ANALYSE DES ÉTATS POUCES
NOTICE
SUR
DB
Nicolas BaadeaU) Tun des plus habiles et des plus enthousiastes vulgarisateurs de la doctrine de Quesnay, naquit à Amboise, le 27 avril 1730. Quoiqu'il eût acquis à son nom tout Téclat de la célébrité contemporaine \ il n'y a guère que son existence scientifique qui ait laissé des traces dans le monde ; et par là même il offre un nouveau rapport avec Mercier de La Rivière, dont il adopta sans réserve les théories gouvernementales, et dont la vie privée est demeurée, comme la sienne, presque complètement inconnue.
Bandeau, destiné par sa famille à Tétat ecclésiastique, se livra d*abord aux études qu'exigeait cette carrière, et commença même à la parcourir. De lii, ;le titre d'abbé, qu'il conserva toujours, ainsi que Morellet, Roubaud, Mably et d'autres écrivains en grand nombre, qui, en réalité, ne participaient que par cette qualification au caractère de la prêtrise. Devenu chanoine régulier de Chancelade, et professeur de théologie dans cette abbaye, il s'y occupait d'une analyse de l'ouvrage de Benoist XIV sur les Béatifications^ quand il fut appelé dans la capitale par l'archevêque de Beaumont, si connu par son zèle fougueux contre le Jansénisme. Soit qu'il fût entraîné par le pur amour des sciences et des lettres, ou poussé par des considérations d'une autre nature, toujours estil que ce voyage, auquel on ne saurait assigner d'époque bien précise,
' Voy. la Correspondance lie Grimm , celle de Galiani , les Annales politiques de Lingvct, et en général tous les recueils périodiques du temps.
décida Baudeau à renoncer à la position qu'il occupait. Ce ne furent pas , comme le dit un biographes ses rapports avec le marquis de Mirabeau, qui amenèrent cette détermination; car, vers la un de 1765\ Pexchanoine de Ghancelade, qui s'était déjà livré à d'autres travaux scientifiques ou littéraires , fondait , sous le titre A'Èphémérides du citoyen ou Chronique de Vesprit national^ un recueil périodique dans lequel il combattait, au contraire, les principes de TÉcole de Quesnay. Mais voici comment s'opéra sa conversion , qui montre un degré de bonne foi dont les exemples ne sont pas, à coup sûr^ très communs dans la polémique de nos jours.
Le Journal de Tagriculture, du commerce et des finances, dont la publication datait aussi de 1765, et qui avait pour rédacteur en chef Dupont de Nemours, servait de champ de bataille aux adversaires et aux partisans du système mercantile. Le Trosne, avocat du roi au bailliage d'Orléans, qui s'était rallié de très bonne heure à la doctrine des Économistes, s'y étant élevé contre quelques opinions contraires, soutenues par Tabbé Baudeau dans ses Èphëmêrides^ celui-ci, pour les défendre, prépara une série de lettres, dont il fit admettre la première dans le Journal même de Fagricullure. Mais le rédacteur, en consentant à cette insertion, s'était réser>'é le droit, dont il usa, de joindre des observations au travail de Baudeau. Or, il paraît que ces observations, quoique très courtes, produisirent sur l'esprit] de ce dernier, qui cherchait la vérité de bonne foi, une ir^ipression telle, qu'avouant s'être engagé dans les voies de l'erreur, il déclara de suite vouloir se rattacher à la doctrine de Quesnay ^ En effet, dès 1767, lorsque le crédit des partisans du système mercantile fut parvenu h éloigner Dupont de Nemours
' L'auteur de l'article Baudeau dans la Biographie des contemporains^ ou dans la Biographie universelle et portative des contemporains.
