justice; e'est un effort pour élever artificiellement la propriété d'un homme aux dépens de celle de son frère. Ceux qui taxent le pain du peuple , taxeraient l'air et la lumière s'ils le pouvaient; ils taxeraient les regards que nous jetons sur la voûte étoilée ; ils soumettraient les cieux avec toutes les constellations, et la chevelure de Cassiope, et le baudrier d'Orion, et les brillantes Pléiades, et la grande et la petite Ourse, au jeu de l'échelle mobile (Cobdcn et la Ligue, p. 54- 35 , dise, de M. J.-W. Fox , prononcé dans le meeting hebdomadaire, du 30 mars 4845). — Voy. les Observations dont nous avons fait précéder le travail de La Rivière. (K . ï>.)
1 V. les notes de la p. 342.
ne puisse s'élever que par de grands efforts? Non, non, cette connais* sance n'est point réservée à quelques hommes en particulier; il n'en est point à qui la nature n'ait donné la faculté de voir évidemment ces vérités à l'aide de la minière qui éclaire en eux cette faculté.
La lumière et la faculté de voir sont deux choses qu'il ne faut pas confondre ; car, sans la lumière, les yeux de nos corps ne nous sont d'aucune utilité. La raison, cet assemblage de facultés intellectuelles, est ce que nous pouvons nommer les yeux de l'ame; mais, dans Tordre dos choses humaines, les seules qui appartiennent à mon sujet, la raison ne peut servir à nous conduire qu'autant qu'elle est frappée d'une lainière qui lui permet de distinguer et de connaître les objets. Cette lumière dont je veux parler est celle qui luit dans les ténèbres, qui éclaire tout homme venant dans ce monde, et qui est la vie des hommes ' ; ce sont nos sensations physiques et involontaires qui forment en nous cette lumière par l'attention que nous leur donnons: au moyen de cette attention naturelle et volontaire, nous sentons, comme je viens de le dire, nous voyons évidemment qu'il est d'une nécessité, et par conséquent d'une justice absolue, que nous ne soyons point arbitrairement troublés dans le droit d'acquérir et de conserver les choses utiles à notre existence; nous voyons évidemment que cette nécessité et cette justice sont nécessairement les mêmes dans tous les êtres de notre espèce ; qu'elles assujÀissent invariablement chacun d'eux en particulier à ne point faire aux autres ce qu'il ne voudrait pas qui lui fût fait.
Nous voici donc, sans aucun effort, parvenus à la connaissance sublime du juste et de l'injuste absolus; nous possédons le premier principe de tous les devoirs réciproques qui nous sont imposés par un ordre immuable, qui est la raison universelle ■; nous connaissons cette loi qui est écrite dans tous les cœurs, dans ceux môme qui sont assez malheureux pour être privés dû jour que répand le flambeau de la foi*; cette loi qui nous est enseignée par la nature, et dont on ne peut s' écarter sans crime*-, cette loi dont l'institution est Touvrage d'une sagesse qui gouverne Punivers par des règles invariables B ; cette loi qui est moins un présent de la Divinité que la Divinité elle-même, de manière que pécher contre la loi, cest pécher contre la Divinité 6 ; il ne s'agit plus ainsi que
1 S. Jean tivang., chap. 1.
* Mallebranclic, Tr. de mor., chap. 2.
* S. IN-uil aux Itoui., 2.
* S. Thomas, 2. li. *\. 133, art. 1.
■ (lie. de L'y., !iv. II.
* A ri ^ t . d e Cattt. Civ il .
d'en développer les conséquences, et de trouver dans ce développement Tordre naturel et essentiel des sociétés ; essayons donc de les former, mais sans autre secours que celui de cette première connaissance.
J'observe d'abord qu'il n'est point question entre nous de décider si chacun sera propriétaire de sa personne et des choses acquises par ses recherches ou ses travaux : ce premier droit est la première loi du juste absolu, dont nous savons que notre intérêt personnel ne nous permet pas de nous écarter. II ne s'agit pas non plus de savoir si quelques-uns peuvent être autorisés k violer arbitrairement la propriété personnelle et mobilière des autres : nous ne nous réunissons en société que pour préienir et empêcher ce désordre évident ; ce désordre qui anéantirait un droit dont la nécessité et la justice absolues nous sont évidentes. Pour découvrir les devoirs que nous devons nous imposer réciproquement , prenons la voie la plus courte et la plus simple; examinons qui nous sommes avant de nous réunir en société; quels sont les droits dont nous jouissons, et quel est l'objet que nous nous proposons par cette réunion. > • Chacun de nous est un être qui , déjà , connait la justice par essence , mais qui, cependant, peut h tout instant devenir injuste ; chacun de nous se présente avec un droit de propriété pleinement indépendant, et dont il cherche & s'assurer la jouissance; chacun de nous sait que ce droit est d'une justice absolue; mais chacun sait aussi qu'il peut être troublé dans cette jouissance parles autres hommes, et qu'il lui importe beaucoup de ne pas l'être : alors l'objet de notre réunion eu société est sensible \ il consiste à établir, en faveur de chacun de nous, la sûreté qu'il désire de procurer à son droit de propriété, et dans toute Tétendue que ce droit a naturellement. Mais, dès que l'évidence de cet objet réunit toutes nos volontés, nous serons bientôt d'accord sur les moyens de le remplir'.
1 Cet accord n'est pas aussi facile que le suppose La Rivière. La difficulté vient , non de l'ignorance de la justice, mais du fait, que chacun n'en trouve les principeapplicables qu'à ce qui touche ses intérêts propres, et non à ce qui concerne les intérêts des autres. A cet égard, VÂnti-corn-law-league ne ménage pas les vérités à l'aristocratie terrienne de la Grande-Bretagne; et celte nouvelle citation, qu'on nous pardonnera sans doute, montrera si elle sait les rcudre piquantes :
« Ce qui fait que beaucoup d'hommes ne comprennent pas toute la signification
dere mot justice, c'est que l'intérêt personnel les aveugle. Je me rappelle qu'un
gentleman, discutant au milieu d'un grand nombre de gens d'église , ne pouvait
leur faire comprendre le sens d'un terme, que je supposerai tHre ce mot : justice.
Il écrivit ce mot et demanda : Qu'est-ce que cela signifie? l'n des ministres s'écria:
/tf'/i'ce. Le gentleman posa une guinée sur le mot, et dit : Que voyez-vous mainte-
natst ? Ei ]e ministre répondit : rien. — Car l'or lui interceptait la vue. » (Cobdcn
** '<* Ligue, p. 60, meeting hebdom. du S avril 1843, dise, de M. Hume). — Voy.
1 "ote précédente. (1-. *> )
Il ne nous annonce donc que des vérités sensibles et évidentes, celui
qui, parmi nous, élève la voix et nous dit : « Mes frères, Tordre immuable
« de la nature est que chacun soit pleinement propriétaire de sa per-
« sonne et de ce qu'il acquiert par ses recherches ou ses travaux : ce
« double droit est d'une nécessité absolue; et dans cette nécessité nous
« découvrons tous les premiers principes d'une justice par essence,
« d'une justice dans laquelle nous devons puiser toutes les conventions
« qu'il nous faut adopter pour notre félicité commune. Ce n'est même
« qu'en prenant pour guide la connaissance évidente de cette justice,
« qu'il nous sera possible de remplir l'objet de notre réunion en société;
« qu'il nous sera possible de garantir le droit de propriété de tous les
« troubles qu'il pourrait éprouver dans un homme dont la force per-
« sonnelle ferait toute la sûreté : il est donc dans l'ordre de cette jnstice,
« dans l'ordre de nos intérêts communs, et de l'objet que nous nous
« proposons tous uniformément, qu'il se fasse une réunion de toutes nos
« forces au soutien du droit de propriété ; par conséquent qu'il y ail un
« signe sensible de ralliement, au moyen duquel elles puissent se ras-
« sembler dans un seul tout, pour ne plus former qu'une force unique
« et commune qui, par ce moyen , se trouve toujours en état de proté-
« ger efficacement le droit de propriété : ainsi, que chacun de nous s'im-
« pose le devoir de rallier ses forces particulières au centre commun
« dont nous conviendrons; par ce nouveau devoir, il acquerra le droit
« de jouir de la force de tous, et sa faiblesse, fortifiée par ce secours,
« sera toujours une force irrésistible ; il n'aura jamais rien k craindre
c pour son droit de propriété. »
Ce plan de réunion adopté, car il est impossible qu'il ne le soit pas, la rédaction des conventions est la partie dont notre société naissante va s'occuper; mais nulle difficulté sur cet article, dès que nous ne perdrons pas de vue notre objet.
Nous cherchons a consolider le droit de propriété, et point du tout à l'énerver : nos vues et nos intérêts communs sont de garantir la jouissance de ce droit dans toute la plénitude, dans toute l'étendue qu'il avait avant de songer à nous réunir en société particulière ; or, avant cette réunion, il était de l'essence du droit de propriété , que nous fussions tous également libres d'en retirer la plus grande somme possible de jouissances ; ce droit qui , dans chaque homme, était naturellement et nécessairement indépendant des volontés arbitraires des autres hommes, ne pouvait être borné dans chacun de nous, que par la nécessité de ne point blesser, duhs les autres, le même droit et son indépendance.
