XIV. — Importance de la valeur
Quoique la valeur ne soit qu'une qualité relative, elle est donc bien importante, puisqu'elle décide de l'état de la culture et de la somme du produit net, qui est la mesure des richesses et de l'aisance d'une nation.
En effet, si les cultivateurs ne travaillaient que pour eux-mêmes, la valeur serait indifférente : mais aussi borneraient-ils leur travail à faire naître leur simple nécessaire. Il n'y aurait par conséquent qu'une classe d'hommes occupée à faire naître sa subsistance, et dontlesautres besoins ne seraient remplis que très imparfaitement. Dès-lors il n'existerait point de société, car il n'y aurait point d'hommes disponibles qu'on pût distraire de ce travail, parce qu'il n'y aurait point d'hommes disponibles qu'on put employer à leur subsistance : bientôt même il n'y aurait plus de culture, faute de sûreté dans les propriétés.
La valeur si impartante ini ï^uccès iVûue nation, n'est pas «ne valeur relative simpleme ni a rargenl, oeta- ^îonnée par ftûn abondance, qui force d'en donner un pUis grau dpoids^ et qui induit tant de gens en erreur, lorsqu'ils comparent les prii d*i siècle 11 un autre* Elle n'est pas une valeur factice, procurée par < primes et des encouragements, ou par le monopole exercé par des i pagnies privilégiées, ou par la clierié qui provient de la rareté des pr^ ilnclions : c'est une valeur constante, uniforme, produite par «ne forte consommation, qui proeètle de Taisance générale, qui nY*pni u ve que les vaiiaUousde Tordre piiysique^ et les rend presque insensibles ^urla fa* citité des communications; qui est maintenue par ta liberté et Fimmunilé du coninieree intérieur et extérieur, et qui embrasse toutes le* pniduetions. Car si Tune reste grevée, taudis que l'autre est lihre, h jus* lice irest plus gardée; les propriétaires de celle qui est pénée sotil lèses dans leurs éebanges; ils ne peuvent vendre qu ;i un prix avjli^ el &M îoïvés d'acbeler au vrai priï*
Ce n'est que sous le rè^^ne absolu de Tordre^ que tuus les rappoc de la société sont maintenus dans un équilibre favoi^ble à tous le«i téréts; que tous les droits sont assurés, que toutes les propriétés sonl respectées, que le niveau s'établit entre les travaux el les téalaires, n% ^utes les préten lions sont soumises à la justice.
Mais, puisque la valeur est si importante, il esl du devoir el par conséquent ile riotérél de radmiuislralion, non-seulement de supprimer les obstacles laclices qui la détruisent, mais encore de la favoriser et de la soutenir, en procurant par des chemins et des canaux la facilité des communications, qui rapproche les distances, qui multiplie le nombre des consommateurs et égalise les prix, qui réduit les frais de transport au proiit de la valeur en première main. C'est Ik un des objets les plus essentiels de la dépense publique, et l'emploi le plus utile du patrimoine de la société. Ouvrez un débouché à une province qui en manquait, et qui était surchargée de la moindre quantité de productions au-delà de sa propre consommation : vous verrez sa culture sortir de l'engourdissement, el prendre des forces relatives à cette nouvelle cause de prospérité.-En même temps vous présentez un nouveau débouché aux provinces voisines, vous étendez les rapports d'échange, et le bien qui en résultera produira un double elfel.
XVI. — // n'y a que la valeur en première main qui influe sur les
richesses '.
Mais toute espèce de v.deur n'est pas du même genre. Il n'y a que * Les Physiocrates entendaient, par la valeur en première main, celle des subsis-
celleen première mainqui augmente la masse des richesses, parce qu'il n'y a qu'elle qui intéresse les premiers distributeurs des productions, qui assure la rentrée des reprises, et qui décide du revenu. L'accroissement de valeur que les productions obtiennent par les travaux subséquents, ne sont qu'une dépense et un emploi de la somme de la reproduction décidée invariablement par sa quotité, et mesurée par sa valeur en première main.
Cette proposition trouvera sa démonstration dans ce que je dirai sur la nature des travaux de l'industrie et du commerce. Dès que l'on n'admet pas cette distinction essentielle entre la valeur première et la valeur subséquente, on ne peut plus se former d'idées justes, ni sur la source des richesses, ni sur l'ordre de leur distribution, ni sur Torganisalion de la société , ni sur la nature des divers travaux et des dépenses. C'est sur cette distinction (qu'a refusé d'admettre M. l'abbé de Condillac) que roule toute la théorie de l'ordre social.