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VI. — Unité de la source des dépenses

La classe productive fournit donc tout ce qui se dépense dans la société, sans être payée ni soudoyée par personne. Elle donne tout et ne reçoit rien, parce qu'elle puise directement dans le sein fécond de la nature. Lorsque les deux autres classes de la société lui font des achats, ou font entre elles des payements et des ventes

1 V. Mercier de La Rivière, p. 517 de ce volume.

subdivisés à l'infini, tant d'une classe k l'autre, que dans Tinté* rieur de chacune, il faut toujours remonter k la source; c'est d'elle seule qu'ils ont reçu les moyens de payer t.

De là suit l'unité de la source des richesses et des dépenses , et par conséquent de l'intérêt social.

Mais, si tout se réduit k la reproduction, le gouvernement doit porter toute son attention sur ce point unique, non pour le diriger par un régime arbitraire de commandements et de prohibitions, mais pour lever tous les obstacles qui s'opposeraient aux succès de la culture, et la protéger par l'observation des lois de l'ordre social dans toutes les parties de l'administration, parce que toutes retentissent k l'intérêt de la culture.

Du reste, après la reproduction, il n'y a plus que mouvement, circulation, emploi et distribution des richesses par le moyen des échanges conclus avec l'argent ou sans lui, et des salaires qui soldent tous les travaux et les services. Cette distribution se fait d'elle-même par des conventions libres et pour le mieux, sans la moindre intervention du gouvernement.

On ne saurait croire en général combien peu il faut gouverner, combien l'administration aurait peu de chose k faire sous le régime de l'ordre, combien de soins elle abandonnerait k la libre concurrence des intérêts particuliers !

En effet , la classe productive n'a pas besoin de l'attention du gouvernement pour cultiver telle ou telle denrée, pour tirer de la terre une forte reproduction. Le propriétaire n'en a pas besoin pour entretenir ses héritages, les affermer, et dépenser son revenu après avoir acquitté la dette sacrée de l'impôt; ni le commerçant pour établir ses combinaisons, former des entreprises, acheter dans un lieu et revendre dans un autre, ou spéculer d'un temps k un autre ; ni le fabricant ou l'ouvrier pour choisir le genre qui lui convient, et diriger ses travaux suivant le goût des consommateurs. En un mot, toute la société n'en a pas besoin pour jouir, pour consommer, pour échanger, vendre, acheter, louer, affermer, prêter, etc., etc.

Mais la société a des voisins que la jalousie et l'ambition peuvent porter k envahir le territoire, k insulter la nation, k lui fermer les communications que la nature a ouvertes pour tous. Le gouvernement chargé

1 V., quant aux objections élevées contre cette théorie, ceUe des Notes (60) de Germain Garnier, sur Adam Smith, qui traite de la doctrine des Économistes.

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de la sûreté publique doit donc être toujours prêt à repousser les altaque* du dehors. Mais dans le sein de la société il y a des hommes injustes, disposés a usurper par la violence ou par la iïaude; il faut encore une force publique pour les réprimer et les contenir. Mais il mji vient entre les citoyens des différends sur la manière d'interpréter et d'exécuter les conventions, sur le partage et la possession des héritages; il faut des tribunaux pour prononcer sur ces obje(s et entretenir la paix avec une autorité irrésistible. Mais la société a des propriétés communes, dont la jouissance appartient h tous; il faut les entretenir, les améliorer et les étendre. Du reste, il munda va de se; et il ne va jamais mieux que lorsqu'il va de lui-même.

Le souverain ne doit donc avoir de rapport direct et d'intérêt a discuter qu'avec les propriétaires, qui, possédant seuls la partie disponible delà reproduction, sont seuls chargés par la nature de leurs richesses de frayer à la dépense publique. Cette contribution doit être fixée par des lois précises et qui ne prêtent point k l'arbitraire, de manière que < liacun ait son compte clairement arrêté. Quant à la première et à la troisième classe, le souverain n'a rien h leur demander, et ne doit s'adresser à elles que pour leur acheter soit des productions , soit des travaux et des services. Telle est en deux mots toute l'économie de l'ordre social qui est bien simple.

VIL — Le partage de la reproduction $e fait à différents titrai.

