‹ Physiocrates (volume 3)Chapitre 69 sur 92 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Del*échange et de la vente.

L — Définition de (Echange.

L'échange est de sa nature un contrat d'égalité qui se fait de valeur pour valeur égale *. Il n'est donc pas un moyen de s'enrichir,

tances et des matières premières, avant que la classe agricole les eût livrées, soit à riiidustrie, soit au commerce. Il est important de ne pas perdre cette observation de vue, si Ton ne veut pas prêtera leurs idées d'autre sens que celui qu'ils y attadiaient eux mêmes. — Voir Quesnay, 6* Observation sur le Tableau économique. (H. DO "^ Cotte déflnilion de Téchenge, repoussée par Condillac etadmise par J.B. Say,

fit

imÎMiueror donne autant que Ton leçoir; mm e'est un moyeu rem[^tlii ses besoin?* et fie varîei^ ses jouissances- Il €D esl de oiéine de la venle.qut ne diil'ère de rechange que dans le moyao et noQ dans robjet Dans réchange, il n^y a point de prii: dislînct ; ddosll vente, il y en a un qui consiste en argent.

Telle est la nature de T échange, lorsquMl se fait dans uo élit pleine concurrence, et que le prix n'est dëtermioé que par les cai qtit doivent y influer. Il devient désavantageuï pour Tune des partia;, lorsque quelque cause étrangère vient diminuer ou exagérer le prix t alors régalité est blessée , mais la lésion procède de cette cause el Don réchange.

La préiërence que l'on donne ^ la chose que Ton reçoit n'est duIIj ment une raison pour soutenir que réchange ne se fait pas valeur pool valeur égale, et qu'on donne moins pour plus. Tel est cependant le sen* timent de M, Tabbé deCondillac (pag. S5et suiv.). « Il est fauit, dîl-i!, que dans les échanges on donne valeur pj^ur valeur égale : au conlrairei chacun des contractants en doune toujours une moindre pour une pttts grande*.*, sans quoi il n'y aurait de gain k faire pour aucun descontrac* tants* Or, tous deux en font ou en doivent faire, parce que les choses n'aynnt qu'une valeur relative ii nos besoins^ ce qui est plus pour l'un est moins pour l'antre, et réciproquement \ > Ce qui dérive da principe qu'il a établi (p. 19), « que la valeur n'est pas une qualité absolue, in*^ hérente aux choses,,.,, qu'elle est principalement dans le jugement que nous portons de leur utilité par rapport à nous •. »

La préférence que chacun donne à la chose qu'il reçoit, est bien le motif qui porte à contracter, mais ne touche point à la valeur, qui n'est nullement déterminée par la volonté des contractants^ ni par leur opinion particulière. D'ailleurs, si chacune des parties reçoit plus qu'elle ne ' donne, il s'ensuit qu'elles traitent avec égalité et qu'il n'y a ni perle ni gain. En effet, dès que la préférence est réciproque, tout est égal dans l'intention comme dans le fait ; chacun est content, puisqu'il a ce qu'il avait désiré ; et chacun a fait un marché égal, puisqu'il a acquis moyennant une valeur égale. ;

qui n'en tira pas les mêmes conséquences que Pécole de Quesnay, est fondamentale dans le système des ÉcoDomistes. — V. Quesnay, p. 70, 71 et 146 de ce volame, et Mercier de la Rivière, chapitre 10 de V Ordre naturel des sociélét poliliquet.

* Ce passage de Condillac est cité par J.-6. Say, dans le chapitre 15de la S* partie de son Cours d'économie politique, où il expose, sur la production eommêrciale^ des vues qu'il est intéressant de comparer à celles des Physiocrates. (E. D.)

^ V. plus haut, note de la p. 196.

En quoi consiste donc cet avantage prétendu, qui, selon M. Tabbé de Condillac, est ordinairement réciproque et égal, quoique dans certains cas il n'existe que pour Tun des contractants? Son opinion est exposée au long dans le quinzième chapitre de son livre, dont je vais donner un extrait.

