RÉSUMÉ GÉNÉRAL DE LA TROISIÈME CLASSE
Mlle renferme quatre divisions^ savoir :
l"" Les ouvriers qui façonnent les productions de la nature, soit en subsistances consommables, soit en ouvrages de durée, c'est-à-dire les chefs ou directeurs de ces travaux, et leurs salariés ou gagistes quelconques.
2" Les voituriers par terre ou par eau même, y compris ceux qui transportent par mer les denrées ou marchandises quelconques, c'estk-dire les entrepreneurs ou les simples manœuvres de ces importantes opérations.
9 Les marchands ou négociants qui achètent pour revendre, soit en gros, soit en détail; qui servent ainsi le commerce, dont leur trafic est souvent l'utile accessoire, mais non pas l'essence.
4* Les simples salariés stériles qui ne rendent que des services purement personnels, et n'opèrent point sur les productions de la nature, Diî s'occupant ni à les faire naître, ni h les façonner, ni k les voiturer, ni a les trafiquer.
Ces quatre divisions procurent des jouissances et opèrent le bienêlre : elles ne sont pas inutiles, elles ne sont pas nuisibles par elles-mêmes; au contraire, elles sont essentiellement bonnes et agréables, mais
73à ^ L'ABBEBAUDEAi
elles ne senreol pas \ faire produire les subBislances premières; elles ne servent qnkles consommer, qu'a les faire consommer ; elles ne sont pas fécondes on productives : c'est par celte raison qu'on les a nommées clmut Btérile,
Quant à leur utilité, c'est un objet de la plus grande importance, qui mérite une explication détaillée. — Cest dans cet éclaîrcisi>emei qu'on peut trouver la solution du problème tant controversé de la naliire ei des eAets du luxe.
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PUOULÈUEd SUB LA PROSPÉaiTÉ DES AÎIIS STÉRILES ET SUR LE LtJIE-
* I. — Véritable proipérité d^s Arts st^rilei*
Quand les deux premiers arts caractéristiques des sociétés pnlic&B prospèrent dans un état, c^est-à-dire l"" quand ranlorîlé souveraine» iufi- Iruîsânte, protégeante, administrante, perfectionne de mieux en mien les con naissances utiles, Tinduslrie, rémulation do bien faire, la jt tice ei la paix intérieuret les relations politiques, honnêtes el avant geusés, las forces militaires sagement combinées, la juste et légitip perceptioD de ses seuls vrais revenus, leur emploi le plus prudent , plus équitable, le plus fructueux pour TÉlat et pour le souverain ;
Eu conséquence, quand le plus grand nombre des propriétaires fon^ cicrs s'occupent sans cesse d*araéliorer, d'étendre, de perfectionner h qui mieux lesavancesqui vivifjcnlle territoire et le transforment en riches hé* ritages, après que Tautorité Ta partout couvert de ses grandes propriétés communes, qui sont la source de Topulence publique et privée, ce qtii caractérise la prospérité de Vart social ;
Quand l'instruction, la liberté, les facilités ont multiplié la race {Nrécieuse des entrepreneurs ou directeurs en chef des exploitations productives, et de leurs vénérables coopéra teurs; quand elles ont augmenté leur savoir ou leurs progrès dans l'art fondamental de multiplier les productions de la nature, en épargnant le sol, les hommes et les firais; leur pouvoir ou l'accroissement continuel et progressif des richesses d'exploitation de cette masse de fonds ruraux ou d'avances primiliyeSi vrai palladium des empires, qu'on doit regarder comme l'objet le plus sacré, parce qu'il est la cause la plus immédiate de la reproduction annuelle qui comprend toutes subsistances et matières premières , sans lesquelles il n'y a rien , et parce qu'il est sans cesse exposé aux pins grands dangers, soit aux dangers naturels des saisons, des épidémies et des autres fléaux du ciel, soit aux dangers factices de la cupidité envahissante, k ceux d'une législation erronée, d'un fisc dévastateur, d'one cupidité mal entendue , d'un monopole légal ou frauduleux » qui détrai-
INTRODUCTION Â LA PHILOSOPHIE ÉœNOMIQUE. 755
seat tant de richesses d'exploitation dans les États mal administrés; quand au contraire la certitude bien établie de ne trouver aucun obstacle à toute amélioration des travaux productifs , à toute jouissance du fruit de ces travaux, anime de plus en plus Témulation ou le vouloir de perfectionner les exploitations fructifiantes, ce qui caractérise la prospérité de Fart productif;
Alors, il est évident que Vart stérile va toujours en prospérant de mieux en mieux , parce que la reproduction annuelle des subsistances et des matières premières va toujours en croissant; parce qu'il nait de quoi fournir la vie et le bien-être k un plus grand nombre de créatures humaines; parce que les hommes ont plus de savoir, plus de moyens pour se procurer, avec moins de temps, de peines et de frais, les jouissances utiles ou agréables.
La prospérité des deux premiers arts entraine donc nécessairement celle du troisième. — Mais la prospérité apparente et momentanée de ce troisième art dans un État n'est pas toujours, et nécessairement, TeiTet de celle de deux premiers; elle peut au contraire avoir pour cause leur dégradation et leur ruine; c'est une vérité trop facile à comprendre, et malheureusement trop aisée à prouver par l'expérience.
II. — Prospérité apparente de rArî stérile^ eawée par le luxe.
Quand la ruine de l'État donne à l'art stérile un faux air de prospérité, cause féconde des plus désastreuses illusions, c'est le plus souvent le luxe public ou privé qui produit ce trop funeste effet.
Si le souverain et les personnes privées, au lieu de dépenser sagement leurs revenus annuels vraiment disponibles , veulent encore dépenser leurs fonds mêmes, c'est-à-dire s'ils veulent employer en jouissances purement stériles (telles qu'en procurent par leurs travaux les ouvriers façonneurs, les négociants, les voituriers, les personnes dévouées à quelques services personnels d'agrément ou d'utilité) la portion même qui devrait entretenir la culture annuelle, ses premiers préparatifs ou ses procédés journaliers ; celle qui serait nécessaire aux réparations habituelles des propriétés foncières; celle que demanderait la conservation des bonnes et utiles institutions sociales de l'autorité enseignante, protégeante, administrante ; en ce cas, il est évident que, d'une part, vous allez multiplier et enrichir pour le moment la classe stérile aux dépens des deux autres, car vous transformerez en ouvriers façonneurs, en voituriers, en négociants, en ministres de vos commodités et de vos plaisirs, une foule d'hommes que vous arracherez aux fonctions de Tari social et à celles de l'art productif; vous emploierez,
aux ouvrages et salaires de ces agf^nls de la classe sliirUe, toutes les rtcbesses qui devaient servir b TentretieD des avâucas souveraines de l'État, a celui des avances foncières de vos héritages, à celui des âvauceft« ôii primitives ou annuelles de toutes tes eiploitations produetives» ^| ■ £lle sera donc plus nombreuse, plus florissante en apparence, que ne aevraît Tétre la classe stérile d'un Etat dont le souverain et les per* sonnes privées sacriûent, en dépenses de cette espèce, les richcssi'm qui! faudrait employer au maintien et a la {lerfection des deux autres
'^'.. * arts^ là Tentretien et a ramétioration des ti^avau!^ utiles qui caractérisent
i . ces deux arts^ et qui sont les avances ou les causes de la production* , Cette muUipItcation excessive des travaux ou dépenses purement stériles^ qui se fait aux dépens des travaux utiles et nécessaires k Tentretien
■ ^ ' de la production , est précisément ce qu'on doit appeler luxe^ dans le$ gouvernements ou dans les personnes privées, — Car luxe veut dif
% ^ excès de dépenses stériles. Qui dit excès, suppose une règle, une mej i sure. Or, il en est une physique, essentielle, évidente, et b voici : ton I ce qui est nécessaire h l'eut retien des avances souveraines de TÉtat, i celui des avances foncières de tout héritage, à celui des avances primii tives ou annuelles de toute exploitation productive, n'est pas disponihli c'est-à-dire ne peut ni ne doit être consacré par qui que ce soit à de ^ jouissances purement stériles; il a son emploi marqué^ son usage indis^ pensalile. Le détourner de sa destination , c'est excéder la mesure du revenu disponible. Telle est la véritable définition du luxe K
Son effet apparent est donc une espèce de prospérité pour les arts stériles, un moment de plus grand bien-être poor ceux qui se livrent k ce luxe ou qui profitent de ces profusions. — Mais son effet ultérieur, c'est de dégrader la production, dé diminuer progressiveo^eot les récoltes par l'altération des cultures ou des autres exploitations productives, par la détérioration des propriétés foncières, par la ruine, le trouble et la confusion des grandes propriétés communes, et de toates les institutions sociales.