Telle est retendue naturelle et primitive du droit de propriété que nous venons tous mettre sous la protection de la société, et qui doit
LORDBE n \ 1 1 1U:k DBS SOGIKTiS POLITIQUES 6(5
5> èlre à tous eonsené dans tontsnn entier : ainsi, pour autre point utradtciioïi avec nous-mêmes, nos conventions sociales, ou les lois que oous adopterons, ne doivent rien retrancher de ce droit : si elles ni a des devoirs qui ne lui étaient point imposés avant la ?. il faut nécessairement qu'il en résulte pour lui une nouvelle utilité; que chacun, par le* nouveaux devoirs qu'il contracte, acquière nouveaux droits : sans cela il serait évident qu'on porterait atteinte nécessité et a cette justice absolues qui caractérisent le droit de rçpriété pris dans toute son étendue naturelle, et qui doivent servir de
: toute* nos conventions.
Remarquez ici comme la liberté sociale se trouve naturellement ren- Utiis te droit de propriété. La propriété n'est autre chose que le Je jouir; or, il est évidemment impossible de concevoir le droit de ^parement de la liberté de jouir : impossible aussi que cette liberté Disse exister sans ce droit, car elle n'aurait plus d'objet, attendu qu'on n'a Telle que relativement au droit qu'on veut exercer. Ainsi, attaquer s attaquer la liberté ; ainsi, altérer la liberté, c'est altérer la ppriélé; ainsi, propriété^ sûreté, liberté1, voila ce que nous chersns, et ce que nous devons trouver évidemment dans les lois positives ous nous proposons d'instituer; voilà ce que nous devons nommer ntiëlle et primitive de ces mêmes lois : celles-ci ne mv( ni être que le développement, que l'expression de cette raison esutîelle dans l'application qu'elles en fout aux différents cas qu'elles aient prévoir : ce n'est qu'à celle condition qu'elles pourront porter empreinte sacrée d'une nécessité absolue, d'une justice immuable, dont deviendra le lieu indissoluble de notre société, parce que néccisairttnent cette évidence ne cessera de réunir nos volontés et nos pour maintenir et faire observer ces lois. Propriété, sûreté, liberté, voilà donc Tordre social , dans tout son r; c'est de là, c'est du droit de propriété maintenu^ dans toute son tue naturelle et primitive+que vont résulter nécessairement toutes les liiuiis qui constituent la forme essentielle de la société : vous pouvez regarder ce droit de propriété comme un arbre dont toutes les insinuions sociales sont des branches qu'il pousse de lui-même, qu'il jrril, et qui périraient tics qu'elles en seraient détachées*
la Déclaration drs droits de l'homme ci dit eitmjcn , promulguée
ne 17îMt pu l'Âfi»efnblée constituante, est conçu dans ees terme* * Le
esl la conservation *li± droits naturel* et Imprei-
I homme- Ce* droit* sont : la liberté, la propriété, ta sûreté et la rérïfr-
u. - il est vrai qu'à cette époque le génie de Fourrier, de S.ûm
. ivaït pas meure éclairé le monde. (E. t).)
La première de ces institutions est la législation positive. Mais qu'estce que c'est que cette législation? L'exposition, le tableau fidèle de tous les devoirs et de tous les droits réciproques que les hommes ont naturellement et nécessairement entre eux. Et quels sont-ils ces devoirs et ces droits réciproques? Ils consistent tous dans la liberté de retirer de ses droits de propriété la plus grande somme possible de jouissances, sans offenser les droits de propriété des autres hommes; car c'est ce devoir qui assure le droit '.
La propriété étant ainsi nécessairement dans chaque homme la mesure de la liberté dont il doit jouir, i! est évident que les lois positives sont toutes faites; qu'elles ne peuvent plus être que des actes déclaratifs des devoirs et des droits naturels et réciproques, qui sont tous renfermés dans la propriété : tout ce qu'elles peuvent y ajouter, c'est rétablissement des peines, des réparations auxquelles il est évidemment juste d'assujétir le mépris de ces devoirs et la violation des droits d'autrui ; encore cet établissement n'est-il qu'une conséquence naturelle et nécessaire de la sûreté qui doit être invariablement acquise à la propriété.
NOS LOIS POSITIVES NE PEUVENT DONC AVOIR RIEN d' ARBITRAIRE :
comme il n'est point pour elles de milieu entre être favorables ou préjudiciables à la liberté9, elles sont ou évidemment justes ou évidemment injustes; elles sont ou évidemment conformes ou évidemment contraires à l'objet que nous nous sommes proposé.
Ainsi , en partant de cet objet, de la nécessité de maintenir la propriété et la liberté dans toute leur étendue naturelle et primitive, rien de plus simple que les lois qui concerneront les différentes conventions que les hommes pourront faire librement entre eux, et généralement tout ce qu'on peut comprendre sous le nom de commerce : ces lois ne doivent tendre qu'à assurer l'exécution de ces mêmes conventions , et k prévenir tout ce qui pourrait altérer la liberté que chacun doit avoir de faire les marchés et les échanges qui lui conviennent; de vendre et d'acheter au prix le plus avantageux qu'il puisse se procurer; de ne
I La Déclaration des droits porte encore , dans son article 4 : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui .--ainsi l'exercice des droits naturels de chaque homm ? n'a de bornes que celles qui assurent, aux autres membres de la société, la jouissai ■■■; -3 de ces mômes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi. »
II est peu probable que La Rivière ait approuvé la dernière phrase de cet article, rapprochée surtout de celui où F Assemblée constituante donne de la toi une définition à laquelle il faudrait certainement d'autres commentaires que ceux qu'elle y a ajoutés. (E. D.)
* V. plus haut, observations de i éditeur , p. AH.
prendre, en un mot, que son intérêt personnel pour guide, dans tout ce qui n'excède point la mesure naturelle et nécessaire de cette liberté dont il doit jouir en vertu de ses droits de propriété.
On a vu qu'il est de l'essence de l'ordre que l'intérêt particulier d'un seri ne puisse jamais être séparé de l'intérêt commun de tous; nous en trouons une preuve bien convaincante dans les effets que produit naturellement et nécessairement la plénitude de la liberté qui doit régner dans le commerce, pour ne point blesser la propriété. L'intérêt personnel, encouragé par cette grande liberté, presse vivement et perpétuellement dbqoe homme en particulier, de perfectionner, de multiplier les choses ; dont il est vendeur; de grossir ainsi la masse des jouissances qu'il peut - procurer aux autres hommes, afin de grossir, par ce moyen, la masse ) des jouissances que les autres hommes peuvent lui procurer en échange. \ Uwmie alors va de lui-même ; le désir de jouir et la liberté de jouir 1 w cessant de provoquer la multiplication des productions et l'accroissement de l'industrie, ils impriment k toute la société un mouvement qui devient une tendance perpétuelle vers son meilleur étal possible. \ Comme il est dans l'ordre physique que les hommes ainsi réunis en r wciétése multiplient promptemenl; par une suite naturelle et nécessaire > de cette multiplication, ils vont être réduits à manquer de subsistances, s'ils ne les multiplient en même temps par la culture. Ainsi du devoir et da droit qu'ils ont tous de pourvoir à leur conservation, naissent le \ <k?oir et le droit de cultiver. Mais avant de cultiver il faut défricher, toe diverses dépenses pour préparer les terres à recevoir la culture, fa premières dépenses une fois faites, on ne peut plus enlever aux kfires défrichées les richesses qu'on a consommées en les employant à * opérations : il faut donc que la propriété de ces terres reste h ceux Wi ont fait ces dépenses : sans cela leur propriété mobilière serait lésée. Ain8i,deméme que la propriété personnelle devient une propriété mobi- ''èrepar rapport aux effets mobiliers que nous acquérons par nos recher- ^es et nos travaux, de même aussi elle doit nécessairement devenir une Propriété foncière par rapport aux terres dans le défrichement desquelles &o*is avons employé les richesses mobilières que nous possédions.
On voit ici que la propriété foncière n'est point une institution factice e* arbitraire; qu'elle n'est que le développement de la propriété personnelle, le dernier degré d'extension dont celle-ci soit susceptible; on voit *n**il n'existe qu'un seul et unique droit de propriété : celui de la propriété personnelle; mais qui change de nom selon la nature des objets auxquels on en fait l'application1.
1 Autant La Rivière caressait avec amour cette idée, que h propriété sert de base
Une autre observation, c'est que déjà il ne nous est plus possible de ne pas reconnaître le droit de propriété pour être une institution divine; pour être le moyen par lequel nous sommes destinés, comme cause seconde, à perpétuer le grand œuvre de la création, et à coopérer aux vues de son Auteur. Il a voulu que la terre ne produisit presque rien d'ellemême; mais il a permis qu'elle renfermât dans son sein un principe de fécondité, qui n'attend que nos secours pour la couvrir de productions. Il est évident que ces secours ne seront point administrés k la terre, si le droit de propriété n'est solidement établi ; par conséquent que ce droit est une branche essentielle de Tordre physique même; qu'il est un» condition essentielle à la multiplication que nous voyons manifestement être dans les intentions du Créateur.
