IV. — Le numéraire passe tous les ans par les trais classes
Tout le numéraire circulant passe donc annuellement par les trois classes de la société.
Il passe d'abord par les mains de la classe productive; elle l'attire à elle par ses ventes, et le remet en circulation par le payement du revenu et par ses achats k la troisième classe.
Ce même numéraire passe en entier à la classe propriétaire. Elle le reçoit par le payement qui lui est fait de son revenu : elle en reporte directement une partie à la classe productive pour payer les subsistances dont elle a besoin, et elle lui reporte l'autre par le canal de la troisième classe.
Ce même numéraire passe en entier à la troisième classe. Elle le reçoit des deux premières pour le payement de ses ouvrages et services quelconques, et le reporte à la première, partie en achat de subsistances, partie en achat de matières premières qu'elle tient toujours en réserve pour la continuation de ses travaux, et qu'elle renouvelle sans cesse.
Mais, quoique chacune des classes reçoive une somme égale, la circulation ne fait pas passer toutes les sommes par les trois classes. Les cent mille livres portées par la première h la troisième en achat de main-d'œuvre, ne passent pas par la seconde. Les cent mille livres, moitié de leur revenu, que les propriétaires emploient en achat de subsistances, ne passent point par la troisième classe. Il n'y a que l'autre moitié du revenu que les propriétaires dépensent en ouvrages et services qui parcourt les trois termes, parce qu'ils ne reviennent à la première classe qu'après avoir passé par la troisième.
Telle est la manière dont l'argent circule pour opérer la distribution delà reproduction. La circulation est souvent plus compliquée, parce que l'argent passe par plus d'une main avant qu'il s'effectue une consommation.
V. — Différence entre la circulation de l'argent et celle des productions.
Il suit, de ce qui précède, qu'il y a une différence essentielle entre la circulation de l'argent et celle des productions.
1 V. Germain Garnier, dans ses Notes sur Adam Smith. Ce qu'il dit, dans la 68e de ces Notes, est de nature à jeter beaucoup de lumière sur les explications précédentes. Voyez encore, dans ce volume, l'Explication du Tableau économique, par Baudeau. (E. D.)
L'argent circule et ne se consomme pas; il ne fait que changer de main pour faciliter les payements et les échanges.
Mais, les productions se consomment Leur circulation se réduit souvent à aller du producteur au consommateur. Si une partie passe par des mains intermédiaires pour la fabrication, le transport et la revente, ce n'est qu'un canal pour arriver à la consommation.
On reçoit les productions pour elles-mêmes, et Ton ne reçoit l'argent que pour l'échanger en une valeur en productions.
Mais, si les productions se consomment, elles se renouvellent tous les ans par le bienfait de la nature ; et elles ne se renouvellent qu'autant qu'elles sont consommées, tant par les deux premières classes que par la troisième, qu'elles associent à leur dépense pour leur propre utilité.
L'argent ne se détruisant pas, n'a pas besoin de se renouveler; il suffit qu'il se représente toutes les fois qu'il est nécessaire. S'il se multipliait comme les productions, il s'accumulerait tellement, qu'il ne pourrait plus remplir sa fonction, ayant perdu sa valeur.
L'argent ne multiplie pas les productions, mais les productions semblent multiplier l'argent, en le faisant circuler.
Les productions qui se renouvellent pour remplir nos besoins renaissants, sont donc une richesse bien autrement importante que l'argent, qui, une fois dépensé, ne revient plus, Si moins qu'on ne l'achète de nouveau. C'est la terre qui , en renouvelant les productions, rappelle cet argent qui s'était échappé.
Une valeur en argent est donc une valeur en productions : ainsi, lorsque l'impôt grève les consommations, ce sont des denrées qu'il enlève. En vain dit-on qu'il rend cet argent et le fait repasser par la circulation k ceux de qui il l'a reçu. Il ne le leur donne pas, il le leur revend. Il l'a reçu gratuitement, et il le donne en échange. C'est comme si l'on disait qu'un homme qui a pris vingt-quatre livres à un laboureur, et qui vient les lui rapporter pour le prix d'un sac de blé, lui a rendu ces vingtquatre livres. On trouve cependant dans bien des auteurs cette assertion sur l'effet de la circulation '.