On ne doit donc plus se méprendre sur les caractères du luxe public ou particulier. S'il procure aux États ou aux personnes privées un éclat passager, ce n'est qu'en opérant et consommant leur ruine.
Une comparaison bien simple aurait dû faire sentir cette importante vérité. Le propriétaire d'un héritage bien entretenu, qui rapporte par an dix mille francs de revenu clair et liquide, peut éclipser pendant deux, ou trois ans, dans une capitale, par son faste et ses profusions, le sage propriétaire d'une terre de trente mille livres, mais à condition qu'à la fin
^ Voir plus haut la note des pages 545 et 597.
de ce terme, ses terres dégradées seront vendues par décret à la poursuite de ses créanciers , et qu*il ira mourir k Thôpital. — 11 en est de même des empires. On peut, par des emprunts, par des taxes exorbitantes, dépenser le fonds de l'État au lieu d'en dépenser le revenu, c'est-à-dire attirer îi la recette du flsc tout ce qui devrait servir a l'entretien, à Tamélioration des héritages particuliers; tout ce qui devrait servir à Fentretien, k l'amélioration des cultures ou des autres exph)ita tiens productives, même au maintien et à la perfection des plus utiles d'entre les arts stériles : on peut employer cette recette excessive aux dépenses les plus frivoles du faste, de la dissolution, des guerres inutiles et destructives.
Dans le premier cas , vous verrez les agents de tous les arts frivoles, et leurs travaux les plus recherchés, se multiplier pendant deux ou trois ans autour du dissipateur. Dans le second cas, vous les verrez couvrir pendant quelque temps la surface de l'État qui se ruine, surtout inonder les capitales et les résidences des souverains, dont le patrimoine est administré comme celui d'un dissipateur. — Donc , le luxe public ou privé sera très utile, pendant quelque temps seulement, à quelques agents de la classe stérile; c'est Ik ce qu'ont voulu dire ses partisans, et leur observation n'est que trop véritable.
Mais, après ce court espace, toutes les classes de la société, toute l'humanité souffrent par lui des préjudices réels, en proportion de ce que les récoltes sont dégradées; c'est une observation non moins véritable faite par les censeurs du luxe. — Gardons-^nous donc avec grand soin de confondre ces deux sortes de raisonnements, que tant de politiques ont affecté de prendre pour être exactement les mêmes : « Vart social € et tart productif prospèrent dans tel état; donc Vart stérile ne peut < manquer d'y prospérer. » Ce premier raisonnement est de la plus suprême évidence, et je n'ai plus besoin d'insister sur la preuve. « Vart € Stérile parait prospérer dans tel État; donc l'art productif ci Vart so^ € cial ne peuvent manquer d'y prospérer. » Ce second raisonnement est absolument différent du premier; la conséquence en est essentiellement douteuse, et trop souvent elle se trouvera d'une fausseté très manifeste, quand il faudra la vériHer.
m. — Autres causes d'une prospérité qui nest qu apparente.
Ce que je dis de la prospérité générale apparente des arts qui caractérisent la troisième classe, n'est pas moins facile à démontrer, relativement k la prospérité particulière de quelques-unes de leurs branches.
Par exemple, on trompe souvent les princes, les administrateurs de l'État et le public, en leur présentant, comme preuve indiihiiable de
kl
738 i;abbê baldeau.
prospérité, rélablissemcot de quelque manufacture locale. Mais on leur cache que la naissance de celle-là suit ou causera la destruction de quelque autre; souvent, qu'on a prodigué pour de pareils établissements des avances qu'on s'est procurées au préjudice des propriétaires fonciers et des cultivateurs, par conséquent au préjudice des récoltes dont rien ne peut jamais compenser la perte.
Une autre illusion moderne est encore de prendre Faccroissement dn trafic maritime, comme une preuve infaillible de la prospérité d'an État. — Il est vrai qu'un empire bien organisé, qui jouirait dans tout le reste d'une grande prospérité, ferait probablement un assez grand commerce maritime. De riches consommateurs sont bien aises de jonir des productions naturelles de tout l'Univers.
I.a multiplicité des exportations et des importations peut donc être l'effet de l'opulence, qui marche k la suite de la bonne administration publique ou privée.
Mais, k la place de cette prospérité réelle, maintes et maintes causes désastreuses peuvent aussi multiplier les importations et les exportations maritimes : on peut les réduire à deux chefs, les unes sont natnrelles, et les autres factices.
l*" Voici un exemple des premières. Supposez deux nations agricoles et commerçantes, dont le territoire produirait du vin, des grains, des fourrages pour nourrir des bétes à laine : tant que les récoltes des trœs genres prospéreraient dans chacune de ces nations, il se ferait entre elles peu de communications maritimes; les plus riches et les plus curieux seulement de chaque nation voudraient , pour la variété de leurs jouissances, consommer quelques vins des plus exquis, et quelques draps des plus beaux de l'autre peuple.
Mais supposez que, par un accident naturel , l'intempérie des saisons ruine pendant quelques années les vignes de Tune et les terres ou les pâturagcr de Vautre, ces deux perles trop réelles et trop désastreuses en elles-mêraes n'en occasionneront pas moins un grand accroissement de communications entre elles, un grand accroissement dans leur trafic maritime; car il faudra que Tune emprunte de l'autre tout le vin qu'elle voudra boire, cl qu'en échange elle envoie tout le grain ou toute la laine que celle-ci voudra consommer.
