‹ Physiocrates (volume 3)Chapitre 28 sur 92 · V. — Des Richesses · texte numérisé non relu

V. — Des Richesses

Les objets propres à nos jouissances utiles ou agréables sont appelés des biens^ parce qu'ils procurent la conservation, la propagation, le bienêtre de l'espèce humaine sur la terre.

Mais quelquefois ces biens ne sont pas des richesses^ parce qu'on ne peut pas les échanger contre d'autres biens, ou s'en servir pour se procurer d'autres jouissances. Un beau temps, une bonne santé, une belle âme, sont des biens sans être des richesses. Les productions de la nature, ou les ouvrages de l'art les plus nécessaires et les plus agréables, cessent d'être richesses quand vous perdez la possibilité de les échanger, et de vous procurer par cet échange d'autres jouissances. Cent mille pieds des plus beaux chênes de l'univers ne vous formeraient point une rtcJltf<«e dans l'intérieur de l'Amérique septentrionale, où vous ne trouveriez point à vous en défaire par un échange.

Le titre de richesses suppose donc deux choses : premièrement les qualités usuelles, qui rendent les objets propres k nos jouissances utiles ou agréables, et qui les constituent des biens; secondement la possibilité de les échanger, qui fait que ces biens peuvent vous en procurer d'autres, ce qui les constitue richesses.

Cette possibilité de l'échange suppose qu'il existe d'autrwôiens contre lesquels on peut les échanger.

Mais, parmi les simples productions naturelles, les subsistances périssent chaque année, chaque jour, chaque moment, par la consommalion subite qu'en font les êtres vivants. On appelle ces biens les richesses sanscessepérissantcs et renaissantes, ou nc/ie«sc« de consommation subite.

Au contraire, les matières premières se conservent plus ou moins longtemps, suivant les ouvrages qu'on en forme, et suivant leurs qualités naturelles. La plupart des ouvrages de l'art ne s'usant que peu à peu, procurent les mêmes jouissances pendant plusieurs jours, plusieurs mois, plusieurs années, et même quelques uns pendant plusieurs siècles.

Ces biens s'appellent richesses de durée ou de conservation.

Mais il est très essentiel de remarquer ici comment se forment ces richesses de durée ou de conservation. C'est par les façons que reçoivent les matières premières, et par la consommation des subsistances que font les ouvriers, en donnant ces formes aux matières.

Cette observation est absolument nécessaire pour éviter un double emploi qu'on fait souvent dans le calcul des richesses d'un État.

On dit communément qu'il y a deux sortes de richesses, les unes naturelles, les autres industrielles, ou formées par l'industrie des arts stériles. On appelle quelquefois les unes richesses primitives, les autres richesses secondaires. Il y a dans cette manière de parler un fond véritable; mais quand on ne s'explique pas plus clairement, il peut en résulter de doubles emplois dans le calcul desjrichesses, et de très grandes erreurs dans toutes les parties de la théorie politique; erreurs qui sont la source de plusieurs fautes graves dans la pi*atique de l'administration.

Dans la réalité, il y a deux manières de jouir des productions naturelles, soit matières premières, soit subsistances. L'une de ces manières est de les employer ou consommer de telle sorte qu'il n'en reste plus rien; que toutes ces productions soient absolument détruites, et ne procurent plus aucune autre jouissance : telles sont toutes les consommations qu'on fait en ne travaillant pas aux ouvrages de durée.

L'autre manière consiste a façonner une portion des matières en consommant d'autres productions naturelles, de telle sorte qu'il reste un ouvraj^o solide capable de procurer des jouissances.

Mais il y aurait plus que de la confusion, il y aurait de l'erreur h ne pas observer que tout le réel se réduit néanmoins aux productions de la nature; que de ces productions une portion a péri par la consommation, Tautre portion reste avec une forme qui procure certaine jouissance.

Pour mieux concevoir l'identité parfaite de ces deux prétendues espèces de richesses, donnez-moi toutes les richesses naturelles (ou toutes les productions nées et à naître dans leur étal brut de simplicité primitive, toutes les subsistances, toutes les matières premières), que ce soit là mon lot. Prenez pour le vôtre en idée toutes les richesses industrielles, et tâchez de la réaliser cette idée; voyez si vous n'êtes pas obligé de venir prendre a mon lot, d'abord chaque objet réel dont vous devez former le vôtre, c'osl-'a-dire toutes les matières premières et toutes les subsistances; puis iiMMue, si vous voulez écîianger votre ouvrage, tous les objets réels dont voiis préférez la jouissance a celle des matières par vous façonnées.

