CHAPITRE X
Du Commerce. Premières notions qui conduisent à reconnaître la nécessité de sa liberté. — Tout acheteur est vendeur, et tout vendeur doit être acheteur. — Les sommes de ces deux opérations doivent être égales entre elles. — - Les ventes, même en argent, ne sont que des échanges de valeurs égales. — Erreurs et préjugés contraires à ces premières notions * .
J'ai dit dans le chapitre précédent qu'il était dans Tordre naturel et essentiel des sociétés , par conséquent dans les intérêts communs du souverain cl de la nation, qu'on donnai au commerce extérieur la plus grande liberté possible; il s'agit maintenant de perler jusqu'à Tcvidence la démonstration de celle vérité. Pour y parvenir, il sullil de présenter d'une manière simple cl claire les premières notions du commerce; de
* Quiconque a lu V Analyse du tableau économique ^ les Observations y faisant suite, et \cs3Iaximts générales du gouvernement économique d'un royaume agricole^ aura fait celte remarque , sans doute , que ces divers écrits sont un exposé presque exclusivement dogmatique du système de Onesnay. Il y a là, en quelque sorte , la confirmation de ces paroles de M. Blanqiii, « que le philosophe jetait ses idées à ses sectateurs en manière d'oracles. » Leur complément, ou la partie démonstrative, n'existe en eiïct que dans les uciix Dialogues sur le commerce et les travaux des artisans^ dont ii;);i> ne comprenons pas (\\w Dupont de Nemours ail pu dire, eu publiant les Œuvres de Quesnay.^ i]\\'\U seraient un jour la partie la moins lue de son Recueil. (V. plus haut, p. J-ii, vers !■ (ii:). (lar, indépend'»nnient même delà lumière qu'ils répandent sur la doctrine de rauteur, ils ])rè.^eni: ni, abstraction faite de la valeur de cette doctrine, un véritable clief-d'oMivre de dialeetique, tant il y a de précision et de vigueui" dans rar^umenlation dont Qiiesnay use pour la soutenir l Rien ne prouve mieux combien les oracles de ce philosophe avaient été profondément réfléchis. Aussi, peut-on considérer ces Dialogues comme le canevax des brillantes analyses auxipielles Mercier de La liivière va se livrer dans ce chapitre et les suivants, en traitant à son tour du commerce cl de rindustric. (E. D.)
fixer ainsi la véritable signification des expressions dont on se sert journellement sans les entendre ; de donner, par ce moyen, du corps, pour ainsi dire, et de la précision k des idées abstraites et vagues qui prêtent h toos les différents systèmes, et nourrissent l'illusion' et les préjugés josqne dans ceux mêmes qui de bonne foi cherchent à s'en garantir.
Si je ne parle point ici du commerce intérieur, c'est que je me persuade qu'on est d'accord aujourd'hui sur la nécessité de le faire jouir de la plus grande liberté. La consommation est la mesure de la reproduc- j tûm^ car des productions qui resteraient sans consommation, dégéné-/ reraient en superflu sans utilité, sans valeur; et dès-lors on cesserait de faire les avances de leur culture *. Mais il n'est pas possible de reconnaître cette vérité, sans reconnaître aussi que, le commerce intérieur étant le moyen par lequel la consommation s'opère , la liberté ' dont il jouit est tout à l'avantage de la reproduction.
Cependant, en même temps qu'on s'éclaire sur cet objet, on ne s'achemine que lentement vers l'établissement de cette même liberté; ses progrès sont retardés par quelques préjugés qui subsistent encore : on se persuade que les profits faits, sur une nation^ par ceux qui dans son intérieur achètenl d'elle et lui revendent, sont néanmoins une augmentalion de richesse pour celle nation *. Celle erreur évidente n'aurait aucun inconvénienl, si elle ne décidait pas les gouvernements, non-seulement à mettre des entraves aux consommations par les impôts qu'ils établissent sur les consommateurs, en croyant les établir sur ceux qui ne font que leur vendre leur ministère, mais encore à sacrifier souvent la liberté du commerce intérieur aux intérêts particuliers des revendeurs, par les privilèges qu'on leur accorde au détriment de cette même liberté : l'effet de ces privilèges, qui diminuent la concurrence, est de faire passer dans des mains stériles une porlion des richesses qui pourraient servir k Paugmentalion des dépenses productives , opération qui nécessairement devient destructive de la reproduction.