En ce cas, il y aura peut-être cent fois plus de commerce de mer, et cependant il y aura pour le total des deux nations |)récisément la moitié moins de richesses et de jouissances, puisqu'il aura péri d'une part la moitié des vins qu'elles buvaient, d'autre part la moitié des grains dont elle se nourrissaient.
Qu'on jiiiro a |)résoiit si prospérité des empires et accroissement du
INTRODUCTïOiN A LA PHILOSOPHIE ÉCONOI\1IOUE. 739
négoce de$ parts sont essentiellement la même chose, si quelquefois ils ne sont pas très évidemment le contraire!
3f Voici un exemple frappant des causes factices qui font accroître le trafic maritime, non-seulement sans augmenter, mais au contraire en diminuant le bien-être des autres classes de la société : c'est celui des colonies modernes de quelques Européens, des Anglais, par exemple, dans les Iles de rArchipel d'Amérique, qui leur fournissent du sucre, do tabac et de Tindigo.
Le colon anglais, producteur de sucre, est obligé d'aller chercher un flol à la Jamaïque, à la Dominique, k la Grenade; il est obligé de tirer ses oonîers cultivateurs de l'Afrique; ses subsistances, ses meubles, ses vêlements de l'Angleterre, et de renvoyer dans cette métropole toutes ses productions, quoique la plupart ne s'y consomment pas, et soient Té€xporUe$ ailleurs.
Il est certain que ce système entraine beaucoup de voyages sur mer, qa*il occupe beaucoup de voitures et de matelots , qu'il procure beaucoup de salaires et de bénéfices aux négociants des ports. Car il faut embarquer des marchandises pour le commerce ou la traite des nègres à la côte d'Afrique ; des subsistances pour ces malheureux esclaves et pour leurs premiers conducteurs, qui les transportent par une seconde eourse aux colonies anglaises; et notez qu'il en faut acheter et voiturer le quintuple au moins du vrai nécessaire, parce qu'il en périt, avant d'avoir produit deux récoltes, plus de quatre sur un qui se sauve des mille causes de mort qui les assiègent
Quand ils sont Ik sous la conduite de blancs, il faut un troisième voyage d'Europe en Amérique pour voiturer k eux et a leurs maîtres tous les instruments de leurs travaux, presque toutes leurs subsistances, totls les objets qui servent aux jouissances des Européens enrichis par leurs peines; car la politique mercantile a fait sévèrement prohiber aux Anglais d'Amérique la culture ou la fabrication des denrées et des ouvrages de l'Europe.
Un quatrième voyage ramène en Angleterre le sucre de ces colons , leur tabac, leur indigo; un cinquième les réexporte dans le reste du monde commerçant. — Eh bien ! dès le premier voyage, ces marchands d'hommes qui vont a la traite des nègres, n'auraient qu'k demander des cannes de sucre, au lieu de demander des créatures humaines ; on les leur donnerait grosses, succulentes, délicieuses, car toute l'Afrique en est pleine; les hommes et les animaux en vivent habituellement là, suivant le rapport unanime des voyageurs et des géographes.
Le sucre serait donc infiniment plus commun et moins cher pour les consommateurs anglais, si l'on eût pris le parti le plus simple et le plus
iiots
7/iO WÊÊf L'ABBÈ riATTDKAn
naturel, celui de laisser les nègres dans leurs propres pays cultiver leors cannes en paix, el de leur donner Teau-de-vie, le fer, tes verroteries et les autres inarcUandises d'Europe en échange, non pas de leurs enfeols ou de leurs voiâios, mais de leur sucre brut et de leur indigo ; car celle plante y croit auBsi tout naturellement.
On pourrait citer une infinité de semblables exemples.
Il restera donc démontré que la prospérité de qucicjues-uns des stériles, même celle de tous les arts de cette espèce, est un signe équivoque de la prospérité générale des empires, puisqu'elle peut être apparente et momentanée^ n'ayant pour cause que le luxe public ou pritéi que des malheurs naturels^ que des pertes causées par les erreurs oo la cupidité d'une administration vicieuse.
C'est une des principales vérités économiques doul notre siècle a besoin que les preuves soient souvent répétées, pour détruire les préjugés trop enracinés et les routines irop invétérées de quelques gontemements politiques^ dus à cette fausse opinion , que la prospérité de Tari stérile est une marque inlaillible du bien-être des empires.
CHAPITHE \L
Analyse îles relaiiuos politiques dHntértfl général et particulier, entre les hominâ et '
le» sociétés.
AuT. P''. — Analyse morale de la politique publique ou privée en deux espèces totalement différentes '•
Connaître ses intérêts et y pourvoir, c'est ce qu'on appelle politique; il en est une qu'on nomme privée, qui s'occupe des intérêts de rhomme vis-li-vis des autres hommes; il en est une qu'on appelle publique, qui s'occupe des intérêts d'un État ou d'une société policée vis-^-visdes autres empires.
Mais il est pour les sociétés, il est pour les personnes privées une politique honnête, fondée sur la loi naturelle, sur l'ordre et la jusUce.
Il en est malheureusement une autre fondée sur le désordre el Finjustice.
De la première naissent, entre les États et entre les hommes, des rè lations de paix, d'association, de services réciproques, d'où résulte IV nité d'intérêt^ l'émulation de connaître, de procurer de plus en plus le plus grand bien-être universel de l'humanité.
' Voyez, sur le même sujet, le ch. dl de VOrdre nat. et essenl. des soc. poliS.^ de Mercier de La Rivière.
De la seconde naissent des relations de guerres, de divisions, de préjudices réciproques, Vopposition de tous les intéréis^ Toubli lolal du plus grand bien-être universel de Thumanité.
Yaut-il mieux que les hommes soient en guerre les uns contre les autres, qu'ils se vexent, qu'ils se dépouillent, qu'ils se détruisent? Vaut-il mieux qu'ils soient en paix, en fraternité , en association de vues et de travaux pour l'accroissement progressif et continuel de la prospérité générale? C'est une question qui n'est certainement pas problématique.
Le vrai moyen de multiplier les jouissances utiles et agréables, qui font le bien-être de l'humanité sur la terre, c'est sûrement la liaison des hommes entre eux, la communication des intelligences, des forces, des travaux réunis pour cette multiplication. — Le vrai moyen de les restreindre de plus en plus, c'est la séparation des êtres, la divergence des vues, l'opposition des forces, la contrariété des volontés et des travaux.
L'une et l'autre naissent de la même source; de notre attrait naturel ou du devoir qui nous est imposé de pourvoir à notre conservation , k notre bien-être personnel , sous peine de souffrance et de morL
Se faire k soi-même le sort le plus heureux qu'il est possible, c'est Ik ce que nous prescrit et nous inspire sans cesse ce devoir naturel, cet attrait général essentiel de tous les hommes. Mais, pour que cet attrait universel soit satisfait, pour que ce devoir général et continuel soit rempli par tous les hommes le mieux qu'il est possible, la condition évidemment nécessaire, c'est que l'un ne fasse pas son bien-être personnel aux dépens de la conservation et du bien-être d'un ou de plusieurs autres; tout au contraire, que l'un n'opère sa conservation, sou bien-être, qu'en opérant celui de plusieurs autres.
