Chapitre m. Des Productions annuelles et de leur distribution
U. Explication sur le vrai sens du mot stérile appliqué a l'industrie . . . 868
FIN DE la table.
PAR RAPPORT A LA VALEUR, A LA CIRCULATION, A L*1NDUSTRIE ET AU COMMERCE INTÉRIEUR ET EXTÉRIEUR.
NOTICE
SUR
Dl
Guillaume-François Le Trosne , ancien avocat du roi et conseiller honoraire au présidial d'Orléans, associé de TAcadémie royale des belles-lettres de Caen, honoraire de la Société économique de Berne et membre de la Société royale d'agriculture d'Orléans, naquit dans cette dernière ville, le 15 octobre 1728. Son père, homme de mérite et juge au même bailliage, le destina k la magistrature. Doué des plus heureuses dispositions intellectuelles et morales, le jeune Le Trosne les développa rapidement sous les auspices du célèbre Pothier, qu'il voulut prendre pour modèle, mais dont il se distingua, néanmoins, en apportant, dans l'étude du droit et la pratique du bien, des vues philosophiques beaucoup plus élevées que celles de cet illustre maître. Dès l'âge de vingt-deux ans, il écrivait sa Methodica juris naiuralis cutnjuri civili collatio, et, par cette publication, engageait la science du droit dans ces voies neuves et rationnelles que frayèrent plus tard Beccaria, Servan, Dupaty et plusieurs autres jurisconsultes. Nommé, en 1753, avocat du roi au présidial d'Orléans, il y remplit ces fonctions pendant vingt années de la manière la plus brillante, et en s'efforçant toujours de ramener, autant que les circonstances pouvaient le permettre , l'arbitraire des lois positives aux r^les immuables de la raison et du juste. Ce sage esprit de réforme domine tous les écrits de Le Trosne, et l'on peut en prendre une idée, notamment dans son discours sur la justice criminelk^ où l'auteur trace un noble tableau des devoirs du ministère public, esquisse rapidement
lus vices priacipaux de la législation pénale do Tépoque, et s'flêve, d'uM
voîx éloquente, contre l*horrible iniquité de la toflure*
Le Trosne se lia de bonne heure avec le& Ècommistês. Tontes 1^ spéculations de ces pliilosophes, sur la production et la diâtribution de la richesse, tendaîenl k l'établissement de ce principe, que, pour les sociétés et pour les diverses classes dans lesquelles il est uéecssiire qu'elles se décomposent, il n'existe pas de séparation entre le juste et futik ; en d'autres termes, que les atteintes de celles-ci à Tordre naonl engendrent d'elles-mêmes leur châtiment, parce que cet ordre ne saorailétre troublé sans que, par contrecoup, il n'y ait perturbation dans les lois physiques auxquelles sont soumis la conservation et le développe* ment de Tespèce humaine- Le Trosne jugea de suite quelle portée salo* taire avait une doctrine qui démontrait scienttûquement , contre ropi* nion générale \ que la ruse, la violence et tous les procédés ayant pour fin le mal d*autru!, ne sont, entre les mains des peuples on de leurs éléments, qu'une arme qui se retourne contre ceux qui ont rimprudence de s*en servir ; ou, en d*aulres termes encore, que les actions caupâbleâ ne constituent pas moins un fanx calcul, une intelligence erronée de Piii* térét matériel, qu'un délit que la conscience réprouve. Aussi, embrassit-il avec ardeur toTis les principes de l'École de Onesnay, et le voït-on, dès 1764, les professer publiquement dans des notes jointes à la publication d'un discours sur la décadence de la magistrature. En 4765, il était au nombre de ceux qui les défendaient avec le plus de talent dans le Journal de Y Agriculture^ du Commerce et des Finances ; et ce fut nue lettre de lui, sur les avantages prétendus de la balance du commerce, insérée dans le numéro de mars 4766 de ce recueil, qui arracha Pabbé Baudeau aux illusions qu'il conservait encore sur la valeur dn système mercantile, et conquit cet écrivain à la cause des Physiocrates \
Lorsque les intérêts menacés par les progrès de la Science nawvellej furent parvenus à l'empêcher de se produire dans le Journal de f Agriculture, Le Trosne, de même que ses collaborateurs, reporta la manifestation de sa pensée dans les Éphémérides du ciiayen \ Tons ses tra-
* V. plus haut, p. 5^, en n$ie.