« C'est à tort que nous avons imprimé 1766 , dans la sous-note de la p. 503 de ce volume. — Les Éphcmcridcs dont il est question ici , celles qui curent pour second titre : Chronique de Vesprit national^ formeraient, selon M. Bcuchot,«fX numéros^ cahiers, ou volumes in-12. C'est une indication que nous n'avons pu vérifler. Nous savons st'ulemciil , p;ir Dupont de Xomours (T. V des Èphém. de 1769, averl. , p. 19), (pfelles paraissaient, feuille à feuille, deux fois par semaine. — V. les notes ^» iblioirrapliiqncs de la p. 50." de ce volume.
* Celte auecdoie , que nous empruntons à Dupont de Nemours , se trouve consiyiiec dans les Èphcm. de 1769, t. V, Àvert.^ p. 30 et suiv.
DK L'ABBË BAUDËAU. 6k7
de la rédacUon du Journal de V agriculture et k fermer cette feuille à toute manifestation des nouvelles doctrines économiques. Bandeau, lié dès lors avec le marquis de Mirabeau, leur oiTrit un refuge dans ses Éphémérides du Citoyen^ qui changèrent leur second litre en celui de : Bibliothèque raisonnée des sciences nwraks et politiques. Dès ce moment, Tesprit de monopole, quelque f&t le masque dont il se couvrit, et Tinstitution dans laquelle il se glissât, n'eut pas d'antagoniste plus prononcé et plus infatigable que cet écrivain.
Après avoir fondé les Éphémérides^ Tabbé Bandeau, par des raisons qu'on ignore, en abandonna la direction ii Dupont de Nemours, au mois de mai 1768. Toutefois, il ne cessa pas d'y écrire, et les 65 volumes qui composent ce recueil périodique et mensuel, de janvier 1767 à mars 1772 inclusivement, sont pour la plus grande partie dus à la plume du marquis de Mirabeau, de Dupont, et à la sienne. On a lieu de croire que c'est vers cette dernière époque qu'il fut emmené en Pologne par M. de Masalski, évéque de Wilna, qui lui procura le titre de prévôt mitre de Widziniski, dignité ecclésiastique k laquelle il ne paraîtrait pas que fussent attachés de grands avantages, puisque celui qui en était pourvu ne tarda pas à rentrer en France.
C'était par ordre que les Éphémérides avaient cessé de paraître en 1772. Leur premier rédacteur proGta de l'avènement de Turgot au ministère pour ressusciter ce journal. 11 le publia sous le titre de Nouvelles Éphémérides économiques^ ou Bibliothèque raisonnée de Fhistoire^ de la morale et de la politique*, et il le soutint jusqu'à la retraite forcée de l'homme d'État qui tentait l'application même des principes que le disciple deQuesnayetdeMirabeau ne pouvaitqueprècheràl'intelligence nationale.
' Les Nouvelles Éphémérides vont de janv. 1775 à juin 1776 , inclusivement. Elles paraissaient tous les mois, et forment, par conséquent » dix-huit numéros , cahiers, ou volumes in-13, répartis sériellement entre les deux années 1778 et 1776. Mais, en dehors de cette publication, il existe un volume-programme de 120 pages, imprimé en décembre 1774, lequel porte à dix-neuf la collection complète. Sous ce rapport, M. Beuchot n'est pas coupable de Terreur bibliographique que nous lui avons attribuée dans la sous-noU de la p. 305 de ce volume, et nous nous empressons de Ten disculper (V. la note de la p. 503).
La lecture des Nouvelles Éphémérides n'était pas dédaignée par Voltaire ; et Ton peut voir, dans sa Diatribe à leur auteur, Tun de ses plus spirituels et de ses plus judicieux pamphlets, quel parti il en tira pour prêter le secours de sa plume à Turgot, lors de Témeute du mois de mai 1775.