Il est d'une souveraine évidence, quoi qu'en ait osé dire l'orgueil inconséquent de quelques modernes sceptiques; il est d*une souveraine évidence que la moitié de l'humanité serait réduite à l'impossibilité de remplir son devoir naturel, de suivre son attrait, et de se procurer le bien-être personnel, si nul homme ne pouvait obtenir une jouissance utile ou agréable, qu'en la faisant perdre à quelque autre.
Il est évident, au contraire, que l'humanité serait doublement assurée de sa propagation et de sa prospérité, si nul mortel ne pouvait se procurer aucune des jouissances qui rendent heureux, sans procurer eu même temps le bien-être de quelque autre.
Donc, le désir naturel et général inhérent h notre essence de procurer toujours et d'augmenter sans cesse notre bien-être îi tous, emporte deux conditions, savoir :
V La loi naturelle de la justice universelle : que le bien-être de l'un ne se fasse pas aux dépens du bien-être de l'autre.
Ihl L'ABÏÎÉ BAUDEJIU.
â* Vorére naturel de la Henfaùanee généraU : qiîC Té bien^ire l*Uîi s'opère eu procurant le bien-être de quelques autres,
La politique usuipatrice, exclusive, oppressiove ou t3fraiimqiit , ignore, oublie, viole la loi naturelle de la justice, Tordre naturel de la biËurâisaoce.
La politique économique, honnête, juste, bienfaisante » m rai^pèU sansces&e Tune et Tautre règle, et les accomplit le mieui possible; c'est là ce qui caractérise leur nature et leurs effets totaletneni différents*
L'opposition des intérêts fait Tessence de la politique usurpatriee* L*mijté d'intérêt fait l'essence de la politique économique, — tm i htions de Tuuesontde guerre, d'empêchement. île destruction. ~ L relations de Tautre sont de société, de combinaison des travaux, partage amical et paisible des fruits de ces travaux.
Tels sont en général les rapports ou relations politiques d'intérêt que nous devons analyser. Mais, pour suivre la mélliode naturelle, nouide* voDscjtaaiiner successivement, d'après Tune et l'îintre espèce de poli^j tique, — d'abord \m relations plus étendues qui réunissent ou qui sépi^H rent les trois cIôj^^s dont est composée chacune des sociétés policées r 1 — secondement Jes relations qui réunissent ou séparent les Élat« di- | vers dont est composée rUumanité connue* ^i
Art. iL — Analyse pclitiqm des relations d'int^r^''^' ^-n* réunisa^ni 0^* qui divisent les trois Classes des sociétés policées*
Voici le tableau des intérêts que nous avons à comparer ici.
Premièrement, les intérêts du souverain avec ceux des sujets en général, puis avec ceux des propriétaires fonciers, et avec ceux de la classe productive et de la classe stérile.
Secondement, ceux des propriétaires fonciers avec les deux classes inférieures.
Troisièmement, les intérêts respectifs de la classe productive et de la classe stérile.
Art. IlL — Analyse des relations d'intérêt entre le Souverain et tous les
Ordres de FÉtat.
Le premier principe général des relations politiques entre le prince et les sujets, se trouve dans les idées qu'on a d'une part de FautorMé souveraine, d'autre part de la liberlé sociale, et dans les rapports d'op^ position ou de conciliation qu'on met entre elles, suivant qu'on s'est formé ces deux idées fondamentales.
INTRODUCTION A LA PHILOSOPHIE ÉCONOittIQUE. 743 I. — Du Despotisme arbitraire asiatique.
La politique usurpatrice et destructive, ouvertement adoptée par les Despotes arbitraires de TÀsie , définit l'autorité suprême : le droit acquis par la force de disposer à son gré des propriétés personnelles de tous les sujets , et par conséquent de toutes leurs propriétés mobilières et foncières, sans autre règle que sa volonté.
Dans cet état de violence et d'usurpation universelle, toute idée de liberté, de propriété, est regardée comme un attentat, parce que c'est un germe de révolte contre les idées du commandement arbitraire et de Tobéissance passive, qui font la base du despotisme déréglé.
Les mandataires du souverain arbitraire ne sont vis-à-vis de lui que des instruments purement passifs de ses volontés quelconques; ils sont vis-à-vis du peuple, ce que le despote est lui-même pour eux. Obéir et toufiiir , c'est toute la loi des sujets, c'est-k-dire qu'ils sont réduits par la force à cette dure nécessité.
Tout ce que l'arbitraire du commandement laisse à chaque individu de liberté personnelle, de propriétés mobilières et d'héritages privés, n'est censé qu'un bienfait tacite du seul propriétaire universel, bienfait qu'il peut reprendre h son gré, sans autre raison que son vouloir et son pouvoir.
L'idée fatale et bizarre d'être propriétaire de la personne d'autrui, de plusieurs personnes par milliers et par millions, de toutes leurs facultés même intellectuelles et morales, est le caractère essentiel du despotisme arbitraire; c'est elle qui constitue le maître et les esclaves : le maitre, qui a seul une liberté et des propriétés ; l'esclave , qui n'a pas même la propriété de ses organes corporels, ni de son intelligence.
Ce délire de l'esprit humain emporte avec lui, de par la nature, un caractère de réprobation ineffaçable ; il est en contradiction perpétuelle avec la raison, autant qn'avec l'attrait naturel, qui porte inévitablement et sans cesse tous les hommes à se procurer leur bien-être personnel, a mettre en usage pour ce bien-être tout ce qu'ils ont de facultés.
Quoi ! ces milliers d'hommes sont à vous, et ne sont pas à eux-mêmes! Vous le croyez et vous le dites! Mais sentez- vous leurs douleurs, sentez-vous leurs plaisirs? Est-ce pour que vous puissiez voir, qu'ils ouvrent les yeux; pour que vous entendiez, qu'ils prêtent l'oreille; pour que vous digériez, qu'ils mangent; pour que vous reposiez, qu'ils s'endorment? Non.
Eh bien! ne vous laissez donc plus dire que leurs personnes^ que leurs organes corporels, que leurs facultés inîellecluelles ne leur sont
Il ea usâtil de
^j^ mais VCH^H rpez par forc^^
pmpresit eût , que e^est h vous quVii âppârtîeni £^t la f^ttis folle comme la plus inique des absurdités, ^t Nulle violence, quelque atroce, quelque perpétuelle que vous la siip* posiez, ne peat détruire la proprkié personnelle de rhomme, tie ^u pécher que ses organes et ses Tacullés ne soient k lui. Ce m sam ja4 mais vous, quoique vous fassiez, qui aurez lïoid quand voue esclave : gétoi«qm TMS désaltérerez qoftôd il boira^qnî concevrez quaoû il flécfaini.
Noii*seulemeot tous ne pouvez pas vous altiibuer à vousp-même i |iropriété personnelle, mais encore^ par une suite nécessaire, vous ùê^ 'glMivez pas faire que sùh truffait soit à vous; car son travail n'est que rusageourappHcation de ses facultés corporelles ou iDicllectuelles, et ses concepUoDs, ses volontés^ ses actions, sont et seront toujours les. siennes^ non les vôtres. ^
Tout votre potivoir se réduit donc à Tempécher d*user de sa pro|iriété personnelle de la manière qu'il saurait, qu'il pourrait, qu'il voudrait le f^re , ou à lui ravir le fiuit du travail qu'il aurait aceompli en usant de^ e$tte propriété.
