EXPLICATION SLR LE VRAI SENS DU MOT STÉRILE
appartiendra, quand ils le dépenseront : Fauteur du Tableau a donc raison de n'admettre qu'eux seuls, de ne considérer qu'eux, quand il s'agit de dépenses productives.
Cela est si vrai , que le fermier supposé dans notre exemple, après avoir vendu sa laine, cette année 1767, a maintenant entre ses mains l'argent que le manufacturier a reçu du consommateur pour celle 1766, façonnée en drap. Or, à qui tient-il que cet argent serve ou non à la production d'une tonte de laines pour l'année 1768 ? Au fermier certainement Qu'il aille mettre son argent au jeu ou à la loterie, qu'il l'enterre ou le boive, qu'il cesse de payer son berger et de nourrir ses moutons, le troupeau va mourir, et point de laines en 1768. Cependant, il est évident que le consommateur, le négociant, le manufacturier, ont fait cette année 1767 , et la précédente , chacun de leur côté, précisément la même chose que par le passé ; ils ont usé, trafiqué, façonné comme à l'ordinaire ; ils vont façonner, trafiquer, user tout de même en 1767 : il n'y a que le cultivateur seul qui change de conduite, de dépense, de soin, de travail , et cependant il n'y aura pas de production de laine , point de récolte à faire en 1768 ; c'est donc lui qui est la cause efficiente de la production, non les trois autres. Le jour en plein midi est-il plus clair que cette conclusion ?
Quand même le consommateur n'aurait pas usé de drap, quand même les marchands n'en auraient pas vendu, quand les fabricants n'en auraient point fait du tout en 1766 , les moutons n'en auraient pas moins eu de la laine en 1767 , pourvu qu'on les eût nourris et gardés ; ils n'en auront pas moins en 1768, pourvu qu'on en fasse de même, soit que la consommation, le négoce et la fabrique marchent ou ne marchent pas.
Mais on ne vendra pas les laines. C'est une autre affaire; vendre et produire sont deux. Produire va devant, et c'est l'article dont il s'agit d'abord, puisqu'on prend pour premier objet la production présente dans le moment de la récolte.
Mais pourquoi commencez-vous par jeter les yeux en arrière , par .vous occuper des dépenses antécédentes , qui ont occasionné et produit la présente récolte ? Pourquoi ! c'est que la valeur de toutes ces dépenses annuelles , avec l'intérêt des avances primitives , sont des portions sacrées et privilégiées ; qu'il faut les prélever sur la récolte, pour faire les frais préparatoires de la production future en 1 768, frais qui commencent à présent ; c'est qu'il faut , avant tout , séparer ainsi la production totale ou la valeur de la présente récolte en deux portions très essentielles à distinguer, savoir : premièrement, en reprises de la culture ou de l'exploitation, qui consistent dans la totalité des^dépenses annuelles, et l'intérêt ou l'entretien des dépenses primitives de la cultivation ; secondement, en produit net ou revenu, qui est le reste de la production ou la valeur des fruits récoltés audelà des reprises.
C'est que, dans le produit net ou revenu, il y a deux portions privilégiées encore, savoir : 1° le juste intérêt des sommes qu* le propriétaire a dépensées cidevant, pour mettre la terre en valeur ou pour l'acquérir telle ; 2° un fonds pour celles qu'il dépense habituellement en entretien et réparations, pour faire face aux accidents, aux perles, aux ruines.
C'est que l'impôt ne peut attenter à ces deux portions privilégiées du revenu, ni aux deux objets qui composent les reprises, sans détruire la culture, la production, le patrimoine de l'État, et celui delà souveraineté.
Mais enfin, quand vous occuperez- vous de la fabrication, du commerce et de la consommation? Quand j'aurai bien connu les reprises et le produit net, tant celui des propriétaires que celui du souverain. Ne voyez-vous pas que le cultivateur dépense ou consomme en marchandises , plus ou moins façonnées, à proportion des reprises qui font sa richesse ? Que les propriétaires et le souverain dépensent et consomment à proportion du produit net? Les marchands et fabricants vendront donc, en 1768, à proportion des reprises et du produit net delà récolte de 1 767; ils rachèteront donc en même proportion des productions et matière s premières.
Le cultivateur n'est donc pas embarrassé de la vente future, quand il y abonne production actuelle , il sent bien que c'est lui , les propriétaires et le souverain , qui feront marcher l'année prochaine la consommation , le négoce et la fabrication, à mesure qu'ils sont plus ou moins riches , cette année par une meilleure production. Eh, pourquoi n'useraient-ils pas, ne consommeraient-ils pas comme à l'ordinaire, s'ils ont autant de quoi payer? Le défaut de consommation ne peut donc venir que du défaut de revenu, du défaut de production.
II était donc essentiel de prendre pour premier objet la production totale : pour second, les avances productives, afin de discerner les reprises et le produit net, et de ne mettre qu'en troisième ligne la consommation, le négoce, la fabrique des ouvrages de l'art ; c'est ce qu'a fait l'auteur du Tableau économique. Il a donc eu raison de dire que ces dépenses, qu'il appelle stériles, sont postérieures et conséquentes à la production de l'année, qu'elle influe sur elles, qu'elle en règle et nécessite la quotité : qu'au contraire, elles n'influeront indirectement sur la production de l'année future 1768, premièrement, qu'à proportion de la production de l'an 1767, qui règle évidemment la quotité de la dépense que peuvent faire les consommateurs en 1768 ; deuxièmement , qu'elles n'influeront que par les moyens des cultivateurs et des dépenses qu'ils pourront et voudront faire à la terre pour produire la récolte 1768.
Nous avons cru devoir insister sur cette question. Tout ce que nous venons de dire est si simple et si évident, qu'il semble qu'on doive avoir honte de le répéter. Eh bien! c'est pourtant un des grands crimes qu'on reproche au Tableau cconomûjue. M. de F. . . \"et quelques auteurs anonymes, qui se sont faits ses échos dans les gazettes et journaux du commerce, ne cessent de crier contre « la distinction de dépense productive, et de dépense stérile » (premier volume, page 177), et ces écrivains, qui parlent sans cesse du fait, ne voient pas : 1° Que^dansle fait ils n'empêcheront jamais que la dépense faite ci-devant, parle fermier, pour acheter, nourrir et garder des brebis, soit productive de la laine tondue en 1767 : que toutes les dépenses qu'on fera désormais pour laver, peigner, tondre, filer la laine ; faire, fouler, vendre, porter, tailler, coudre le drap, ne seront point faites pour produire de Ja laine, et n'en produiront point; au contraire, qu'elles ten-
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