648 NOnCB SUR LA VIE ET LES TRAVAUX
L'abbé BaudeaU) qui ne traitait guère que des questions spéciales, celle du commerce des grains surtout, dans les Éphémérides^ avait fait paraître, en 1771, un ouvrage de doctrine, qui est le plus remarquable et le plos important de ses écrits. Sa Première Introduction àlaphilosophie économique^ ou Analyse des États policés, est une explication du système de Quesnay, analogue à celles qu'avaient données déjà le marquis de Mirabeau dans la Philosophie rurale^ et Mercier de La Rivière dans le livre de YOrdre naturel et essentiel des sociétés politiqt^s, mais qui remporte de beaucoup sur les précédentes , par le style, la méthode et la lucidité d'esprit de l'auteur. On y retrouve, au point de vue politique, toutes les opinions que professait La Rivière, dégagées toutefois] de la forme obscure, et souvent ridicule, que celui-ci leur a donnée pour enveloppe.
Sous le ministère de Turgot , l'abbé répondit au livre de Necker sur la législation des grains, qui , grâce à la coterie de Grimm et aux violentes inimitiés que soulevait la Taveur accordée par le gouvernement aux opinions des Économistes , était prôné comme un chef-d'œuvre. Celte réponse, intitulée : Éclaircissements demandés à M, iV*** sur ses principes économiques et sur ses projets de législation, au nom des proprié' taires fonciers et des cultivateurs français, est bien certainement, en,malière de polémique, Tune des productions (jui font le plus d'honneur à l'École des Physiocrales. Le banquier genevois, adversaire de la liberté des échanges , ce qui était assez naturel de la part d'un homme aspirant il remplacer Turgot, et partisan des emprunts, ce qu'expliquait encore une profession a laquelle ils ne portent jamais préjudice, y est combattu a armes très courtoises , mais immolé néanmoins avec une force de logique et une verve d'ironie qui ne pouvaient être méconnus que par la prévention ou rintérêl individuel.
Sous ce hiéme niinistère encore , Ikudeau ne craignit pas de se faire, avec lc> icimiers de la caisse de Poissy, insliluiion que \ urgot avait supprimée pi*: l'un de ses mémorables édi;s du mois de lévrier 1770, une queclle qnienl le plus grand retentissement. Dès 17(>8, il uvail rédigé contre celte invention fiscale, dont Torigine remontait aux dernières années du dix-septième siècle, un Mémoire qui en exposait tort clairement la nature et les IVicheux ell'cis. J!ais, comme à celle époque il fallait une permission
du pouvoir pour attaquer les abus, ce mémoire, quoique imprimé, n'avait pu parvenir à la connaissance du public. Les conjonctures étant changées, Tauteur le ât paraître dans le second tome ou numéro des Nouvelles Éphé^ mérides de 1776. Grande alors fut la colère des fermiers de cette caisse, qui percevaient annuellement la somme de 1 ,500,000 livres sur les bouchers de la capitale, et ne versaient que celle de 750,000 livres dans les caisses de TÉtat ^ Ils se prétendirent attaqués dans leur honneur, parce que, sans préjudice de la révélation de tous les autres abus, on avait prouvé, clair comme le jour, que la caisse ou banque de Poissy retirait des avances qu'elle faisait k la boucherie parisienne, et que celle-ci n était pai libre de refuser^ l'intérêt monstrueusement usuraire de 92 pour 100. En conséquence, Bandeau fut assigné, le 11 mai 1776, c k comparoir d'hui en huitaine par-devant M. le prévôt de Paris, M. le lieutenant civil et Messieurs tenant le parc civil au Châtelet dudit lieu. » Mais Tissue du procès ne tourna pas k la gloire des flnanciers. ^ Sans s'effrayer aucunement d'une consultation signée par les pre-
' Voici succinctement ce qu'était , avant 1789 , ou du moins au moment où Bandeau l'attaquait, Pinstitution dite Caisse de Poissy.
Il avait été passé par le gouvernement , à l'entrepreneur de cette affaire de finance, un bail de 12 ou 15 années, au prix annuel de 750,000 1., et à la charge d'une avance de a millions au trésor royal , lequel contrat lui imposait les obligations et rinvestissait des droits qui suivent :
Obligations, Elles consistaient à fournir aux bouchers de la capitale , c'est-à-dire à ceux seulement dont la solvabilité n'était pas douteuse , les fonds nécessaires à Tachât du bétail amené aux marchés de Sceaux et de Poissy.