Les richt'sses Industrielles sont donc une portion des richesses naturelles, ei pour analyser avec exactitude, avec précision, il faut dire : les

productions tontes simples formeot la masse générale des richesses. Elles viennent d'abord entre les mains de Tart productif qui les arrache k la fécondité de la nature : c'est là le tout. Mais quelques-unes de ces productions, qui ne sont qu'une partie du même tout, passent entre les mains de l'art stérile qui leur donne une forme : voila les richesses de dorée.

Toute la masse des richesses est donc créée d'abord par l'art fécond on productif; l'art stérile ou infécond ne fait donc que varier la manière de jouir des richesses naturelles.

\L— De l'Art social.

Qaand on réOéchit sur l'état actuel de l'art fécond ou productif, et de l'art stérile ou non productif, dans les grands empires policés, on voit que l'un et l'autre ne doivent leur développement, leur perfection qu'à h société.

rappelle iociëté les communications des hommes entre eux, la combinaison de plusieurs intelligences, de plusieurs volontés, de plusieurs forces réunies et tendant au même but, les relations multipliées par l'instmction, par l'exemple, par l'émulation.

Pôor que l'industrie productive et l'industrie façonnante fleurissent dans un État, il faut que les hommes sachent, il faut qu'ils veulent, il faut qn'ils puissent se livrer aux travaux de l'art fécond, à ceux de l'art stérile.

Savoir^ suppose l'instruction, l'exemple ou le loisir de réfléchir et d'inventer.

Vouloir, suppose la liberté d'opérer et la certitude de proflter de son travail.

Pouvoir, suppose des moyens de dépenser par avance, des instruments, des préparations, des secours.

Si vons supposez les hommes bruts, ignorants et stupides; si vous les supposez sans cesse occupés à se dépouiller, à se déchirer, à se détraire; si vous supposez qu'ils ne se prêtent aucun secours, qu'ils n'ont point établi et facilité de communications entre eux, qu'ils n'ont point donné de préparations au sol qu'ils habitent pour le rendre plus fécond; ce D*est plus un État policé que vous imaginez, c'est une horde de sauvages dans une terre inculte. A peine y trouverez-vous les plus grossières ébauches de l'art productif et de l'industrie façonnante.

Au contraire, plus vous verrez d'instruction, de bon exemple et de développement de l'industrie dans les esprits, plus vous verrez de justice et de bienfaisance dans les âmes, de tranquillité, de respect pour le travail d'antrui et pour les fruits de ce travail, de concours des forces, des

intelligences, des volontés pour de grands objets qui l'exigent; plus vous verrez de grandes avances pour multiplier la production ou pour en étendre l'usage, pour la rendre utile et agréable; plus aussi vous serez sfir que l'État est policé, que l'art productif et l'art stérile y sont en prospérité.

11 y a donc dans les États policés des causes effectives auxquelles tous les arts, tant productifs que stériles, doivent leur naissance : des conditions antérieures, sans lesquelles ces arts ne pourraient ni naître ni se perfectionner, mais par le moyen desquelles ces arts fleurissent de plus en plus les uns et les autres.

Ces conditions, les voici en trois mots : instruction^ protection^ admi^ nistration. C'est ce qui fait la première essence des États policés. C'est par ces trois moyens véritablement efficaces que les arts productifs et les arts stériles y fleurissent de plus en plus.

L'instruction opère que les hommes savent pratiquer ces arts utiles et agréables; la protection opère qu'ils le veulent; la bonne administration opère qu'ils le peuvent.

Tous les trois sont proprement l'exercice de Yautorité. L'art d'exercer l'autorité, de la perfectionner de plus en plus, est celui que j'appelle art social, le premier de tous, le principe et la cause de tous les autres.

VIL — Utilité de TArt social.