Sa doctrine sur la valeur roule sur ce principe : € qu'il n'y a que le surabondant qui entre dans le commerce et qui soit la matière des échanges; que le surabondant d'un homme n'ayant point pour lui de valeur, c'est-^-dire d'utilité, il fait un marché avantageux de s'en défaire, et donne moins pour plus ; que, s'il donne une chose. qui lui est nécessaire, il perd et donne plus pour moins. » c En effet, dit-il, c'est l'inégalilé de valeur qui donne lieu aux échanges. Si ce que je vous offre est égal pour vous en valeur ou en utilité ^ ce que vous m'offrez, et vice versâ^ nous ne ferons pas d'échange. Quand nous en faisons, nous jugeons, vous et moi, que nous recevons chacun plus que nous ne donnons, que nous donnons moins pour plus.... Nous avons remarqué plus haut, dit-il (p. 420), que lorsque le commerce se fait par échange de choses dont on surabonde, chacun donne une chose qui n'a point '^^ de valeur par rapport à lui, parce qu'il ne peut en faire aucun usage, pour une chose qui a une valeur par rapport à lui, parce qu'il peut en faire usage, et que par conséquent chacun donne moins pour plus.Or, c'est ainsi qu'il eût été naturel de juger toujours des valeurs, si l'on eût toujours commercé par échange et sans argent ; mais, lorsqu'il a été employé comme mesure commune, il a été naturel de juger qu'on échangeait valeur pour valeur égale. Cependant, pour juger si l'on donne moins ou plus, il faut considérer si ce que l'on donne est surabondant ou nécessaire,... car si les objets échangés sont surabondants de part et d'autre, l'avantage est égal, et nous donnons chacun moins pour plus. Dans tout autre cas, (c'est-à-dire sans doute si l'un des contractants donne une chose qui n'est pas surabondante pour lui), l'échange ne p^ut être égal, et l'un de nous donne plus pour moins. »

M. l'abbé de Condillac pouvait, ce semble, même en ce cas, ne rien changer à son principe général, et dire que, quoiqu'on donne une chose nécessaire, c'est qu'on la répute moins nécessaire que celle qu'on reçoit, et qu'ainsi on donne toujours moins pour plus; et c'est ce qu'il dit luimême (p. 44).

c L'introduction de l'argent, continue-t-il, ne change rien il ce principe (et il nedoit rien y changer, s'il est vrai, car la vente se réduit à l'échange). Cependant, parce qu'on n'est pas porté à croire que l'argent puisse être surabondant, en quelque quantité qu'on en ait, on aura de la peine à comprendre que lorsqu'on s'en défait^ on donne moins pour plus.

906 ^ tE THOSl^E.

Voyons donc commcifit il peut éue coDsidéré comiDe chose ûéce^^sairc ou comme cliost* stirabondaiii«, * Pour le faire semif, il apporte l'oieniplcirun propriélairede terre comparé à un rentier, « Le propriétaire a des denrées de loiile espèce qn'il ne peut consommer- En don* nant son suialïoridant, il dooiio uuc chose t|ui lui est inutile, pour iine elioseqt]*il regarde comme utile; il donne donc moins pour plii5« Le ■ rentier ne peut snbsiâler avec son argent, comme le propriétaire aîec 6BS denrées, et en le considérant bous ce rapport^ il lui tisl inutile en totalité. Copcndunl, comme rarpnl a été pris pour mesure commune des valeurs, le rentier est assuré de se procurer avec son argent les choses nécessaires h sa subsistance; matîi ce nécessaire prélevé et wis k part, tout ainsi que le propriétaire met en réserve les denrées qiii hri sont nécessaires, le surplus de cet argent est surabondant, comme retendant de la cousommatiou du propriétaire est pour Inî un snraboniknl; ainsi lorsqu*il s'en dél'yii, même pour des frivolités, il douut!ni»jiui»pour plus. >

Ainsi, si le rentier a mis k part dans un tiroir Targent ijull juge nécessaire a sa subsistance, et son su t^ boudant dans un autre, \e eonlrat change de nature et lui est avantageux ou désavantageuit, suivant quipour pajer il puise dans te tiroir du nécessaire ou dans celai dn mn^ boudant.

Mais toutes ces considérations personnelles, tons ces petits calenls particuliers, no font ririT^ni roiitnt en !in-iiiem(\ ni h la valtMir qui, ^ quoiqu'elle ne soit pas une qualité absolue, inhérente à la chose, est en ' clle-mênfie indépendante des jugements que nous portons. L'estime que nous faisons de la chose peut nous décider à acheter ou à ne pas acheter ; mais la chose n'en a pas moins sa valeur, parce que nous ne sommes pas les seuls acheteurs, et que si elle ne nous convient pas, elle pourra convenir à un autre. C'est la préférence, le besoin, le goût qui décident à contracter ;*mais ces motifs personnels ne touchent pas le moins du monde a la^valeur, parce qu'elle est le résultat de toutes les causes (yii concourent h la déterminer. Il se forme de toutes ces causes combinées une estimation ou jugement général, indépendamment du jugement particulier, et auquel les contractants sont forcés de se soumettre, sans quoi ils ne contracteront^ pas; et même, quoiqu'on ne soit pas dans la disposition d'acheter, on porte un jugement conforme à cette estime générale. Dans une vente à l'encan où il se trouve vingt personnes, il n'y en aura que deux qui mettront l'enchère a un objet, mais toutes les autres portent le même jugement du prix.