Droits. Ils se résumaient en ce que ; 1° Le service de banque ci-dessus ne pouvait être refusé par le commerce de la boucherie ; ^ Que les avances étaient faites pour quinze jours seulement, et les débiteurs soumis même à la contrainte par corps après ce délai ; 3» Que tous les bouchers indistinctement, soit que la caisse leur eût accordé, ou non^ son crédit, étaient tenus envers elle d'un droit de 6 pour cent sur la valeur de tous leurs achats de bestiaux ; 4^ Enfin, qu'aucune vente de bétail, celle des veaux excepté , qui pouvait avoir lieu à Paris même, n'était permise que sur les marchés de Sceaux et de Poissy (Voir, pour plus de détails, OEùvres de Turgol, 11, p. 249 , 516 et suiv.; — le Diet. des finances de l'encyclopédie méthodique; — le Mémoire de Baudeau^ t. H des Nouvelles Èphém, de 1776; et t. V ou VI du même recueil, la consultation en faveur des fermiers de la caisse de Poissy).
Ce fut en 1690 qu'on s'imagina que Paris manquerait de viande, si Ton n'avait recours à ce singulier établissement, et il est encore au nombre des anomalies économiques qui nous ont été léguées par l'ancien régime. (Voir, quant à la constitution actuelle de la caisse de Poissy, les judicieuses réflexions de M. Horace Say, dans ajournai des Èconumislvs^ t. I, p. i06 et suiv.; Vlll, 212 et suiv.
miers jurisconsultes de Tépoque, et où les fermiers de la caisse de Poissy, nonobstant leur susceptibilité si chatouilleuse, ne dédaignaient pas de recourir aux chicanes de la procédure, comme il resuite de cet étrange moyen de défense : c L'honneur est pour tous les hommes le plus précieux de tous les biens. Le sieur abbé Bandeau n^avait point de mission pour traiter un sujet qui affectât la réputation des fermiers de la caisse. Par cela seul qu*il était sans caractère, il leur a fait une injure, quand même les faits qu'il a avancés contre eux eussent été vrais : Injuria ex eo dicta esty quod non jure fiât. A plus forte raison, cette injure est^lle répréhensible, lorsque la fausseté des imputations, et leur gravité, et leur publicité, la font dégénérer en une calomnie manifeste et diffamante. » — Sans s'effrayer davantage de ce que ceux-ci conGaient leur défense au talent oratoire du célèbre Gerbier, Bandeau voulut plaider sa cause lui-même, et la gagna en dépit du Droit romain. On peut juger de Téclat de ce triomphe judiciaire par ce qu'en raconte Grimm, dont le témoignage, on va le voir, n'est certainement pas conçu dans des termes suspects de mensonge ou de partialité.