Quoique la source des dépenses soit unique et commune a tous, tous De tiennent pas y puiser au même titre.

La classe productive y a incontestablement le premier droit : la reproduction est le fruit de ses sueurs et de ses avances* Le dernier morceau de subsistance est pour elle : le propriétaire même du fonds ne peut venir qu'eu seconde ligne; il faut, ou qu'il laisse son fermier vivre sur son fonds, ou qu'il le cultive lui-même.

La seconde classe lire son droit du litre même de sa propriété. Le fonds lui appartient; elle s'associe pour le faire valoir avec la première classe, qui apporte sur ce fonds son travail et ses richesses mobiliaires. Ce sont des conventions libres faites entre ces deux classes qui déterminent la portion disponible, qui est plus ou moins forte suivant l'état donné des choses* suivant la fertilité naturelle ou acquise de la terre , suivant les débouchés plus ou moins faciles, suivant que les conditions sociales nécessaires au succès de la culture sont observées ou violées . suivant la sagesse ou les erreurs de l'administration*

Il n'y a que ces deux classes qui aient un droit immédiat a la repro-

duction. Mais le droit de la troisième pour n'être que médiat , n'en est pas moins légitime. Elle le tire de son travail, de ses services, de son industrie, de l'emploi de ses capitaux : elle le tire de sa propriété personnelle et de sa propriété mobiliaire. Mais elle ne peut trop se rappeler qu'elle ne peut avoir que ce que les deux premières classes pourront lui céder; que son intérêt est donc inséparablement attaché au leur; qu'il se réduit à celui de la reproduction, et par conséquent à l'observation des conditions sociales propres à la favoriser'.

VIII. — Deux sortes de consommations : tune subite, f autre progressive.

Tout vient donc de la reproduction, et tout aboutit à la consommation; mais la consommation est de deux sortes : l'une subite et entière^ l'autre lente et successive. Sous ce point de vue, la reproduction se partage en subsistances et en matières premières.

Ces deux genres de consommation sont relatifs aux différents besoins. Le besoin de la subsistance ne peut être rempli que par un anéantissement actuel des choses dont on use. Les autres besoins n'emportent pas une destruction subite, mais partielle et progressive. Un habit dure un an, une voiture dix ans, des meubles plus ou moins, une maison des siècles. Mais la préparation des matières propres à remplir ces besoins n'a pu se faire sans une destruction actuelle de subsistances de la part de ceux qui l'ont exécutée. Jouir de ces choses , c'est consommer des matières premières plus ou moins durables, et dont la préparation a coûté la consommation actuelle d'une certaine quantité de productions. C'est donc consommer par soi-même et par autrui, ou, ce qui est la même chose, restituer la valeur de ce qui a été consommé pour nous procurer cette jouissance.

Sous ce point de vue, le seul vrai, tout se réduit donc aux productions : productions existantes dans les matières premières, productions consommées pendant le temps de la fabrication.

Comme la jouissance de ces choses est plus ou moins durable et que leur consommation n'est que partielle, elles sont de nature à se revendre après avoir déjà servi : c'est alors achever une consommation commencée par autrui ; la louer, c'est payer une rétribution pour l'usage qui en est concédé.

Au moyen de la durée plus ou moins grande des ouvrages de maind'œuvre, une nation possède un fonds considérable de richesses, indé-

1 Les idées précédentes sont complètement développées par Baudeau, p. 754 et suivantes de ce volume. (E. D.)

pendant de sa reproduction aunuelle, qui tonne un capital accumulé de longue main, et originairement payé avec les productions, qui s'entretient et s'augmente toujours. Dans les siècles où les mœurs se corrompent, où Ton donne tout à la jouissance et au luxe de décoration, ce fonds s'accroît tellement , qu'il forme une partie beaucoup trop notable des fortunes, au préjudice des dépenses foncières et de l'amélioration du territoire qu'on néglige.

Le numéraire qui circule chez une nation est un capital accumulé. Si elle a des mines, c'est un fruit de son territoire. Si elle n'en a pas , elle ne peut l'avoir acquis que par l'échange de ses productions; car les nations qui en possèdent la source, ne le donnent pas pour rien.

