VI. — Unité de la source des dépens
La classe productive fournit donc tout ce qui se dépense dans la société, sans être payée ni soudoyée par personne. Elle donne tout et ne reçoit rien, parce qu'elle puise directement dans le sein fécond de la nature. Lorsque les deux autres classes de la société lui font des achats, ou font entre elles des payements et des ventes
* V. Hcrcier de La Rivière, p. 317 de ce volume.
âfiMiTJiéâ ^ rinfini, tant d'une classe li Faiitm, que rlatis ntil rieur de eliacuae, il faut toujours rcmontef Si la source; c'est d" ^ule qu'ils ont reçu les moyeus de payer i.
De \h suit l'uniié de la source de^ riclieases et des dépenses^ et eousêquent de rintéret sociaL
Maig, si tout se rdduità la reproduction, là gouvernement doit por lûule sou attention sur ce point unique, non pour le diriger par un té^ gime arbitraire de commandements cl de proliibi lions, mais pour leïff tous tes obstacles qui s'opposeraient aui succès de la ctitture^ et la pn^ téger par Tobservaliou des lois de Tordre social dans toutes les punies deradmlnistration, parce que toutes retentissent ^ rintéret de h cul^^ lure. H
Du reste, après la reproduction^ il n'y a plus que uiouvemenl, circu» latioo, emploi et distribution des richesses par le moyen des échao|?^ conclus avec rargent ou sans lui, et des salaires qui soldent tous les trt^ vaux et les services. Cette distribution se fait d*eUe-roèaie par des cou* veotioûs libres et pour le mieux, sans la moindre intervention du gcHh vernement.
On ne saurait croire en général combien peu il faut gouverner, coa bien Tadminist ration aurait peu de chose h faire sous le régime de Te dre, combien de soins elle abandonnerait k h libre concurrence dés intérêts particuliers!
En effet, la classe productive n'a pas besoin de Tattention du gouvernement pour cultiver telle ou telle denrée , pour tirer de la terre une forte reproduction. Le propriétaire n'eu a pas besoin pour entretenir ses héritages, les affermer, et dépenser son revenu après avoir acquitté la dette sacrée de Timpôt; ni le commerçant pour établir ses combinaisons, former des entreprises, acheter dans un lieu et revendre dans uo autre, ou spéculer d'un temps à un autre ; ni le fabricant ou Touvrier pour choisir le genre qui lui convient, et diriger ses travaux suivant le goût des consommateurs. En un mot, toute la société n'en a pas besoio pour jouir, pour consommer, pour échanger, vendre, acheter, louer, affermer, prêter, etc., etc.
Mais la société a des voisins que la jalousie et l'ambition peuvent porter à envahir le territoire, à insulter la nation, à lui fermer les communications que la nature a ouvertes pour tous. Le gouvernement chargé
« V., quant aux objections élevées contre cette théorie, ceUe des Notes (60) de Germain Garnier, sur Adam Smith, qui traite de la doctrine des ÈconomisUs.
de la sûreté publique doit donc être toujours prêt à repousser les attaques du dehors. Mais dans le sein de la société il y a des hommes injustes, disposés à usurper par la violence ou par la fraude ; il faut encot*e une force publique pour les réprimer et les contenir. Mais il survient entre les citoyens des différends sur la manière d^interpréter et d*exécuter les conventions, sur le partage et la possession des héritages; il faut des tribunaux pour prononcer sur ces objets et entretenir la paix avec une autorité irrésistible. Mais la société a des propriétés communes, dont la jouissance appartient à tous; il faut les entretenir, les améliorer et les étendre. Du reste, il mundo va de se; et il ne va jamais mieux que lorsqu*il va de lui-même.
Le souverain ne doit donc avoir de rapport direct et d'intérêt à discuter qu'avec les propriétaires, qui , possédant seuls la partie disponible de la reproduction, sont seuls chargés par la nature de leurs richesses de frayer h la dépense publique. Cette contribution doit être iixée par des lois précises et qui ne prêtent point à l'arbitraire , de manière que chacun ait son compte clairement arrêté. Quant à la première et à la troisième classe, le souverain n'a rien à leur demander, et ne doit s'adresser à elles que pour leur acheter soit des productions , soit des travaux et des services. Telle est en deux mots toute l'économie de l'ordre social qui est bien simple.
VIL — Le partage de la reproduction se fait à différents titres.
Quoique la source des dépenses soit unique et commune à tous, tous ne viennent pas y puiser au même titre.
La classe productive y a incontestablement le premier droit : la reproduction est le fruit de ses sueurs et de ses avances. Le dernier morceau de subsistance est pour elle : le propriétaire même du fonds ne peut venir qu'en seconde ligne; il faut, ou qu'il laisse son fermier vivre sur son fonds, ou qu'il le cultive lui-même.
La seconde classe lire son droit du titre même de sa propriété. Le fonds lui appartient; elle s'associe pour le faire valoir avec la première classe, qui apporte sur ce fonds son travail et ses richesses mobiliaires. Ce sont des conventions libres faites entre ces deux classes qui déterminent la portion disponible, qui est plus ou moins forte suivant l'état donné des choses, suivant la fertilité naturelle ou acquise de la. terre , suivant les débouchés plus ou moins faciles, suivant que les conditions sociales nécessaires au succès de la culture sont observées ou violées , suivant la sagesse ou les erreurs de l'administration.