€ Son plaidoyer, lit-on en effet dans la sarcastique correspondance de cet écrivain, dura pendant deux audiences et fut singulièrement applaudi : c'est peut-être la première fois que la confrérie des JÉconomwfcs sut niellre les rieurs de son côté. M" Gerbier vit le publie si mal disposé en sa faveur après la dernière audience, qu'il supplia les juges de remettre l'affaire à huitaine, ce qui ne Terapécha d'être hué que huit jours plus tard. Il fit beaucoup rire, surtout en avouant qu'il avait rougi luimême des derniers faits allégués par l'abbé Bandeau. Sa seule ressource i'ut de chercher à infirmer ces ftiils; mais l'abbé Bandeau prouva, dans l'audience suivante, que tous ces faits étaient attestés de la manière du t.Monde la plus authentique, et déclara hautement que les papiers d'où il
avait tiré ses preuves avaient été mis sous les yeux mêmes du roi
L'affaire fut renvoyée hors de cour, ainsi que l'avait demandé l'abbé Bandeau : les frais furent conipensés entre les deux parties. Cette sentence fut rorne avec de ^'nnds applaudissemenls, et frère liaudeau fut ramené chez lui dans une espèce de triomphe, suivi de tous les bouchers mécontents de la caisse, de plusieurs frères de l'Ordre et de toute la populace du palais. Il est a présumer encore que l'àmc du grand Quesnay
planait dans ce moment sur sa tête, mais notre autear ^ n'en parle pas. (Tome III, p. 210 et suiv., lettre d'août 1776.) >
L'abbé Bandeau ne tarda pas à expier cette victoire, et la chaleur courageuse qu'il mettait à défendre les intérêts du peuple. Quoiqu'il eût gagné son procès postérieurement à la disgrâce deTurgot, la réaction qui suivi! la chute de l'illustre contrôleur-général ramena bientôt la faveur du goavernement vers les doctrines de la fiscalité et du mercantilisme. L'écrivain physiocrate qui venait de prouver, non-seulement par sa lutte contre la caisse de Poissy, mais encore par un Mémoire sur les affaires extraordinaires faites en France depuis 1756 jusqu'en 1765% qu'il poursuivrait les traitants d'une manière non moins rude que les monopoleurs, reçut d'abord l'ordre de garder le silence sur toutes les matières d'administration publique. Après quoi, et parce qu'il n'avait pas voulu en tenir compte, une lettre de cachet fit justice officielle de sa résistance, et l'exila h Riom '.
Après cette mesure arbitraire, sur la durée de laquelle on est tout-àfait dépourvu de renseignements. Bandeau, soit qu'il continuât de céder à la force, ou que son inaction fût volontaire, semble avoir laissé reposer sa plume jusqu'en 1783. Il parait même n'avoir interrompu ce long repos que par un écrit très court dirigé contre Necker, à propos du livre de Tex-banquier et de l'ex-ministre sur V administration des finanees. Ce pamphlet , intitulé : Principes économiqms de Louis XII et du cardinal d'Amboise, de Henri IF et du duc de Sully sur r administration des finances^ opposés aux systèmes des docteurs modernes^ avec cet épigraphe, fuit hœc sapientia quondam^ respire la mémo vervequeles Eclair^ cissements^ et il en constitue une sorte de variante pleine d'intérêt, où l'auteur s'attaque surtout au système fiscal de l'époque et à la passion de Necker pour les emprunts.
Tous les biographes que nous avons consultés, mais qui, du reste, se copient successivement, s'accordent à dire que Bandeau mourut vers 1792, après être tombé en démence complète pendant les dernières
' L'ami, d'après les notes duquel Griinm fait, ouest cciisc faire ce récit. • Inséré dans le VI* tome ou numéro des Nouvelles Éphémérides^ de 1776. " Correspondance de Grimm , lellre citée plus haut.
années de sa vie. Nos propres recherches ne nous ont rien fait découvrir
qui confirmât ou démentit cette double assertion.
Uabbé Bandeau possédait une grande éruditi on et des connaissances très variées. On a de lui un Mémoire, du reste assez paradoxal, dans lequel il tend à prouver que les anciens druides n'avaient pas moins de connaissances astronomiques que les mages de Perse et les brachmanes de rinde*. De, plus l'activité de son esprit n'était pas moins pratique que spéculative. Il essaya de fonder une société âî'assurances sur la vie sous le patronage du duc et de la duchesse de Chartres*; et la série de ses petits traités économiques, intitulés : Avis au peuple sur son premier besoim^ témoignent du zèle qu'il déploya pour propager toutes les inventions qui pouvaient améliorer l'art de la mouture des céréales et celui de la fabrication du pain. Membre de l'académie de Bordeaux, il fut encore l'un des fondateurs de la Société libre d'émulation de la capitale, pour Tencouragement des découvertes propres à perfectionner la pratique des arts et des métiers utiles, société qui tint sa première séance le 27 mai 1776 >.