¥ous ne détruises dose point ses denx titres naturds . l réprimez par violence ; vous violez sa liberté, vous usurpez par
le droit de jouir, qui résulterait en sa faveur de Tusage qu'il aurait Eiîi ïï . * de sa propriété personnelle; vous vous attribuez le fruit de son travail ^iHI oppression et usurpation, voilk tous les titres du despotisme arbitraire.
Dès lors toutes relations ne sont plus que d'attaque et de défense, que d'opposition et de guerre continuelle : c'est la force et l'adresse qui luttent sans cesse contre l'adresse et la force.
L'analyse politique de ces États les réduit à trois classes, savoir: premièrement, le Despote lui-même ; secondement, ses mandataires ; troisièment, ses simples sujets, soit propriétaires, soit cultivateurs, soit agents de la classe stérile.
Premièrement donc, le Despote arbitraire croit être tout, parce qu'il le dit , et parce qu'on le lui fait croire; mais il n'est rien dans le fait au physique et au moral, pour peu que son empire s'étende au-delà de certaines bornes très étroites, et porte sur une certaine quantité d'individus.
Un homme fort , courageux, actif, intelligent et bien armé, peut, au moyen de beaucoup de peines et de sollicitudes, s'asservir réellement et physiquement pour quelque temps un petit troupeau de créatures huhumaines, faibles, timides, ignorantes, paresseuses, désarmées. Ces êtres subjugués dépendront effectivement de ses volontés a lui seul : il sera tout vis-à-vis d'eux.
Mais, si le troupeau se multiplie trop, s'il s'éloigne, ce n'est plus de la
I?iTRODUCTION A LA PHILOSOPBIE ÉCONOMIQUE. 745
volonté personnelle du maître, c'est de celle du mandataire qu'il dépend k chaque instant. — C'est ainsi que dans la réalité les Despotes arbitraires ne commandent qu'aux femmes, aux eunuques, aux visirs de leurs palais seulement, parce qu'il sont sous leurs mains : ceux-ci commandent seulement aux pachas, aux cadis ; mais les cadis commandent aux peuples. — Quand un habitant de Smyme obéit, c'est ^ la volonté du cadi, à la force de ses satellites ; et cette volonlé, fût-elle directement contradictoire k celle du sultan, du visir , du pacha ( ce qui arrive sou- . vent), l'habitant obéirait II est impossible d'organiser autrement le despotisme arbitraire.
Ce sont de degrés en degrés les volontés et les forces intermédiaires qui dominent par des ordres absolus. Jusqu'à la vérification, il reste toujours problématique, si le commandement qui s'exécute est celui du Despote lui-même , si ce n'est pas précisément le contraire. Tout est donc sans cesse dans le trouble et l'incertitude respective parmi ceux qui commandent. Des ordres qu'on n'a pu prévoir, qu'on ne peut pas juger, puisqu'ils n'ont ni règle ni mesure ; des ordres qu'on n'est jamais assuré de bien connaître, puisqu'ils passent par des organes infidèles, qui ont souvent intérêt k les dénaturer ; des ordres qu'on n'est jamais assuré de faire exécuter , parce qu'on est obligé de les confier k des subalternes qui peuvent risquer la désobéissance dans l'espoir d'un plus grand avantage, c'est de là que dépendent les dignités, les biens, la vie des mandataires du despotisme arbitraire et déréglé. — Dans cet état, il serait absurde pour eux d'examiner si le souverain, si les peuples ont un intérêt commun. Que leur servirait de le connaître? Conformes ou non k cet intérêt commun, il faut que les ordres absolus s'exécutent : c'est l'intérêt unique et véritable de ceux auxquels ils sont confiés.
Inutile et absurde d'examiner s'il est un ordre naturel, prescrit par la raison, pour la propagation et le bien-être de l'espèce humaine sur la terre? Conformes ou non k cet ordre naturel, il faut que les commandements arbitraires soient obéis.
Inutile et absurde d'examiner s'il y a une loi naturelle , une justice par essence, une règle étemelle, immuable, du bien et du mal moral? Conformes ou non k cette règle, k celte loi, k cette justice, il faut que toutes les volontés soient accomplies.
lgnorerabsolument,oublierousedissimuler la loi naturelle de la justice par essence, l'ordre naturel de la bienfaisance universelle, les intérêts du souverain cl des sujets , c'est la nécessite k laquelle sont réduits les agents subalternes de tous les grades dans le despotisme arbitraire : leur cxislencc entière dépend trop souvent de leur exactitude k les violer. — Us ont par conséquent un autre intérêt , c'est celui de les
L'âBBÉ BAI !)K4U.
faire méconnalire au pcuplo eut le<iuel \h Joiveniilominer L*idée de juslicc essentielle, d'ordre bien laisaol et conservaleur , de vérilalil* iflléiLîl commun, est tellemenl incoEciliable avec celle du eoaimaode* ment arbitraire et de robéissaocê purement passive, qu'on ne peu! établir Tune qu'en dctruisntu Tautre,
Tout est bicD lors<|u1l eslcainniandé, tout est mal ijiiaud il est défendu, tout est indifféreut quand aucun onlrene lecaracléri&e en bien ni en mal: voilà nécessairement le code universel du defpotiime arbiîram*
Ainsi le pouvoir de roppreseeur uojversel, qui n'a d'autre tilre qoe la force 1 est lui-même dans un continuel danger, parce que les eObrts des hommes qu'il tient arméd pour asservir son troupaau, peuvaol safii cesse ou devenir impuissants contre la multitude, ou se tourner contre lui-'înéma.
Ce point de vue menaçant, que rhisloire de cent et cent révolutions fatales rend encore plus sensible, eïcite nécessairement ta défiance uni* verselle, qui constitue d'une part tous les mandataires du despotisme arbitraire de degrés en degrés en un véritable étal de guerre, de dlvisioUf d'opposition continuelle entre euï-mémes, cl qui les nécessite d^anlre part a se tenir sans cessa vis-a-vts des peuples comme des enticmis en présence. Car, enlin, les divisions les plus marquées, les oppositî(Hi$ les plus inconciliables^ les animosités les plus vives, et les guerres 1^ plus envenimées entre les hommes , ne peuvent pas avoir d'autre motif ni d'autre nflol plus funeste, que de faire dépendre les propriétés foncièreî^ OU mobilières, la liberté personnelle et la vie des uos, de la force et de la fantaisie des autres.
U ne faut pas en excepter le Despote arbitraire , lui-môme qui paratt opprimer seul tous les autres ; il n'est évidemment, dans la réalité^ que Tesclave do Topinion et de la (volonté des principaux chefs qui diri* gent la force prédominante par laquelle est opprimée la aiuititude éparse et désarmée : la moindre circonstance, la moindre fantaine peiA les décider contre sa personne ; alors, s'ils ont assez de bonheur et d*ha-^ bileté, le Despote arbitraire est sacrifié comme le dernier des honames. Combien n'en est-il pas d'exemples dans l'histoire I
Jamais on ne fera prononcer à la raison humaine que ce soit Viniérét des hommes d'être réduits à cette cruelle dépendance de la force et de la fantaisie d'autrui.