Il serait superflu de dire que la propriété des terres renferme nécessairement la propriété de leurs productions : la propriété, c'est le droit de jouir; or, la jouissance d'une terre est précisément la jouissance des productions qu'on peut en retirer.
à Tordre social, autant, au contraire, l'abbé de Mably la repoussait avec force, dus ses Doutes aux philosophes économistes sur Fordre naturel des sociétés.
« Je ne puis, écrivait-il, abandonner cette idée agréable de la communauté iss biens. Supposons qu'il se présente une occasion où le législateur soit le maître de donner à ses citoyens les idées qu'il voudra ; pensez-vous qu'il dût alors plus s'occuper de la culture des fruits de la terre que de la culture des qualités sociales? Je crois deviner votre réponse et j'en conclus que, quand la propriété foncière serai beaucoup plus favorable à la reproduction des richesses qu'elle ne Test en effet, il faudrait encore préférer la communauté des biens. Qu'importe cette plus grande abondance, si elle invite les hommes à être injustes, et à s'armer de la force ou de la fraude pour s'enrichir? Peut-on douter sérieusement que, dans une société où Tavarice, la vanité et l'ambition seraient inconnues , le dernier des citoyens ne lût plus heureux que ne le sont aujourd'hui les propriétaires les plus riches ? Mais, monsieur, ne nous arrêtons pas aux maux domestiques que la propriété foncière «produits. En dénaturant tous les rapports qui doivent unir les citoyens , n'a-t-elle pu rompu tous les liens de la société générale ? Comment voudriez-vous que des hommes accoutumés à la propriété, ne comprissent pas que leur fortune augmente rait si la république s'agrandissait aux dépens de ses voisins ? De là les guerres étrangères. Des citoyens sans fortune particulière, riches du bien public , et égaux entre eux , n'auraient-ils pas , au coutraire, plus de motifs pour ne pas troubler U tranquillité de leurs voisins ? (Lettre 1"*, p. 15 à 17). »
Quoique Mably ajoute , en faveur de cette idée agréable de la communauté des biens , beaucoup de choses aussi ^curieuses que les précédentes , ceci notamment: « L'homme peut se passer de cultiver la terre; mais rien ne peut le dispenser de faire des lois. La culture est faite pour embellir et aider la société, et la société n'est point faite pour faire fleurir l'agriculture (Ibid., p. 51), » 11 ne demande pas, du inoins, Y application de ses doctrines, et convient « qu'aucune force humaine ne pourrait tenter , aujourd'hui , de rétablir V égalité , sans causer de plus grands desordres que ceux qu'on voudrait éviter » (Ibid., p. 15). (E. D.)
1/OnîHlE NATUREL DES SOCIÉTÉS PQLJTIOlïES,
tendant, connue il ne suffit pas d'avoir fait les premières dépenses *êï la culture pour que les productions renaissent annuellement, el qu'il peut se faire que les propriétairesdecespremièresdépefi
liguent des faculté maires pour subvenir à lotis les frais que
la culture exige encore chaque année, U est dam tordre de lapropriêtè que quiconque se chargera de ces Irais, partage dans les productions avec ceus par qui les premières dépense» ont été faites,
lie sera donc la disposition de nos lots à ce sujet ? Que statueront-
ne, sur les proportions qu'on sert tenu de garder, afin
que la reproduction ne puisse jamaismanquer desavancesaiinuelles dont
elle a besoin ? Ma réponse est simple ; les lois ne statueront rien ; comme
il n'esl point de liberté sans la sûreté, elles ne s'occuperont que des
ssurer l'exécution des conventions, parce que celte sûreté
ire pour faire régnerdans celle partie, comme dans toutes les
res, la plus grande liberté possible : du sein de celle liberté on verra
naître une grande concurrence d'hommes qui se présenteront a Tenvi
C des richesses mobilières» et les offriront au rabais pour servir iY:\
es a ta culture : au moyen de cette concurrence, les propriétaires
fonciers se procureront ces richesses au meilleur marché possible, et m
verout ainsi toujours la plus grande part possible dans les produc-
>ns qui, par Peulremisedeees richesses, croîtront annuellement dans
leurs domaines.
La liberté des conventions \\ faire, entre les propriétaires fonciers et les toltiraleurs ou entrepreneurs de culture, n'est point une liberté %UrUe;cAv, d'après ces traités, et en supposant que toute sûreté soit acquise, comme elle doit Télre,à la propriété personnelle et mobilière dans les cultiva leurs, ils u*ont pas de plus grand intérêt que de multiplier leurs avances pour multiplier les productions, puisque leurs profits doiitre en raison de celle multiplication. Ainsi à cet égard la lib< encore le germe de l'abondance et de tous les avantages que
• procure h la société; germe d'autant plus fécond, que l'abondance urelkment progressive, les profits faits par les cultivateurs devenant dans leurs mains des moyens pour provoquer de plus eu plus
tons mai menant une troisième classe d'hommes, ceux qui ne ires fonciers, ni cultivateurs : l'institution delà propriété paraît préjudiciel* à leur droit de propriété; les voilà privés de le profiler des productions spontanées qui croîtraient sur les nis cultivez: on leur impose, au contraire, le devoir de ressqui naîtront annuellement à votre profil. Mais faites attention que vous ne pouvez jouir de toutes vos productions que par Ventre-
mise des autres hommes; que, pour convertir en jouissances la majeure partie de ces productions, vous avez besoin de l'industrie et des travaux de cette troisième classe ; qu'ainsi vos propres besoins, soit naturels, soit factices, lui assurent le droit de partager dans vos récoltes.
Si la propriété des productions n'était point acquise à ceux qui les font renaître, il n'y aurait ni culture ni récolte; les productions seraient par conséquent insuffisantes; et d'ailleurs chacun serait obligé d'aller les chercher, au risque de ne pas les trouver. Le devoir de respecter les récoltes est donc avantageux à cette classe industrieuse; non-seulement elle ne craint plus de manquer des productions dont elle a besoin, mais elle est sûre encore que les productions viendront la trouver dès qu'elle voudra les appeler belle par ses travaux : ainsi, dans cette classe, le droit de propriété, bien loin de perdre, a beaucoup gagné.
Un partage à faire chaque année entre les premiers propriétaires des productions renaissantes et les autres hommes, est encore un article qui n'a rien d'embarrassant pour notre législation : le maintien de la propriété et de la liberté, dans toute leur étendue naturelle et primitive, va faire régner à cet égard l'ordre le plus parfait, sans le secours d'aucune autre loi.
Quoique moi, agent de la classe industrieuse, je ne sois propriétaire que de ma personne, de mon industrie , de ma main-d'œuvre, il est de l'essence de mon droit de propriété qu'il me soit permis d'en retirer la plus grande somme possible de jouissances : je dois donc être pleinement libre d'échanger mes travaux contre la plus grande somme possible de productions1; par conséquent de préférer, entre tous ceux qui les font renaître, celui qui rendra cet échange plus avantageux pour moi. Par la même raison, vous, premier propriétaire des récoltes, vous devez avoir aussi une pleine et entière liberté de préférer, parmi tous les hommes de mon espèce, celui qui, dans réchange de vos productions contre ses travaux, vous offrira les conditions qui vous conviendront le mieux: ainsi, sans offenser aucunement ni votre liberté, ni la mienne, cette
1 Telle n'est pas la doctrine des économistes du Congrès agricole. 11 faut, à cet messieurs , une agriculture tory, et , pendant qu'ils le disent naïvement dans certains journaux , d'autres feuilles quotidiennes ouvrent à deux battants leur format, "j grand ou petit, aux défenseurs du monopole industriel. Quelques voix perdues, et i que finira par réduire au silence cette audacieuse coalition des propriétaires et do capitalistes contre l'intérêt général , voilà tout ce qui reste pour protéger les droite du plus grand nombre, c'est-à-dire des simples travailleurs , qu'a leur tour les utopistes égarent sur la route d'un paradis social imaginaire. Certes, tout puissant qu'il fut alors, le monopole n'avait pas, du temps de Quesnay, la vie aussi douce que du nôtre. (E. D.)