' Mémoire à consulter pour les anciens druides contre M. Bailly^ de V Académie des sciences. — Voy. Correspondance de Grimm, IV, p. 51, Lettre d'août 1777. * Mémoires de Bachaumont^ t. XXII, p. 208-210. ' Nouv. Èphem., t. ou n'^ VI de 1776.
NOTE BIBLIOGRAPHIQUE SLR LES OUVRAGES DE l'ABBÉ BAIDEAU.
Les écrits de Baudeau peuvent se partager en trois catégories, savoir : 1*^ Ceux qui n'ont paru que dans les Èphéméridcs du citoyen; 2** ceux qu'on trouve dans cette collection, mais qui ont été imprimés aussi séparément ; 3" enfin , ceux qui ne sont pas entrés dans ce recueil périodiciue. Nous en donnerons donc la liste conformément à cette classification; mais pour éviter des répétitions superilues , nous réunirons ensemble les deux premières catégories , en y joignant l'indication des ouvrages qui appartiennent à la seconde.
ire ET 2e CATÉGORIES. — EcHts iuséres (L'uis les Èphcmérides du citoyen ou Biblio- Ihèque raisonnée des sciences morales et politiques.
Année 1767. — Tome l, Avertissement de l'auteur des Èphéméridcs^ servant d'Introduction à ce recueil périodicjue ; — Paradoxe politique adressé aux Irlandais , traduit des papiers anglais, et Réfutation de c« paradoxe, où Ton prouve que le produit net des terres est le seul revenu national, et qu'il paye seul les impôts et les dettes de TÉtat ; par M. G.
T. II. — Recherches politiques sur les terreurs populaires que cause le bon prix des grains , et sur les moyens de les calmer ; — De l'origine et de la nécessité des hérédités foncières.
T. III. — Du faste public et privé; — Vrais principes du droit naturel (pubUé séparément sous le titre d^Exposit. de la loi naturelle^ Par/*-, 1767, in-12).
T. V, VI, VII et VIII. — Critique de l'ouvrage intitule : Principes de tout goûter-
DE I;aBBÉ BAUDEAU. 653
newani^ et des Observations économiques de Forbonnais; — VI, Réflexions sur la réforme dans la répartition des tailles, — VIH, Du sens du mot stérile^ appliqué à rindustrie.
T. IX. —Dissertation sur la non-productivité de l'industrie.
T. XI, XII (et 111 de 1768, H de 1770). — Explication du Tableau économique à M«âe *** (pub. séparément, Paris, 1776, in-8®; — XI, Réflexions sur VOrdre naiur^ et euentiel des sociétés politiques^ et Critique des Éléments du commerce^ de Forbonnais. — XII, Explication des mots : Despotisme légal.
Année 1768. — Tome I. — Avis au peuple sur son premier besoin , ou Petit» traités économiques sur le blé, la farine et le pain; i^partie^ De l'entière et parfaite liberté du commerce des blés.
T. II. — Avis au peuple, etc.; 2« partie^ Traité sur la mouture des grains et sur le commerce des farines.
T. IV et V. — Avis au peuple, etc.; ^ partie^ Traité sur la fabrication et le commerce du pain, et sur le vrai moyen de pourvoir aux approvisionnements publics.
(Les Avis au peuple ont été publiés séparément, Paris^ 1768, in-lS).
T. IX. — Résultats de la liberté parfaite et de Timmunité absolue du commerce des grains, de la farine et du pain ; et conséquences pratiques de ces résultats (Pnbl. séparément, PariSj 1768).
T. X et XI. —- Avis aux honnélea gens qui veulent bieii faire, dans lequel on leur indique les moyens de procurer au pauvre peuple du pain meilleur et à meilleur marché (Publié séparément, Paris et Tovlot^se , 1768; Tédit. de Toulouse est plus complète.
JMnée 1769. — Tome X. — - Suites des Avis ad peuple sur la cherté du pain et le monopole des blés.
T. Xn. * Lettres à M. Tabbé G***. (Galiani), sur ses Dialogues anti-économistes.
Année 1770. — T. 0, III, IV (et III, IV et V de 1771). — Lettres sur Pétat actuel de la Pologne, et sur Torigine de ses malheurs.
