‹ Physiocrates (volume 3)Chapitre 71 sur 92 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

De la fonction ûè Targeut dans les cdiang^ï.

L — Fonction de t argent.

L'argent est reçn comme gage intermédiaire entre W veolcs cl fe achats, et it sert de mesure commune, de valeur pour vulenr

Il n'est donc pas e^aci de dire que l'argent est nigne de richesse* qu'il représente les valeurs. Il n'e^l pas simple m};nc,car ilesl liii*iiiéi ricliesse; il ue représente pas les valeurs, il le:^ équivaut.

En elTet^ les métaux sont par eux-mêmes propres à divers usages^ el comme tels ils ont une valeur. Lorsqu'au lieu de se borner à en faire da vases, on s'en est $ervi comme de moyen-terfiia dans les échanges^ ou a augmenté leur valeur à raison de ce nouvel emploi, auquel a ëtédestiiit^ une partie de ces métaux.

Convertis en monnaie, les métaux ne sont plus sous cette forme un bien propre à la jouissance; mais comme ils sont toujours métaux, ils conservent leur qualité de richesse, et leur valeur varie comme celle de toutes les matières commerçables, en raison de ce qu'ils sont plus rares ou plus communs.

La rareté des métaux précieux, leur incorruptibilité, leur grande valeur exprimée en peu de volume, la facilité de la garde et du transport, leur ont fait attribuer, par un usage presque général, celle fonction de gage intermédiaire qui les rend très commodes dans les échanges.

L'argent est dans les mains du vendeur qui Ta reçu un gage ou un mandai, qu'il fera acquitter quand il voudra, el en telle nature qu'il voudra. Partout où il se présentera, il sera sûr de n'être pas refusé en offrant ce gage valeur pour valeur, parce que ceux à qui il le donnera, seront de

^ Le plus curieux développement de la doctrine, proressée de bonne foi par tous les jurisconsulte? , et si habilement exploitée par Law, que la monnaie est un simple êigne^ se rencontre dans les quatre LeUres sut le système^ publiées par laitbé Terrasson,en 1720, et par nous réimprimées dans le volume des Économ. financiers du dix-huitième siècle. (E. D.)

même assurés de le convertir à leur gré en des biens propres à la jouissance.

C'est donc parce que l'argent a une valeur à lui qu'il a été choisi pour être la mesure commune. Sans cela, il ne pourrait servir à l'échange ; mais il vaut exactement ce que l'on donne k sa place, et il entre dans la balance du commerce qui, de sa nature, est toujours égale. Il a cours partout, sans que l'on s'informe d'où il vient; et c'est ce qui le distingue essentiellement des billets qui ne sont autre chose qu'une cédule d'engagement, et qui, n'ayant aucune valeur intrinsèque, n'en tirent que de la solvabilité présumée de l'obligé. Aussi ne se reçoivent-ils pas comme richesse, mais comme un titre pour être payé d'une richesse; et ce titre est jugé plus ou moins solide, suivant la confiance plus ou moins grande dans les facultés du souscripteur. En un mot, par un billet on promet payer, avec l'argent on paye.

Il est des siècles où l'argent est devenu très rare après avoir été commun, parce que dans les guerres continuelles et les ravages des nations barbares, on en a perdu et enfoui une quantité immense. II est devenu beaucoup plus commun depuis la découverte du nouveau monde. Il a donc perdu de sa valeur comparative : peut-être la perdra-t-il au point de faire abandonner les mines qu'on ne pourra plus exploiter avec bénéfice.