1/OllDBË NATUREL DES SOCIÉTÉS POLITIQUES, 621
double concurrence devient naturetUment et nécessairement l'arbitraire nions respectives: par ce moyen, vous ci moi areitlemenl de nos droits de propriété l:i plus grande ible de jouissances; et pour nous procurer cet avantage, nous s besoin que de la liberté qui préside \\ nu* CûûVêB Lions, et de fa écution.
nation, et par conséquent la reproduction, voilà les deux objet» capitaux qui intéressent l'humanité : c'est à ces deux objets que se rapportant directement on indirectement tous les devoirs et tous les droits réciproques que les hommes contractent entre eux; aussi est-ce à T< de ces deus objets que se forment les divers états qui com-
posent une société; les uns disposent les terres a recevoir la culture; d'autres les cultivent; d'autres encore préparent les productions qu'elles donnent, en augmentent l'utilité par leur industrie; d Vu très aussi sont du soin de maintenir l'ordre des devoirs et des droits réciprod il] ère nies classes ont entre elles pour raison du besoin ont mutuellement les unes des autres,
a mutuel dont je parle, est naturel et non factice ; la consomma' i mesure de la reproduction '; il faut qu'il j ait des hommes qui ne s'occupeul qu'à faciliter les consommations, comme il faut qu'il : ne s'occupent qu'à faire renaître et îk multiplier les producndant cette distribution des travaux et des occupations delà ! possible qu'autant que la sûre lé des droits réciproques est iment établie. Cette sûreté est le lien commun de toute société; Ile qui permet que la mesure des devoirs et des droits soit dans tous les cas naturellement et nécessairement déterminée par une concurrence qui est le fruit naturel et nécessaire de la liberté. Le résultat de cel ensemble n'est pas moins important que facile à acun conserve sa liberté, et par conséquent ses droits de protoute leur étendue naturelle et primitive; chacun, sans autre 1e celui de varier, de multiplier ses jouissances, se trouve être nu moyen dont Tordre se sert pour augmenter la somme des jouissances ommun de toute la société : de là nous voyons naître la plus ondance possible de productions; taudis que sur cette baie ItuUrîe s'élève a son plus liant degré possible, et que, par le concours iva nlages, le meilleur étal possible est acquis à la plus i uhition possible. Tels sont les biens dont nous sommes redei la liberté; mais point de liberté sans la sûreté : il n'y a donc plus
que ce dernier objet qui doive maintenant fixer notre attention; ainsi» reste à examiner comment les institutions qui lui sont relatives se trouvent toutes renfermées dans la loi de la propriété.
Faut-il une intelligence supérieure pour comprendre que des devoir» et des droits sont absolument incompatibles avec l'arbitraire? Les premières connaissances que nous venons de découvrir dans les hommes M* sont-elles pas suffisantes pour leur faire sentir que l'arbitraire et le droit, de propriété sont deux choses contradictoires? N'est-ce pas même pour mettre ce droit à l'abri de l'arbitraire, qu'ils viennent de se réunir en*, société ? En un mot, leur objet est de maintenir le droit de propriété efc, la liberté dans toute leur étendue naturelle ; ils en ont reconnu la justice et la nécessité; voilà la base de toutes leurs conventions sociales, voilk la raison primitive et essentielle de toutes leurs lois positives.
Il est sensible que parmi des hommes pénétrés de ce principe il ne peut s'élever des contestations que relativement aux faits, parce qu'il n'y a que les rapports des faits avec le principe qui peuvent ne pas se trouver évidents. Il est sensible aussi que la loi de la propriété ne permet point que, dans aucun cas, un homme ait le privilège d'asservir à son opinion particulière un autre homme; car ce serait tomber dans l'arbitraire et anéantir la propriété. Il est donc d'une nécessité et d'une justice absolues, d'une nécessité et d'une justice conséquentes à celles do droit de propriété, que chaque fois qu'à raison des faits il se formera des prétentions contraires les unes aux autres, aucune des parties intéressées ne puisse en décider elle-même : par conséquent qu'il y ait des hommes préposés pour les juger souverainement et à la pluralité des voix ; des magistrats institués pour faire l'application de la loi aux faits particuliers sur lesquels sont fondés les prétentions; pour être enfin les organes de la loi, et en annoncer les décisions, après avoir vérifié, par un examen suffisant, les rapports de ces faits avec la loi.
Ce que je dis ici sur la nécessité de la pluralité des magistrats pour rendre un même jugement, n'est qu'une conséquence évidente de l'obligation naturelle et absolue où l'on est de maintenir la propriété dans toute son étendue primitive. Par la raison que les magistrats ne peuvent avoir a juger que des conjectures, des faits dont les circonstances équivoques jettent dans l'incertitude, et prêtent à ce qu'on nomme opinion, cette incertitude ne peut être fixée que par le plus grand nombre des opinions; ce plus grand nombre étant la seule ressource que nous puissions employer pour nous guider au défaut de l'évidence. II est donc sensible que la propriété serait compromise, si les jugements n'étaient pas invariablement rendus à la pluralité des suffrages.
Ainsi, la nécessité de maintenir la propriété et la liberté dans toute leur
L'ORDRE NUI REl DES SOCIÉTÉS l*OLITIQl ES. €23
naturtlk ei primitive, nous conduit à la nécessité de proscrire l'arbitraire; de ta, à la nécessité d'instituer un corps de magistrats ; de ■ssitéque leurs jugements soient indéformables; de là, h la lé de les asstijélir eux-mêmes à des formes qui ne leur permettes de juger qu'après avoir éclairé, au tant qu'il est possible, l'obscurité -quels ils ont à faire parler la loi.
Les r le ces Cormes avec le maintien de la propriété sont en-
ridents : impossible de rendre Injustice sans examen, quand elle nie par elle-même. Les formes sont les procédés qui conrentlre l'examen suffisant, et voila pourquoi la violation de til une injustice évidente; or, en cela qu'elle serait évile n'est plus à craindre : quand les magistrats oseraient s'y poristîce aurait le sort de lotîtes les autres de la même espèce, 'Ses nous allons trouver un remède assuré.
équivoques, et qui paraissent prêter a. ce qu'on apd1 l'arbitraire étant une lois enchaîné par l'institution des ! droit de propriété n'a plus à redouter que la violence et les s de fait qui pourraient résulter d'une mauvaise volonté dont l'évidence serait manifeste, Maïs nous avons vu que c'est précisément, pour enir ce désordre évident, que les hommes ont institué leur société; ni convenus de réunir toutes leurs forces particulières, de n'en plus former qu'une seule force commune pour l'employer au maintien de b propriété : ainsi, pour garantie contre les voies de fait, contre les injustices évidentes, vous avez une autorité tutélaire armée de toutes les iques de la société: voyez s'il est possible d'imaginer une t lus entière, plus solide, plus absolue.
rela même que les hommes ont reconnu la nécessité de cette force mune, ils ont aussi reconnu la nécessité d'un souverain, et d'un soukiu unique, il est aisé de le prouver. Observez d'abord qu'au moyen union de toutes nos forces particulières, vous ne voyez qu'une lia force publique. Observez ensuite que la force n'est point active elle-même : elle a bien tout ce qu'il faut pour agir ; elle est toujours agir; mais tout cela ne suffit pas: il lui faut encore une volonté agir. Il est donc évident qu'il devient d'une nécessité ab~ lituer un chef à la voix duquel la force publique se mette en un chef dont la volonté prescrive h celte force les mouvements doit faire pour la sûreté commune de nos droits de propriété ; il m que ce chef doit élre unique; car s'il y avait deux il pourrait se trouver deux volontés qui se contrediraient : a laquelle des deux alors faudrait-il que la force commune obéit? Si c'est a Fui ux par préférence, je ne vois plus qu'un souverain unique;
si ce n'est ni à Tune ni à l'autre, il n'existe plus de souverain, tant qœ
ces deux volontés ne sont pas d'accord pour n'en plus former qu'a seule; dans ce cas la force publique devient nulle, parce qu'elle ne penfe plus être mise en action; et le droit de propriété, qu'elle doit protéger.» se trouve sans appui, sans sûreté.
Deux autorités égales présentent une contradiction évidente : ellessonfc toutes deux nulles, prises séparément. Deux autorités inégales présentent une contradiction dans un autre genre, mais de la même évidence: celle des deux qui est supérieure est tout, et l'autre n'est rien.
Qui dit autorité, dit le droit de commander joint au pouvoir physique de se faire obéir, ce qui suppose toujours et nécessairement la supériorité de la force physique. Mais qui est-ce qui a naturellement le droit de commander aux hommes, si ce n'est l'évidence? Qui est-ce qui peut assurer au commandement la supériorité de la force physique pour se faire obéir, si ne n'est la force intuitive et déterminante de l'évidence, qui rallie à elle toutes nos forces, parce qu'elle rallie à elle toutes nos volontés? L'évidence n'est-elle pas une, n'est-elle pas immuable? Ainsi, partout où elle est le principe de la réunion des forces, il ne peut se trouver qu'une seule force publique ; impossible de diviser celle-ci , à moins de la séparer de son principe et c'est l'anéantir, impossible , par conséquent, qu'elle puisse être placée dans plusieurs mains à la fois.
Quand les hommes sont malheureusement privés de l'évidence, l'opinion proprement dite est le principe de toutes forces morales : nous ne pouvons plus alors ni connaître aucune force, ni compter sur elle. Dans cet état de désordre nécessaire , l'idée d'établir des contre-forces pour prévenir les abus arbitraires de l'autorité souveraine, est évidemment une chimère : l'opposé de l'arbitraire , c'est l'évidence ; et ce n'«st que la force irrésistible de l'évidence qui puisse servir de contre-force ï celle de l'arbitraire et de l'opinion.
