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CHAPITRE VI

Analyse des relations politiques d'intérêt général et particulier, entre les hommes et

les sociétés.

Art. 1er. — Analyse morale de la politique publique ou privée en deux espèces totalement différentes '.

Connaître ses intérêts et y pourvoir, c'est ce qu'on appelle politique; il en est une qu'on nomme privée, qui s'occupe des intérêts de l'homme vis-à-vis des autres hommes; il en est une qu'on appelle publique , qui s'occupe des intérêts d'un État ou d'une société policée vis-à-vis des autres empires.

Mais il est pour les sociétés, il est pour les personnes privées une politique honnête, fondée sur la loi naturelle, sur l'ordre et la justice.

11 en est malheureusement une autre fondée sur le désordre et l'injustice.

f ^ h première naissent, entre les États et entre les hommes, des re latioiis rj< paix, d'association, de services réciproques, d'où résulte l'tinîié d'intérêt, l'émulation de connaître, de procurer de plus en plus le plus grand bien-être universel de l'humanité.

1 Voyez, sur le même sujet, le ch. ix de l'Ordre nat. et estent, des soc. polit., de Mercier de La Rivière.

De la seconde naissent des relations de guerres, de divisions, de préjudices réciproques, V opposition de tous les intérêts, l'oubli total du plus grand bien-être universel de l'humanité.

Yaut-il mieux que les hommes soient en guerre les uns contre les autres, qu'ils se vexent, qu'ils se dépouillent, qu'ils se détruisent? Vaut-il mieux qu'ils soient en paix, en fraternité , en association de vues et de travaux pour l'accroissement progressif et continuel de la prospérité générale? C'est une question qui n'est certainement pas problématique.

Le vrai moyen de multiplier les jouissances utiles et agréables, qui font le bien-être de l'humanité sur la terre, c'est sûrement la liaison des hommes entre eux, la communication des intelligences, des forces, des travaux réunis pour cette multiplication. — Le vrai moyen de les restreindre de plus en plus, c'est la séparation des êtres, la divergence des vues, l'opposition des forces, la contrariété des volontés et des travaux.

L'une et l'autre naissent delà même source; de notre attrait naturel ou du devoir qui nous est imposé de pourvoir à notre conservation , à notre bien-être personnel , sous peine de souffrance et de mort.

Se faire à soi-même le sort le plus heureux qu'il est possible, c'est la ce que nous prescrit et nous inspire sans cesse ce devoir naturel, cet attrait général essentiel de tous les hommes. Mais, pour que cet attrait universel soit satisfait, pour que ce devoir général et continuel soit rempli par tous les hommes le mieux qu'il est possible, la condition évidemment nécessaire, c'est que l'un ne fasse pas son bien-être personnel aux dépens de la conservation et du bien-être d'un ou de plusieurs autres; tout au contraire, que l'un n'opère sa conservation, son bien-être, qu'en opérant celui de plusieurs autres.

Il est d'une souveraine évidence, quoi qu'en ait osé dire l'orgueil inconséquent de quelques modernes sceptiques; il est d'une souveraine évidence que la moitié de l'humanité serait réduite à l'impossibilité de remplir son devoir naturel, de suivre son attrait, et de se procurer le bien-être personnel, si nul homme ne pouvait obtenir une jouissance utile ou agréable, qu'en la faisant perdre k quelque autre.

Il est évident, au contraire, que l'humanité serait doublement assurée de sa propagation et de sa prospérité, si nul mortel ne pouvait se procurer aucune des jouissances qui rendent heureux, sans procurer en même temps le bien-être de quelque autre.

Donc, le désir naturel et général inhérent à notre essence de procurer toujours et d'augmenter sans cesse notre bien-être à tous, emporte deux conditions, savoir :

1° La loi naturelle de la justice universelle : que le bien-être de l'un ne se fasse pas aux dépens du bien-être de l'autre.

7/iD L'ABBÉ BAUDEAU.

naturel , celai de laisser tes nègres dans leurs propres pays cultiver leurs cannes en paix, et de leur donner Feau-de-vie, le fer, les verroteries et les autres marchandises d'Europe en échange, non pas de leurs enfants ou de leurs voisins, mais de leur sucre brut et de leur indigo ; car cette plante y croit aussi tout naturellement.

On pourrait citer une infinité de semblables exemples.

Il restera donc démontré que la prospérité de quelques-uns des arts stériles, même celle de tous les arts de cette espèce, est un signe équivoque de la prospérité générale des empires, puisqu'elle peut être apparente et momentanée, n'ayant pour cause que le luxe public ou privé, que des malheurs naturels, que des pertes causées par les erreurs ou la cupidité d'une administration vicieuse.

C'est une des principales vérités économiques dont notre siècle a besoin que les preuves soient souvent répétées, pour détruire les préjugés trop enracinés et les routines trop invétérées de quelques gouvernements politiques, dus à cette fausse opinion , que la prospérité de l'art stérile est une marque infaillible du bien-être des empires.

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