‹ Physiocrates (volume 3)Chapitre 48 sur 92 · A MADAME DE · texte numérisé non relu

A MADAME DE

Voriâ me Jernande^ , Madame, tioe explicâlioti du faioeui lailmn é^mtomque. Je vais vous la donner la plus claim qu'il me sera possible.

CnAMTRE ]. -- Des producUfins nalurelleii H d^s mnmmqnk tes fniit tiato^

l"* Production iatale ou reproduction}

Considérez , Madame , la terre couverte de ses productiona nainrelUs au moment de la récolte, rassemblez dans votre imagination tous les êtres des trois r^es que nous savons approprier à nos jouissances^ les animaux de Tair, dç la terre et des eaux , que la chasse , la pêche et l'éducation domestique font servir à nos besoins et à nos plaisirs , soit par eux-mêmes, soit par quelquesunes de leurs dépouilles ; tous les végétaux qui croissent sur la surface de notre globe, que Thomme recherche dans les lieux où le sol semble les produire de lui-même , ou qu'il multiplie par la culture, tout ce qu'il en recueille, tout ce qu'il en extrait , tout ce qu'il en conserve pour le consommer ; ajoutez enfin les matières souterraines et minérales que Fart tire des entrailles de la terre et du

* Plus d'un auteur moderne a parlé du Tableau économique sans savoir en quoi consistait cette formule, dont les Physiocrates ont, sans doute, fort exagéré Pimportance, mais qui n'est pas moins une expression abrégée, très ingénieuse, despoiots fondamentaux de leur système. Cet écrit de Pabbé Baudeau ne permettra plus de se méprendre sur la nature et Tobjet de cette fameuse Table, etj il complète, avec beaucoup de lucidité, Panalyse, un peu trop succincte , qui en avait été donnée par son inventeur (V. Quesnay, p. 37 et suiv. de ce volume). Il nous a paru d'autant plus uiile de comprendre cet ouvrage dans la réimpression des œuvres principales de PÉcole économiste, qu'on le trouve aujourd'hui fort difficilement. Publié d'abord dans les Èphémérides du Citoyen, il n'y en a eu qu'une édition à part, et tirée à un très petit nombre d'exemplaires, en 4770. (K. D.)

€ein des rochers ; rassemblez toute cette niasse des bienfaits de la nature, rcçuo par les hommes dans l'espace d'une année : voilà , Madame, la production annuelkj ou la reproduction totale ^ dont Tidée si facile à saisir est le premier fondement du Tableau économique et de son application.

Mais arrÇtons-nous un moment à ce premier pas; et pour tous épargner bien des peines, appuyez sur cette première définition, et ne passez point au numéro suivant, sans avoir gravé profondément dans votre esprit les mots de production totale ou reproduction , avec l'idée qu'ils doivent toujours y rappeler ; qu'il en soit de môme à tous les autres, on ne conçoit bien un tout qu'après avoir attentivement pénétré chacooe des parties.

2'' Avances anntAelles.

Vous savez. Madame , que le grain qui remplit vos greniers, que les fourrages rassemblés dans vos granges, que le vin qui bouillonne dans vos celliers, sont en même temps des présents de la nature et des fruits du travail des hommes; vous savez qu'il a faDu préparer la terre, semer ou planter, cultiver, récolter ; nourrir et entretenir les ouvriers agricoles dévoués à ces travaux ; alimoiter et loger les animaux domestiques : voilà, Madame, les avances atinuelles. Toute récolte est précédée ou accompagnée de ces travaux et de ces dépenses, qui se roiouvellent chaque année, La chasse, la pêche, l'exploitation des mines et carières, l'art d*élever les grands et petits troupeaux, exigent des avances annuelles.

Remarquez , Madame, que les dépenses de ce genre précèdent ou accompagnent chaque année la production et la récolte, qu'elles la préparent et l'occasionnent immédiatement ; c'est pourquoi Tépithète de dépenses productives leur convient à merveille. Les avances que vous faites chaque année pour payer un jardinier et ses manœuvres , pour lui fournir des graines , des plants , des engrais, est productive des fleurs et des légumes qui croissent dans votre parterre et votre potager. Celle que fait chaque année votre fermier pour entretenir son berger et son troupeau , est productive de la laine qu'il vend après la la tonte de ses moutons ; la poudre à canon qu'on brûle dans les mines pour faire sauter les pierres en éclats , la dépense qu'on fait en salaires , en bois , et autres matières chaque année, pour extraire, laver, broyer, fondre les matières, sont en quelque sorte productives de la masse de métal. Le minerai ne se sème pas, il ne se multiplie point , mais la nature qui Ta créé semble prendre plaisir à le cacher avec soin ; le travail et les dépenses des hommes l'arrachent des abîmes et des rochers.

Concluons, Madame, que les avances annuelles sont la première espèce de dépenses productives j que ce sont les préliminaii*es indispensables de la récolte et les causes préparatoires les plus immédiates de la production totale, seconde idée aussi simple, aussi aisée à saisir et à retenir que la première.

3" Avances primitives de r exploitation.

Il est. Madame, une sorte de dépense nécessaire à la reproduction annuelle, mais qui ne se renouvelle pas en entier tou$ les ans; >oiis pouvez voir dans votre

82a L'ABBÉ BAUDËAU.

jardin la même brouette , le même arrosoir, les mêmes doches de verre , les mêmes instruments de diverses espèces, qui servent pendant plusieurs années ,il en est de même de toute sorte d*eaj)loUation,

Je mets ici à dessein ce mot générique d* exploitation ^ à la place de celui de culture, qui ne peut convenir que très imparfaitement à plusieurs des productions naturelles : on dit exploiter une ferme, un vignoble , un bois de hautefutaie, une mine , une carrière ; on ne dit pas communément cultiver les trois derniers.

Les cuves, les pressoirs, les échalas, et les outils de plusieurs espèces sont les avances primitives ou les dépenses de premier établissement de la culture des vignes; il faut pour les grains, des charrues et des charrettes, des animaux de labour, de transport et d'engrais^ et plusieurs instruments de divers genres.

Pourquoi tous ces objets de dépenses sont-ils appelés avances primitives ou de premier établissement ? Vous le voyez , Madame, c'est qu'il faut coomiencer par elles. Avant que d'entreprendre aucun travail de culture ou d'exploitation , il faut se p) écautionner et se munir d'instruments, d'animaux, de toutes les choses nécessaii'cs à son entreprise.

Vous voyez encore que cette espèce de dépense n'est pas moins productive que La première , qu'elle n'influe pas moins sur la récolte ou sur la production totale annuelle, quoiqu'elle ne se renouvelle pas en entier tous les ans , ccmune les fruits qu'elle concourt à faire naître.

a° Utilité des avances primitives.

Ce n'est pas assez, Madame, de croire que les avances primitives ou de premier établissement sont aussi productives que les avances annuelles de la culture ou de re\|)l()ilalion,il faut que vuus remarquiez, avant dr passer outre, (^lel est le double but, quelle est la double utilité de ces avances primitives.

Leur j)remier but est d'éj)argner les dépeuses journalières et annuelles, et c'est en cela que consiste leur première utilité ; une bonne cbarrue, attelée de (piatre ioMs clie\au\, labonre en un seul jour plus de terre (jue dix hommes n'en pouraienl bèe'ier à la main; une charrette traînée ])ar les mêmes animaux \ous lrans|K)rte m une journée plus de fruits récoltés cpie dix hommes n'en |)orteraient ; il ne faut (prun seul charretier, les chevaux Nivent en partie de la i^ailh* vi (\u r<»i;iiiii;r (|ue les hommes ne manderaient pas, et ils restituent en eni;rais une pallie <i ' celte dé|)ense. C'est aussi jmnr diminuer les travaux continuels , eî lo Nc;!;îi: :. (!;sh()imnes, (ju'on invente, dans les carrières et les mines, des iiiadiiiJi's riii Iransiiortent les fardeaux , (pii é|)urent les matièrt's, (pii desséchent 1rs caiPv iijiisibles en |)lus grande (pianiilé, avec moins de consonunation et dt dép! iis '. I j)a! '^ne de dépense journalière et annuelle, voilà donc le premier cle> moliîs (pii <'ni;aLi,e aux avances primitives. (;ond)ien de |)eines , de salaires et d'emban:::., s'ii fallait transiM)rter, |)ressurer , cuver la vendange et le vin par pilihs !,i:< ; Iles , et (!:• méi;îe voiUirer une à ime les barricpies dans les grands \i:::;!;'"S '

1 ^' ;'!!;,' nbj( t (pi'on se propos^' dans lesa\an(('.- primiliNes, c'est de inultipi; ••• li»|'.iu;it' (les |(oduclions , d'amélioici Iriii (pialité . oîi d'assurer leur

conservation ; c'est, par exemple, ponr ces trois motifs à la fois, qu'on met aux vignes des échalas ; c'est pour la conservation et la qualité que vous avez des paillassons, des treillages à vos espaliers, des cloches de verre sur les couches de votre potager.

