CHAPITRE I
Analyse des trois sortes d'Arts qui s'exercent dans les États policés.
Ier. — De la Nature et de VArt en général.
L'homme ne peut se conserver sur la terre, s'y procurer le bien-être, 'en appliquant à cet usage des objets dont les jouissances utiles ou tables nous préservent de la douleur et de la mort, perpétueut les inrifas ou l'espèce, et nous font une vie douce, une existence commode, l'ose croire que cette première idée n'a pas besoin d'être éclaircie. «objets propres à nos jouissances utiles ou agréables s'appellent des
Mais tous ces objets de jouissances, tous ces biens, même ceux qui Rissent les plus composés, se réduisent en dernière analyse k des proclions naturelles plus ou moins façonnées.
La première distinction économique semblerait donc être celle de la tare, qui produit les objets propres k notre conservation ou à notre Q-étre; de l'art qui les assemble, qui les divise, qui les polit en mille mille manières différentes.
En effet, quand on réfléchit sur les productions naturelles que l'instrie façonne dans les grandes sociétés, pour en former divers objets près à nos jouissances, on reconnaît bientôt que ces productions , me dans leur état brut, ou dans leur plus grande simplicité primitive, t, il est vrai, des présents de la nature, mais aussi des effets de Y art, léme de trois espèces d'arts qui s'exercent dans les États policés ,
(rtS L'ABBÉ BAL'DEAl:.
c'est-à-dire de l'art social, de Fart productif et de l'art stérile. C'est ce que je dois expliquer.
IL — De l'Art fécond ou productif.
L'homme policé a poussé la réflexion, la prévoyance et l'adresse jusqu'au point de préparer, d'assurer, de multiplier les productions naturelles, d'où dépendent sa conservation et son bien-être.
Tous les animaux travaillent journellement à se procurer la jouissance des productions spontanées de la nature, c'est-à-dire des aliments que la terre leur fournit d'elle-même.
Quelques espèces plus industrieuses amassent et conservent ces mêmes productions pour en jouir dans la suite. Presque tous ceux qui nous sont connus façonnent plus ou moins leur habitation , le lieode leur repos, celui qui sert à l'éducation de leurs petits.
L'homme seul, destiné à étudier les secrets de la nature et de sa fécondité, s'est proposé d'y suppléer en se procurant, par son travail, pins de productions utiles qu'il n'en trouverait sur la surface de la terre inculte et sauvage.
Cet art, père de tant d'autres arts, par lequel nous disposons, nons sollicitons, nous forçons pour ainsi dire la terre à produire ce qui now est propre, c'est-à-dire utile ou agréable, est peut-être un des caractères les plus nobles et les plus distinclifs de l'homme sur la terre.
On l'appelle art fécond ou productif, parce qu'il travaille directement et immédiatement à opérer la plus grande fécondité de la nature» à tirer du sein de la terre une plus abondante récolle de productions; à préparer, assurer et multiplier la naissance des objets utiles à notre conservation et à notre bien-être.
La fécondité de la nature et de ses productions fait donc V objet de cet art, puisque c'est pour aider, pour multiplier les opérations de cette fé- . condité, que nous l'employons avant la naissance des productions, pour que la récolte en soit plus certaine et plus abondante.
La production naturelle, prise dans son état brut ou dans sa plu* grande simplicité primitive, caractérise donc cet art fécond ou productif dont elle est l'effet.
11 s'exerce sur les trois règnes de la nature; car l'homme policé && usage des animaux, des végétaux et des minéraux divers.
On peut donc subdiviser l'art fécond ou productif en trois arts, soir»*1 ces trois règnes.
La chasse et la pêche raisonnées et préparées, l'éducation et la mi» ^' plication des animaux plus ou moins domestiques, est le premier.
L'agriculture proprement dite forme le second.
IM imhl (MON A LA PHILOSOPHIE ECONOMIQUE. 653
l/art de lircr les minéraux quelconques du sein de la terre fait le troisième.
Tous les trois appartiennent à l'art fécond ou productif, qui est la cause île la récolte et de son abondance.