* V. la Notice sur Baudeau, p. 646 de ce volume. » V. ibid., p. 647.
vaux économiques, antérieurs à 1775, ne sont que des articles insérés dans ces deux recueils, ou des brochures publiées séparément. De ces divers écrits, quelques-uns traitent de la mendicité, de Timpôt indirect, de la monnaie, et les autres, en plus grand nombre, de la liberté du commerce des grains. Cette dernière question, que les disciples dé Quesnay regardaient comme capitale, et qui ne semble même pas avoir perdu de son importance k la lumière des faits de notre temps ', excitait alors, au point de vue du commerce extérieur, deux controverses distinctes. La première, qu'on peut qualifier de principale , consistait à savoir si l'exportation pouvait être prohibée ou restreinte. La seconde , qui n'était qu'accessoire, roulait sur l'opportunité de réserver le monopole du transport de nos grains au pavillon national *. Les politiques, que tou.-. chait fort peu le respect du droit de propriété des vendeurs ou des ae-« quéreursdes céréales, et qui, d'ailleurs, estimaient qu'une marine, même artificielle, ne sauraiten aucun cass'acheter trop cher, tenaient k cet égard pour l'afifirmative. Le Trosne, après les avoir longtemps combattus d'une manière sérieuse, finit par se moquer d'eux, dans un opuscule quMl intitula : Requête des routiers d'Orléans^ à P effet d'obte,Ur le privilège exclusif de la voiture des vins de F Orléanais.
Vers 177S, les difficultés toujours croissantes de la perception de l'impôt, et l'insuffisance des. ressources qu'il fournissait au gouvernement, ramenèrent l'attention publique vers une pensée dont le marquis de Mirabeau avait été le promoteur dès 1750, celle de créer partout des administrations provinciales, analogues à celles des pays d'États \ L'Académie de Toulouse ayant invité les publicistes à s'occuper de ce grave sujet, Le Trosne répondit h cet appel par un long Mémoire auquel fut décerné le prix offert par les académiciens \ C'est ce même travail, revu et complété, qui devint, en 1779, un volume in-4% sous le titre .
* De ceax, surtout, dont TAngleterre offre le spectacle du moment où nous écrivons ces lignes.
* Cette restriction était au nombre de celles que Pédit de 17(>4, qui on contenait beaucoup d'autres, avait mises à la liberté d'ex[)ortation des grains.
' L'ouvrage dans lequel Mirabeau exprimait ses vues, sous ce rap[>ort, fut réimprimé en 1738, et forme le tome iv de Tédilion in-12 de VAmi des hommes.
* Nous empruntons ces deux faits à la Biographie universelle. On ne s'explique pas toutefois, s'ils sont exarts, que la préface du livre cité plus bas n'en f.isse aucune mention.
1V0TICE SIJR th VFE ET LE5 TRAVAl^X
D€ fÂdminiiiratwn provinciak ei dt la Réforme de t Impôt. Eotrc ÈiPtrès addîUôos qu'y avait faites Tauleur, se irouve une très savantf^ dii^seriatiati sur la t'émialité, dont LeTroane signale les funest<i*& cITeis el rcelame raboHtioii complète avec autant de raison que de force. |i^iûtérêtécouomique est fort restreint dans ce livre, paisqull a fiour objet principal d'exposer les avantages que présenterait la réforme ûû l'impôt et les moyens d'arriver k cette réforme; mais il en est peu qui oQ^reût une source plus féconde de reaseitfuements positifs s«r ce qn ctait rorganisalion de la sociélé avant 1789,
Cette publication avait été précédée de deux autres, qui sont le p|j soUde fonilement de Tillustration économique de Tauieur» Ij's Ùiscourt^i ^^Ordre m&ial et le Traité de l^Intérét social^ par rapport h la valeur, ^| la- circulation, a rindustrie, au commerce extérieur et intérietir, sont des ouvrages de pure doctrine. De ces deux publications, qui se rapj^É portd&t îi Tannée 1777, la |)remière, que distingue un style &cmteiiu^ rnats sans emphase, est un exposé dogmatique de rensemble des priu-^ eipes sociaux professés par les Physiocrates, La secaude ^ se renfenoc^ aucoolraire, dans Téconomie proprement dite, et la traite didacliqtie-, ment avec une profondeur de vues qu'il est impossible de méconfialir^H qu*ou admette ou n'admette pas la conformité parfaite des opinions de réerivain avec la nature des choses.
Le Tfosne était lié particulièrement avec Condillac, ce qui ne Tem- ^ pécha pas de combattre avec vigueur plusieurs des opinions émises par ce dernier dans son livre du Commerce et du Gouvernement. Il fut aussi Tami de Turgot, et les idées qu'il développe sur Torganisation d'assemblées provinciales se confondent presque identiquement, en ce qui touche la formation de ces assemblées, leurs subdivisions hiérarchiques, l'étendue de leurs attributions, la catégorie de citoyens (les propriétaires)'seule apte à les composer, et leur dépendance d'un grand Conseil national^ avec le projet de constitution que, deux ans auparavant, le ministre philosophe avait soumis à Louis XVL
Le Trosne mourut à Paris, le 26 mai 1780, peu d'années après s'élr^' demis des laborieuses fonctions du ministère public. Il est uo des
Insérée dans ce volume.
hommes qui honorent le plus TÉcole de Quesnay par le talent et par le caractère. Son nom doit rester cher k tous ceux qui pensent que la liberté et la propriété doivent servir de base à Tordre social, car toute sa vie se passa à défendre ces deux principes avec la plus haute raison et la plus courageuse indépendance \