5° Entretien, réparations et rénovations des avances primitives.

Vous savez, Madame, que les outils et les machines de toute espèce, grands et petits, qui forment la première portion des avances primitives ou de premier établissement , se consomment par l'usage ; il vous faut renouveler de temps en* temps les arrosoirs, les bêches, et les autres outils de jardinage ; il faut même une suite habituelle de réparations, et d'ailleurs il arrive toujours des accidents et des pertes imprévues.

Il voas est facile de concevoir que, dans les grandes entreprises de culture , dans les fortes exploitations de bois, de carrières, de mines et autres semblables travaux, il se fait une dépense assez forte pour le rétablissement périodique des premiers instruments , qui forment les avances primitives.

Les animaux de toute espèce exigent un pareil entretien. De même que vous êtes obligée de renouveler de temps en temps à la ville vos voitures et vos chevaux, tout de même votre fermier est obligé de renouveler à la campagne sa charrue, ses charrettes, ses tombereaux , ses chevaux de labour et ses voitures ; vos meubles ne durent pas toujours , et ceux de la ferme, de la vacherie, de Tétable, du parc à moutons, s'usent aussi ; les cuves, les pressoirs et les échalas surtout ont grand besoin de rénovation. Les dangers et les accidents sont bien plus fréquents et plus coûteux à la campagne.

Pour prendre un point fixe dans une matière où les diversités naturelles et accidentelles sont si grandes, gn a estimé. Madame, qu'il fallait consacrer, à peu près chaque année, un dixième du prix principal , à l'entretien et à la réparation des avances primitives : c'est-à-dire, que, si vous supposez dans une grande et belle ferme, pour trente mille francs de pareilles avances primitives, il en coûtera trois mille livres pour leur réparation habituelle , en compensant les années , les unes par les autres, du fort au faible, et les accidents on cas fortuits avec les événements ordinaires ; en sorte que l'entretien , les réparations , les rénovations successives, naturelles ou accidentelles, coûtent chaque année un pour dix, et par conséquent dix pour cent des avances primitives ; remarquez bien, surtout, qu'il ne faut pas confondre ces dix pour cent avec les avances annuelles^ ci-dessus expliquées.

6*» Proportions entre les avances annuelles et les avances primitives des diverses exploitations.

lin peu de curiosité sur les travaux champêtres vous convaincra , Madame, (jue les avances annuelles et les avances primitives ne sont pas entre elles , en une même proportion , dans toutes les espèces d'exploitations rurales ; il en est qui coûtent moins d*abord , et plus chaque année ; il en est, au contraire , (jui coûtent plus au premier établissement et moins de frais annuels

Par exemple, les lx)is, les prés, les vergers exigent peu d'avances annuelles et presque point iï avance» primitives ^ ils ne coûtent que peu de façons'et les

826 L'ÂBBÉ BAUDEÂU.

frais de la récolte. Les vignes, aa cootraire , exigent annuellemeni de grands travaux à br;|s , ainsi que les potagers, mais moins à proportion d*av€MCê$ primitives. La culture des grains, quand elle est bien entendue, exige, au contraire, moins d'avances annuelles et plus d'avances pnmt^tt^^s. L'exploitation des carrières et des mines exige beaucoup des unes et des autres.

Il fallait donc , Madame, prendre encore une moyenne proportionnelle pour raisonner uniformément et conséquemment dans une si grande variété. On a calculé la proportion qui règne entre les avances primitives et les avances anntielles d'une bonne et grande culture de grains, en Picardie , en Normandie , dans la Beauce, Tlle de France et la Brie, on a pris l'état moyen, et le résultat a donné la proportion d'un à cinq , c'est-à-dire, Madame , que mille francs d'avances annuelles supposent cinq mille livres d'avances primitives, deux mille francs d'avances annuelles, dix mille livres d'avances /^nmt/tvcs.

Vous ne me demanderez pas sans doute, pourquoi former ici des évaluations moyennes, au lieu de raisoimer en détail sur chaque espèce particulière. Vous savez qu'en tout calcul philosophique et même économique, on prend toujours ainsi des moyennes proportionnelles, d'où il ne résulte aucune erreur; vous dites tous les jours, quand vous voulez compter la dépense d'une maison, delà table, des voitures , etc., la consommation de pain, de vin, d'épiceries, de bonne chère, se monte à tant par tête, l'un portant l'autre ; les chevaux dépensent en foin, en paille, en avoine, tant par an , l'un portant l'autre, et ainsi du reste. Vous vous moqueriez , avec raison , d'un épilogueur, qui vous dirait comme une grande objection : mais, Madame, tous les hommes et tous les animaux ne dépensent pas également, en comparaison l'un de l'autre, ni même également chaque jour et chaque semaine; vous lui répondriez : je le sais,mais il y a une mesure moyenne, et quand on s'en sert, on est sûr de s(\ tromper très peu, ou point du tout. Plus U' nombre sur IcMpiel on opère est grand , plus le fort coni|)ense le faible.

C'est ainsi qu'on a opéré dans le Tableau économique. Pour évaluer à une mesure moyenne la proportion entre les avances primitives (;t les avances annuelles de diverses sortes d'exploitations, on a choisi celle de la bonne culture des grains, qui domie, par expérience, des avances primitives valant cinq fois les avances annuelles, à raison de dix mille livres d'avances ï)rimitives, et de deux mille livres d'avances annu<'lles pour ciia(|ue charrue de grande culture, attelée de (piatre che\aux, exploitant tous les ans cent vingt ar[)ens de terre ; c'est-à-dire, quarante arpens de froment, quarante de menus grains, cpiarante de jachère o.i de terre (jui ne rapporte point de grains.

Vous avez vu, dans le numéro |)récédent, que l'entretien et les réparations habituelles et successives des avances primitives étaient évaluées clia(ïue année à un dixième de la valeur de ces mêmes avances primitives, et de là, ^ous iiouve/conclure que les dépenses (ï entretien des avances primitives sont toujours la moitié des avances annuelles, (le calcul arithmétique est bien sim|)le. Madame, cpi'il ne vous elTarouche pas : deux mille francs d'avances aimuelles sup|M>sent dix mille francs d'avances primitives , comme vous venez de le voir : jin^nière vérité. Or, dix milh; francs d'avances primitives exigent un dixième : r'esi-àdire, cent pistoh's d'(^^î/n'^V7/ , de léparations et rénovalions, -^ucees^ivi -. -.-

tnrdles ou accidentelles, et cent pistoles sont sûrement la moitié de deux mille Unes ; par conséquent, Yentretien des avances primitiTes est la moitié des avances annuelles. Avouez, Madame, que la logique et l'arithmétique sont de belles choses, et qu'il y a bien du plaisir à raisonner en forme.

Trois charrues exigeraient donc six mille francs d'avances annuelles , trente mille livres d'avances primitive$ , car cinq fois six font trente ; donc , trois mille livres d^entretien , à raison de dix pour cent, car la dixième partie de trente est trois; donc, cet entretien serait encore la moitié tout juste des avances annuelles, car trois mille livres sont la moitié de six mille.