L'exercice de rautorilc (c'est-à-dire l'instruction, la protection, l'administration, qui sont les causes de la prospérité des empires) forme donc l'objet de Vart social,

l"* La nécessité de l'instruction vient de ce que l'homme brut et abandonné à lui-même ne développerait ni les facultés de son esprit, ni celles de ses organes. Il languirait dans Tinerlie, il serait trop souvent stupide, paresseux, sujet à la colère et à la cupidité, mère des violences. Il n'écouterait souvent que des désirs fougueux, n'ayant ni la prévoyance qui les empêche de naître, ni l'habitude de réfléchir qui les tempère; de la naîtraient trop communément des usurpations, des représailles, des vengeances.

L'utilité de Tinstruction vient de ce que l'homme enseigné est capable îe pousser de plus en plus à leur perfection toute espèce de vertus bienfaisantes et de justice exacte, toutes sortes de sciences, tous les arts utiles cl aiT^rêablos.

L'instruction, (|ui conlieiit l'enseignement, l'exemple, l'émulation, est k' moyeiî (1(î l'oriiior le cnnir, l'esprit et les organes des hommes, chacun suiviîMl leurs t.iltMils et leur condition ; d'en dévelop|)er avantageusement \{à{\{r^ l'*s lucnllés, de les tourner autant qu'on peut et de plus en plus

vers le grand objet des Étals policés, c'est-h-dire, d'abord vers la prospérité de Fart fécond ou productif, puis par elle vers la prospérité des autres arts, qui en est Teflet.

Par la continuité, par la généralité, par la perfection de l'art d'instruire, les hommes s'approprient de bonne heure le résultat des réflexions, des expériences , et des succès de plusieurs générations et de plusieurs siècles; et c'est cette appropriation qui développe les facultés de l'esprit, du cœur et des organes corporels, qui en dirige l'emploi vers le bien commun des États policés et de l'humanité.

2° La protection ou la puissance tutélaire est de deux sortes. L'une est intérieure, elle empêche, réprime et punit les usurpations faites par violence ou par fraude sur les propriétés des hommes réunis en société; c*est ce qu'on appelle plus communément justice distributive, c'est la justice civile ou criminelle qui fait jouir chaque citoyen de sa liberté .|»ersonnelle, de ses possessions et de ses droits légitimement acquis.

L'autre est extérieure; c'est la force publique militaire et politique de rÉtat, qui le garantit des invasions du dehors.

La nécessité de la protection ou de la puissance tutélaire vient de rinclination trop réelle qu'ont les hommes à l'usurpation et aux violences, parce qu'il nous est naturel à tous de vouloir jouir. Or, il semble plus facile et plus prompt de s'approprier le fruit du travail d'autrui, que de travailler soi-même pour acquérir des jouissances légitimes.

Dans le vrai, l'usurpation et la violence sont les moyens les plus coûteux, les plus dangereux, les plus odieux pour chaque individu, puisqu'ils engendrent la haine, la vengeance, les représailles, les combats, au moins la crainte, le péril et les remords.

Ils sont évidemment tout en perte pour l'espèce humaine prise en général, puisque tout usurpateur pourrait créer ou mériter légitimement les objets propres a ses jouissances, et cela souvent sans être obligé d'employer autant de force, d'adresse et de temps qu'il en met pour préparer, pour exécuter, pour pallier ou soutenir ses usurpations.

Il n'en est pas moins vrai que, dans la fougue des désirs, l'homme est malheureusement enclin à l'usurpation, à la violence, à la fraude. Et c'est là ce qui rend nécessaire la protection publique ou la puissance tutélaire.

L'utilité de la protection ou de l'autorité garantissante ( surtout quand elle est précédée de l'instruction qui rend communément les hommes meilleurs, en les rendant plus éclairés et plus industrieux), cette utilité, dit-je, vient de ce que dans les Ktats policés, lorsque la puissance publique est bien organisée, lorsqu'elle est partout présenle, agissante, imposante, elle prévient et réprime les attentats de la violence ou de la fraude privée, par une justice exacte; elle contient ou repousse les usur-

pateurs du dehors, par la force militaire de TÉtal et par Teflicacité de ses relations politiques avec de bons et fidèles alliés.

5"" EnGn, Tadininistration comprend tous les travaux, tant généraux que particuliers, qui disposent le sol ou le territoire d*un État k Texercice, à la prospérité de tous les arts féconds ou productifs, puis de tous les ans stériles qui en sont Teffet.

