CONCLUSION DE CET OUVRAGE
fai montré dans cet ouvrage quelles sont les causes de la valeur, et son influence sur le revenu et la prospérité d'une nation ; j'ai déterminé les fonctions de l'argent, la source et les effets de la circulation ; j'ai établi la nature des travaux de l'industrie et du commerce , leur utilité par rapport à nos besoins; mais leur stérilité absolue, quant à l'accroissement des richesses.
De ces vérités développées et considérées sous tous leurs rapports, j'ai tiré la conséquence de Vunité de Vintérét social et de sa conformité avec les lois de la justice : principe de la plus grande fécondité, qui décide toutes les questions d'économie politique, qui dissipe tous les préjugés, qui ne souffre ni exception ni modification , qui présente aux administrateurs un point fixe et invariable, sans lequel il n'existerait point d'ordre social ni de règle certaine pour procurer le bonheur des hommes réunis.
L'intérêt des classes du commerce et de l'industrie serait contraire à l'intérêt social , s'il pouvait être envisagé sép*arément. Tai donc traité de l'intérêt de ces deux classes, en prouvant qu'il est essentiellement renfermé dans celui de la reproduction; que vouloir le procurer par des moyens contraires au bien de la culture, c'est vouloir l'effet sans la cause; que, comme ces travaux, loin d'accroître les richesses, sont un objet de dépense , la nation qui les paye a intérêt d'en réduire les frais, et par conséquent d'assurer la plus grande liberté à leurs agents, et de ne les assujétir à aucune contribution.
Tel est le mal que souhaitent à ces deux classes les philosophes qui font profession d'enseigner les lois de l'ordre social : puissent-elles ne jamais trouver de plus grands adversaires ! Et l'on ne cesse de dire que ces philosophes ne connaissent point de patrie, qu'ils sont indifférents au sort de leurs frères, qu'ils font profession d'aimer tous les hommes pour se dispenser d'aimer plus particulièrement leurs concitoyens : on leur reproche de ne s'occuper que de l'intérêt des propriétaires, sans doute parce qu'ils demandent que tout l'impôt soit reporté sur eux, et qu'ils prouvent que cela doit être. On les accuse d'être les détracteurs du commerce et de l'industrie, sans doute parce qu'ils sollicitent en faveur de ces travaux la liberté et l'immunité; parce qu'ils démontrent que n'étant nullement productifs de richesse, mais un pur objet dedé-
• V., sur le régime colonial actuel, les trois dernières et savantes leçons du Cours (Téconom. polit, de M. Rossi.
pense payée parla reproduction, ils ne sont pas imposables. Et des gens faits pour penser, s'attachent a la dénomination de stériles donnée à ces travaux; ils s'effarouchent comme des cnTants d'un mot qu'on a explique cent et cent fois, qui n'a rapport nî à l'importance ni a l'utilité reconnue de ces travaux, mais qui ne sert qu'a exprimer la différence physique qu'il y a entre tirer de la terre par son travail et le hirnluït de la nature des productions qui n'existeraient pas5 et recevoir pour prix d'un service quelconque des productions qu'un autre a l'ait nailre.
Maïs ces philosophes savent aussi que, ces travaux étant un objet de dépense, l'intérêt de ceu\ qui payent cette dépense est d'être servis dans un état de concurrence. C'est pourquoi ils réclament, pour les deux premières classes propriétaires de la totalité de la reproduction, la suppression de toute préférence, de tout privilège, de toute exclusion; persuadés que, plus on épargne sur une dépense, plus on peut se procurer de jouissances; que ceux qui payent ont intérêt et droit, de par la nature, de ne payer que le juste prix; que la concurrence dans tous les travaux , et en particulier dans ceux du commerce, est de la plus grande importance pour la valeur, et par suite pour la reproduction, source unique de toutes les dépenses; qu'elle est donc sous ce rapport l'intérêt de tous, puisque tous vivent sur la reproduction, puisqu'ils vivent mieux et en plus grand nombre, lorsqu'il y a plus a partager.
C'est donc celte concurrence, si juste en elle-même, contre laquelle s'élèvent les agents du commerce et de l'industrie : c'est Ih ce qui les blesse tellement dans la doctrine de ces philosophes, qu'ils ne leur tiennent aucun compte de ce qu'ils enseignent de favorable pour eux; et c'est pour se garantir de celle concurrence qu'ils réclament les impôts d'encouragement et les traites. On dirait que s'ils avaient le choix de l'immunité de leurs travaux avec la conçu rrence, ils préféreraient l'exclusion avec loule la charge des impôts; et qu'ils souscriraient a tous les tarifs, assurés de s'en indemniser sur la nation et d'en rejeter sur elle tout le poids.
Et ils ne cessent de nous dire que s'il faut encourager ta culture t tï faut soutenir Cindustrie , et ies regarder comme deux sœurs. Sans doute ce sont deux sœurs; mais il est une sœur aînée qui nourrit la seconde, et jamais la sœur aînée ne sollicita ni exclusion, ni privilège, ni impôt d'encouragement contre sa cadette. Il faut soutenir I industrie, mais ce ne doit pas être en nuisant directement ou indirectement à la culture qui TentretienU Ce n'est pas par les feuilles, c'est par les racines qu'on cultive un arbre ; les feuilles l'embellissent, et contribuent même a son accroissement; mais c'est la racine qui fournit la sève qu elles dépensent
FIN DES ŒUVRES DE LE TftOSKË*
CONTENUES
DAlNS les oeuvres de le trosne.
Notice sur la vie Et les travaux de Le Troshe 879
De l'intérêt social par rapport a la valeur, a la circulation, a l'industrie,
et au commerce interieur et extérieur 885