Comme l'argent a une valeur à lui, et qu'il est admis dans tous les échanges; qu'avec lui on peut se procurer, non-seulement toutes les productions, mais les héritages mêmes, on en concède l'usage moyennant une somme fixe et annuelle, qui opère un revenu pour le prêteur. Mais il est évident que ce revenu, quoique très réel pour lui, n'est pas fourni par la chose même, et qu'il ne peut l'être qu'immédiatement ou médiatement par la reproduction qui fournit la matière de toutes les dépenses.

Il faut en dire autant du loyer des maisons , qui sont les ouvrages de l'industrie les plus durables.

Cette proposition me conduit à examiner la nature des travaux subséquents à ceux de la culture. Les principes sont établis; il n'y a plus qu'à les appliquer dans les chapitres suivants, et à démêler les difficultés dont les préjugés ont obscurci une théorie si simple en elle-même.

Avant d'entamer cette matière, je crois devoir discuter ici les sentiments de M. l'abbé de Condillac sur la circulation.

Examen de la doctrine de M. Vaobé de Condillac , sur l'organisation de la société et la circulation.

La doctrine que je viens d'établir ne fait qu'énoncer ce qui existe, ce qui se passe sous nos yeux. Une seule source de richesses : deux classes auxquelles appartient la totalité des productions; une troisième qui reçoit sa part des deux autres pour prix de ses services. w

La division de la société en ces trois classes n'a rien d'hypothétique : elle est fondée sur des caractères qui ne permettent pas de les confondre. Une de ces classes est distinguée par la propriété du sol; les deux autres étant occupées au travail, ne peuvent l'être que par le gence de leur travail, et par le titre auquel elles partagent la reproduction.

Cette organisation de la société est une des clés de l'économie politique. Elle simplifie l'intérêt social et le réduit à un seul point; elle dé-

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ride toutes les questions d'administration , et en particulier celle de l'impôt (comme je l'ai fait voir dans le Résumé qui termine mon iv'Dijcours sur tordre social*). Sans elle, on n'apenoit dans la circulation qu'un mouvement rapide et confus, et l'on ne sait d'où il part : on voit des travaux sans nombre qui tous font vivre leurs agents, et quelquefois les enrichissent, et on les met tous sur la même ligne; on voit les matières premières doubler, tripler de valeur, et Ton en conclut un accroissement de richesses.

Demandez à la plupart des gens qui n'ont jamais réfléchi sur ces matières, quelle est la source des dépenses, et d'où vient pour chacun des citoyens la faculté d'acheter et de payer. On vous répondra, sans aller plus avant, que chacun achète avec son argent; et cet argent, vous dirat-on, vient au propriétaire de son revenu qui lui est payé par son fermier, au rentier des arrérages provenant du prêt de son capital, au propriétaire de maison de ses loyers, au commerçant de ses profits, au manufacturier de la vente de ses ouvrages, au peuple de son industrie et de ses salaires : chacun vit comme il peut de son métier. La plupart des gens ne percent pas plus loin et n'en cherchent pas davantage. A

1 Ce Rcsumé répète presque littéralement ce qui se trouve dit au ch. vi, $ 3 de Y Introduction à la philosophie économique de l'abbé Baudeau ; mais il est précède de la note suivante, que nous croyons devoir reproduire :

« Etablir l'impôt direct, c'est dans le point le plus important rendre un hommage réfléchi aux vérités capitales qui constituent Tordre social fondé sur Tordre physique. C'est reconnaître, par exemple, que la terre est l'unique source de toute* les richesses. Or, de ce seul principe, vu dans toute son étendue, dérive toute bonne administration et toute législation sage et prospère.

« En effet, si la terre est Tunique source des richesses, il n'est rien qu'on ue doive faire pour rendre cette source plus abondante. Toutes les opérations publiques doivent être dirigées vers ce but et combinées avec ce grand intérêt ; aucune ne peut lui être étrangère. Les moyens physiques de multiplier les productions sont le travail et les avances. Mais les hommes ne se détermineront pas, et même ne pourront pas employer ces moyens dispendieux autant qu'il est nécessaire pour obtenir une forte reproduction , si la certitude d'y trouver leur intérêt ne leur en donne la volonté et la faculté ; c'est-à-dire, s'ils ne jouissent de la plus grande sûreté dans Vexercice de leurs droits de liberté personnelle et de propriété mobilière et foncière. Telle est la condition sociale de la culture. Ses succès n'ont d'autre mesure que la manière dont celle condition se trouve remplie de la part de ceux qui gouvernent, et tous les détails de l'administration y ont un rapport plus ou moins éloigné.