Pour calmer toute inquiétude sur les abus de l'autorité de la part d'ua chef unique , il suffit de faire attention a la nécessité manifeste dont il est, pour un souverain, de protéger le droit de propriété : il n'est souverain que parce qu'il tient dans sa main toutes les forces physiques de la société; mais qu'est-ce qui réunit ainsi dans la personne du chef toutes ces forces particulières? L'évidence de la nécessité et de la justice absolues qui caractérisent le droit de propriété , et qui nous imposent le devoir absolu de la maintenir dans toute son étendue naturelle et primitive- Ne séparez donc point l'effet de la cause qui le produit : l'évidence est ici l'intermédiaire par le moyen duquel toutes les forces de la société se rallient au souverain : si vous anéantissez la cause, qu'est-ce qui la suppléera pour en perpétuer les effets! Faites attention maintenant qu'il
l'est rien de plus évident que l'étendue naturelle et primitive dont la propriété, et par conséquent la liberté doivent jouir; qu'ainsi il est impossible de leur porter atteinte, sans qu'un tel abus de l'autorité soit publiquement évident; d'après cette seule observation, voyez si des abus de cette espèce sont k craindre ; voyez si la force naturelle et irrésistible d'une évidence publique n'est pas suffisante pour vous en garantir; voyez aussi combien se sont égarés ceux qui ont cherché à opposer à l'autorité du souverain, d'autres contre-forces que celles de cette évidence, qui doit être le principe même de l'autorité, parce qu'elle est celai de la réunion des volontés1.
Les spéculations d'après lesquelles on a imaginé le système des contrefarces, sont d'autant plus chimériques, que l'intention d'abuser de son autorité, au préjudice de la propriété et de la liberté, est une chose qu'on ne peut jamais supposer dans un souverain, à moins que la loi fondamentale de la propriété, et les avantages qui en résultent nécessairement, se soient totalement oubliés et du souverain même et de toute la société: ans cela il sera toujours et nécessairement, le plus puissant protecteur de cette loi, parce qu'il trouvera toujours et nécessairement dans le maintien de cette loi, tous les intérêts personnels qui peuvent être l'objet de son ambition, et qui doivent par conséquent influer sur ses volontés: les détails suivants nous conduiront naturellement à reconnaître cette vérité.
La sûreté civile et politique que le souverain est tenu de procurer au droit de propriété ne peut s'établir que par des dépenses ; car il faut que tons ceux qui contribuent à cette sûreté soient payés: cherchons donc les moyens de pourvoir h ces dépenses communes ou publiques sans offenser le droit de propriété ; car c'est là l'objet dont nous ne devons jamais nous écarter.
Puisque nous avons dans la société des dépenses publiques , il faut y Pourvoir par l'institution d'un revenu public, dont le souveroia puisse *toir l'administration : au moyen de ce revenu public, les dépenses pudiques ne coûtant rien aux revenus particuliers, !es propriétés particulières et la liberté d'en jouir seront conservées en leur entier.
Par la raison que ce revenu public, destiné h une consommation an- D&elle, ne peut être entretenu que par une reproduction annuelle, et qu'il n'y a que les terres dont on puisse attendre cette reproduction , il ttt évident que ce revenu public ne peut être autre chose qu'une portion (fe* valeurs ou des productions que les terres donnent annuellement.
1 V*p. 469, en note, les idées de l'auteur sur la différence du despotisme arbitre et du despotisme personnel et légal.
Voici donc que d'an seul trait nous rayons, de dessus la liste des contribuables au revenu public, tous ceux qui partagent dans ces productions à tout autre titre que celui de propriétaires fonciers; et cela parce que la multitude d'hommes, de quelque espèce qu'ils soient, ne sont que des salariés par le produit des terres, et ne prennent dans ce produit qu'une portion que la concurrence fixe au taux le plus bas possible. La propriété personnelle et mobiliaire de ces mêmes bommes est donc maintenue dans toute son étendue naturelle et primitive, et dès lors plus de doubles emplois dans la contribution au revenu public ; plus d'impôts arbitraires ni sur les entrepreneurs des cultures , ni sur les hommes qu'ils entretiennent au service de cette profession ; impôts qui, frappant sur la avances, et diminuant ainsi la masse des richesses productives, causent a la reproduction un préjudice énorme, ruinent souvent les cultivateurs, et deviennent progressivement destructifs des richesses de la nation, de celles du souverain et de la population.
Par la même raison, plus d'impôts arbitraires, ni sur les salaires on la personne des agents de la classe industrieuse, ni sur les choses commerçâmes; impôts qui enrayent les travaux et arrêtent les progrès de l'industrie ; impôts qui font diminuer les consommations, le débit et b valeur vénale des productions; impôts dont les contrecoups grèvent aussi les entrepreneurs des cultures et éteignent la reproduction; impôts qui retombent à grands frais sur les propriétaires fonciers et sur le souverain même; impôts qui commencent par coûter à ces propriétaires quatre et cinq fois plus que la somme qui en revient au revenn public; impôts qui trompent toutes les spéculations; qui ne permettent plus de compter sur aucuns produits; qui bientôt appauvrissent le souverain au lieu de l'enrichir, et, par une progression rapide, conduisent i la destruction totale des richesses, des hommes, de tout ce qui concourt à former la puissance politique de l'État. Voila les maux que nous évitons naturellement et nécessairement, tant que la propriété personnelle et mobilière est respectée parmi nous comme elle doit l'être; tant qu'elle n'est point blessée par la manière de procéder a la formation d'un revenu public.
A l'égard de la propriété foncière, la nécessité de la faire jouir dn même avantage nous montre évidemment que le produit des terres doit se partager entre elle et le revenu public ou le souverain : il ne s'agit donc plus que de savoir quelles sont les conditions essentielles de ce partage.
La première de ces conditions et la plus importante est que la proportion du partage n'ait rien d'arbitraire : elle ne peut l'être de la part des propriétaires fonciers , car le revenu public n'aurait rien d'assuré;
fcTUREL l>KS SOCIKTfcS POLiriQl i:s. 627
retenir à leur profit particulier une portion de public, qui est l'ail pour être UM richesse commune, servait)
ilé commune de toute la s<>
proportion ne peul non plus être arbitraire de la part du car, par ce moyen , la propriété des lerres se trouverait fiéfile de leurs produits; ace prix, personne ne fondrait être et les lerres incultes ne donneraient ni revenu putenu particulier; alors il n'y aurait plus de souverain, parce aute de subsistances su [Usantes, il n'y aurait plus de société.
emière condition essentielle du partage nous indique iiaiu-
ta seconde : les propriétés foncières ne se forment et ne s'eu-
mLiit que par des dépenses ; mais ces dépenses ne seront pas
routes proportions gardées, le fruit qu'on espère en retirer
pis au mvim égal a celui que donneraient les mêmes dépenses
mplois* Cette parité, et je ne dis point assez, est donc es-
nt nécessaire pour que les hommes se portent à faire et en-
ûir toutes les dépenses qui doivent précéder celles de la culture, et
res ne cessent jamais de pouvoir être mises eji valeur, près les deux conditions essentielles du partage, la proportion suivaDibmielle il doit être lait entre le souverain et les propriétaires louai nsi réglée pour toujours, il est évident que les proprié* se trouvent, comme tous les autres hommes, exempts de itributioo au revenu public; que la terre fournit elle-même au suuverainre revenu annuel, à l'acquit et au profit commun de toute la $oce revenu, par conséquent, au lieu d'être une charge comtnane, devient une richesse commune, par le moyen de laquelle la soue trouve naturellement et nëcessairemeni en communauté fiûlértts a*ec les sujets ; car, alors, il lui importe personnellement que nluiis des terres se multiplient pour eux, afin que la part propor- 'dle qu'elle y prend soit pour elle une plus grande richesse.
communauté d'intérêts entre l'Etat gouvernant et l'État gottuons voyons naître la dernière règle concernant rétablissement du nn. Celle dernière règle est l'institution du droit de succéder à ''souveraineté. Non-seulement cette institution meta l'abri do tous les Bftavéaients, de tous les orages qui précèdent, accompagnent et suive|)l ordinairement l'élection d'un souverain ; mais il en résulte en* me and avantage : le souverain et la souveraineté se confondu* et ne font plus qu'un; les intérêts de la souveraineté deviennent ouversin même; c'est lui personnellement qui se trouve lire du produit net des terres de sa domination; c'est lui perlent qui se trouve en communauté d'intérêts avec ses sujets:
f>:s MEACIKR DE LÀ RIVIÈRE.