Il n'y a que ces deux classes qui aient un droit immédiat à la repro-
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iluction. Mais le droit Ac la troiait'tut?; pour u'êXrù que médiat , n^tii pas moins légiume. Elle le tire de son travail^ de scâ îicrvices, de induslrie, de remploi de sescapiuux : elle le lire de ââ prapriélé persaaiiclle et de sa propriété mobiliaire. ilais elle ne peut trop se rappeler iju'cUe ne peut avoir que ce que les ileux premières eliuses potirroiit lai oéder; que sou int<îrét est doue ioséparablement attaclié au leur; qail se réduit à celui de la reproduction^ et par conséquent k rcili^erviliM des coodilions sociales propres k la favoriser'.
YUL — Deiu^ sortes d$ consommations : Vum Bubitt^ Fautr^ pra^rm
Tout vient donc de la reproduction, ei tout aboutit li la coiiscimma* lion; mais la consommation est de deux sortes : l'une subite et entière. Tau ire lente et successive. Sous ce point de vue, la repioiluction se partage en subsistances et en matières preintèrp^
un
Cc!% deux genres de consommation sont rehiifs aux dilTérents beso^ Le besoin de la subsislauce ne peut être rempli que par un uuéatitbsi ment actuel des choses dont on use. Les autres besoins n'cmporleot |m une destruclion subite^ mais parlielle et prog^ressive* Un hatnt dure nu an^ une voiture dix ans^ des meubles plus ou moins, une maîsou di siècles. Mais la préparation des matières propres b remplir ces hesûii n*apuse faire sans une destruction actuelle de subsistances de la pai de ceux qui Tont exécutée. Jouir de ces clioses, c'est consommer des matières premières plus ou moins durables, et dont la préparation a coûté la consommation actuelle d'une certaine quantité de productions. C'est donc consommer par soi-même et par autrui, ou, ce qui est la même cbose, restituer la valeur de ce qui a été consommé pour nous procurer celle jouissance.
Sous ce point de vue, le seul vrai, tout se réduit donc aux productions : productions existantes dans les matières premières, prodactions consommées pendant le temps de la fabrication.
Gomme la jouissance de ces choses est plus ou moins durable et que leur consommation n'est que partielle, elles sont de nature h se revendre après avoir déjà servi : c'est alors achever une consommation comroeocée par autrui ; la louer, c'est payer une rétribution pour Pusage qui en est concédé.
Au moyen de la durée plus ou moins grande des ouvrages de maind'œuvre, une nation possède un fonds considérable de richesses , îndé-
* Les idées précédentes sont complètement développées par Bandeau, p, 734 et âut vantes de ce voIubm. (E. D.)
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pendant de sa reproduction annuelle, qui forme un capital accumule de longue main, et originairement payé avec les productions, qui s*entretient et s'augmente toujours. Dans les siècles où les mœurs se corrompent, où Ton donne tout à la jouissance et au luxe de décoration, ce fonds s'accroit tellement, qu'il forme une partie beaucoup trop notable des fortunes, au préjudice des dépenses foncières et de ramélioralion du territoire qu'on néglige.
Le numéraire qui circule chez une nation est un capital accumulé. Si elle a des mines, c'est un fruit de son territoire. Si elle n'en a pas , elle ne peut l'avoir acquis que par l'échange de ses productions; car les nations qui en possèdent la source, ne le donnent pas pour rien.
Comme l'argent a une valeur k lui, et qu'il est admis dans tous les échanges; qu'avec lui on peut se procurer, non-seulement toutes les productions, mais les héritages mêmes, on en concède l'usage moyennant une somme fixe et annuelle, qui opère un revenu pour le préteur. Mais il est évident que ce revenu, quoique très réel pour lui, n'est pas fourni par la chose même, et qu'il ne peut l'être qu'immédiatement ou médiatement par la reproduction qui fournit la matière de toutes les dépenses.
II faut en dire autant du loyer des maisons, qui sont les ouvrages de l'industrie les plus durables.
Cette proposition me conduit à examiner la nature des travaux subséquents à ceux de la culture. Les principes sont établis ; il n'y a plus qu'il les appliquer dans les chapitres suivants, et à démêler les difficultés dont les préjugés ont obscurci une théorie si simple en elle-même.
Avant d'entamer cette matière, je crois devoir discuter ici les sentiments de M. l'abbé de Condillac sur la circulation.
Examen de la doctrine de M. Cabbé de Condillac , sur V organisation de la société et la circulation.
La doctrine que je viens d'établir ne fait qu'énoncer ce qui existe, ce qui se passe sous nos yeux. Une seule source de richesses : deux classes auxquelles appartient la totalité des productions; une troisième qui reçoit sa part des deux autres pour |)rix de ses services.
La division de la société en ces trois classes n'a rien d'hypothétique : elle est fondée sur des caractères qui ne permettent pas de les confondre. Une de ces classes est distinguée par la propriété du sol; les deux autres étant occupées au travail, ne peuvent l'être que par le genre de leur travail, et par le titre auquel elles partagent la reproduction.
Cette organisation de la société est ane des clés de Téconomie poli- " tique. Elle simplifie l'intérêt social et le réduit à un seul point; elle dé-