Croiriez-vous , Madame , que des hommes , et des hoounes accoutumés aux sciences, même à raisonner sur les affaires d'État, ont trouvé ces calculs difficiles et compliqués : croiriez-vous qu'on a nonuné tout <%la de la métaphysique ? En ce cas, vous auriez sûrement fait souvent de la métaphysique, sans le savoir, avec votre fenune de chambre, votre marchande de modes, votre maître d^hôtel, et vos fermiers ; il n'est pas un seul compte qui soit aussi composé que celui-là. La moindre fermière est donc une grande métaphysicienne ! car, elle est obligée de faire souvent de semblables calculs.

Résumons, avant d'aller plus loin, tout ce qui concerne les avances primitives ou de premier établissement

Elles forment la seconde espèce de dépenses productives ; elles ont pour objet , la diminution des dépenses annuelles , la multiplication , la conservation , la qualité des récoltes ; elles exigent un entretien de dix pour cent , et elles valent dnq fois autant que les avances annuelles , en sorte que leur entretien équivaut à la moitié de ces avances annuelles.

l"" Des avances foncières.

Vous avez vu , Madame, un potager tout formé ; vous avez considéré d'abord tout ce qu'on y recueille ; puis , en rétrogradant sur les causes productives , ou sur les préparatifs de la récolte , vous avez considéré les dépenses que le jardinier, ses ouvriers et ses travaux font chaque année ; nous les avons nommées dépenses annuelles. Vous avez ensuite distingué la dépense qui se fait en instruments de divers genres, qui ne s'usent pas en entier tous les ans, mais qui n'ont besoin que d* entretien; nous les avons nonunées avances primitives du jardinage ou de la culture du potager.

Mais, Madame, il faut avoir un jardin , avant de penser à le faire cultiver ; et la nature, abandonnée à elle-même, ne fiait point de jardin , proprement dit , ni de prés, ni de vignes, ni de terres labourables. Elle offre, au travail de l'homme, des Ueux favorables pour les former ; mais il faut qu'il en soit le créateur. Il faut niveler le terrain, en ôter les pierres, y répandre des engrais, l'enclore de murs, de fossés, de haies vives où sèches, y aligner des carrés, y planter des arbres et arbustes, en espaliers ou en buissons ; il faut un logement pour le jardinier, pour ses instruments, ses fruits , ses graines et ses légumes, autre espèce de dépenses. Voilà , Madame, la fondation d'un jardin pouger ; les frais qu'elle exige sont les avances foncières , troisième et dernière espèco de dépenses productives. .

Vous voyez que les vignes demandent pour avances foncières la préparation du sol , une plantation , et en outre la construction des édifices qui renferment les pressoirs et les cuves, enfin des caves ou celliers pour les barriques. I^ culture des grains entraîne le défrichement des terres, l'extirpation des arbres et arbustes et de leurs racines, Técoulement préparé à toutes les eaux qni noieraient la récolte; de plus, un corps de ferme ou de métairie, des granges, des écuries, un logement et un jardin à légumes pour les cultivateurs.

Les bois eux-mêmes, quand on veut en planter de bonne espèce, exigent des avances foncières, et les mines de toute sorte ne s'exploitent point en grand sans des fondations plus ou moins considérables.

Il est un moyen fort simple et fort usité d'éviter tous les embarras et même les dangers auxquels sont exposés trop souvent les défricheurs, les planteurs, les bâtisseurs, les créateurs enfin qui mettent en valeur une terre inculte ; ce moyen consiste à faire l'acquisition d'un bien tout fait ou déjà rendu productif. Le prix que donne l'acquéreur est de sa part le remboursement des avances foncières. La propriété que cède le vendeur est le droit qui résulte de ces avances foncières y car la terre est proprement à celui qui la met en valeur ,- combien de milliards d'arpens de sol, dans l'Europe même, sont encore au premier occupant? Combien de contrées en France où vous achèteriez pour moins de vingt sons l'arpent , d'un prétendu propriétaire, des vastes landes ou marais, dont le défrichement ou le dessèchement vous coûterait trois ou quatre cent Uvres par arpent d'avances foncières !

L'acquéreur est donc le représentant du premier défricheur ; il en exerce les droits à titre du remboursement qu'il lui a fait de ses avances, comme l'héritier les exercerait par le privilège de sa naissance, et de la loi qui rend transmissiblcs los liérédilcs foncières.

8'' Résumé du premier chapitre.

Voilà, iMadame, les trois sortes d'avances ou de dépenses /)ror/wr/â't'iî (jui pré|>arent et occasionnent la récolte annuelle des productions que la nature accorde au travail des hommes. Les premières à considérer qui sont les plus \oisiues de la récolte, les plus immédiates, sont les avances annuelles en subsistances ou salaires d'hommes et d'animaux, en semences et consommations cpii se renouvcllenl tous les ans, et qui se font journellement en vue de préparerai j)r(>duclion , de la récolter, de la conserver.

Les secondes dépenses productives, en rétrogradant, sont les avances primitives (\\n se font tout à la fois, lors du premier établissement d'une e\|)loilalion, mais qui ne se renouvellent pas totalement chaque année, n'ayant besoin (pie d'un entretien , de réparalioiis successives , de rénovations plus ou moins éloignées, (pi'on peut é\aluerà un dixième chacpie année par compensation , ce (pii lormc une dépcnsi' annuelle pour leur entrelien de dix |)our cent de leur somme totale; en sorte (pie cent mille livres d'avances primitives, faites lors du |)remier établissement, en instruments, outils, machines et animaux, exigent chaque année dix mill<' li^res d'entretien , et ainsi à |)r()})orlion.

Ku prenant pour moyen t» rnic naturel , tnilre les tlillérenles exploitations, la

bonne culture des grains , les avances primitiyes sont évaluées à cinq fois la valeur des avances annuelles ; c*est-à-dire , que deux mille livres d'avances annuelles supposent dix mille francs d'avances primitives, et ainsi à proportion ; par exemple, cinq mille francs d'avances annuelles supposent cinq fois cinq, ou vingt-cinq, mille livres d'avances primitives.

D'où nous conclurons, s'il vous plait , comme une conséquence arithmétiqucment démontrée, que V^ntretien des avances primitives, qui en est la dixième partie, vaut précisément la moitié des avances annuelles qui en sont la cinquième partie , car le dixième est la moitié du cinquième ; dix mille francs d'avances primitives sont pour deux mille francs d'avances annuelles, parce que deux est la cinquième partie de dix , et les mômes dix mille francs exigent miUe livres d'entretien, ou le dixième de la somme.

Enfin , les troisièmes dépenses productives, en rétrogradant encore, sont les avances foncières , qui ne sont pas faites proprement pour l'exploitation ou la culture, mais qui préparent le sol à la recevoir, et à y correspondre utilement

Si nous étions partis de l'ai^ect d'une terre en friche , au lieu de commencer comme nous avons fait , par la récolte, nous aurions fait le chemin tout an rebours; nous aurions considéré, premièrement , les avances foncières, les défrichements , les nivellements , les fossés , les plantations , les édifices ; secondement , les avances primitives de la culture ou de V exploitation^ les instruments, les outils de toute espèce, les animaux domestiques des grands ou des petits troupeaux, et même les oiseaux de basse-cour ; enfin, nous serions venus aux avances annuelles, aux salaires et subsistances des hommes , aux semences annuelles, à la nourriture et à la garde des animaux. Nous aurions été obligés de parcourir ces trois degrés avant de parvenir à la première récolte.

Trois espèces d*avances ou de dépenses productives : tel est , Madame , le précis de ce premier chapitre qui, doit rester profondément imprimé dans votre tète avant de passer outre; mais, pour l'y mieux graver, il faut vous accoutumer à les peindre à vos yeux et à vous en faire des tableaux qui seront les premières ébauches du fameux Tableau économique.

9^ Premier Tableau économique.

Vous allez voir. Madame , que nous avons entrepris un travail qui n'est pas bien difficile. Voici en quoi consistera notre premier tableau.

Ordre direct.

10 Terre en friche, ou sol en non valeur, /2o Avances foncières, Dépemetproduclives ' 50 Avances primitives , I ^<^ '« ou''**^' ( 40 Avances annuelles, j^^ r exploitation. 00 Récolte qui en résulte.