De quelque manière que se fasse le commerce, il n'est qu'un échange de marchandise pour marchandise. L'action de vendre ou d'acheter n'est qne l'action ^'échanger, lors même que cette action s'opère par l'entremise de l'argent; car l'argent n'est qu'une marchandise. Le but de cet
• V. Éeonomisles financiers du XVlll siècle^ Boisgiiillebcrt , Diiail de la France^ ch. 2.
• V. Boisguillcberl, ibid.^ Dittert. sur la nature des richesses^ ch. 5.
• Ce préjugé s'afTaiblit de nos jours ; mais il iren est pas de même de Tenlhou- M^iMoe pour le commerce exlérieur que les partisans du système mercantile concilient avec l'amour des prohibitions . (E. D .)
échange est la jouissance, la consommation; de sorte que le commerce peut être défini sommairement : rechange des choses usueUes pour parv^ nir à leur distribution dans les mains de leurs consommateurs, de ceux enfin auxquels la jouissance en est destinée *.
II est important de se former une idée précise du commerce, de bien saisir qu'il n'est qu'un échange pour parvenir à une consommation. Cette première notion nous apprend à ne pas confondre le commerce avec le mouvement et les frais du commerce, k ne voir dans chaque opération de commerce que deux hommes et deux valeurs : deux hommes, dont Fun est premier vendeur, et l'autre, dernier acheteur ou consommateur; deux valeurs, dont une part de ce premier vendeur pour arriver k ce dernier acheteur-consommateur; tandis qu'une autre valeur, en échange de la première, part à son tour de celui-ci pour arriver à celui-lk. C'est dans cet échange uniquement que le commerce consiste, et qu'il faut le considérer pour juger de son importance. Si cet échange pouvait être fait immédiatement et sans frais, il n'en serait que plus avantageux aux deux échangeurs : aussi se trompe-t-on bien lourdement quand on prend pour le commerce même les opérations intermédiaires qui servent k foire faire le commerce !
Cette méprise cependant est très ordinaire : avant qu'une chose commerçable soit rendue a sa dernière destination, souvent elle éprouve plusieurs reventes, fait beaucoup de circuits et de frais; le commerce en celle partie produit l'eiTet des glaces disposées pour réllcchir en même temps, et dans différents sens, les mêmes objets; comme elles, il semble les multiplier, et trompe ainsi les yeux qui ne le voient que superficiellement : ils croient apercevoir un grand commerce, lorsqu'en réalité ce n'est qu'un commerce très médiocre, mais qui occasionne un grand mouvement et de grands frais. Cependant, pour peu qu'on y veuille faire quelque attention, on ne peut plus être dupe de celte multiplication illusoire; il devient évident que, par la répétilion des ventes et reventes, la chose commercée ne gagne rien en volume ou en quantité; que, quelques circuits qu'elle fasse, quelques changements de main qu'elle éprouve, lorsqu'elle arrive à sa dernière destination, elle se trouve n'être que ce qu'elle était en partant.
Il est vrai, me dira-t-on, qu'une marchandise ne se multiplie point par les reventes qui en sont faites; mais elle augmente de valeur vénale, et celte augmentation de valeur est une augmentation de richesses pour
* Il y a peu d'accortl, ciilre les économistes, sur l'ensemble d'idées qu'il faut altaclier au mot commerce, — V. Êconomislcs financiers du XVlll^ siècle^ p. 709, en noie, (Ë. D.)
rÉUt Si celte maxime est vraie, nous poavoos aisément nous rendre aussi riches que nous le voudrons : ne permettons pas qn'ancune marchandise soit consommée sur le lieu de sa production, à moins qu'elle D*ait (ait le tour du royaume; défendons les transports par eau; imaginons encore d'autres polices qui grossissent les frais et renchérissent les marchandises pour les consommateurs; notre commerce intérieur et DOS richesses vont doubler, vont décupler : je laisse à juger de Tabsurdité du principe par Tabsurdité des conséquences '.