Je n'ai aucune observation h faire sur ce que dit M. Tabbé de Condillac sur les métaux et sur la monnaie, chap. 15 et 14; je remarquerai seulement qu'il dit (pag. 114), que l'usage de l'argent a fait regarder les valeurs comme absolues. Cependant, si une once d'argent est un poids fixe, la quantité qu'on en donne dans les achats n'est pas fixe : ce n'est donc pas en ce point que l'introduction de l'argent peut avoir induit en erreur; c'est bien plutôt en ce qu'on a regardé ce moyen d'échange comme la principale richesse, et qu'on a perdu de vue la chose même et l'objet de la circulation, pour ne voir que l'argenL II est certain que la valeur n'est pas une qualité absolue inhérente aux choses, quoiqu'on puisse dire encore que leur valeur dérive de la propriété d'être échangée, et que cette propriété appartient aux choses, puisqu'elle est la conséquence de leurs qualités usuelles; mais si elle n'est pas proprement une qualité absolue, elle est encore moins une qualité absolument arbitraire, et qui n'ait d'existence que par le jugement personnel des contractants, et par la considération du nécessaire ou du surabondant par rapport à eux.

II. — La valeur de l'argent est déterminée par le cours. I^ valeur de l'argent monnayé étant fondée sur celle de l'argent

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mêlai, m plalôt élanl la même, csl fixée par le cours qnî s'élaMir entre les na lions commerçantes- Elle n'est donc au pooToir d*ai}cu&^ souverain en parliculler. V

Ost la concarrence qui règle la valeur Aei^ choses commerçable*. riusdle esl étendue, plus le prix esi uniforme, sauf la ^iffëreiice des frais de iransport; mats comme Fargeni en coûie peu, son prix esl épi parloul.

Le prince n'ayant pas plus de pouvoir sur la valeur de l'argent mêlai | que sur celle de toutes les marchandises, n'en a aucun sur celle de far* genl monnaie- Il ne fait autre chose^ en y menant son empreinla^ qiî*altester le poids el le litre, afin qu'il ne puisse à cet égard se glisser dam 1 e com me rce n i e r re u r a i f ruu de<

Mais que deviendra la foi publique^ si celui qui est préposé pour lifl maintenir la viole lui-même dans un point aussi essentiel, et alti^re le gîige des échanges. Cette ressource de finance dont on n*a que trop failj uaage autrefois, e$t reipédienl le plus funeste qu'on puisse imaginer; i est ruineux par ses suites, el n'aboutit qu'au discrédit de TËtat qtiî k met en leuvre. Altérer la monnaie, c'est corrompre la mesure commumpar une fraude, qui esi usée dès qu'elle est connue et qui ne tarde pas a l'être ; c'est troubler tous les rapports sans aucun avantage ; l'argent ne se prendra dans le commerce que pour ce qu'il ?aut réellement. Le sou.-* verain qui a voulu tromper est pris lui-même dans ses propres pièges: on lui paye Pimpôl dans la même monnaie, de manière que s'il ne yeot pas perdre, il faut qu'il l'augmente. Que pent-il gagner h cette opération? Entreprendra-l-il de rembourser ses dettes avec celte monnaie altérée? Mais il n'en paye réellement qu'une partie; il était bien plus simple de déclarer qu'il n'entendait pas payer l'autre, et fort inutile, pour parvenir à cette banqueroute partielle, de mettre le trouble dans toutes les propriétés.

L'augmentation de la dénomination du numéraire fait à peu près autant de mal, et porte le trouble dans le commerce. Le prince pent bien dire qu'il entend que deux valent trois, mais il ne peut pas faire qa'ils les vaillent réellement ; il n'est pas plus en son pouvoir d'ajouter k la valeur que de créer la matière. Aussi n'a-t-il de pouvoir que sur la dénomination, et non sur le prix intrinsèque et sur les vrais rapports d'échange. Quel sera donc le fruit de celte opération ? D'augmenter les ressources du fisc ! Mais c'est les diminuer, car l'impôt se payera snivant la nouvelle dénomination, à moins qu'on ne rétablisse la proportion. D'acquitter h moindre prix la dette publique ? Mais supprimer une partie de la dette n'est pas l'acquitter. De libérer les débiteurs au préjudice des

créanciers? Mais en quoi cela esl-il juste et utile? De gagner sur les achats qu*on fait à l'étranger? Mais celui-ci, sans égard à la dénominatien, ne prend jamais l'argent qu'au poids et au titre, et il en sera quitte pour calculer en conséquence. D'enrichir les sujets? Oui, si la richesse consiste dans les mots ; mais après les variations causées dans l'expression de toutes les valeurs, le niveau se retrouve et se rétablit de luimême. La dénomination de la valeur des denrées change relativement ii celle de l'argent.