« Ainsi, la sûreté des avances de la culture , l'immunité personnelle du cultivateur, qui ne doit que son travail et l'emploi de ses richesses, et qui, pour l'intérêt évident de la société, ne le doit qu'à la terre ; — L'établissement d'un impôt direct régulier proportionné au produit net du territoire, sagement combiné avec Jesdroits du propriétaire, la simplicité dans la perception, l'économie dans tes dépenses, la

leurs yeux, le cultivateur est un homme précieux, car il fournil a nés besoins les subsistances et les matières premières de l'industrie; mais dès que Ton a rendu à la culture cet hommage indispensable, tout est dit, on se croit quitte envers elle. Le cultivateur n'est plus qu'un homme qui sème du blé ou du sarasin, qui est riche ou pauvre, qu'il ne faut pas mettre trop à son aise, parce qu'il deviendrait paresseux, qui vend ses denrées où il peut et comme il peut : c'est à lui a se tirer d'affaire. On reste, personne ne sent que c'est lui qui, non-seulement nous nourrit physiquement, mais qui nous fournit de quoi payer toute notre dépense dans quelque profession que nous soyons, et que de son aisance ou de sa pauvreté dépend la fortune publique.

De même, un propriétaire est aux yeux de la multitude un homme qui reçoit sa ferme, comme un rentier touche ses arrérages. Tout cela est égal et fait revenu dans l'état.

L'industrie paraît une source de richesses aussi bien que l'agriculture; elle fait vivre le peuple; elle multiplie l'emploi des hommes au profit de l'État; elle double, triple la valeur des matières premières, etc.

fidélité dans le maniement des deniers publics, l'exactitude dans la comptabilité ; — La liberté de l'industrie qui dérive de la liberté personnelle, et qui tient encore à l'intérêt social par la diminution des dépenses stériles; — L'immunité du commerce qui natt du droit de propriété, et qui est la condition nécessaire pour obtenir le plus grand revenu possible ; — La franchise du commerce intérieur qui en est la suite, et qui est aussi favorable à une nation dans ses achats que dans ses ventes ; — La facilité des échanges^ et par conséquent des moyens d'échange, qui sont les communications et les débouchés ; — La réforme des lois civiles en tant que, par leur arbitraire et leur multiplicité, elles suscitent des contestations, elles blessent les deux premières lois (celles de la liberté et de la propriété), et gênent l'exercice des droits légitimes; — La suppression des frais et des longueurs dans l'administration de la justice ; — La liquidation de la dette nationale qui, sous tous les rapports possibles, est un très grand mal, parce qu'elle absorbe le revenu public au préjudice de son véritable emploi, qu'elle oblige de lever un impôt plus considérable , qu'elle est une des causes du désordre de l'impôt ; qu'en épuisant le trésor public, elle, conduit à la ressource ruineuse du crédit, et que l'habitude et la facilité des emprunts jette dans des dépenses ruineuses, induit à entreprendre des guerres sans calculer les moyens, et les prolonge par delà ces moyens, parce que les emprunts publics portent les capitaux dans un emploi au moins inutile; qu'ils substituent des revenus factices au revenu territorial ; qu'ils nourrissent dans l'inaction une infinité de citoyens; qu'ils occasionnent la ruine des familles par les rentes viagères qui les dépouillent; qu'ils grèvent la postérité en lui faisant payer les fautes passées, etc.

« Toutes ces opérations ou réformes sont des conséquences nécessaires et très évidentes de ce principe physique, que la terre est la source unique des richesses, et ces conséquences embrassent toutes les parties de l'administration jusque dans ses derniers détails. » (E. D.\

Le commerce enrichit une nation, il Tait entrer l'argent, etc., etc., etc.

Telle est l'idée vague que la plupart des gens se forment de la circulation ; idée prononcée sur la surface des choses, sans remonter k la cause.