11 en est qui, pressés par Tévidence de cette même absurdité, abandonnent une partie du système et se tiennent comme retranchés dans Fantre partie. Nous reconnaissons, disent-ils, que le voiturier et le simple revendeur n'augmentent point la masse des richesses nationales, qu'ils ne sont que des instruments servant k la consommation; mais il n'en est pas ainsi du manufacturier, des artistes qui, avec des matières premières d'un prix médiocre, font des ouvrages d'une grande valeur. Cem-Ia multiplient donc réellement les richesses; ils les triplent, les quadruplent, et plus encore; toute faveur ainsi doit leur être acquise dans l'intérieur de l'État.
Je pardonne aux hommes d'avoir pris pour des réalités les faux prodoits de l'industrie * ; mais je ne leur pardonne point leurs contradictions : ils auraient dA, d'après leur illusion , défendre chez eux l'usage de tout ouvrage qui n'exige pas la main-d'œuvre la plus chère ; au moyen de èette police, ils se seraient ménagé le brillant avantage de ne consommer que des choses d'un grand prix. Oh! qu'ils auraient été riches, s'ils avaient été conséquents ! Cette courte réflexion pourrait peut-être suffire pour montrer que cette seconde erreur n'est pas moins évidente qoe la première ; mais comme elle est plus séduisante, j'en traiterai dans on chapitre particulier, où j'espère achever de la démasquer.
Si les hommes avaient bien compris que le commerce n'est qu'un échange, ils ne se seraient laissé séduire ni par les dehors imposants des ventes et des reventes qui se succèdent les unes aux autres, ni par Téclat trompeur des renchérissements simulés que causent les frais de la main-d'œuvre; ils n'auraient point cru voir un accroissement de richesses et de commerce dans ce qui n'est qu^une dépense onéreuse au commerce. Autant vaudrait juger de l'utilité d'une mécanique par la complication de ses mouvements et par les frais de son entretien, sans
< V. chap. 16, l'application du même argument à rindustric manufacturière. « J.-B. Say a cité et combaUu ce passage de Blercier de la Rivière. — V. Traité d'éeoMmie polilique^ p. 61, eu note; Cours, 1. 1, p. 313, èdit. Guillaumin.
5U0 MEllCIEll DE LA RIVIÈRE.
avoir aucun égard à Teffet qui en résulte : on verra dans la suite combien cette comparaison est juste dans tous ses points.
Comme il n*est point ici question de la vente des biens-fonds, mais seulement de celle des effets mobiliers et susceptibles de transport, je dirai que nous ne connaissons que deux espèces de choses commerçables : les productions en nature ou les matières premières, et les travaux de la main-d'œuvre ou les travaux de l'industrie. Ces deux sortes de marchandises ont donné lieu à distinguer deux sortes de commerce; mais, dans Tun comme dans l'autre, acheter c'est vendre, et vendre c'est acheter ; car acheter ou vendre, c'est échanger.
On appelle vendre échanger une marchandise contre de l'argent ; el les hommes attachent un si grand intérêt h cette façon de commercer, qu'ils voudraient pouvoir toujours vendre et ne rien acheter en argent Cet intérêt est une manie inconcevable, sous quelque face qu'il soit considéré. Mais, sans m'arrêler à parcourir ici tous ses rapports, je vais l'attaquer dans son principe, et faire voir que les ventes qu'on se propose de faire en argent, ne peuvent constamment avoir lieu qu'autant qu'^ son tour on achète en argent; qu'il est d'une nécessité absolue que les vendeurs et les acheteurs se rendent alternativement par leurs achats l'argent qu'ils ont reçu par leurs ventes.
Un homme salarié, quel qu'il soit, vend sa main-d'œuvre, son talent, et du prix de ses salaires il paye ce qu'il consomme. Le cultivateur vend les productions qu'il recolle, donne une partie du prix qu'il reçoit au souverain et au propriétaire foncier, et du surplus paye ce qu'il consomme. Le souverain et le propriétaire foncier doivent être aussi regardés comme vendeurs de'productions par renlremise du cultivateur; du prix de ces ventes ils payent ce qu'ils consomment. Le rentier touche un revenu qui est le fruit d'une richesse qu'il a vendue pour un temps ou à perpétuité, et avec ce revenu il paye ce qu'il consomme. Le propriélairc d'une maison vend la jouissance annuelle des dépenses qu'il a faites pour l'acquérir, cl qu'il est obligé de faire encore pour l'entretenir; la vente de celle jouissance annuelle est ce qui lui donne annuellement les moyens de i)ayer ce (ju'il consomme.