Ordre rétrograde.

i* Récolte actuelle, 1 ao Avances annuelles, 1 Dépenses productives 5* Avances primitives, j ^ (40 Avances foncières, 8® Terre en friche, ou sol en non valeur qu*on a rendu productif.

de la eullun ' ou I de V exploitation.

C'est ce qu'il faut imprimer, d'abord, en caractères ineffaçables dams votre imagination. Ce n'est pas tout, et voilà des calculs qui vont suivre, mais il ne sont pas effrayants.

10^ Second Tableau économique ^ calculé.

Déjà vous devez, Madame, en savoir assez pour faire vous-même les comptes que je vais mettre ici en exemples : il s'agit des avances annuelles, de leur pnn portion avec les avances primitives et avec l'entretien de ces dernières.

Le premier objet à fixer, c'est la valeur des avances annuelles : supposons & de deux mille livres , combien vaudront les avances primitives ? C'est la première question ; vous multipliez par dnq , cinq fois deux font dix , donc nous aurons dix mille livres à' avances primitives^ première solution ; quant à l'entretien, vous êtes la maîtresse de prendre comme il vous plaira, ou la dixième partie de ces mêmes avances primitives, ou, si vous voulez, la moitié des avances annuelles. Voici donc le tableau, dont les avances annuelles occupent le centre ou la place du milieu , les avances primitives la ligne supérieure, et leur entretien la ligne inférieure.

Premier exemple.

Avances primitives :

cinq fois 2 mille livres valent 10 mille livres.

Avances annuelles a^ooo livres.

Avances annuelles 7,000 livres.

Entretien des avances primitives :

le lO"" de 10 mille livres, ou la moitié de â mille livres, valent mille livres.

Second exemple.

Avances primitives : cinq fois sept mille livres valent 53,000 livres

entretien des avances primitives :

le 10'' fie 55 mille livres, on la moitié de sept mille livres, valent 3,500 livres.

Il faut, i^ladame, vous bien famUiariscr avec ce calcul; vous saurez quelles sont les dépenses />ro(/wt/ÙTjî, ou les avances des trois espèces, qui préparent la récolte.

C'est le premier ol)j(;t à c(msidérer, à bien connaître et à bien retenir, pour entendre h\ Tableau économique dans sa totalité et dans ses conséqiieuces.

tlIlAPITIlK II— De la reproduction totale, des reprise^ et du produit.

l'' De la reproduction totale.

Je ne vous ai tenu, >Iadame, (ju'un seul instant les yeux attachés sur la récolte des productions naturelles, vi tout-à-coup je vous ai fait rétrograder sur les nrancts annuelles, priiniti\es et foncières qui sont les dépenses producti ces

EXPLICATION DU TABLEAU ÉCONOiMlQUE 831

les moyens eflScaces dont l*honmie se sert pour provoquer la fécondité de la nature.

Revenons sur cet objet qui doit être toujours notre point capital, et le centre d*où partiront toutes nos spéculations. Vous avez vu, dans le premier chapitre, tout ce qui précède et prépare la récolte : considérons là maintenant en ellemême, avant de passer outre et d'examiner ce qui doit la suivre.

Nous allons avoir encore trois objets à distinguer dans cette masse générale de productions naturelles, que les hommes ont recueillie chaque année des mains de la nature ; mais vous verrez tout-à-l'heure. Madame, que ces objets vous sont déjà connus, et que vous êtes sans le savoir très familiarisée avec les idées qu*il s'agit de ranger à leur place, et de graver encore profondément dans votre esprit.

La récolte annueUe est donc ce qu'on appelle reproduction totale : c'est le premier objet, et elle se divise nécessairement en deux portions; savoir : en reprises et en produit net; c'est ce que vous entendrez facilement, moyennant deux mots d'explication siu* l'idée du cultivateur auquel appartiennent les reprises, et du propriétaire auquel appartient le produit net

2° Du Propriétaire.

Vous vous souvenez, Madame , des définitions assez claires que nous avons établies des trois espèces d'avances productives. Vous avez vu que les avances foncières préparent le sol , le disposent à la culture et à l'exploitation , mais qu'elles ne sont elles-mêmes ni culture, proprement dite, ni exploitation. Les édifices de la ferme, des celliers, de la serre, de la fonderie et autres semblables; les nivellements des champs , les fossés , les clôtures , les premières plantations, l'ouverture des terrains pour en extirper les obsucles, tout cela n'est que préliminaire ; les dépenses en sont grandes, sans doute, mais c'est par elles ^que s'acquiert la vraie, la juste, Vuiile propriété foncière. Jusqu'au moment où se font ces premières avances , la propriété qui est accordée par des actes de l'autorité publique, transmise par succession, ou acquise à prix d'argent, n'est guère que le droit exclusif de rendre un jour le sol capable de produire.

Acheter un héritage ci-devant mis en valeur, c'est remboarser au premier défricheur, ou à ses représentants, le capital qu'il avait dépensé pour cet objet, et à ce titre lui succéder en tous ses droits. Mais, Madame, le créateur on l'acquéreur d'un jardin, d'un vignoble, d'une ferme ou de tout autre bien semblable , qui rapporte annuellement des productions naturelles , a deux partis à prendre après sa création ou son acquisition : celui d'exploiter par lui-même, d'en prendre les soins et d'en faire les frais , ou celui d'appeler un autre pour faire cette exploitation, suivant les conditions dont ils seront convenus.

Le rôle du propriétaire se borne donc aux avances foncières : combien de gens achètent des terres en valeur et les laissent entre les mains des anciens fermiers, sans jamais se mêler en rien de leur culture et de leur production !

3» Du Cultivateur.

Le rôle du cultivateur consiste donc à faire les avances primitives et les avances annuelles de la culture ou de l'exploitation. Le propriétaire i)cut en prendre la

032 uïBBfnRp

p<ïîne H en faire la d^^pcnse; mais alors il est cbai -^é d'un double pei^nnage ; 3|| est en nit me temps propriétaire et cultivateur.

Cette distuictiou est bien sini|vle et bien facile à reteuir. Acheter a *C5S dqïensl les Instrumens et les outils qtii doivent servir contlout llement h rexploitation oa à la culture, avec les animaux, les graines et les semcnciw d^* Uîute eîtpi'^c, i|iii m fuot le premier établissi^meiit ou les avances pj imili^es ; pwî;«, payer annut^t* Irment la solde des ouvriers et ta subsistance des animaux quelctiuqnes, coipèuyéi jounieUeïûent auv travaux champt^lres qui m reaouieJleiU sans œssc^ e'fiit toe k cultivateur, le viTiiable cbef et renlrepreneur de l'expie» utiem,

Aiosi, Madamo, vou» ^w^ véritablement cultivairiœ et d*ef de vutn:^ jardin poil^, pireei}aeviiiisa\ez aclieié, el que vous entretenez h \as dépens tou^ïci outils et iiistruuïetits divers du jardinage; [Kirce que. vtms salarier animeilement ïotre maître jardinier et ses ouvriers ; mais,îâ vous prenittift le parti de le dumitT à lo^er, comme on fait des marais ou terres légamières qui sont dans les fa»- j boutp» et les emirons de Paris, ^ous ne seriez plus c|ue proprîétinre ; le jardiaier, qui le preuiliait de vous à titre de locatitm, ferait lui-même les avances primitivei et les avances aimueUes ; il en serait le culUviteur.

&" Des repriêes du Cuttwaleur*

La totalité des avances annuelles et Fentretien dos avanœs pnmîtÎTe$, €*esi U, Madame, les deux objets que nous appelons r€pri$eit du cultivateur ; p^rcj* quVn effet * il en doit reprendre chaque aun^e la valeur sur la rêoilte ou sur h reprodoctiou totïde. C'est une portiou privilt*giée, qu*U faut prélever nécessaiiie-^J ' meut aYEut tout pour continuer rexploitatiou : sans cette restitution « la cnltiu^'^H cesserait tout-à-coup, ou du moins irait sans cesse en se dégradant , jusqu'à son extinction totale.