La nécessité de cette administration se tire de ce que la terre incnlte et sauvage a besoin de préparations, pour devenir un empire organisé^ une société policée.

Car il faut y former des propriétés particulières^ c'est-^-dire, des portions de terres toutes prêtes à recevoir la culture, à produire abondamment, à être récoltées commodément. Ce qui suppose, comme tout le monde sait, les défrichements ou Tenlèvement des obstacles naturels opposés k la culture, k la fécondité, ^ la facilité des récoltes ( tels queles^ pierres, les sables, les buissons ); Textirpation des racines, des mauvaises plantes ou des arbres inutiles, et la substitution des bons à leur place; Técoulement convenable des eaux, ou les commodités des arrosements, les clôtures, les abris contre les vents, contre le haie, contre les animaux destructeurs; enfin, les édifices convenables pour loger les cultivateurs, leurs instruments, leurs troupeaux et leurs denrées.

C'est Vk ce qu'on appelle avances foncières : c'est ainsi que Fadministration privée forme des propriétés particulières sur le territoirede l'État*

Il faut en même temps y former les grandes propriétés publiques, qui font valoir celles des particuliers : les chemins , les canaux, les rivières navigables, les ponts, les ports, les villages, les villes et tous les autres grands ou petits édiiices publics.

C'est l'administration générale et suprême qui forme ces grandes propriétés publiques, par ses avances souveraines.

L'utilité de cette administration, tant privée que publique, n'est pas douteuse. Elle vient de ce qu'un territoire ainsi disposé, par de grandes avances de l'un et de l'autre genre, peut entretenir un nombre prodigieux d'hommes dans l'abondance et la prospérité ; tandis qu'un sol tout pareil, de même étendue, mais dénué de ces avances, n'en entretiendra qu'un petit nombre, ayant peu de jouissances.

Instruire, protéger, administrer, voilà donc l'autorité ou l'art social.

Dans les Etats policés, la perfection de l'art social est une cause de prospérité pour l'art fécond ou productif, et pour l'art (utile, nécessaire même ) (pie j'appelle stérile, c'est-à-dire inlécond ou non productif, qui ne fait pas naître les i>rodnctions, mais ()ui leur (loruie une forme, et qui rend par celte forme les jouissances plus variées, plus utiles ou plus

INTRODUCTION A LA PHILOSOPHIE ÉCONOxMIQUE. 667

CHAPITRE IL Analyse générale des trois Classes d'hommes qui composent les États policés. Aat. I•^ — Analyse morale.

H y a deax manières d^envisager la masse totale des biens, ou la somme générale des jouissances utiles et agréables, qui font la conservation et le bien-être de Tespèce humaine sur la terre.

Les uns ne considèrent cette masse que dans son état actuel ; ils la regardent comme si elle était nécessairement bornée à cet état : en conséquence, ils tâchent de s'en assurer une portion, la meilleure qu'il leur soit possible, et de rappliquer k leur bien-être particulier, sans penser aucunement h l'augmentation de la somme totale de ces biens, augmentation dont ils ne paraissent pas même soupçonner la possibilité.

Les autres, au contraire , prennent pour principe c que la fécondité c de la nature et l'industrie des hommes n'ont point de limites qu'on c puisse connaître et assigner ; que la reproduction annuelle des subc sistances et des matières premières peut s'accroître sans cesse; que c les richesses de consommation et de durée peuvent se multiplier c d^années en années; qu'ainsi le nombre des hommes et leur bien-être c peuvent augmenter de plus en plus. » En conséquence, ils désirent cet accroissement continuel et progressif : ils se font un devoir d'y contribuer autant qu'il est en leur puissance.

Les hommes qui pensent ainsi dans la spéculation, et qui se conduisent en conséquence dans la pratique, sont les vrais amis de l'humanité.

Hais il faut mettre une distinction entre ceux qui ne s'occupent à opérer leur bien-être personnel qu'en s'attribuant k eux-mêmes une portion des biens actuellement existants, sans penser et sans concourir à l'accroissement continuel et progressif de la masse totale.

Les uns usurpent, ou par la force on par la fraude, les fruits du travail d'autrui ; ils enlèvent k d'autres hommes des jouissances que ce travail leur aurait procurées; ou, ce qui revient au même, ils les empêchent de se procurer ces jouissances. Ceux Ik sont criminels.

