‹ Physiocrates (volume 2)Chapitre 74 sur 99 · XV. — La valeur est le thermomètre de Vêtat d'une nation · texte numérisé non relu

XV. — La valeur est le thermomètre de Vêtat d'une nation

La valeur des productions est donc le thermomètre de l'aisance privée et de la prospérité publique, parce qu'elle décide du prix au" quel peut se faire la consommation, et que le débit à bon prix est en même temps l'effet et la cause d'une forte reproduction.

La valeur si importante au succès de la culture et à la prospérité d'une nation, n'est pas une valeur relative simpleme nt à l'argent, occasionnée pardon abondance, qui force d'en donner un plus gran dpoids, et qui induit tant de gens en erreur, lorsqu'ils comparent les prix d'un siècle à un autre. Elle n'est pas une valeur factice, procurée par des primes et des encouragements, ou par le monopole exercé par des compagnies privilégiées, ou par la cherté qui provient de la rareté des productions : c'est une valeur constante, uniforme, produite par une forte consommation, qui procède de l'aisance générale, qui n'éprouve que les variations de l'ordre physique, et les rend presque insensibles parla facilité des communications ; qui est maintenue par la liberté et l'immunité du commerce intérieur et extérieur, et qui embrasse toutes les productions. Car si l'une reste grevée, tandis que l'autre est libre, la justice n'est plus gardée ; les propriétaires de celle qui est gênée sont lésés dans leurs échanges; ils ne peuvent vendre qu'à un prix avili, et sont forcés d'acheter au vrai prix.

Ce n'est que sous le règne absolu de l'ordre, que tous les rapports de la société sont maintenus dans un équilibre favorable à tous les intérêts; que tous les droits sont assurés, que toutes les propriétés sont respectées, que le niveau s'établit entre les travaux et les salaires, que toutes les prétentions sont soumises à la justice.

Mais, puisque la valeur est si importante, il est du devoir et par conséquent de l'intérêt de l'administration, non-seulement de supprimer les obstacles factices qui la détruisent, mais encore de la favoriser et de la soutenir, en procurant par des chemins et des canaux la facilité des communications, qui rapproche les distances, qui multiplie le nombre des consommateurs et égalise les prix, qui réduit les frais de transport au profit de la valeur en première main. C'est là un des objets les plus essentiels de la dépense publique, el l'emploi le plus utile du patrimoine de la société. Ouvrez un débouché à une province qui en manquait, et qui était surchargée de la moindre quantité de productions au-delà de sa propre consommation : vous verrez sa culture sortir de l'engourdissement, et prendre des forces relatives à cette nouvelle cause de prospérité. En même temps vous présentez un nouveau débouché aux provinces voisines, vous étendez les rapports d'échange, et le bien qui en résultera produira un double effet.

XVI. — // n'y a que la valeur en première main qui influe sur les

richesses \

Mais toute espèce de valeur n'est pas du même genre. Il n'y a que 1 Les Physiocrates entendaient, par la valeur en première main, celle des snbsis-

celle en première main qui augmente la masse des richesses, parce qu'il n'y a qu'elle qui intéresse les premiers distributeurs des productions, qui assure la rentrée des reprises, et qui décide du revenu. L'accroissement de valeur que les productions obtiennent par les travaux subséquents, ne sont qu'une dépense et un emploi de la somme de la reproduction décidée invariablement par sa quotité, et mesurée par sa valeur en première main.

Cette proposition trouvera sa démonstration dans ce que je dirai sur la nature des travaux de l'industrie et du commerce. Dès que Ton n'admet pas cette distinction essentielle entre la valeur première et la valeur subséquente, on ne peut plus se former d'idées justes, ni sur la source des richesses, ni sur l'ordre de leur distribution, ni sur l'organisation de la société , ni sur la nature des divers travaux et des dépenses. C'est sur cette distinction (qu'a refusé d'admettre M. l'abbé de Condillac) que roule toute la théorie de l'ordre social.

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