On peut constituer l'homme qui sent et qui pense dans un tel état de périls menaçants, qu'il choisisse par sagesse, entre les violences de sou oppresseur, cellesqui lui paraissent les plus supportables; qu'il les souf* fre par prudence, maison se réservanttoujours tacitement de les adoucir, et de les repousser par l'adresse ou par la force aussitôt qu'il le pourra.
INTRODUCTION A LA PHILOSOPHIE ÉCONOMIQUE. m
san8 s'exposer a de plus fortes peines, ou qu'il se sentira le courage d^affironter les plus extrêmes dangers.
Hais il faudrait trop de forces combinées, trop d'attentions continuelles, trop de moyens infaillibles, pour contenir en cet état une multitude immense d*bommes instruits, prenant seulement patience , et attendant Toccasion de jouir de leur droit naturel.
U est donc plus simple d'abrutir celte multitude, afin qu'elle ne connaisse aucun moyen de sortir de Toppression, qu'elle n'ait pas même le loisir de réfléchir sur son état; car espérer qu'on persuadera par la raison et par l'intérêt, aux hommes éclairés, qu'il vaut mieux être esclaves que libres, ce serait le comble du délire.
Ignorance profonde, crainte vive et continuelle, habitude invétérée de tout souffrir dans le peuple ; assujéiissement perpétuel de tous les mandataires, du maUn^ nécessités à l'obéissance purement passive et à l'exécation de tout commandement quelconque : tels sont les ressorts du despotisme arbitraire. — Telles sont ses relations politiques avec le reste des hommes opprimés par son pouvoir; relations de violences, d'usurpations, de guerre continuelle. — Heureusement pour l'humanité, quoique cet état de guerre entre tous les hommes soit le caractère essentiel du despotisme arbitraire, les hostilités n'y sont pas générales et conti-^ nuelleSfSans quoi tout périrait en très peu de générations dans les empires asservis k ce monstrueux régime.
Le peuple (et sous ce nom sont compris, dans les despotismes arbitraires les propriétaires fonciers, les cultivateurs et les agents de la classe stérile), le peuple est considéré comme le troupeau du maître. De cette idée fondamentale, résulte une seconde opinion universelle, qui balance un peu dans les effets celle du pouvoir arbitraire de donner et de faire exécuter les ordres les plus absurdes et les plus pernicieux , sans trouver jamais de résistance, ni même de retard k leur exécution. — Le maître est censé ne vouloir pas qu'on détruise son troupeau , à moins qu'il n'en donne l'ordre exprès et positif; il est censé ne vouloir pas que les bergers en usent pour eux-mêmes k son préjudice : celte idée retient souvent la main des subalternes ; elle sert de frein k leur cupidité; elle force quelquefois l'avidité même la plus stimulante des usurpateurs k des ménagements.
Une partie du peuple jouit plus ou moins de ses propriétés et de ses libertés pendant ces espèces de trêves on de suspensions d'hostilités , qui résultent d'un défaut actuel de volontés destructives dans le maître ou dans ses mandataires; et c'est Ik ce qui retarde un peu la désolation totale des pays infectés de cette contagion. — Mais, outre que l'état habituel est toujours un état général de guerre et d'oppression, les hosti-
i» ^^ ïTÂBilMUÏÏËÂuT
I lité^ universelTêsou particulières du Deêiiiole arbitraire lui-raénii?* oa ûT se» ministres inférieurs, y sont fréquentes et dg peuvent manquer de Véïn.
L'orgueil qu'inspire Tidée d*un pouvoir sans règle et sansmesurc; IV ^dité des jouissances agréables dont rUabitude est si facile à contracter dans un pareil état; surtout rif^norance profonde des lois de la jiislJM essentielle, et de Tordre bienfaisant de la nature qui en fait le caractère, sont des sources trop abondantes de volontés destructives, pour que b trêve salutaire soit générale et continuelle en faveur du peuple cniier ou des personnes privées; et c'est \h ce qui rend infaillible la désolation de ces empires.
Can enfin, l'effet de cette guerre fondamentale et des hostilités fr^ quentcsqui en résultent» est évidemment que le peuple n'a ni le savoir* ni le vouloir, ui le pouvoir de perfectionner les avances foncières, travanx productifs et les opérations des arts stériles, et que les tuai taires du pouvoir oppresseur substitué à Tautorité» au lien d'emploitr' leurs forces, leurs talents persoDoels et les revenus publics ;i lui procu* rer Tinstruction, Témulation, Faisance, les tacililés, ne les eiaploiem ' qu'à le rendre plus ignorant, plus craintif et plus incertain sur son exis* tencc et sur ses possessions ; plus dénué de moyens de vigueur et de | courage.
Une seule idée manque au despotisme arbitraire : c'est celle des prù^ i priétés^ qui concilie d'une manière si simple, si naturelle, lesidées d*3ii-| torité souveraine et de liberté sociale dans les vraies monarchies, et qui opère une si parfaite unité d'intérêt, une si heureuse harmonie dans les relations politiques entre le prince et ses sujets, comme nous allons le développer.
IL — Principes fondamentaux des Monarchies économiques.
La loi naturelle de la justice qui prohibe les délits, c'est-à-dire qui défend que nul homme se procure le bien-être personnel au préjodice d'un autre, soit par usurpation de ses propriétés, soit par empêchement mis k l'usage de sa liberté; l'ordre naturel de la bienfaisance générale essentielle , qui fournit aux hommes les moyens eflicaces et multipliés de se procurer le bien-être personnel, non-seulement sans délit, c'est-k-dire sans usurpation des propriétés, sans violation on empêchement des libertés, mais encore en opérant, et nécessitantjpour ainsi dire, le bien-être d'autres hommes : tels sont les premiers principes fon-* damentaux des vrais monarchies économiques ' .
Voy. plus haut, Origine et progrès d'une science nouvelle , $ i, texte et notais
Lear but, ou la Ud aniverselle vers laquelle tend essentiellement et sans cesse toute leur organisation politique, est le grand intérêt général, éTÎdent, éternel de Thumanité, c'est-à-Klire la multiplication continuelle et progressive de tous les objets propres aux jouissances, utiles ou agréables , qui font la conservation et le bien-être de Tespèce humaine sur la terre.
Ce but des monarchies économiques est évidemment conforme au vœu de la nature, à Tattrait général et continuel qu'elle inspire à tous les hommes, au devoir naturel, qui nous est prescrit à tous impérieusement et sans relâche, de réaliser notre bien-être personnel , sous peine de souffrance et de mort.
Respecter les propriétés et les libertés, c'est évidemment le véritable, le seul moyen de parvenir à ce but général, c'est-k-dire de satisfaire cet attrait, de remplir ce devoir naturel et universel de Thumanité sur la terre.
Propriéii^ c'est ce qui vous est propre ou spécial à vous particulièrement, non à un autre. — Il y en a de trois espèces : la première est radicale, c'est la propriété de votre personne, de vos organes corporels, de vos facultés intellectuelles.