Ce ne sont donc pas les contractants qui prononcent sur la valeur; elle est décidée avant la convention. Le prix est fixé d'avance par la

DE L'INTÉRÊT SOCIAL. î^07

eoDCurrence, qui adopte et exprime ce jugement généraL La variation fréquente des causes de la valeur pourra demain changer quelque chose à ce résultat; mais il est tel aujourd'hui, et forme la loi des prix ou le cours. A peine resle-l-il quelque intervalle du plus cher au moins, dans lequel les parties disputent et se débattent

Tout au plus pourrait-on admettre cette relation du prix à Testime personnelle dans l'achat d'une chose de curiosité et de fantaisie, telle qu'un tableau rare, parce que cette chose n'a pas de cours ni de prix déterminé ; encore la mode et le goût établissent-ils une espèce de cours. Les tableaux flamands valent aujourd'hui quatre fois plus qu'il y a trente ans. Si les Américains, que M. l'abbé deCondillac cite pour exemple, donnaient des lingots pour des choses de vil prix par rapport h nous, c'est que ces choses étaient nouvelles pour eux, et leur paraissaient avoir une utilité réelle ou de curiosité, et que l'or et l'argent étaient communs chez eux. Mais, lorsque l'avidité des Européens leur eut appris l'estime qu'ils en faisaient, ils y en ont aussi attaché davantage, et ont cessé de les donner si facilement Cet exemple prouve que, dans les choses qui ne sont pas consommables ni nécessaires, la valeur dépend de l'estime qu'on fait des choses d'après leur usage et leur rareté ; mais cette estime étant générale, produit un prix courant, indépendant de Topinion des deaxpartiesqui veulent contracter; et l'échange se fait de valeur pour valeur égale dans l'état donné des choses.

Cette opinion, qui est particulière à M. l'abbé de Condillac, pourrait passer pour indifl'érente, si elle n'était fondée sur cette assertion : € qu'il n'y a que le surabondant qui soit la matière du commerce, et qu'il n'a point de valeur, c'est-à-dire, d'utilité pourcelui qui le donne. » Ce sentiment peut induire à des erreurs sur la nature du commerce.

Peut-être pourrait-on admettre cette manière de voir et de juger, dans une société naissante composée de deux ou trois familles, qui peuvent regarder comme inutile un surabondant de productions , et l'échanger en croyant gagner beaucoup de trouver à s'en défaire. Aussi, comme je l'ai dit en commençant, n'y a-t-il à considérer pour l'homme isolé que la propriété usuelle des choses: ces familles ne resteront pas longtemps dans cette première simplicité. Mais dans une société formée, où il y a une grande concurrence de vendeurs et d'acheteurs, toutes les marchandises obtiennent une valeur qui sans doute est sujette à quelque variation, mais qui est assez constante pour les faire donner et recevoir comme parfaitement équivalentes, sans égard au besoin et à l'estime particulière des contractants, sanségard à la considération du nécessaireet du surabondant. Il y plus, c'est qu'il n'y a de surabondant en aucun genre. Le laboureur qui a fait naître un excédant au-delà de sa propre consom-

gOS LE TROSNE.

malîon, sait qu'il a biea des CDgagemeiits à remplir; qu'il daît Irauter dans l'échange de cet fixcédanl la rentrée de ses avances el le payement da revenu* Il n'a pas ira vaille pour lui seul, mais pour toute la société qui doit vivre du fruit de son travail. Il n'a pris h forfait la fécondité de la terre, qu'à la charge d'en partager les fruits avec le propriétaii Ce siirabondaui prétendu est donc très nécessaire; il est destiné à l'i chaoge, qui est le mojen de communicatioti entre tes homoies ; au pav< ment de tous les salaires et de tous les services. L'entrepreneur culture n'a pas plus de surabondant que l'horloger n'a de montres surabondantes, et que le marchand qui achète des produclion s pour tesrC" vendre. Sur quoi est donc fondée la différence que M. Tabbé deCotidillac admet entre eut? Si le marchand n'achète que pour tirer un profit, le cultivateur n'a fait naître les productions el ne les a achetées de la terre par ses avances que dans la même intention. Ils attacheront donc t'un et Tautre autant d'estime k ces productions. Chacun dans si profession fait en sorte de multiplier les moyens d'échange, qui sont pour lui ceux d'étendre sa subsistance et ses jouissances, de remplir ses engagements^ d'élever sa famille, lin grand propriétaire trouve sans doute dans son revenu les moyens de se procurer des choses qui passent les besoins de commodité; et c'est cette grande aisance qui eotrettent les arts superflus. Il use en cela de la prérogative de la propriété ; il n'achète toujours qu'au prix que la concurrence a mis aux choses^ dépeudamment des facultés particulières de tel ou tel acheteur,

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