Peut-on trop regretter de ne pas trouver des notions plus exactes dans un auteur tel que M. de l'abbé Condillac? J'ose croire que, s'il avait jeté les yeux sur les principaux ouvrages qui ont paru depuis seize ans sur ces matières, il aurait adopté ces notions si vraies et si simples; et combien n'auraienl-clles pas gagné sous la plume d'un écrivain aussi lumineux et aussi méthodique!

M. l'abbé de Condillac n'admet que deux classes dans la société: celle des propriétaires et celle des salariés (p. 513). Il renferme dans la classe des salariés l'entrepreneur de culture qui, dit-il, ne subsiste qu'avec le salaire que lui paye le propriétaire.

Mais un homme qui prend à forfait la fécondité de la terre, qui vient avec un atelier d'avances considérables pour la faire valoir, qui stipule de la portion du produit qu'il donnera au propriétaire, n'est certainement pas un salarié. C'est plutôt un homme qui s'associe avec le propriétaire, et qui apporte sa mise dans la société. On ne peut donc pas dire (p. 514) c que la totalité de la reproduction appartienne aux propriétaires, et qu'ils en laissent une partie aux fermiers pour leurs salaires. » C'est, au contraire, aux fermiers qu'en appartient la totalité, dont ils donnent en nature, et souvent en argent, la portion convenue. Non-seulement cette manière de voir est inexacte, mais elle dérange toute l'économie sociale, en supprimant une des classes qui joue le plus grand rôle, puisque c'est d'elle que part la circulation, et que ses reprises entrent dans la distribution annuelle des richesses, et salarient en partie la troisième classe.

Seloii M. l'abbé de Condillac (p. 70), « tous les citoyens sont salariés les uns par les autres ,• le marchand et Partisan le sont du colon ; le colon test à son tour du marchand et de Partisan, et chacun se fait payer de son travail. » Tous les travaux sont donc mis de niveau; et parce que tous nourrissent leurs agents, tous sont regardés comme productifs de richesses, sans distinguer d'où viennent ces richesses, et à quel titre elles sopt transmises.

L'argent fait la principale richesse des villes, comme les productions font la principale richesse des campagnes (p. 566).

Mais, si ce sont les productions qui font circuler l'argent; s'il ne parvient dans les villes qu'autant qu'il a passé parles campagnes; si ceux des propriélaipesqui sont payés en productions n'ont d'argent que par la vente «ju'ils en font; s'il ne passe dans la classe industrieuse que

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parce que la culture a fait naître le moyeu de payer ses services, on ne peut pas mettre les richesses de la ville en opposition avec celles de la campagne, puisque le tout sort de la même source, et que l'argent ne fait que passer de Tune k l'autre sans s'arrêter un instant; mais il est essentiel de faire voir d'où il part.

L'établissement des villes présente sans doute des avantages de commodité et d'agrément. Elles sont le centre des affaires, le rendez-vous des productions, le séjour de l'industrie. Mais en est-il résulté un accroissement de richesses? M. l'abbé de Condillac le pense, parce qu'il regarde l'industrie comme productive; il est certain que la réunion des hommes dans les villes a donné naissance aux arts et a porté une plus grande partie de la dépense du côté de la main-d'œuvre. Mais, si l'industrie est absolument stérile, comme j'espère l'établir dans le chapitre suivant, il ^'ensuivra qu'on ne peut pas dire que « rétablissement des villes a augmenté le produit des terres ; que les propriétaires sont devenus plus riches, qu'il est resté moins de friches, etc. (p. 90). » Sans doute, les villes ont vivifié leurs environs; mais c'a été au détrimentde l'intérieur des campagnes, qui ont perdu à l'éloignement des propriétaires et au déplacement de leur dépense; et tous les frais nécessaires, pour les approvisionner au loin, ont été des frais stériles payés au détriment du prix en première main et du revenu.

Les bornes que je me suis prescrites ne me permettent pas de discuter plusieurs autres endroits sur la circulation dans les chap. XI, XVI et XIX de la première partie, et les chap. I, II et III de la seconde. Il est impossible que nous ne soyons souvent d'avis contraire, puisque nous partons de principes contraires. Je n'admets qu'une source de richesses, et M. l'abbé de Condillac en admet autant qu'il voit de genres de travail.