Cette première propriété nous est accordée par la nature de la manière la plus inviolable, comme je l'ai rappelé ci-dessus, en réfutant le délire absurde et funeste des insensés qui s'imaginent pouvoir s'approprier réellement la personne d'autrui.
De cette première propriété, dérive nécessairementla première liberté; car qui dit liberté, dit usage raisonnable et légitime d'une propriété ou, pour être encore plus exact et plus précis, faculté non-empêchée de faire cet usage ou de ne pas le faire : définition essentielle et de la plus extrême importance, à laquelle je prie qu'on fasse ici toute l'attention qu'elle mérite, afin qu'on ne l'oublie jamais.
La liberté étant donc en général la faculté non-empêchée de faire h son gré un usage raisonnable et légitime d'une vraie propriété, la première des libertés est la liberté personnelle , relative à la première des propriétés.
La liberté personnelle est donc la faculté non-empêchée de faire à son gré un usage raisonnable et légitime de ses organes corporels, de ses qualités morales et intellectuelles.
Raisonnable et légitime, c'est-à-dire conforme k la loi naturelle de la justice par essence et à l'ordre naturel de la bienfaisance universelle.
Que l'homme prétende faire de sa propriété personnelle un usage fou contre lui-même, un usage criminel contre d'autres hommes, ce n'est pas de sa part réclamer la liberté, c'est s'accuser de démence et de délit;
c'est se déclarer aliéné de la raison, violatear de la loi naturelle, des- Iracteur de Tordre bienfaisant, ennemi de rtiumanité.
Or, ce n'est pas pour ce délire, pour cette destruction, que la nature nous a donné les organes corporels , les facultés intellectuelles, puisqu'elle nous inspire une répugnance indélébile» universelle, continuelle, pour les privations, les peines et la mort, qui sont évidemment pour l'humanité les suites nécessaires et infaillibles des délits commis contre la loi de justice essentielle, contre son ordre de bienfaisance nnirerselle; puisqu'au contraire elle nous donne un attrait général, indélébile et continuel pour la conservation et le bien-être, qui sont évidemment pour l'humanité les suites nécessaires et infaillibles de Taccomplissement de la loi de justice, de l'observation de son ordre bienfaisant.
Liberté personnelle n'est donc pas licence effrénée d'user des ses facultés morales ou corporelles, même contre soi, même contre autrui ; ce qui serait ériger en principe le comble de la folie, consacrer les plas abominables forfaits, et dévouer l'humanité à toute espèce de destruction.
En user pour soi , c'est être homme sage et raisonnable. — En user, sans usurper nulle propriété, sans violer nulle liberté d'autrui, c'est être un homme juste. — En user de manière qu'il résulte un accroissement de bien-être pour l'humanité, c'est être un homme bienfaisant.
La seconde espèce de propriété s'appelle mobilière; tous les effets que vous avez acquis, ou que vous vous êtes rendus propres par Tusage raisonnable et légitime de vos facultés corporelles et morales, sont ù vous à juste titre; ils composent votre propriété mobilière, et sont les fruits de votre propriété, de votre liberté personnelle.
Faire à votre gré, de ces objets qui vous appartiennent, tout usage légitime cl raisonnable, c'est la seconde espèce de liberté. — Mais, parmi tous les emplois qu'on peut faire librement de ses propriétés personnelles et mobilières, il en est un plus important pour le bien-être de riiumanité, c'est celui de se former des propriétés foncières, c'est-à-dire d'employer ses facultés intellectuelles cl ses effets mobiliers a la préparation d'un sol qu'on rend productif des objets propres aux jouissances utiles ou agréables.
Consacrer ainsi ses soins et ses richesses mobilières à la préparation fondamentale d'un fonds de terre qu'on rend plus utile, c'est eu acipiérir la propriété, c'est se le rendre propre et spécial. Dès (jue cet emploi de vos racullcseldc votre richesse mobilière n'est infecté d'aucune usurpation (le propriétés, de nulle violation des liberlés d'autrui, c'est une propriété foncière légitimement acquise; c'est bien mieux encore, c'est un acte de bienfaisance, car le sol est rendu plus utile, plus fructifiant, cl par conséquent il accroît la somme des jouissances qui sont indispen-
sables k notre espèce : le bien-être de Thumanité tout entière en augmente. Et cet accroissement n'est pas momentané, il durera plus on moins, suivant la solidité des travaux ou des avances foncières.
Faire à votre gré, de vos héritages fonciers, tout usage légitime et raisonnable, c'est la troisième espèce de liberté , qui résulte de la troisième espèce de propriété.
Il est évident, comme je Tai fhit sentir ci-dessus, que la loi naturelle de la justice par essence et Tordre de la bienfaisance consistent en ces deux points : < premièrement, que nul homme n'usurpe les propriétés, que nul homme ne viole les libertés d'autrui » ; secondement, < que chaque homme contribue le plus possible à procurer aux autres des propriétés légitimes, un juste et raisonnable usage de ces propriétés. » — Il est donc évident que le plus grand bien-être général de l'humanité dépend de la multiplication et du bon emploi des propriétés et des libertés.
Ces vérités sacrées sont le premier principe fondamental des monarchies économiques, et c'est en conséquence de cette première idée qu'on s'y forme celle de l'autorité souveraine, qui est le second principe fondamental.
Le pouvoir de faire exécuter le mieux possible la loi naturelle de la justice par essence, l'ordre naturel de la bienfaisance universelle, c'est ainsi qu'on définit Vautarité suprême A^ns l'analyse des monarchies vraiment économiques.
Garantir toutes les propriétés d'usurpation, toutes les libertés de violation, c'est donc la première fonction de l'autorité : elle est relative k la justice essentielle.
Diriger, faciliter, aider de mieux en mieux l'acquisition des propriétés, l'usage des libertés, c'est la seconde fonction de l'autorité : elle est relative k la bienfaisance universelle.
Bien loin que propriétés et libertés soient deux opposés d'aulorA^, ce sont au contraire évidemment les deux corrélatifs; l'un est l'objet à procurer, l'autre est le moyen; l'un est la cause, l'autre l'effet.
Ces principes lumineux et salutaires une fois établis, la force gui domine et Vautoritéy sont évidemment deux choses totalement différentes.
La force supérieure, naturelle ou factice, ou simple, ou réunie, peut et doit servir l'autorité. J'ai tâché d'expliquer comment l'art social combine ainsi les forces physiques et morales, de telle sorte qu'elles remplissent en effet le but général des monarchies économiques, ce vœu de la nature pour le bien-être des hommes, qui consiste dans l'accomplissement de la loi de justice et de son ordre de bienfaisance.
L'emploi des forces supérieures que fait ngir raiilorilé, est alors zw sajnl, aussi respectable, qu'il est actif et imposant; luaiâ ce u^est parce qu'elles sont forces supérieures /c'est parce qu'elles agissent, par Tautorîté, pour remplir son vrai devoir et pour atteindre h son vraî but, qui est en même temps le voeu de la nature, le bien de rbuinami entière.
Mïiis il est malheureusement trop v^ai que les forces combinées reflet de servir Tautorité, peuvent être employées k uu objet taut cootraire; qu'elles peuvent être mues par rorgueil et la cupidiu% qu'elle* peuvent opérer Tusurpalion des propriétés, la violation des libern^f silors, elles sont simplement forces opprimantes, et ne sont point aali nié.