Ainsi, en considérant le coninierce conmie une multitude de ventes et d'achats faits en argent, personne nesl acheteur qu'autant quil est vendeur; et comme acheter c'est payer, personne ne peut acheter quen raison de ce quil vend^ parce que ce n'est qu'en vendant qu'il se procure l'argent pour payer ce qu'il achète.
De ce que tout acheteur doit être vendeur, et ne peut acheter qu'autant (|u'il vend, il résulte évidemment un deuxième axiome : c'est que tout vendeur doit être acheteur, et ne peut vendre qu'autant quil achète ; (fu'aiusi
duique vendeur doit, par ks achats qu'il fait à son tour^ fournir aux autres Vargent pour acheter les marchandises qu'il veut leur vendre.
N'est-il pas évident que si les ventes que nous nous faisons Tun à Taotre se soldent en argent, je ne peux acheter de vous qu'autant que TOUS achetez de moi ; qu'entre vous et moi la somme de nos ventes et celle de nos achats alternatifs doivent être égales entre elles : si , après après m'avoir vendu pour 100 francs, vous voulez ne m'acheter que pour 50, comment ferai-je pour vous payer? et quand je le pourrais une fois, comment pourrai-je continuer de toujours vous donner plus d'argent que je n'en reçois? Un troisième achètera de moi peut-être; mais qui est-ce qui achètera de lui ? et comment peut-il acheter s'il ne vend? Prolongez tant qu'il vous plaira la chaîne des vendeurs et des acheteurs en argent , il faudra toujours que chaque achat soit payé par le produit d^une vente; qu'ainsi chacun soit alternativement acheteur et vendeur en argent pour des sommes égales. Dès que l'argent devient le moyen unique dont on peut se servir pour acheter, tout serait perdu s'il cessait de circuler; il est d'une nécessité absolue qu'il ne fasse que passer dans chaque main.
Je conviens cependant que cette balance peut bien n'être pas exacte dans les ventes et les achats que fait chaque homme en particulier ; mais si l'un vend plus qu'il n'achète et s'enrichit, un autre se ruine en achetant plus qu'il ne vend ; et par l'opposition qui règne entre ces deux sortes de désordres, l'équilibre se rétablit dans la masse générale des ventes et des achats.
Que la consommation soit la mesure de la reproduction \ c'est une vérité que personne aujourd'hui ne révoque en doute, et c'est par cette raison que j'en ai parlé si succinctement. Pour peu qu'on médite un moment cet axiome, on trouvera qu'il nous dit, en d'autres termes, que chacun doit vendre en proportion de ce qu'il achète, et acheter en proportion de ce qu'il vend.
La consommation ne peut s'opérer que par deux sortes de personnes : les unes qui sont premiers propriétaires des productions, et les autres qui ne le sont pas; ces dernières ne peuvent consommer, qu'autant qu'elles payent en valeurs factices, les productions qu'elles achètent, et qu'ainsi ces valeurs factices sont achetées ou prises en échange par les vendeurs des productions. Si, dans ces doubles opérations de ventes et d'achats alternatifs, vous voulez ne voir que des échanges, vous apercevrez tout d'un coup que la somme des valeurs factices échangées contre les productions, et la somme des productions échangées contre les va-
• V. plus haut, chap. iv, p. 493 ; chap. x, p. 557.
leurs factices, doivent être nécessairement égales entre elles. Mais si, an lieu de simplifier les choses en supposant ces échanges faits en natnre, vous admettez l'argent comme un moyen commun d'échange^ comme un gage intermédiaire qui facilite ces mêmes opérations, vous devez sentir qu'il est d'une nécessité absolue que ce gage circule perpétuellement, qu'il revienne sans cesse dans les mains dont il est parti pour en ressortir encore; sans quoi l'usage de cet intermédiaire cesserait d'avoir lieu, attendu qu'on ne peut le reproduire comme on peut reproduire les valeurs naturelles ou factices qu'il représente.