comment supposer alors qu'il voulùi porter atteinte au droit d* priété? Il voit évidemment que le maintien de ce droit et de la lil dans toute h arvUndm naturelle etpriimtu m, est le germe de la ptûftpérité progressive de ses sujets; il voit que cet accroissement pro. est Tunique voie par laquelle il [misse parvenir au dernier de£! de richesse, de puissance et de gloire; il voit que cette loi &n propriété est instituée pour lui, et non contre lui; que, par le cette loi qui lie tous les intérêts du corps politique: qui nécessairement r* mène îi l'unité la multitude des membres qui le composent, c'est la Divinité elle-même qui gouverne, et qu'elle semble avoir tout dis embellir la souveraineté, pour que ceux qui sont sur la len les images vivantes du Très-Haut, ne connaissent plus que U de jouir et d'être adorés,
11 faut doncregarderrinslitutîon de la souveraineté héréditaire comme étant ce qui met le comble ;t la sûreté que nous nous proposons de procurer au droit de propriété. Ce droit, dans aucun cas, n'a plus i craindre: tout ce qui pourrait lui porter la plus légère atteint* nécessairement un désordre évident, qui ne peut jamais être dans tentions d'un chef dont les intérêts sont inséparables de ceux de la souveraineté* La publicité de cette évidence est une contre-force naturelle sur laquelle le souverain peut compter dans tous les cas où Pou serait parvenu à le tromper, a lui surprendre, par des détours ern ordres ou des lois contraires à ses véritables intérêts. Je ne dis encore assez : il faut regarder cette évidence comme étant ta I>. elle+mémc, qui veille sans cesse, el d'une manière sensible, à la commune des intérêts communs du souverain et des sujets, et q permet pas que les minorités des rois soient susceptibles des plus inconvénients, parce qu'elle ne permet pas que des lois dont la el lt nécessité sont publiquement évidentes, puissent perdi vigueur dans aucun temps.
Si je parle ici des lois, c'est qu'il est évident que le pouvoir lég ne peut résider que dans le souverain tel que nous venons de Pinslii Au moyen de ce que nous avons acquis une connaissance cv in raison essentielle et primitive de toutes les toist il est sensible que, dans b main des hommes, le pouvoir législatif n'est point le pouvoir d des lois nouvelles; qu'il se réduit a publier celles qui par Dieu même, et aies sceller du sceau de l'autorité coén Je souverain est dépositaire unique. Ainsi, du droit de propri encore que le souverain est naturellement et nécessairement et qu'il n'est de sa part aucun abus a craiudre dariï? cette pan il est de son intérêt personnel que les lots qu'il is
L'ORDRE NÀTLIUX DKS SOCIETES POLITIQl'ES. 020
n'ayent rien de contraire à leur raison essentielle et primitive ,- cl s'il tombait dans quelques méprises à ce sujet, il serait d'une impossibilité morale que leur évidence échappât à la nation et principalement aux magistrats.
Admirez présentement comme chacun jouit , tant en commun qu'en particulier, de son meilleur état possible; j'entends, du meilleur état qu'il lui soit physiquement et socialement possible de se procurer réellement. En effet, en quoi consiste cet avantage? Il consiste dans la plus grande liberté possible de jouir de ses droits de propriété, alin d'en rcti- I rer la plus grande somme possible de jouissances : or, il est évident que I la liberté ne peut être plus entière, plus complète que celle qui vient I de nous être garantie pour toujours : chacun de nous est parfaitement F libre d'employer ses biens-fonds, ses richesses mobiliaircs, sa personne, | son industrie, ses talents, de la manière qui convient le mieux à son iu- [ térèt personel ; chacun de nous est assuré que les fruits de ses travaux ne lui seront point ravis ; qu'il en retirera la plus grande somme de jouis- ) sances qu'il puisse se promettre; et qu'en celte partie il ne connaît de lois que celles de la concurrence qui résulte naturellement et ne'cessainment d'une liberté semblable dans les autres hommes; chacun de nous, ] à la faveur de cette pleine et entière liberté , et aiguillonné par le désir de jouir, s'occupe, selon son état, a varier, multiplier, perfectionner les objets de jouissances qui doivent se partager entre nous , et augmente ainsi la somme du bonheur commun en augmentant celui qui lui est personnel.
Remarquez ici quel est le prix inestimable de l'ordre simple et naturel qui vient de s'établir : chaque homme se trouve être l'instrument du bonheur des autres hommes; et le bonheur d'un seul semble se communiquer comme le mouvement. Prenez à la lettre cette façon de parler : de quelque nature que soient les efforts que vous faites pour accroître la somme de vos jouissances , soit que les résultats de ces efforts donnent une plus grande abondance de productions , soit qu'ils rendent d'autres services à la société, toujours est-il vrai qu'ils ne vous seront payés qu'en raison de leur utilité; que la concurrence ne vous permettra pas de mettre qui que ce soit a contribution; qc.% la balance en main, elle réglera les valeurs vénales de toutes les choses cl de toutes les actions qui entrent dans le commerce ; qu'au moyen de cette police rigoureuse, a l'autorité de laquelle personne ne peut se soustraire, l'équilibre sera constamment gardé dans les échanges; personne ne pourra jouir, ne pourra s'enrichir aux dépens des autres; alors, plus de ces fortunes démesurées dans lesquelles on voit u»ï multitude d'autres fortunes 'venir s'engloutir; plus de ces amas somptueux de richesses superflues
630 MEilCIKIl DE LA JUVilillE.
qui, détournées de la circulation, laissent une partie des membres du corps social se dessécher et périr faute de subsistance; chacun ainsi, dans la somme totale du bonheur commun, prendra la somme particulière qui doit lui appartenir. Je ne sais si dans cet état nous apercevons des malheureux; mais s'il en est, ils sont en bien petit nombre; et celui des heureux est si grand, que nous ne devons plus être inquiets sur les secours dont ceux-là peuvent avoir besoin.
Vn des grands avantages de Tordre qui vient, pour ainsi dire, de s'établir de lui-même, est, que le luxe, ce cruel ennemi du genre humain, ce monstre , dont le venin est si subtil , si actif, qu'on ne peut jeter les yeux sur lui sans en ressentir les atteintes mortelles; ce tyran perfide qui, sous le voile trompeur de la prospérité publique, cache les cadavres des malheureux qu'il immole journellement; le luxe, dis-je, ne peut pénétrer dans une société que nous voyons naître sous les auspices du droit de propriété».
Cesl la nature, et non la somme des dépenses, qui constitue le luxe; aussi, prend-il sa source moins dans les richesses acquises, que dans la façon de les acqnérir; je veux dire dans des pratiques spoliatrices qui accumulent, dans quelques mains seulement, une masse considérable de richesses, dont la consommation ne peut plus se faire d'une manière utile a la reproduction.
Par le moyen de la circulation , toutes les valeurs qui partent delà classe productive doivent y revenir, pour servir encore de germe à lareproduction qui doit les rendre perpétuellement à la circulation. Le luxe, qui change toute la marche naturelle des consommations, est précisément le désordre opposé à Tordre qui doit nécessairement régner dans les dépenses, pour que cette circulation ne puisse jamais être interrompue : or, il est impossible que ce désordre s'introduise parmi nous tant que, respectant la propriété et la liberté, nous ne nous prêterons à rion qui puisse fournir, à quelques hommes, un titre et des facilités pour en ruiner d'autres et s'enrichir de leurs dépouilles. Qu'on meperukUp de ne pas insister sur cette observation ; je ne pourrais le faire sans inYvarter démon sujet. D'ailleurs, il me semble qu'on n'ignore plus Mjouril'liui que c'est au luxe que nous devons attribuer le mauvais emploi
1 Si In consommation et les dépenses se jettent vers les superfluités et le luxe, sans contredit le nombre des agent* de l'industrie et du commerce décheoit, puisque II demande est moins lotte ; et de même qu'un seul vaisseau porterait de la dentelle l»o;ir mi siècle de ronsotimuuon de l'Europe entière, de même , un seul commettant tu fournirait les quatre parties du monde. (Mirabeau, Philosophie rurale, 1. 1, p. 17t!, edit. citée). — Voy. ibid., p. 176 et suivantes, les réflexions du même écrivain suvYOpcra.
RBL Ï>LN POLITIOI
richesses; que ce mal moral est enté sur un autre
orc, et <|itL u'esi autre chose que ta violation babi-
u droit de propriété; que l'autorisation des abus, qui donnent
rour meure a contribution la société, pour en dénaturer les
ricin anger en richesses stériles celles qui sont destinées a être pro-
-, épuiser ainsi le principe delà reproduction et du bonheur public.