Concevez un honnête cultivateiur, qui tient de vous, pour neuf années , une ferme de trois charrues, ou de trois cent soixante arpens de terre ; qui, dans le moment du premier établissement , la garnit d'instruments aratoires, de meubles^ d'outils, d'animaux domestiques, de vivres et de semences , pour la valeur de trente mille livres de capital , ou d'avances primitives, et qui fait annuellement six à sept mille francs d'avances annuelles ; en quel état est-il juste, est-il convenable, est-il intéressant , même pour toute espèce de bien public , qu'il se trouve à la neuvième année, lorsque son bail expirera ?

L'équité vous dit. Madame, que son fonds primitif, son capital de trente mille livres, doit être plutôt augmenté que diminué ; car enfin , toute peine vaut un salaire, toote avance de fonds exige un honnête intérêt , tous risques et périk habituels demandent une compensation du fort au faible : ces principes n'ont pas besoin de preuves.

Voudriez-vous, Madame, vous engager à dépenser beaucoup d'argent, à travailler sans cesse pendant neuf ans, depuis le leVer de Taurore jusqu'au coucher du soleil , à essuyer en plein champ l'ardeur de l'été, et la rigueur des autres saisons^ à être en outre continuellement exposée à perdre une grande partie des fonds que vous auriez avancés, et très assurée d'en perdre au moins ime portion à la fin des neuf ans, le tout pour faire le profit d'im étranger qui ne vous en

liXPLlCAÏION DU lAfiLlilAL BCONOMIQUK. 833

aurait aucune obligation ; mais au contraire, qui se ferait de vas engagemoiiis im titre pour vous mépriser, pour tous dominer, pour vous vexer? Conseilleriezvous à quelqu'un de ceux que vous honorez de votre amitié, de faire un pareil emploi de son argent , s*il en avait à placer d'une manière avantageuse et agréable ? Non sans doute, ce parti vous semblerait une folie.

Tel serait, cependant, Madame, le sort de tous les fermiers, s'ils ne préK^vaient pas sur chaque récolte ces portions privilégiées, ces portions inviolables et sacrées , que nous appelons reprises d'un cultivateur.

S'il a fallu dépenser, pendant le cours d'une année , cinq à six mille francs à la culture de la terre, pour se procurer la récolte de grains qui remplit aujourd'hui la grange de votre fermier, il n'en faudra pas moins avancer pendant le cours de l'année suivante, pour avoir, l'été prochain, la même production à recueillir.

Commençons donc par prélever, sur la reproduction, la totalité de ces avances annueUes ; c'est la première portion de la récolte présente ; elle appartient nécessairement à la récolte future qu'elle doit produire.

Mais l'entretien habituel des avances primitives, la rénovation des animaux et des instruments, ne sont pas moins indispensables à la culture, d'où dépend la récolte à venir. Ce n'est donc pas assez de prélever, on de mettre à part, les semences, les subsistances, tant des hommes que des animaux, les salaires des ouvriers et des domestiques ; il faut attribuer une seconde portion de la récolte pré-^ sente à cet entretien des avances primitives. Yous avez beau laisser au fermier le fourrage et l'avoine pour quatre chevaux, même de quoi nourrir et payer le charretier ; si la charrue elle-même a besoin d'être renouvelée, si deux de ses chevaux sont hors de service, vous n'avez pas suffisammentpourvu à la continuation de sa culture.

Yous avez vu, Madame, que nous adjugions ordinairement au cultivateur la moitié des avances annueUes pour ce second objet de reprises. Si nous supposons deux mille francs de dépenses de la première espèce^ il faudra prélever cent pistoles pour celles de la seconde.

Il est bon de remarquer que, dans le second chapitre des reprises^ sont compris trois articles, savoir : l^* l'intérêt du capital avancé par le cultivateur, lorsde son premier établissement ; 2** l'entretien habituel de son fonds d'exploitation ; 3° la compensation des risques et des pertes. -

Si vous réfléchissez sur ces trois articles, vous trouverez, Madame, que ce n'est pas trop d'un dixième du fonds primitif ou de dix pour cent, c'cst-ii-dire de raille francs sur dix mille. Yoyez quel est aujourd'hui le sort des fermiers ou des propriétaires qui font valoir des vignes. Il n'est presque point d'années où quelquesunes des productions cultivées ne soufirent ainsi de la variété des saisons; tautùt ce sont les grains de l'une ou de l'autre espèce, tantôt les fruits, tantôt les fourrages, tantôt les animaux domestiques.

On ne comprend point dans le second article des reprises la rétribution du fer- ; mier, sa nourriture, son entretien, celui de sa famille, l'éducation de ses enfants; 1 vous voyez, xMadame, que cet objet doit centrer dans les (h'-penses .innuelles. C'est bien assez, c'est souvent trop, que l'intérêt à dix pour cent des avances

%%h L'ABBÉ BAUDEIU.

primitives ail à supporter ks trois objets que je vous ai détaillés tout h l'heure.

Vous concevez, à présent, que ces dmx premières portions de la récolte, apjieiées reprises, appartiennent en effet à titre de justice au cultivateur ; dbon^miftii m plus vraif l^ladauie^ elles appartiennent à la culture elle-même, qui, c^)inini^ \&m Yoyeï, ne peut se maintenir sans elles.

Je ne vous avais parlé cpie du cultivateur et de son sort ; allons plus loiû : )^Jim>m aux propriétaires s pensons au «souverain et à tous les hommes qui coiii- [Km^nila so* iétc* Croyez-vous, Madame, que c^ soit, fîour euï mus, tmc tbosein* différente que le prélèvement des reprises sur chaque récolle?

Vous savez qiie re sotit les avances qui rendent la terre féconde, quiMle ^raud*^ avanc^^ occasionnent une grande production ; il est donc tiès intére:^santd'aitir«r autant qu'on peut les richesses à la terre, de (jrocurer de grandes avances Um* f tt'^res, primitivea et annuelles, aÛn d'avoir les meilleures récolieïî qu'il Kofl (Hvssible.

Si le^ propriétaires des fonds de terre possèdent un certain capital , supposai, pareiemple, un milliard ou mille mil ttonSt plus ou tnoitis, dans un nv^^time: |H)ur juger combien la culture sera rtdie, et^ par conséquent, rond>ii'u h*s recoltï^ seront abondantes, il faut savoir si les propriétaires siéront seuls ;» taire teug leii frais; s'ils serout obligés de prendre eui-iuémes le rôle de cultivateurs , de Ummk toutes les dépenses primitives du premier établissement, et toutes lejt d^p<*usp5 annuelles de T exploitation, ou s'ils se borneront aui tlêfversi^s foncières : s*iis tnmveronl mie autre classe d*faonimes qui ait par eTtemple un second milliard 1 mettre en avances primitives et en avances annuelleii.

Dans le premier cas, vous cxincevreK que la culture sera beaucoup moins ridie, la récolte beaucoup moïus ahoudaute, et que les proprirtaire^ auranl plus de soins à prendre et de risques à courir. Dans le second cas, au contraire, les avances des trois genres seraient doubles, la production totale proportionnellement plus forte, et les propriétaires n'auraient qu'une seule espèce de dépenses i faire, celle des avances foncières; leurs soins et leurs risques seraient beaucoup moindres.

Rien n'est donc plus avantageux aux propriétaires des fonds de terre, qœ l'existence d'un grand nombre de riches entrepreneurs de culture, ou d'exploitations rurales de tout genre, qui puissent et qui veuillent consacrer de grands biens aux avances primitives annuelles, et qui ne leur laissent, à eux propriétaires, que lesavances foncières.

Si vous héritiez actuellement de mille arpents de terre inculte et de deux cent mille francs d'argent, votre intérêt serait^ Madame , de pouvoir employer tool-àcoup vos deux cent mille livres à défricher vos mille arpents de terre, pour en faire trois beaux et grands domaines, que vous pourriez affermer douze ou quinze mille livres ; mais il faudrait pour cela trois gros fermiers, qui pussent au moins apporter chacun trente mille livres dans sa ferme, et y dépenser chaque année six mille livres.

Si vous n'aviez point de cultivateurs qui pussent ou voulussent prendre votre bail, il faudrait partager vos deux cent mille Uvres, ne défricher que trois o« quatre cents arpents de terre, ne former qu'un ou deux domaines, faire vous-

même Id^ avances primitives de trente mille livres et les avances annuelles d'environ six mille livres, prendre tous les soins et courir tous les risques.