Or, il y a, comme on sait, des degrés dans le crime ou dans l'usurpation des jouissances.

Il est impossible d'usurper des biens sans causer une diminution dans la masse totale; c'est-^-dire, que toute usurpation rend , nécessairement et infailliblement, celte masse moindre qu'elle n'aurait été sans l'usurpation ; car l'usurpateur emploie toujours une force, une industrie, une avance plus ou moins grande, à dépouiller autrui. S'il les employait il quelques travaux d'un des trois arts qui constituent les États policés, les fruits de cet emploi ou de ce travail existeraient de plus.

6G8 i;abbe baudeau.

La grandeur du crime est donc proportionnelle au délit ou ii la des- Iruclion, c'est-à-dire, au préjudice que l'usurpation cause à la masse générale des biens, ou à la somme totale des jouissances utiles ou agréables.

Presque toute usurpation de jouissances détruit beaucoup plus de biens qu'elle n'en attribue à l'usurpateur. Il en est de telle sorte que l'usurpateur détruit mille et mille fois plus qu'il ne jouit. Que ceux-lk sont détestables, quand ils savent le mal qu'ils opèrent! qu'ils sont malheureux, quand ils ne le savent pas ! Détruire, usurper^ emp^cA^r les Jouissances : voilà donc le délit.

Le contraire du crime qui détruit, c'est la bienfaisance^ qui augmente la masse générale des biens ou la somme totale des jouissances par une espèce de création, c'est-à-dire, par l'accroissement continuel et progressif des travaux qui appartiennent aux trois arts caractéristiques des sociétés policées, à l'art social, à l'art productif, à l'art stérile.

La bienfaisance ( j'entends la bienfaisance générale, en grand, qui a pour objet l'espèce humaine tout entière, et non la bienfaisance particulière, en petit, qui a pour objet de compassion ou de générosité tel ou tel individu), la bienfaisance est donc proportionnelle à l'accroissement que reçoit la somme totale des jouissances utiles ou agréables, qui font le bien-être et la perpétuité de notre espèce.

Entre la bienfaisance créatrice et l'usurpation destructive, il y a la /ushce, qui consiste à mériter sa portion dans la masse générale existante, sans concourir h son accroissement, mais aussi sans nuire, sans empêcher et sans usurper.

L'effet de la justice est de maintenir la somme totale des biens; c'est le premier besoin de Tespèce humaine en général, et le premier devoir de chaque homme en particulier; car il faut que quelque créature humaine soulfre ou meurt quand on retranche quehju'un des objets de jouissances.

Donc, à considérer les hommes suivant le mérite ou la moralité dt* ItMirs actions, il y en a qui concourent simplement à Tentrelien de la masse des biens aclnelleraenl existants; il y en acjui concourent à Taccroissement continuel et proi^ressif de celte masse; il y en a malheureiisemeiit qui concourent \i sa diminution, qui détruisent, qui usurpent > qui empêchent.

Les premiers sont justes, les seconds vsont hienfoisanls, les autres sont criniinels : c'est la ce (|ue tout homme doit trouver écrit dans son âme.

AiîT. II. — Analyse polUiquc.

Apri s s'éln* ainsi rappelé Tiilée claire et précise du méril(* moral u«.:> ii-Kiiuics ol ùe leurs actions en général, quand on veut Tappliqui-r au

détail, il faut partager en trois classes tous les hommes qui composent le peuple le plus innombrable d'un État policé.

Ces trois classes sont relatives aux trois sortes d'arts qui caractérisent les sociétés policées.

Ainsi, les hommes occupés aux travaux de l'art social forment la première classe; les hommes occupés aux travaux de l'art productif forment la seconde; les hommes occupés aux travaux de l'art stérile forment la troisième. Je range les trois classes suivant l'ordre de leur causalité; c'est-à-dire, suivant l'ordre de l'influence ou de l'efficacité des travaux de l'une sur les travaux de l'autre, et sur les fruits de ces travaux.

Je commence par analyser simplement ces trois classes, pour expliquer ensuite le plus clairementque je pourrai, comment, dans chaque division des trois classes, les hommes peuvent, ou être justes, ou exercer la bienfaisance, ou se rendre coupables de délit.

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