L'opération de baisser la dénomination, et d'attirer l'argent pour le remonter ensuite par une refonte au même poids et au même titre, n'est autre chose qu'un vol manifeste, mais bien plus funeste par ses suites, que si l'on eût pris directement dans toutes les bourses un sixième ou un dixième ; car ces variations fréquentes ôtent toute la conflance du commerce, arrêtent la circulation et jettent l'incertitude dans toutes les propriétés.

Les jurisconsultes n'ont pas peu contribué k brouiller et à dénaturer toutes les idées, par le pouvoir qu'ils ont attribué au souverain sur la monnaie; et, partant plutôt du fait que du droit, ils ont élevé des principes destinés, non à régler la conduite, mais à la justifler. Ils nous ont enseigné que l'argent monnaie est un pur signe et qu'il fallait faire abstraction de la matière. D'où ils ont conclu que, la qualité de signe étant attribuée k la matière par l'empreinte que le souverain y met, et étant seule dans le commerce, le souverain était le maître de déterminer la valeur de ce signe qu'il a établi ; et confondant la valeur qui est une chose très réelle avec cette qualité de signe qui est de leur invention, ils ont dit que le prince, en changeant la dénomination du signe, changeait à son gré la valeur; qu'il pouvait forcer les sujets à recevoir pour cinq une portion de métal qui ne vaut que quatre, mais qu'il lui plait aujourd'hui d'appeler cinq ; qu'il pouvait même dans le commerce substituer le papier à l'argent, et obliger ses sujets à le prendre en payement, parce que signe pour signe, l'un vaut l'autre, et que le choix de la matière à laquelle est attachée la qualité de signe, ainsi que la valeur de ce signe, dépend de la volonté du souverain '. Ils en ont conclu que la stipulation que le débiteur ne pourra payer qu'en argent, est une clause de nulle considération ; que la stipulation que l'acheteur payera tant de marcs d'argent est nulle. Ilsen ont conclu que, lorsqu'il survient une augmentation dans la déno-

< Tout ce que dit ici Le Trosne, qui, bien ique jurisconsulte lui-même, ne croyait pas que le Digesie îùi le dernier mot de la ralnon humaine, est de la plus complète exactitude. Nous avons , dans les Notices sur l^w et sur Dutot, donné une idée sommaire des conséquences pratiques auxquelles menait l'enseignement des jurisconsultes. V . Èeon. finaneieri du XVÏlh siècle. (E. D.)

LE TttOS.^E,

niitialioiu Diiacf|uUte bien véritablemeTU une dette antérieure de avec un[KHtls dont ta valeur rëelte n'p^quede 18; que la prinrequi n^atirait |Jd$ ilrotl de libérer un débiteur de la moindre parlie de ^ dette, le detdiarge VrÉiablemeol par le roojeft de celle iieiioii, et que las juges remidis^eut kur devoir, qui est de leair nue balaute exacte eotnï . les )iarlies, en dm étant des olfres notoirement insutlisantes, ^

Mais loules ces idues sont fausses, parce qu'elles eoulrarieul rcî^eiïcc (les choses qui ne se prtHe point à tous ces raison nemenls; parce qu^ellcs introduisent rarbilraireoij tout est de rigueur etdejuMîce; paître qu'elle» ^ ioomettent li la vokinté du souvei^ta ce qui ne peut cire en son po ?Ojr; parce qu'elles lui donuenlsur la pro|ïriété un droit quUl ne [h avoir, puisqu'il cruitred irait le but lucme el riustiiulion de rautaritc% < n'est établie que pour leniainlieu de la propriété.

