‹ Physiocrates (volume 2)Chapitre 71 sur 99 · VIII. — Troisième cause, la rareté ou V abondance · texte numérisé non relu

VIII. — Troisième cause, la rareté ou V abondance

La rareté ou l'abondance est encore une des causes qui influent beaucoup sur la valeur. Quoique cette cause soit physique par ellemême, elle est aussi relative, étant sinon détruite, du moins modifiée par une cause plus puissante encore, par la quantité combinée des gens qui demandent et qui offrent.

En effet, augmentez le nombre des consommateurs, l'état d'abondance ne sera plus un obstacle à la valeur; augmentez la niasse des productions par le moyen du commerce, la rareté locale ne se fera plus sentir. C'est par cette raison que la grêle qui afflige quelque canton ne produit aucun effet sur la valeur, et n'est qu'un malheur particulier. Plus les échanges sont libres et faciles, plus la possibilité de la communication est grande; et plus on voit le prix s'égaliser au loin, plus ou voit s'étendre la masse des productions et le nombre des acheteurs. Les récoltes de Picardie influent sur le prix de celles de Provence, et celles de Pologne sur le prix de celles de l'Espagne. Si celle communication est restreinte par quelque obstacle, par quelque désordre social , l'étal des récoltes locales agit sur les prix d'une manière bien plus sensible. Si j'ôte ou si j'ajoute un seau d'eau sur un grand volume, la différence est nulle; si je fais cette opération sur un tonneau, elle est très remarquable.

Dans les choses de luxe, de curiosité et de pure fantaisie, la rareté est le principal mérite. On ne les recherche que pour se distinguer, et il n'y aurait plus de distinction si tout le monde pouvait en avoir. Si le diamant était aussi commun que le verre, il ne serait pas plus cher; il le serait même beaucoup moins, parce que le verre a de grandes propriétés usuelles que le diamant n'a pas *. Les coquilles qui ornent nos cabinets resteraient sur le bord de la mer, si elles étaient aussi communes que le galet : elles étaient beaucoup plus chères il y a vingt ans. Comme on a vu qu'elles étaient recherchées, le commerce en a apporté, el l'abondance en a fait baisser le prix. Mais, comme personne ne nous apportera des tableaux de Rubens ou de Le Sueur, le prix ne sera qu'augmenter.

' V. M. Rossi, Cours d'économie polil., 1, p. 67.

Il est donc vrai, par rapport aux choses qui ne sont pas consommables, ni propres à un usage vraiment utile, que c'est l'idée qu'on y attache et la rareté qui en fonl le prix. Mais ces causes, formant l'opinion générale, suflisent pour donner un cours aux choses, de manière que leur prix ne dépende pas de l'opinion particulière des contractants, comme le prétend M. l'abbé de Condillac, ainsi que je le dirai ci-après.

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