T. Vn, Vni, IX, X, XI, XII (et I, II de 1771). —Réflexions critiques sur la préface delà nouvelle édition du Chou-King^ de M. de Guignes ; et Analyse raisonnée de ce livre canonique des Qiinois (Publié séparément sous le tiire à* Analyse raisonnée du Clum-King des Chinois^ Fun des livres canoniques du premier ordre^ etc., Paris^ 1770); — vn. Lettre i M. Béardé de TAbbaye, sur sa critique prétendue de la science économique.
T. XI (et 1 de 1771). — Avis économiques aux citoyens éclairés de la République de Pologne, sur la manière de percevoir le revenu public.
ficrits insérés dans les Nouvelles Êphémérides , ou Bibliothèque raisonnée de Vkistoire de la morale et de la politique.
Année 1775. — T. II. — Réfutation d'une lettre apologétique sur les corvées.
T. m. — Mémoire détaillé sur les taxes payées ci-devant par le poisson de mer, frais ou salé , qui se consommait dans la ville de Paris.
T. IV. — Lettre à M. Necker, sur son Éloge de Colbert.
T. V.^Le profit du peuple et le profit du roi.^ C'est un mémoire critique sur l'impôt du sel, des boissons et du tabac.
Leê Éphémirides de cette même année contiennent aussi les Éclaircissements demandés à M, 2V***. (Necker) sur ses principes économiques , et sur ses projets de législation^ au nom des propriétaires fonciers et des cultivateurs français (Publ. à part, 1775, in-8<>).
^nn^ 1776. — T. II. — Mémoire sur la Caisse de Poissy.
65k NOT. SUR LA VIE ET LES TRAV. DE L'ABBÉ BAUDEAU.
T. IV et V. — Observations économistes à M. TablH^ de Condiliac, sur son livre : Du Commerce ei du Gouvememenl.
T. VL — Mémoire sur les Affaires extraordinaire$ ^ faites en France pendant la dernière guerre, depuis 1756 jusqu'en 1765. L'abbé Baudeau y porte le chiffre total des emprunts contractés à 1 milliard 105 millions 227,761 livres.
&e CATEGORIE. — Écrits non insérés dans les Èpkémérides,
10 Mémoire sur Tutilité des histoires particulières des provinces et sur la manière de les écrire, Paris , 1759 , in-8 ; — 2° Idées d'un citoyen sur TadminUtration des finances du Roi , t6t^., 1765 , 5 vol in-8 ; —5^ Idées d'un citoyen sur le commerce d'Orient et sur la compagnie des Indes , Amsterdam et Paris^ 1765, in-8; — 4® Idées d'un citoyen sur les besoins , les droits et les devoirs des vrais pauvres; Amsterdam y 1765, in-8; — 5» Idée d'une souscription patriotique en faveur de Tagriculture, du commerce et des arts , Paris^ 1765, in-12 ; — 6® Lettres sur les émeutes populaires que cause la cherté des grains, et sur les précautions du moment, Paris, 1768 , in-12; — 7^ Prospectus du canal de Bourgogne pour la jonction des deux mer8,^6td., 1768, in-8; — 8® Lettres d'un citoyen sur les vingtièmes et autres impôts , Amsterdam , 1768, in-8 ; — 9» Première introduction à la philosophie économique, ou Analyse des États policés, t6t(f ., 1771, in-8 ; — Lettres et Mémoire à un magistrat du Parlement de Paris sur l'arrêt du conseil du 15 septembre 1774 , Paris^ in-12 ; — 11® Questions proposées à M. Richard de Glasnière, sur son plan d'imposition soi-disant économique ; ibid.y 1774, in-8; — 12o Sur l'état présent de l'agriculture en Angleterre, traduit de l'Anglais, avec des remarques sur Pétat de Pagriculture en France ; ibid.^ 1778, in-8 ; — 15® Principes économiques de Louis Xn et du cardinal d'Amboise, de Henri IV et du duc de Sully, sur Padministratioii des finances opposés aux systèmes des docteurs modernes, broch. de 154 p., 1785, sans nom de ville ni d'auteur ; i— 14® Charles V, Louis XII et Henri IV aux Français, 1787, 2 voL in-8.