Cependant, lorsqu'il passe k la pratique, la justesse de son esprit Ta redressé. Il établit parfaitement l'unité de l'impôt, la liberté de l'industrie, celle du commerce intérieur et extérieur, les effets du monopole, le danger des prohibitions '. Les sentiments qu'il a suivis dans la théorie, n'influent pas sur les résultats , quoiqu'il y eût quelquefois lieu de le craindre. Par exemple, le principe que l'industrie est productive de richesses, tend à autoriser l'impôt mis sur elle ; mais il l'abandonne, lorsqu'il établit l'impôt direct, chap. XXVÏIÏ. Il fait voir très bien que cette classe ne possède que des salaires réduits au plus bas par la concurrence; que ses frais lui sont remboursés par ceux qui veulent jouir de son travail, et que, par suite, l'impôt retombe sur l'acheteur. Mais alors

1 V. plus haut, la note jointe à V Introduction du présent ouvrage.

que devient la richesse produite par l'industrie? Le résultat n'est donc juste que parée qu'il contrarie le principe.

Mais peut-on désirer trop d'exactitude dans un ouvrage élémentaire, dans un ouvrage où l'on reproche, à ceux qui nous ont devancés, d'avoir commencé par écrire avant Savoir fait la langue (p. 1) ?

Sans doute, chaque science demande une langue particulière ; aussi, la science économique en a-t-elle une qui est toute faite et qui est née avec elle. Ceux qui l'ont enseignée, jusqu'ici ont eu le plus grand soin de fixer le sens propre des mots, et s'ils en ont pris quelques-uns dans une nouvelle acception, ils n'ont pas manqué de la déterminer.

Il serait à souhaiter qu'on voulût bien indiquer les mots peu propres qu'ils ont pu employer. En attendant, me serait-il permis de présenter des doutes sur quelques expressions de M. l'abbé de Condillac, et de les comparer avec celles que les auteurs qui ont écrit sur ces matières, ont employées? Je discuterai en même temps quelques passages qui tiennent au fond même des choses.

Lesauleursjw* ont commencé à écrire avant d'avoir fait la langue, appellent fermier, ou entrepreneur de culture, un homme qui prend une terre à bail et qui fait les avances primitives et annuelles ; s'il me fait qu'une partie des avances, ils l'appellent métayer; ils ne l'appelleront pas régisseur (p. 87), parce que ce mot semble emporter l'idée d'un homme qui reçoit et dépense pour un autre, et qui est comptable ; par la même raison, ils n'appelleront pas le fermage une régie (p. 94).

Lorsque le possesseur du fonds ne fait pas valoir, mais afferme, ils ne rappelleront pas colon, mais propriétaire ; ils ne diront donc pas : dans cette régie, nous voyons un homme qui fournil le fonds, c'est le colon ; un entrepreneur, c'est le fermier ; car s'il y a un fermier, le propriétaire n'est plus colon.

Ils appellent salarié, un homme qui reçoit salaire. En conséquence, il n'ont garde de dire que tous les citoyens sont salariés les uns par les autres (p. 70), car il leur semble que ni l'entrepreneur de culture, ni le propriétaire ne sont salariés de personne, et qu'au contraire ce sont eux qui salarient médiatement ou immédiatement dans une nation tous ceux qui reçoivent salaire. Les propriétaires sont exceptés (p. 313) de la généralité de cette proposition; mais elle ne parait pas plus exacte par rapport aux fermiers, qui ne sont point les salariés du propriétaire.

Ils diront qu'un propriétaire qui cultive par lui-même, doit distinguer dans la récolte la portion qui lui appartient comme reprise de culture et celle qu'il a comme produit net, et qu'il n'y a que celle-ci qui forme son revenu. \h ne diront pas (p. 8f>), que, lorsqu'il afferme, il renonce à une partie de son revenu; car il a toute la portion libre de la reproduction, il

if abandonne que celle qui esl due a celui qui fait les avances et qui ne peut jamais appartenir au propriétaire considéré comme tel.