La récolte entière du domaine serait pour vous ; mais quand vous auriez prélevé les semences, les subsistances, les salaires, les entretiens, les ré|)arations et rénovations, c'est beaucoup s'il vous restait cinq ou six mille livres de rente , quitte et net. Conœvez, Madame, combien le sort des cultivateurs et de leurs richesses touche de près à la fortune et au bien-être des propriétaires.

Quant au profit du souverain et des autres classes de la nation , vous le voyez tout naturellement résulter de celui des propriétaires. Il est d'une suprême évidence, Madame, que plus vous auriez de revenu quitte et net de vos terres, plus vous pourriez payer au roi, sans vous mettre trop à l'étroit ; plus vous pourriez faire vivre , par votre dépense, les artistes et les ouvriers de tous les genres.

Le bien général de la société civile exige donc que la classe des cultivateurs en chef devienne chaque jour plus nombreuse et plus opulente ; que toutes les richesses, une fois consacrées à cette noble destination, y restent à jamais, et qu'il s'y consacre sans cesse de nouveaux fonds. La multitude et l'opulence des fermiers met les biens à l'enchère, et rend meilleur le sort des propriétaires, sans rendre moins bon celui des cultivateurs ; parce que plus ils sont riches, mieux ils travaillent la terre; mieux ils travaillent, plus ils récoltent

C*est sous ce point de vue^ vraiment politique. Madame, que vous devez toujours considérer les reprises du cultivateur. Dites hardiment, malheur aux propriétaires! malheur aux négociants, aux artistes, aux ouvriers de tout genre! malheur aux souverains, malheur enfin à tous les empires ! quand ces reprises sont enlevées aux cultivateurs, c'est-à-dire à la terre même , dont la fécondité dépend d'elles.

5*" De la spoliation de Vagriculture,

Attaquer de quelque manière que ce soit les reprises du cultivateur, c'est , Madame, ce qu'on appelle, dans le langage économique, spolier l'agriculture ; c'est-à-dire altérer les richesses d'exploitation qui forment les avances primitives et les avances annuelles de la culture, causes productives de la récolte.

Il est, je crois, très important que nous filions notre esprit sur les divers abus qui peuvent occasionner cette spoliation, et sur quelques-unes des suites funestes qtii en résultent nécessairement.

Vous savez maintenant que les reprises du cultivateur sont formées dtî deux objets, dont chacim exige qu'il prélève et mette à part, pour lui seul, une port on de la récolte, savoir : l"" de la totalité des avances annuelles ; 2"* de rentreticn des avances primitives, lequel entretien vaut la moitié des avances annuelles.

Mais, Madame, dans le premier objet, c'est-à-dire dans la totalité des avances annuelles, nous avons compris la subsistance et l'entretien du cultivateur en chef, de sa famille, de ses ouvriers et domestiques agricoles. Considérons ce premier article. C'est assez naturellement par là que commence la spoliation de la cul^ ture, et la ruine des États, qui en est la suite infaillible.

Supposez qu'un fermier, qui avance vingt, trente, quarante mille livres de

fonds primitif, soit forcé de payer une si forte redevance au propriétaire, au seigneur, à la dimc, aux impôts, qu*il se voie réduit à la malbeurease nécessité de vivre mal , de se priver d'habits et de meubles honnêtes, de mal nourrir ses gens, de les payer peu : que croyez-vous qu'il en résultera? Que, tôt ou tard, lai ou ses enfants quitteront la profession de fermier, dans laquelle on est mal, pour en embrasser d'autres, qui sont toujours en grand nombre dans un État, et qui font vivre mieux, avec moins de peines, de risques, d'avances. Il ne faudrait pas connaître l'homme pour penser que le contraire soit bngtemps et généralement

Non-seulement le cultivateur en chef, mais encore ses propres ouvriers et domestiques déserteront aux premières occasions, quand ils seront mal à la ferme, et trouveront mieux ailleurs.

Concevez en passant, par ce seul mot. Madame, quel est le mérite de ces longues et vagues déclamations que vous avez entendu faire souvent à nos prétendus politiques citadins, sur la dépopulation de nos campagnes, et quelle est la futilité des petits moyens imaginés, par eux, pour remédier à ce mal trop grand et trop réel.

Comparez rhabillcment, la nourriture, le logement et le travail de vos laquais et de vos femmes, avec celui des domestiques et des manouvriers de la campagne ; comparez l'état de votre avocat, de votre procureur, de votre intendant, et celui d'un de vos fermiers et de sa famille. Si vous étiez ï leur place,et que vous eussiez à choisir, que fenez-vous?

C'est un malheur, sans doute, que les campagnes fournissent continuellement aux villes ces troupes de déserteims de l'agriculture; c'est une vérité si évidente, cjuo tout le monde en convient. Mais comment les y retenir ? Comment les y renvoyer? C'est là où se divisent les opinions des raisonneurs syslématiques.

Voulez-vous résoudre la question d'un seul mot ? le voici , Madame, ce mot bien simple et bien naturel. Pourquoi quittent-ils les campagnes, et viennent-iK dans les villes ? C'est qu'ils sont mal à la canipap;ne et bien à la ville. Il faudrait donc qu'ils fussent bien à la campagne, ils y resteraient; c'est le vieux proverlx*, fondé sur la raison même et sur l'expérience de tous les temps , où Ton t'St bien on se tient ; de dix hommes ([ui se trouvent bien, il n'en est qu'un tout au |)lus (|ui se déplace sous res|)oir d'être mieux.

S(Tiez-vous encore d'humeur de politiquer un moment avant de revenir à no> moutons? Voyez quelle belle idée de regarder les babitants des campagnes, le> cultivateurs en chef eux-mêmes, leurs ouvriers et domestiques connue le rebii! d'unt» nation ; quelles belles inventions (pie toutes l(\s servitudes qui les vexent «1 les dégradent , telles que tous les services forcés, les impots arbitraires, le> collectes, les cor\ées, les (juroleinenls par le sort et, même, pour parler vrai , tout ce qu'on appelle privilèges, distinctions des villes et de leur bourgeoisie î

F'ar cette petite digression sur le sort des cultivateurs, sur tout ce qui pourrait intéresser leur persotme , leur condition , leur famille, vous concevez maintenant ce que j'appelle la première cause ih\ la spoliation.

(^ Csi la désertion des cultivateurs en cbef a\ec leurs ricbesses d'exploitation, qu'iU vi^HiiMt $«iisa«rer à d'autr^^s emplois dans les >illes; ces dcserteur^ ces-

i:\PLICATION DU TABLEAU ÉCONOMIQUE. 837

sent de cultiver, et la raison qui les fait fuir des campagnes empêche que d'autres sortent des villes pour les remplacer; les ouvriers qui les aidaient en leur exploitation sont bientôt obligés à les venir servir, quand ils sont devenus bourgeois, négociants, artisans, vivant aux dépens des propriétaires et des agricoles qui restent dans leur état

Le second degré de spoliation, c'est la déprédation ou diminution des avances annueHes, considérées non pas relativement à Tentretien des hommes , comme nous venons de faire, mais relativement aut antres objets qui composent ces avances annuelles , telles que les nourritures d'animaux , les semences et les travaux journaliers.

Si, par quelque raison que ce puisse être, un cultivateur en chef, chargé de conduire une exploitation rurale , n'a plus entre ses mains de quoi faire les avances annuelles , comme il les faisait ci-devant , il faut qu'il cultive moins ou plus mal ; et vous ne serez certainement pas embarrassée à deviner ce qui doit en résulter à la récolte prochaine. Personne, je crois , ne balancerait à le prédire ; toutes choses restant égales d'ailleurs, celui qui met moins à la terre , en retire moins.