L'abbé Baudeau avait annoncé , en 1775 , une nouvelle édition des Économies royales^ de Sully, mais il n'en a publié que deux volumes.
A ces nombreux travaux, il faut encore ajouter ceux que renferment les prewères Éphémérides ^ ; mais dont nous ne parlons pas , parce que nous n'avons pu nous procurer ce Recueil périodique.
On ignore sur quels motifs se fondent plusieurs écrivains qui ont fait de Pabbé Baudeau le principal rédacteur du Dictionnaire du commerce de l'Encyclopédie méthodique.
I Yoy. plus haut, notice, p. 646.
WIS AU LECTEUR.
Ne cherchez point dans cet ouvrage élémentaire les charmes d'une lecture amusante, tous y seriez trompé. J'ai cm que mon seul devoir était d*être simple, clair et préds. J*ai tâché de le remplir. Les écrits du genre didactique ont aussi leur mérite, quand ils sont bien faits. Ce n'est pas celui de se faire dévorer avec grand plaisir par tout le monde, comme les ouvrages d'agrément ; c'est celui de se faire étudier par un petit nombre d'amateurs, avec sérénité, c'est-à-dire sans distraction et sans ennuL
Je n'aspire qu'à ce dernier degré d'honneur littéraire, et je me croirai trop heureux si je l'obtiens. Tout écrivain qui ne fait qu'exposer les éléments d'une science, dont il n'est pas le premier auteur, n'en doit pas prétendre davantage.
Le corps de doctrine auquel cet ouvrage doit servir d'Introduction est celui de mes maîtres, le marquis de Mirabeau, si célèbre sous le nom d'^mt des Hommes, et le docteur Quesnay, que j'ai nommé le Confucius d'Europe, titre trop bien mérité pour qu'il ne lui soit pas confirmé par son siècle et par la postérité, comme il l'est déjà par une École nombreulse et zélée pour le bien de rhumanité, qui se glorifie de l'avoir pour chef.
Je dis École philosophique, dans le même sens qu'on a dit Écde de Zenon, de Pythagore, du Confucius Chinois, J'epère, pour le bonheur des hommes, que celle des Économistes n'aura pas de moindres succès. Honoré des bontés particulières de ces premiers maîtres, je n'ai rien tant à coeur que de répandre le plus qu'il est possible la connaissance de leurs principes. Us forment une vraie science, qui ne le cède peut-être pas à la géométrie même, pour la conviction qu'elle porte dans les âmes, et qui surpasse certainement toutes les autres par son objet, puisque c'est le plus grand bien-être, la plus grande prospérité de l'espèce humaine sur la terre.
C'est dans cette vue que je me suis proposé de publier successivement quelques ouvrages élémentaires pareils à celui-ci '. Le succès du premier essai me décidera sur la suite de l'exécution.
Yoici l'objet du premier traité que je mets à la tête de tous les autres, parce qu'il contient les définitions fondamentales et même en quelque sorte le résumé général, ou le coup d'œil presque universel, de la doctrine économique.
* Baudeau n'a pas donné de suite à ce projet. W ne traite guère que de questions spéciales dans tous ses autres écrit», sauf cependant, dans VÈxplicalion du Tableau économique , insérée dans les Èphéméridet du citoyen (Tomes XI et Xlf de i767 ; HI de 176S et H de 1770), et dans ses Éclaircissemenls demandés à M. N***, (Xecker), sur ses principes économiques et sur ses projets de législation^ au nom des propriétaires fonci ers et des cultivateurs français , ouvrage où il a rattaché les principes généraux de la doctrine physiocratique à la discussion de la liberté du commerce des grains. (E. D.)