Cette vérité n'eût jamais été contestée, si les termes de vente et dV chat, ainsi que l'usage de l'argent-montiate, n'avaient jeté dans les idées une telle confusion, qu'il n'a plus été possible aux hommes ni de s'en* tendre, ni de s'accorder sur leurs intérêts communs. Qu'est^e donc que vendre? C'est échanger. Qu'est-ce donc que l'argent considéré comme monnaie? C'est une marchandise dont la valeur a la faculté d'être repré^ sentative d'une valeur égale en toute espèce de marchandises* An moyen de cette faculté qu'une convention, ou du moins un usage presque uni* versel lui attribue, les ventes ne sont que de véritables échanges d'nne marchandise pour une autre marchandise. Cependant, comme il n'est point une chose usuelle, et que celui qui le reçoit en vendant ne peut s'en servir qu'autant qu'il le rend en achetant, on ne l'emploie que dans le cas ou quelqu'un veut acheter les marchandises des autres, sans avoir en nature les choses que ceux-ci désirent de recevoir en échange : alors l'argent peut être regardé comme un gage intermédiaire^ par le moyen duquel rechange se commence entre l'acheteur et ces vendeurs, pour ensuite être consommé par eux avec d'autres hommes qui, sur ce gage commun, fournissent les marchandises que le premier acheteur n'avait pas dans sa possession.
Proscrivons pour un moment l'usage de l'argent monnaie^ ainsi que les termes de vente et d'achat, pour leur substituer celui d'échanges, et supposons ceux-ci réellement faits en nature : n'est-il pas évident que si je veux me procurer votre marchandise, il faut que j'en aie une d'une valeur égale à vous donner, et qu'en cela je sois vendeur pour être ache^ leur? N'est-il pas évident aussi que si je veux trouver le débit de ma marchandise, il faut que je prenne en échange quelque autre marchandise d'une semblable valeur, et qu'en cela pour être vendeur je sois acht'^ teurl
Mais vous avez la chose qui me convient, et celle que j'ai ne vous convient pas: alors rappelons l'argent que nous venons de bannir; employons-le entre nous comme un gage intermédiaire, comme une valeur représentative pour vous de la chose que je ne peux vous donner en
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échange ; dans ce cas, comme je ne cueille poinl Targent, il faul qae je n*eD procure par un autre échange de ma chose contre ce même ar- C^t ; de là résulte que je fais deux échanges au lieu d'un, et que de votre côté vous en faites autant, en portant mon argent à un autre vendeur qui vous donne la marchandise que vous désirez. Il est donc évident qa*aa fond l'opération est toujours la même : on peut bien acheter avec de l'argent, sans avoir, dans le moment même, une chose usuelle à vendre; mais pour avoir cet argent, il faut avoir vendu.
Telle est pourtant cette vérité si simple en elle-même qu'une infinité de gens n'ont pas voulu voir ; j'aurais honte de m'y être arrêté si longtemps, si notre aveuglement sur cet article ne nous avait fait adopter des systèmes monstrueux, au point qu'on s'est persuadé qu'on pouvait toujours vendre en argent k quelqu'un qui ne vendrait rien. Cette idée, telle que je la présente ici, parait sans doute être le comble de l'extravagance; cependant je ne charge point le tableau , car c'est d'après elle qu*on a posé comme des principes incontestables qu'il importait à une nation de faire un grand commerce d'exportation, de vendre beaucoup en argent et d'acheter peu, se persuadant que par ce moyen le commerce PenrichiraiLDans ces prétendus principes autant de termes, autant d'hérésies qui toutes proviennent de ce qu'on ne s'est pas aperçu qu'on ne peut absolument donner de l'argent pour des marchandises , à moins d^avoir commencé par donner des marchandises pour de l'argent.
Avec de l'argent on achète des marchandises, et avec des marchandises on achète de l'argent; ainsi, vendre ou acheter, c'est toujours, comme je l'ai dit, échanger une valeur quelconque contre une autre valeur quelconque : que l'une de ces deux valeurs soit argent, ou qu'elles soient toutes deux marchandises usuelles, rien de plus indifférent en soi, si ce n'est que celui qui reçoit l'argent est moins avancé que s'il avait reçu immédiatement les choses en nature dont, avec ce même argent, il compte se procurer la jouissance.