Observons que ceci forme une échelle, et que ce pauvre cultivateur, une fois lancé, va décheoir de phis en plus. Supposons qu'il mettait ci-devant , chaque année, à sa terre, quatre mille livres qui rapportaient douze mille livres de production totale , à raison de trois pour un. Ses reprises éuient , 1*" quatre mille livres d'avances annuelles ; 2^ deux mille livres d'entretien des avances primitives ; en tout six mille francs de reprises et six mille francs de produit net , qu'il payait au propriétaire, à la dlme, à l'impôt

S'il est obligé cette année de retrancher deux cents livres de ses avances annuelles, il ne mettra plus que trois mille huit cents livres à sa terre ; il ne retirera donc plus de production totale que onze miUe quatre cents livres , au lieu de douze mille livres ; c'est six cents livres de production anéanties.

Mais, Madame, si le propriétaire et l'impôt ordinaire continuent à lui enlever six mille francs, à titre de produit net, et que la cause extraordinaire qui le forçait à retrancher encore deux cents livres de ses avances annuelles subsiste toujours, vous allez voir quel sera son état l'année suivante.

Sur onze mille quatre cents livres, on lui retranche six mille deux cents livres : il ne lui reste plus que cinq mille deux cents livres ; si vous en retiriez deux mille livres pour l'entretien des avances annuelles, il n'aurait plus que trois mille deux cents K\Tes à mettre à sa terre , et la reproduction totale ne serait que de; neuf mille six cents livres au lien de douze mille.

Ce tableau de spoliation vous conduit , Madame, an troisième degré. Il conwste dans le dépérissement des avances primitives, qui cessent d'être entretenues, réparées, renouvelées comme elles devraient l'être ; on néglige , on patiente , on remplace de beaux et de bous chevaux , par de mauvais ; on épargne sur les troupeaux, sur les instruments.

Le résultat de cette dégradation , quel est-il , !\Iadame? Pour le cultivateur , c'est qu'il a mené une vie dure et misérable ; qu'il a souffert de plus en plus chaque année ; qu'il a vu ses récoltes diminuer, et ses charges devenir plus

838 L'ABBÉ BALDEAU.

pesantes ; enûii, que son fonds primitif, ses avances de premier établissement, ont dépéri de jour en jour; que son atelier d'exploitation , qui valait , par exemple* vingt mille livres et au-delà, n'en vaut pas douze à l'expiration de son bail Mais, pour le propriétaire particulier, le .résultat est que sa terre a été cultivée de plus mal en plus mal , pendant plusieurs années, et qu'elle a longtemps à s'en ressentir ; pour tous les propriétaires , il y a double perte ; si les fléaux qui causent la spoliation des richesses agricoles tombent sur tous les cultivateurs, non-seulement toutes les terres sont dégradées , mais les fermiers étant tous plus ou moins ruinés , ne peuvent plus réparer ce mal : ils sont tous forcés de diminuer le prixde leurs baux.

Voilà , iMadame, un premier aperçu du caractère et des effets de la spoliation des richesses d'exploitation. Elle se fait sentir très désastreusement , sitôt que le cultivateur est empêché , par quelque cause que ce soit, de prélever ses reprises sur la reproduction totale, sitôt que son sort personnel et celui de ses coadjudanls devient pire, sitôt qu'il est obligé de diminuer ses avances annuelles, ou de négliger l'entretien de ses avances primitives ; alors les richesses fuient de sa terre, elle est moins cultivée, elle donne moins de récoltes.

Par la raison contraire, quand le sort des cultivateurs est bon , quand c'est un sage et profitable emploi de son argent que de le consacrer à la terre , quand les avances annuelles vont en croissant plutôt qu'en diminuant , quand les avances primitives sont améliorées plutôt que négligées, la terre, à laquelle plus de richesses sont incorporées , donne plus de production ; et voilà ce qui fait la prospérité des empires , le bien des souverains et des sujets de toute espèce qui vivent sons leurs lois.

Si votre fermier, qui mettait annuellonicnl à sa terre quatre mille livres pciur (Il tii(.r douze , pouvait en inellre cinq pour en tirer (juinze, ses n'pris«'S seraieiil, 1" cinq mille livres d'avances annuelles ; 2" deux mille cinq cents li\ri-> (l'ciitniiiM) de ses avances primitives, en tout sept mille cinq cents livres, au lit'U de si\ mille; mais le reste serait aussi de sept mille cinq cents livres, à parta^^er, « ntre \v, propriétaire, la dîme et l'impôt, au lieu de six mille. Si \ous avir? un rrvenu ainsi augmenté d'un cinquième à la fm de votre bail , vous pourrir/, pavir un cincpiième de plus au roi, et dépenser un cin(|uièmedc plus pour \ous rt votre faïuille, défX'nse qui ferait vivre les ouvriers, marchands, artistes et autres qu'il vous plairait d'em|)lo>er.

Par <'xrmpl(», si de six mille livres vous en donnez au roi cent pistole.s, cl en dépcnsir/ cin([ pour \ous et les vôtres ; de sept mille cinq cents livres, vous en donneriez douze cent ciiuiuante livres au roi, et il vous en resterait six mille deux cent cinquante livres , (|ui feraient vivre hirn des gens |>ar votre (lé|H'nse auninenlée , commr vous voyez , de douze cent cinquante livres sur cette seuK- IVrmr.

G" /)u produit net.

Ouand on a prélevé, sur la rei)roduction totale de l'année, les reprises i\u cultiNat(;ur, lercsh- s'api.ellcdonc Wpnuluit ncl ou revenu disponible : c'est la pari du propriétariv ; r'rsi là , Madame , ce (jui se maicliande , [t^e qui se vend , ce

EXPLICATIOiN DU TABLEAU ÉCONOMIQUE. 839

qui s'achète, quand on passe un bail à ferme d'une terre , d'un pré , d'une vigne, etc.

Voici l'opération que font ou doivent faire h cultivateur et le propriétaire. « En mettant sur ce fonds, se dit le premier, d'abord telle somme d'avances primitives, puis chaque année tellesommed'avancesannaelles,outre l'entretien de mes avances primitives, il est probable que j'en pourrais retirer, dans les très bonnes années, telle soipme de reproduction totale ; dans les bonnes tant ; dans les médiocres tant ; dans lc$ mauvaises moins ; dans les très mauvaises encore moins. Il faut prendre à peu près le taux moyen ; c'est-à-dire, celui des années médiocres , afin que les bonnes et les très bonnes compensent les mauvaises et les très mauvaises. »

A ce calcul , le propriétaire n'a qu'une seule objection à opposer, elle est re • lative au fonds primitif avec lequel ce cultivateur se présente pour entreprendre l'exploitation. Il est certain que ai son fonds est trop faible , il ne peut pas faiic valoir assez bien, il ne peut pas donner le revenu convenable, il ne peut pas manquer de dégrader la terre.

Concevez, je vous prie, Madame, par cette dernière réflexion , combien il est intéressant pour les propriétaires, qu'il y ait un grand nombre de très riches cultivateurs , soit de leur propre bien , soit de celui d'autrui. C'est le nombre des fermiers et leurs moyens qui font nécessairement la loi aux propriétaires, lorsqu'il faut passer un bail.

Supposez que, dans une province, nous ayons si bien fait pendant quckines années, que les richesses d'exploitation , les capitaux agricoles, les fonds primitifs de ceux qui font valoir leur terre ou celle d'autrui, soient augmentés jusqu'au double de ce qu'ils étaient ; toutes choses étant égales d'ailleurs, la reproduction totale doit être au moins double , sur quoi , prélevant leurs reprises doubles , il reste un produit net double. C'est-à-dire , que vos fermiers vous donneraient un prix double de votre terre et qu'ils y gagneraient le double. Tout au contraire , si nous ayons fait si mal , pendant ce même espace de temps , que les richesses d'exploitation fussent diminuées jusqu'à moitié de ce qu'elles étaient,, la reproduction , les reprises et le produit net seraient réduits à la moitié.

Concluez, Madame, que les propriétaires, qui s'embarrassent peu de ruiner leurs fermiers, qui les livrent à des gens d'affaires ignorants, iptéressés et \exateurs, élevés dans le sein des villes, dans le chaos de la chicane , dans le centre de 1^ fraude et de l'usure , travaillent , sans \e savoir, à leur ruine , à celle de leur postérité, au détriment du souverain çt de l'État

Concluez que le sort des hommes précieux qui cultivent leur fonds, ou celui des autres, n'est indifférent pour personne, depuis le sceptre jusqu'à la houlette ; que tout ce qui les gène, les avilit, )es moleste, (es dépouille, fait à la société civile les plaies les plus cruelles ; que tout ce qui les ennoblirait, tout ce qui |)ourrait opérer leur bien-ôtre, leur aisance, leur richesse, est une source féconde de prospérité pour toutes les classes de citoyens qui composent les plus grands empires, depuis le souverain lui-môme jusqu'au dernier des mendiants.