Ils ne diront pas que toutes les productions appartiennent à la classe des propriétaires (p. 313), car elle n'a que le produit net k ce titre.

Ils ne mettront pas les entrepreneurs de culture dans la classe des salariés, qui, n'ayant ni terres ni productions en propre, subsistent avec les salaires dus à leur travail (p. 313); car les fermiers ont une grande partie de la reproduction en propre, puisque leurs reprises très légitimes en prélèvent plus de la moitié, et ils ont en propre la totalité en nature, lorsqu'ils payent en argent. Il n'en est pas moins vrai, comme le dit M. l'abbé de Condillac, que l'impôt ne doit pas s'adresser à eux ; mais ce n'est pas parce qu'ils n'ont point de productions en propre, c'est parce que ce qu'ils en ont, qui est très considérable, est destiné à une dépense dont il n'est permis de rien retrancher.

Ils distinguent dans les productions celles qui sont d'une consommation subite et celles qui sont d'une consommation lente et successive. Ils appellent les premières des subsistances, et les autres des matières premières, parce qu'elles fournissent la matière première des ouvrages de l'industrie. Ils n'appelleront pas les premières richesses foncières, parce que, si l'on se sert de cette expression par la raison que ces richesses sont produites par les fonds de terre, elle convient également aux matières premières et ne peut servir k les distinguer, parce que, d'ailleurs, cette expression paraît bien mieux convenir aux héritages mêmes qui, sous tous le rapports, sont richesses foncières. Ils n'appelleront pas les secondes richesses mobilières, parce que, si l'on prend le mot meubles dans le sens qu'on lui donne en jurisprudence, les subsistances sont également des meubles ; parce que si on le borne, suivant une acception assez ordinaire, aux effets qui garnissent nos habitations, aux meubles meublants, il ne renferme plus les habits ni les bijoux ; il renferme encore moins les matériaux qui servent à construire les maisons, et les maisons mêmes qu'on n'a jamais appelées richesses mobilières.

Ils diront que le cordonnier qui chausse un fermier est salarié par lui; mais ils ne diront pas qu'tï devient copropriétaire du produit de la terre (p. 95).

Ils feront sentir que tous les travaux sont utiles; mais ils ne les mettront pas tous sur la même ligne, et ils les distingueront par les caractères qui leur sont propres.

Ils ne diront pas, par une distinction qui n'est nullement exacte (p. 348), que nous devons au colon les richesses foncières, et à C artisan les richesses mobilières; car nous devons au colon les matières premières qu'il plait d'appeler richesses mobilières; nous lui devons encore les

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productions consommées par l'ouvrier, sans lesquelles il ne pourrait exécuter son travail ; nous lui devons encore la faculté d'acheter le travail de l'ouvrier et de lui rembourser la valeur des consommations qu'il a faites. Que devons-nous donc à l'artisan? Nous lui devons un service qu'il nous rend, que nous payons tout son prix, et qui ne nous enrichit pas.

Ils ne diront pas qu'il n'y a que deux classes dans la société (p. 313), parce qu'il y en a essentiellement trois ; ou que si, sous un autre regard, on veut n'en admettre que deux, celle qui paye et celle qui est payée , if faut subdiviser la première en classe productive et classe propriétaire.

Ils se garderont de généraliser le mot commerce, en disant qu'il riest pour tous les citoyens qu'un moyen de s'enrichir , le commerce (p. 374); ce qui tend à confondre sous une même dénomination des choses absolument différentes. Mais ils appelleront les ventes faites par les deux premières classes, commerce de propriété, qui est le vrai commerce; et ils appelleront les ventes faites par la troisième classe, trafic, ou commerce de revente et commerce de main-d'œuvre.

Il n'exprimeront pas le commerce de propriété, par commerce de productions (p. 374), parce que cela ne le distingue nullement du trafic, qui fait aussi le commerce de productions.

Ils n'appelleront pas indistinctement toutes les espèces de trafics, commerce de commission (p. 575), parce qu'ils pensent que cette expression ne convient qu'a la vente qu'un homme fait pour le compte d'un autre, et moyennant un salaire, d'une marchandise qui ne lui appartient pas.

CHAPITRK v.

De la nature des travaux de l'industrie.

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