Les jurisconsultes auraient du euseiguer, au eonlraire^ que le prJae ne peutninedoit cbau^er arbilruirement, et encore moins altérer la mesure ; qu'il n'est ni de la justice ni de sou iulurét de le faire, cl que im métaux uni leur valeur décidée par lu cours sur lequel le prince n'a an* eune autorilé* Mais on dirait qu'eu cette matière, ils n'out con^déré dans la souveraineté que la force dont elle eM revêtue, el non son ori^^iue el &e9 Ibnctious ; qu'ils ont fait de la force le titre du pouvoir, et non d^^ pouvoir un titre pour disposer de la force. ^M

Au lieu do chercher une ressource de lînance dans la moDûaie^ cow-^ bien ne serait-il pas plus simple, \\h\s honor;Uïlc i^t pins (^x[té(lipfH iVm regarder la fabrication comme faisant partie du service public, pour la dépense duquel le souverain a sa part dans la reproduction, et d*eQ prendre les frais sur le revenu national? En effet, si pour retrouver les frais on décrédile la vieille monnaie, toute la perte tombe sur ceuiL qui s'en trouvent propriétaires, el qui, sur la foi publique, viennent de convertir en argent des valeurs en productions. N'est-il pas plus juste que la perte occasionnée par le déchet de la monnaie qui s'use et par les frais de fabrication, soit prise sur le fond public ? La monnaie n'étant pas propre aux usages particuliers, et ne servant qu'à l'échange qui la fait passer de main en main, n'appartient proprement à personne, mais à l'État ; elle s'use îi force de servir; mais dans combien de mains n'a-telle pas passé ? El pourquoi toute la perle tomberait-elle sur ceux qui la possèdent aujourd'hui ? Si, au lieu de baisser la vieille monnaie, on aliîro la nouvelle pour retrouver les déchets et les frais, c'est encore une fausse opération. Combien n'esl-il pas plus avantageux pour une nation d'être connue pour avoir la monnaie au meilleur litre !

M. l'abbé de Condillac permet au souverain de s'indemniser des frais de fairicalion ; mais il va plus loin, el dit qu'on lui doit encore un droU

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00 un bénéfice pour son empreinte qui a une valeur puisqu'elle est utile (p. 442).

Qu*on dise que Fargent monnaie vaut plus que l'argent métal, du montant des frais de fabrication , comme un plat vaut plus qu'un lingot , la comparaison n*est pas encore juste : car le plat est utile au propriétaire et ne Test qu*k lui, au lieu que la monnaie appartient k FÉtat et ne fait que circuler pour le commerce général ; et c'est ce qui devrait faire sentir que ce monnayage n'est autre chose qu'un service public, qui doit être payé en commun par le revenu public , et jamais inégalement aux dépens de ceux qui possèdent passagèrement l'argent, ni au détriment de la chose même. Mais de dire que l'empreinte du souverain a une valeur à raison de son utilité, et qu'il faut la payer, c'est admettre une valeur idéaje : c'est attribuer k la monnaie une valeur indépendante de celle de l'argent métal , une valeur de signe. Le souverain donne son empreinte, donc il lui est dû un bénéfice. Toute efligie procurerait lemémeeffet, puisqu'il ne s'agit que de donner à la monnaie une empreinte distinctive. Mais n'est-ce donc pas une marque et un attribut de la souveraineté? N'est-ce pas un droit dont il est jaloux? D'ailleurs, n'est-il pas l'homme de la société, l'organe de la nation, le dépositaire du sceau public? Et après qu'il a reçu la part qui lui appartient dans le revenu national, doit-il faire payer en particulier chacun des actes de la souveraineté ? J'ose croire que cette manière de penser est, non-seulement plus noble, mais prise dans la nature même de la chose.

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