Idée simple et vraie, mais sublime, qui élève l'âme, qui éclaire la raison, et qui pénètre le cœur d'une juste sensibilité ; je vous en réserve, Madame, un plus grand développement pour la suite de notre explication.

8^0 I;aBBE BxiUDEAU.

Nous avous maintenant une réflexion à faire sur le produit net ou sur le revenu (les propriétaires. Vous voyez que c'est Fintérêt et la récompense des avances foncières, que c'est le moyen de les entretenir; car il y a aussi des réparations, des reconstructions, des frais habituels qui sont à la charge des propriétaires ; ils ont des risques à courir, les accidents naturels peuvent ruiner leurs édifices, endommager leurs plantations, dégrader leur fonds ; il faut quelquefois attendre les fermiers^ et il arrive des ruines qui font perdre une partie des redevances.

Il en est du produit net, par rapport aux propriétaires, comme des reprises par rap|X)rt aux cultivateurs. Si les terres rapportent en produit net un bon intén>t de Targent qu*on met en avances foncières, ou en acquisition d'un bien tout fait, en conséquence le sort des propriétaires est bon; alors on emploie volontiers s(m argent à défricher des fonds ou à les acquérir, alors les richesses s'incorporent h la terre de plus en plus, le sol devient fécond, et le pays est entièrement cultivé, autant qu'il peut l'être.

Au contraire, si le produit net des fonds devient, par quelque cause que ce soit, peu considérable en comparaison des profits que procure un autre emploi de son argent, les richesses fuient la terre loin de s'y attacher ; on ne fait point on peu d'avances foncières, et on les entretient mal : d'où suit d'abord la mauvaise culture, bientôt les landes et les déserts.

Nous reviendrons par la suite sur cette spéculation très essentielle.

7** De Im proportion entre les avances annueiks et fe produit net.

Dans tous lescalculs du Tableau économique, vous trouverez. Madame, qu'on

œmmence par établir une proportion entre les avances annuelles et le produit net. (lotte opération arithmétique pourrait vous embarrasser, il faut donc que je voui en donne ici l'explication.

Vous avez déjà vu plusieurs fois que la somme des avances annuelles règle l'entretien des avances primitives, jHiisque cet (entretien est précisément la moitié des avances annnelles.

Maintenant vous savez, 1» que ces deux objets réunis s'appellent reprises du cultivateur; 2° qu'il faut les prélever sur la récolte ou reproduction totale, et (jue le reste s'appelle produit net.

Onand les avances annuelles sont précisément égales an produit net, ou dit qur la terre ou la culture rend cent poin* cmt de produit net, c'est-à-dire que les dépenses annuelles étant de cent, le produit net est aussi de cent ou d'une somiur égale.

Si le produit net est double des avances annuelles, on dit (jue la culture rend deux cents pour cent.

Vous comprenez par là, ÎMadamc, cr ([ne voudront dire «es expressions : . La culture qui rend cent cinquante pour cent. < (Vesl -à-dire (pie le produit net «'\<'ède 1rs avances annuelles précisément de la moitié d« ces avances; par exemple, «pie (pialrc mille li\res d'avances annuelles doimenl siv mille livres de pro-

ihlit lir!.

Prenez j)ieii gaule. Madame, c\u\\si\i:^\li\rjn'0(lutt twl, et non pas de rcpm-

duction totale, ce qui est bien différent, puisqu'il faut retrancher toutes les reprises sur la reproduction totale, pour avoir le produit net, qui n'est que le reste.

S*" Résumé du chapitre second.

Yoici, Madame, la récapitulation de ce second chapitre.

La totalité de la récolte s'appelle reproduction totale, ou simplement repraduction.

Elle se partage entre les cultivateurs et les propriétaires.

Les cultivateurs sont les premiers, et leur part est appelée reprises ; les propriétaires sont les seconds, et leur part s'appelle produit net

Les reprises du cultivateur consistent : l"" en la totalité des avances annuelles ; , 2* en l'intérêt à dix pour cent des avances primitives, somme consacrée à leur | entretien, qui vaut la moitié des avances annuelles. /

Par conséquent, les avances annueUes valant deux, les reprises valent trois ; c'est la règle fondamentale. Si le cultivateur ne prélève pas ses reprises sur la récolte, tout va mal ; les richesses d'exploitation diminuent, la culture s'affaiblit, et la reproduction totale est moindre.

Les reprises étant prélevées, tout va bien ; le reste de la reproduction totale s'appelle produit net : il appartient aux propriétaires.

Quand le produit net procure un bon intérêt de l'argent qu'on a mis au défrichement d'un sol ou à l'acquisition d'un bien tout fait (ce qui ne se peut faire sans que les richesses d'exploitation soient en bon état, et les reprises du cultivateur intactes), alors on met son argent à la terre, et tout va bien , parce que l'agriculture prospère.

Tel est. Madame, notre résumé, que je vous exhorte à ne pas oublier. C'est pourquoi nous allons en faire des tableaux.

9^» Troisième Tableau économique.

Récolte ou reproduction totale.

A partager entre Le cultivateur et le propriétaire.

Au c'^livateur appartiennent \\es reprises. Au propriétaire \ le produit net.

/l® En la totalité des avances annuelles^ Les reprises consistent Jso En la moitié des mêmes pour entretien des ( avances primitives.

Le produit net est : Tout le reste de la reproduction toUle.

lO^" Quatrième Tableau économique calculé.

Voici, Madame, des exemples arithmétiques.

Premier exemple.

Reproduction totale : six mille livres.

A paruger ainsi :

10 Reprises : savoir : Avances annuelle», deux mille livres.

rius, entretien des avances primiiives, mille

livres.

Total des reprises^ trois mille livres.

L'ABBÈ BAlJDEAll

ijui^fk m% nûWt livres de protluciiun Maie, lire liw mille liiTL'** de reiimt-s^ rtste tfoUniillc Ihrri.

^rotluil H cl : Troi!* mlile livrés,

AvaiiepB utinuelifift valant truw raille livres.

atee iM produit net vabtit trois mille livres.

£« cnHun rend etnt pour etnt.

Ke[vmd*ït:lioa loLaio A parla^TtMiiisi :

i^ RfprUn^ savoir i

RcâulUU

t^iïrtKiuction tulttltï A partais or nïmi :

i" Af^rûff^ 53 avoir :

Second expmpk.

I douio intlle livres.

Avances anmielles^ eint^ mille livr(?i,

Knti-etien des avamt$ primiitv^x^ thiix miUé diu]

ccnls fivr*^s.

Total des reprÛÉi, uppi mith cinq cents t§uri^$.

De duu/»^ îmlly livres ^ j'ûtc tJéiU millu eïmi ceGts

livres.

Proiutl fwl mant quatre miih cinq anU Uvre**

Avjinrés riuiuïdkji^ dtiq mille tivre»^ PrtiduîC iieî^ i](j.itri; mille i*i(U| cents livrer,

: La fuiturv rrmi quatrcvingt dix pour uni*

Troisième exemple* : quinze mille livres.

Avances aiiTmelles, quatre mille livre?**

Entretien des avance» primitives, rleuï mille livres.

Total dejt reprigeê^ tis miUe livres.

^Q Produit net' Si, de qiiHi^r^ milk^ livres de production totale, j'dt€ six mille livrer de reprises, rette pour ît produit net neuf mille hvres.

À comparer : Quatre mille livres d'avances annuelles.

avec Neuf mille livres de produit net.

Résultat : La culture rend deux cent vingt-cinq pour cent.

Amusez-vous, Madame, à faire de pareils tableaux, pour vous préparer aux vrais tableaux économiques, dont ceux-ci ne sont que les premières ébauches.

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