Tandis que, dans l'intérieur de notre société, la loi de la propriété fait
1er l'ordre, la justice, la paix et la liberté; tandis que le corps social
manière que, depuis le chef jusqu'au dernier des niemb:
chacun jouit évidemment de son meilleur état possible, examinons ce
qui peut nous intéresser h l'extérieur, quels sont nos rapport* politiques
autres sociétés,
» d'abord que la paix est Fëlal naturel dans lequel les nations respectivement entre elles; car la guerre entre deux nattons csl uu état violent, dangereux, fâcheux pour Tune et pour l'autre, une elle peut l'être entre deux particuliers: elles ont doue toutes
dément et naturellement intérêt de l'éviter,
Puisque Triât de paix est l'état naturel des nations, il doit avoir ses
nditions essentielles; ainsi, on peut en général s'assurer cet heureux
i remplissant ces mêmes conditions. Mais déjà je les vois former
se de notre système politique; nous les trouvons toutes renfern
os la Ini de la propriété : sitôt que nous l'avons reconnue pour être la
ùm essentielle et primitive de toutes les autres lois, il nous est impos-
regarder cette loi divine comme une institution qui nous soit par-
ious est impossible dene pas voir que toutes lesnaiious ne for-
utre elles qu'une seule et même société, et que la loi de la propriété
ommune h toutes les différentes classes de celle société géné-
îl Mis est donc évident que nous ne pouvons, sans injustice, troubler
>!s de propriété et la liberté des autres nations; il nous est évident
pic le droit de propriété el la liberté seraient blessés danschacun des
*ire société, si Ton disposait arbitrairement de leurs per-
leurs richesses pour faire violence aux autres nations; il nous
lilin que les sujets de guerre ne peuvent nailre, entre elles et
lâ, qu'a l'occasion des entreprises qu'elles voudraient faire ouverte*
ut au préjudice de la sûreté el de la liberté qui doivent être acquises
de propriété.
Pot; s sujets de guerre ne puissent elre arbitraires, il sutlît
ne pas perdre de vue le droit de propriété; de le considérer
, et tel qu'il doit être essentiellement, soit dans chacun des
ïDibres de notre société particulière, soit dans les membres des aulres
ir il est <le la même justice eldela même nécessité danst
les hommes. Cela posé, les rapports politiques que les nations ont naturellement entre elles, ne sont plus que de deux espèces; les uns sonl relatifs à la sûreté, et les autres à la liberté de jouir.
Il est sensible qu'une nation qui veut en opprimer une autre et s'agrandir par des conquêtes, menace, de proche en proche, toutes les autres nations : il est donc dans Tordre du droit de propriété, et de la sûreté dont ce droit a essentiellement besoin, que cette nation soit regardée comme un ennemi commun par toutes les autres nations : de \k naît naturellement un intérêt commun, qui constitue toutes les autres nations dans la nécessité de se réunir pour faire une force commune capable de garantir à chacune d'elles ses droits de propriété. Sous ce point de vue, les rapports politiques d'une nation avec les autres nations sont déterminés par ce même intérêt commun; leur sûreté commune exige qu'elles se regardent comme ne formant qu'une seule et unique société, distribuée en différentes classes, lesquelles, malgré cette distribution, sonl toutes personnellement et fortement intéressées à se garantir mutuellement leurs droits de propriété.
Quant aux rapports politiques qui sont relatifs à la liberté de jouir, c'est encore dans le droit de propriété qu'il faut les chercher. Ces même* rapports ont pour objet le commerce extérieur, ou les différents échangée que les nations peuvent faire entre elles pour leur utilité commune Mais nous avons déjà vu que la loi de la propriété veut que notre société jouisse à cet égard d'une pleine et entière liberté ; que chacun de nous puisse librement vendre aux acheteurs qui lui offrent un meilleur prix, et acheter des vendeurs dont les conditions lui conviennent le mieux. Ainsi, sur cet article nulle querelle, nul sujet de guerre entre nous et le* étrangers. Quelque chose de plus : je les suppose dans des systèmes absolument contraires à cet ordre naturel. Je veux bien qu'ils gênent chez eux la liberté du commerce : et que nous importe ! En cela il3 ne nous font aucun tort; c'est à eux-mêmes, c'est à leur liberté qu'ils portent préjudice et non pas à la nôtre : cet avantage précieux dont ils devraient jouir, n'est-il pas leur bien propre? Ne sont-ils pas les maîtres d'en user ou de ne pas en user? Ils ne font que tout ce que tout homme est libre de faire vis-à-vis d'un autre homme : ils interdisent à nos marchandises l'entrée do leur pays; mais ils en ont le pouvoir, parce que nous n'avons chez eux nucun droit, et que le commerce est une affaire de convenance réciproque : celte politique factice ne nous ôte point la liberté de recevoir chez nous leurs marchandises; d<* traiter avec tous ceux à qui nos échanges conviennent ; en un mot, notre liberté est toujours la même et dans tout son entier.
Mais, dira-l-on, il faut que nous usions de réprésaillc, et que nou
L'ORDRE NATURE! DES SOCIÉTÉS POlïTIQl Ô3S
\ c| ix£ nous ferment les leurs: pour décider on, c'est h, ta loi de la propriété qu'il faut recourir- Or, si omrae m.ms le devons, nous y trouverons que cette retendue représaille blesserai! noire libelle, et par conséquent nos »ils de propriété : ce procédé bizarre, <>u plu loi ce désordre évident, it diminuer la concurrence des vendeur* de qui nous acBetonô, et es acheteurs k qui nous vendons; de là, il résulterai! pour nous diminution de consommateurs^ do débit et de valeur vénale pour oductious ; en conservant au contraire celle concurrence dans force, nous nous ménageons évidemment la plus grande somme changes et aux meilleures conditions possibles; nousassui notre société la renaissance annuelle de la plus graude bondance possible de ses productions, et conséquemment le plus grand revenu possible a la nation en général, et au souverain en particulier.
as autre loi que celle de la propriété, sans autres connaisque celle de la raison essentielle et primitive de toutes les lois, s autre philosophie que celle qui est enseignée par la nature îi tous tommes, nous voyous qu'il vient* de se former une société qui jouit u dehors de la plus grande consistance politique, et au dedans de la grande prospérité ; nous voyons qu'il vient de s'établir parmi nous tue réciprocité de devoirs et de droits, une fraternité qui nous intéresse s à la conservation les uns des autres, et dont les liens sacrés émet tiennent unis avec nous tous les peuples étrangers.
soyez point en peine maintenant ni de notre morale ni de nos <t socialement impossible qu'elles ne soient pas conformes s principes; il est socialement impossible que des hommes qui vient sous des lois si simples; qui, parvenus îi la connaissance du juste mt soumis à un ordre dont la justice par essence est la base, vantages sans bornes leur sont évidents, ne soient pas, huicmeni parlant, les hommes les plus vertueux, Pour que de tels lissent se corrompre, il faut qu'ils commencent par tomber uorance qu'on ne peut supposer, parce qu'il est contre na* - passer de l'évidence publique à l'erreur; parce que chacun est taché par son intérêt personnel à la conservation de celle évidence; l'cnfin, il est facile, et même conforme à Tordre, de perpétuer ème évidence par l'instruction, en prenant les mesures néaires pour que tous les membres du corps social puissent j parper.
Ainsi, lorsqu'il s'élèvera parmi nous des sages qui publieront qu'on
03/* MEUCIKll DE LA IUVIÉIIE.
est homicide quand on n'empêche pas de périr celui qu'on peut sauver '; que c'est aimer Dieu, que c'est l'imiter, que de ne nuire à personne et de faire du bien à tous ses semblables a ; que la Divinité, en nous permettant de vivre, nous fait un présent moins précieux qu'en nous donnant les connaissances qui nous apprennent à bien vivre * ; que ceux qui violent la loi naturelle el universelle, devenue pour eux évidente par le moyen de ces mêmes connaissances, sont au-dessous des brutes4; qu'on ne doit regarder comme un mal que les choses honteuses, et comme un bien que les choses honnêtes3 ; nous écouterons attentivement ces philosophes; nous ne les admirerons peut être pas avec étonnement ; mais nous ferons mieux : nous les croirons, et nous pratiquerons leurs leçons, parce qu'ils ne nous enseigneront rien alors qui soit nouveau pour nous , et qui De puisse être facilement saisi par notre intelligence; rien qui déjà ne nous soit sensible, et ne se trouve écrit au fond de nos cœurs ; rien qui ne soit conséquent a notre intérêt personnel évident, à la nécessité et Si la justice absolue de la réciprocité de nos devoirs et de nos droits, de la garantie mutuelle que nous nous sommes promise, et que nous nous devons tous, pour le maintien du droit de propriété et de la liberté dans toute leur étendue naturelle et primitive.
Nous pouvons dire avec vérité que, dans Tordre des choses humaines, le véritable instituteur de l'homme moral, c'est le système public du gouvernement. Régis ad exemplum totus componitur orbis : tel est l'esprit de l'État gouvernant, et tel est aussi Vesprit de l'État gouverné. Ce n'est pas seulement sur la seule force de l'exemple que cette grande vérité se trouvera établie, c'est encore sur les premiers principes qoi décident de notre caractère moral et de nos volontés. Quelles que soient dans une nation les voies qui conduisent aux dignités, aux honneurs, a la considération publique, soyez certain que le désir de jouir nous portera toujours à les embrasser. Partout où les richesses seront la mesure de cette considération publique ; partout où l'or sera publiquement encensé comme une Divinité et plus honorée que la vertu ; partout enfin où il deviendra le germe des jouissances les plus piquantes, les plus propres à mettre nos mobiles en action, il faut nécessairement que les hommes soient avides de l'or, qu'ils sacrifient tout à l'or, qu'ils se vendent eux-mêmes pour de l'or. L'amour des jouissances et l'avcr-
1 Simht., m Prorrrb., liv. 11.
1 M., déforma Yilœ.
" Aiïstot., Kp. 72, et de Mot.