En effet, le véritable caractère essentiel de Tautorilé, c'est princî| lement que chacun des soins qu^elle prend et des travaux qu'elle aceoi plil, est véritablement fauteur ou la cause d'un grand bien pour société, pour toute l'humanilé.
Celte qualité d'auteur ou de cause première dans Tordre naturel ia bienfaisance générale, rend rautorité si respectable et si sacrée aui yeui de la raison, que Ton ne peut, sans se rendre pour ainsi dire cou^ pable de lèse-majesté, confondre les forces opprimantes, veiatoireset usurpatrices, avec le devoir et le droit de faire régner là loi naturelle la justice par essence, l'ordre naturel de la bienfaisance générale, droîî qui est évidemment l'autorité,
La force opprimante et usurpatrice, noâse en usage par la volonté déraisonnable, par Torgueil exalté, par la cupidité envahissante de qui q«e ce soit, n*est jamais que délit, qu'attentat contre la raison et rhoma^ nité.
Dans les personnes privées, toute force oppressive et usupatrice ré« suite de leurs propriétés ou facultés actuelles ; mais user de ces proprié^ tés, de ces facultés pour attenter aux propriétés et facultés d'autroi, ce n'est pas liberté, c'est crime.
Ce principe est de la plus suprême évidence. Si la supériorité de la force légitimait tout usage des facultés qui la rendent actuellement supérieure (ce qu'on appelle vulgairement droit du plus fort), il n'y aurait pas la moindre différence morale entre celui qui, pour son plaisir seuU dévorerait les entrailles de sa mère vivante, et celui qui s'exposerait généreusement au plus grand danger connu pour sauver la vie de plusieurs milliers d'hommes, et pour assurer leur bonheur. Paradoxe absurde^ qui n'a pu tomber dans l'esprit que de quelques systématiques, prétendus philosophes, dont l'imagination s'était échauffée par degrés dans Toinbre de leurs cabinets !
lYTRODUCTIOX A LA PHILOSOPHIE ÉCONOMIQUE. 753
Avoir une force privée actuellement supérieure à telle ou telle autre, c'est donc un résultat de vos propriétés. N'être empêché par qui que ce soit d*en faire un bon et légitime usage, c'est liberté; en user pour usurper les propriétés ou pour violer les libertés d'autrui , c'est crime ou délit
Avoir une force combinée par les procédés de l'art social, supérieure à toutes les forces privées, c'est l'apanage de la souveraineté; en user pour l'observation de la loi naturelle de justice et pour le règne de Tordre naturel de bienfaisance , c'est exercer Vauiorité; en abuser, au contraire, pour usurper les propriétés et violer les libertés, pour contredire la loi naturelle de justice, pour renverser l'ordre naturel de bienfaisance, il est évident que ce n'est pas la même chose.
Usage et abus des forces sont, pour tous les hommes quelconques, précisément les deux contraires. — Vouloir effacer cette différence indélébile par rapport krautorilé, qui est l'usage des forces combinées par Fartsocial et supérieures à toutes les forces privées; usage, c'est-à-dire emploi légitime et salutaire qui est auteur ou cause de bien-être, cause primitive, féconde, et par conséquent digne de respect , d'amour et de reconnaissance;
Vouloir en transporterie nom, les caractères et les droits à tout emploi queconlquede ces forces, fût-il même l'emploi le plus opposé à la loi naturelle de justice, à Tordre naturel de bienfaisance, le plus usurpaiif des propriétés, le plus oppressif des libertés, le plus destructif du bienêtre de l'humanité, c'est évidemment contredire d'une part la raison , la règle essentielle du bien et du mal moral; mais c'est aussi, d'autre part, dégrader l'autorité de son caractère bienfaisant par essence, lui ravir le plus précieux de ses avantages, celui de ne mériter jamais qu'amour, respect et reconnaissance.
Rien n'est donc plus intimement correspondant l'un à l'autre, que les propriétés, les libertés et l'autorité : bien loin qu'il y ait jamais entre elles aucune opposition ou contrariété, cette union, cette corrélation est si intime, si essentielle, que tout emploi de forces quelconques, oppressif des libertés et usurpatif des propriétés, est précisément et directement le contraire de l'autorité. — Tels sont les principes fondamentaux, constitutifs, des monarchies économiques; ils sont simples, évidents, honorables et salutaires à Thumanité : ce sont les premières règles de la politique publique, honnête et bienfaisante. — Les relations qu'ils font naître et qu'ils maintiennent entre le souverain et les sujets sont toutes d'union, d'utilité, de services réciproques, de concours ou de tendance au même but, d'association de travaux, de partage équitable et amical
75Û J/ABBÈ BAUDEAF.
4ii imil lie ces travatix* — Celle sage cl heureuse correspondance l sur doux pivots, ^lai luérilent la plus sérieuse atteiilioo*
Il foui premièrement que le souverain puisse exercer raiitorité lutè* kire et bienr^iisante par lui-même et par ses njaudataires de ums Ifs grades; il faut que duI ne puisse abuser des forces combiûées p^Nir IViercice de cetle autorité.
Mais commeot rintcJHgcrice huoiaine peut-elle orRaoiscr une socîéié policée de telle manière qu'il en résulte ce pouvoir d'exercer Taulorité tutélaire et bien Taisante, avec cette impossibilité d*abuser des forcer la préjudice des propriétés et des libertés? C'est ua des plus grandi eli plus tmportaots problèmes de Tari social.
tes plus grands génies de Tantiquilé, les plus illustres d'entre philosophcii tnodenies, se Minl occnpé^s de la solution de ce prôbtèn et leurs opinions spéculatives u^unt pas été moins variées que les sy ternes pratiques des nations anciennes et nouvelles.
Deux objets principaux, qu^oo a communément beaucoup moins coo" sidérés que tous les autres^, sont pourtant la clé de toutes les dintcuUé^ réelles ou appareules de ce problème, — Vuû est celui qui fournil le* vrais moyens d'exercer Fautorité, Fautre est celui qui empécbê le plu^ quil est possible que nul n'abuse de ces moyens, en faînant un etnpbi déraisonnable, injuste et fatal des forces qu*ils rassemblent,
CVst ici le lieu de développer ces deux grands objets, les plus essed tiels de ceux que Fart social ait a régler dans les sociétés policées, pour la prospérité des États et le bonheur de Fhumanité.
Le premier est la perception vraiment économique des revenus publics; le second est Finstruclion générale aussi vraiment économique, d'où résulte Fopinion universelle et populaire. Pai donné ci-dessus les premiers principes relatifs à ces deux points capitaux des monarchies, el j'ai promis de les traiter plus en détail quand il s'agirait de concilier ensemble Fautorité et la liberté, qu'un absurde et funeste préjugé regarde comme les deux opposés les plus inconciliables, pendant que, dans la réalité, Fun est la cause etFautre FefTet, comme j'ai déj^ commencé de le prouver, et comme j'espère le persuader intimement, dans le développement des deux grandes questions qui vont nous occuper.