4 Arislot., de Vcra Relig.
* Id., 1-p. i>. — Tarit., llisl., liv. IV.
i mu;l des sociétés pou tint «5
douleur, voilà les deux grands ressorts de l'humanité; voilà
en muu veulent, non-seulement l'iiomme physique, maïs en-
social ; c'est même dans ce dernier que la force d<
mobiles se montre plus active et pins absolue : considère/ de
de quel enthousiasme nos affections, nos passions so-
eptibles, et vous reconnaîtrez facilement que c'est au
r ni à les diriger ; que c'est à lui, à son système public, cous-
tiîiimuit et invariablement soutenu, qu'il est réservé de greffer les
vertus sociales sur les mobiles qui sont en nous : le propre du désir de
ir les moyens de jouir; c'est au gouvernement qu'il ap-
pour nous le choix de ces moj
nus tous., par notre propre expérience, combien nos opinions
particulières influent sur notre caractère moral. .Nous savons tous aussi
ipiuions particulières tiennent h l'opinion publique, au
jie public du gouvernement* En général, chaque nation a un genre
de fanatisme qui lui est propre, et qui se communique plus ou moins k
çeui qui h composent; les désordres privés, qui naissent d'un
ouieut dans les opinions particulières, ne sont ainsi que des con-
iturels et infaillibles d'un premier dérèglement dans les opi-
publiqucs, dans les systèmes admis par le fanatisme de ta nation ;
f,f voilu pourquoi on a donné le nom de vertus du siècle à toutes celles
avoir régné pendant quelque temps avec éclat, ont totalement
uji/uoe simple opinion puisse produire en nous tous les effets de
et opérer les mêmes miracles, ne comptez pas cependant
'ils puissent être de la même durée. Par la seule force de l'opinion,
I erUts sociales peuvent s'établir passagèrement dans une nation; mats
e peuvent s'y perpétuer, dès qu'elles n'ont pour principe qtîeFo-
car il n'est rien qui soil plus inconstant, plus orageux; aussi, est-
impossible de la fixer sans le secours de l'évidence, qui l'assujetti en
rani et la dénaturant. Ces vertus, d'ailleurs, sont alors nécessaire-
*tf séparées de Tordre essentiel des sociétés, vu que l'institution de
* ordre ne peut être que le fruit de la connaissance évidente que les
ij auront acquise*
ï\ntre les vertus sociales et l'ordre essentiel des sociétés, il est cette
e, que les vertus peuvent exister passagèrement sans l'ordre,
rdre ne peut jamais exister sans les vertus. En effet
autre chose que la pratique de ces mêmes vertus, mais insti-
Hrïdeoce de leur nécessité absolue, de leur justice im*
, de l'intérêt que le corps social et chacun de ses membres en
tieulier ont a ne jamais s'en séparer : chacun alors voit évidemment
que son meilleur état possible est inséparablement attaché à la pratique de ces vertus; chacun est donc, pour ainsi dire , dans une impossibilité morale et sociale de n'être pas vertueux.
Vous voyez ici pourquoi de grandes vertus sociales ont brillé pendant quelques siècles dans Rome, dans Sparte, dans Athènes, dans Cartilage» chez les Perses, chez les Egyptiens ; vous voyez aussi pourquoi elles ont dû s'éclipser : n'étant point nourries par l'évidence de l'ordre essentiel des sociétés, elles ne devaient leur existence qu'à l'opinion, et ne pou* vaient avoir plus de solidité que leur principe. Non-seulement ce fait estévident, par rapport aux Républiques que je viens de citer, puisque cet ordre, qui n'admet qu'un chef unique, est incompatible avec le gouvernement de plusieurs; mais il est encore de la même évidence par rapport au gouvernement des Perses, à celui des Égyptiens, et de tous les gouvernements monarchiques de l'antiquité. Le despotisme n'y était que^ personnel et non légal : c'était la volonté personnelle et arbitraire d'un seul qui gouvernait, et non la justice et la nécessité d'un ordre essentiel dont l'évidence doit nécessairement réunir toutes les volontés. Quand ces despotes étaient sages et vertueux, la sagesse de leur gouvernement faisait fleurir leur empire; mais, à la mort de ces princes, cette prospérité était ensevelie avec leurs vertus; d'autres opinions montaient sur le trône ; l'arbitraire déployait toutes ses fureurs ; les despotes alors et les peuples devenaient tour a tour ses victimes; arrivait le moment où ces prétendus corps politiques se trouvaient accablés sous le poids de leurs désordres; il fallait bien qu'ils périssent enfin, puisqu'ils n'avaient aucune consistance intérieure, et qu'ils nourrissaient en eux-mêmes le principe certain de leur dissolution.
Une seule réflexion suffirait pour prouver qu'aucun gouvernement de l'antiquité n'a conçu la première idée de l'ordre essentiel des sociétés: il n'y en a pas un qui n'ait été conquérant ou qui n'ait voulu l'être : ils ne connaissaient donc pas la loi de la propriété, puisqu'ils étaient dans le système de ramener tout a la force par rapport aux nations étrangères. Comment se pourrait-il que cet esprit d'injustice, quand il forme le système public d'un gouvernement, ne passât pas dans les sujets, et ne parvint pas à égarer leurs opinions sur l'usage qu'on peut faire de ses forces dans les cas particuliers? Les lors alors ne peuvent plus être observées par religion de for intérieur ; elles doivent être violées chaque fois qu'on croit voir un grand intérêt à les violer.
Un gouvernement ne devient conquérant qu'autant que ses sujets, en général, sont pénétrés de ces sentiments véhéments et audacieux qu'une^^ grande ambition inspire. La violence de cette passion ne connait poin"~- t le repos; c'est un feu dévorant qui ne peut exister sans consumer; il favi^»\
*~ lot oa tard qu'il détruise ses propres foyers. Voyez ce qu'il en a coûté h la République romaine pour avoir établi chez elle le système de se croire permis tout ce que la force lui permettait par rapport aux nations étrangères : ses sujets ont appris de leur gouvernement à ne reconnaître de droits que ceux de la force ; de lois qu'une volonté arbitraire et despotique: de telles opinions, des qu'elles ne servaient plus à l'accroissement de Ja grandeur publique, ne pouvaient manquer de se proposer l'accroissement de la grandeur particulière des hommes chez lesquels elles fermentaient, et dont elles avaient formé le caractère : c'est ainsi que Rome, fiute d'avoir acquis l'évidence de l'ordre essentiel des sociétés, a ellemême ourdi la trame de ses malheurs; a elle-même produit et armé les tvrans par les mains desquels elle s'est vue déchirée.
Je parcours rapidement ces exemples, parce qu'ils pourraient m'être opposés sans être approfondis ; on pourrait s'en servir pour essayer de persuader que les hommes seront toujours vicieux ; que les sociétés seront toujours déréglées; que les vertus sociales ne seront que passagères parmi nous; qu'on ne peut se tlattcr, en un mot, de voir jamais régner l'ordre essentiel des sociétés. Il est temps, enfin, de reconnaître que les maux qui ont affligé l'humanité, ne paraissent naturels, que parce qu'ils résultent naturellement et nécessairement des écarts dans lesquels notre ignorance nous a fait tomber; que les causes qui ont produit ces maux, sont factices; qu'elles n'existent par aucune nécessité dont nous ne paissions nous affranchir; que ces causes, au contraire, doivent disparaître d'elles-mêmes, sitôt que nous aurons acquis une connaissance évidente de l'ordre qui constitue naturellement et nécessairement le meilleur état possible d'un souverain, celui de chacun de ses sujets, et du fcOTps entier de la société.
Vous venez de voir combien cet ordre est simple, combien son évidence est sensible : tout ce qu'il exige de nous, c'est le maintien de la propriété, et conséquemment de la liberté, dans toute leur étendue naturelle et primitive. Quelle se répande donc celte évidence salutaire, puisqu'elle est susceptible d'être aperçue, d'être saisie par toute intelligence ; qu'elle se répande assez pour que l'erreur, les préjugés et la mauvaise foi aient épuisé leurs contradictions; qu'elle se répande, qu'elle s'établisse, et qu'on me dise pourquoi nous ne devons pas tout attendre de sa publicité; pourquoi les rois et leurs sujets n'embrasseraient pas un ordre si simple, qui leur assure leur meilleur état possible évident ; pourquoi l'évidence cesserait d'être pour nous ce qu'elle a toujours été, d'agir sur nous comme elle a toujours agi, et comme il est dans la nature qu'elle agisse toujours : sa force irrésistible est faite pour enchaîner toutes nos opinions; pour établir un despotisme légal et per-
sonnel, qui n'est autre chose que celui de cette même évidence moyen de laquelle tous nos intérêts, toutes nos volontés vien réunir à l'intérêt et à la volonté du souverain, et former ain* notre bonheur commun, une harmonie, un ensemble qu'on j garder comme l'ouvrage d'une Divinité, et d'une Divinité bienf qui veut que la terre soit couverte d'hommes heureux.