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Distinction entre le commerce et le trafic

De quelque manière que se Tasse la communication des biens entre leskommes, c'est toujours l'intérêt respectif du premier vendeur et du consommateur qu'il faut envisager, et l'on n'a admis tant d'erreurs sur cette matière, que parce qu'on s'est arrêté à des intérêts intermédiaires très différents, et même contraires.

Le commerce se fait ou immédiatement entre les deux termes pour lesquels il se fait, ou médiatement par le moyen d'agents interposés ; c'est alors le commerce qui s^exécute par le moyen du trafic. Dans le premier cas, il se fait sans frais ; dans le second, il occasionne des frais intermédiaires nécessairement supportés par les contractants.

Ce n'est pas qu'il y ait deux prix en première main, et que le vendeur veçoive plus, quand il vend directement au consommateur voisin, que quand il vend à un tiers, qui porte au consommateur éloigné. Il s'établit un prix général, en raison composée de l'étendue de la consommation sur les lieux, et de celle qui est éloignée. Plus celle sur les lieux est forte, et plus le prix est favorable; moins il y a de consommation sur les lieux, et plus la considération des frais du trafic entre dans la fixation du prix en première main, à l'effet de le réduire. Elle n'y entre cependant pas tout entière, et se partage ordinairement entre le vendeur en diminution du prix, et le consommateur en renchérissement du prix de la revente.

Il suit de Ik combien la réduction des frais du commerce est intéressante, puisqu'elle n'influe pas seulement sur le prix des productions qui passent par les mains du trafic, ^lais également sur le prix de toutes les premières ventes.

IV. — Subdivision des agents du commerce^ et distinction à faire par rapport aux frais et aux bénéfices.

Les agents du commerce se subdivisent en plusieurs classes. Ce sont : l"" ou des entrepreneurs des travaux de l'industrie qui achètent les matières premières pour les fabriquer, et qui, en cette partie, sont revendeurs.

^ On des commissionnaires qui se chargent, moyennant une rétribution, de vendre pour le compte d'autrui.

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Z"" Ou des mareliands, détail leur$ ffui rtiunis&cai di%*ers assoilii lie niaicliatidises, soii brutes, mit raçiiauées, pour les diîbitcr* 1'* Ou des vaitunerg i^ui ue s'occupent que du iransporL ti" On des gens qui acliètenl dans un endroit jMnir envoyer cl revend dans un autre.

6" Oti enfin des gens qui achèlenl pmir spéculer sur la garde, et iT" tetidre les révolutions qn'amèuent dans les prix les v:irialioii| dt Tordre physique, ou qui spéculent sur la différence des prii d^un nhl I un autre.

Tous ces gens ta font des frais et gagnent des béné(iie&, sans lesqads ces services ne se feraîciil pas; et ces frais sont nécessairemenl [lâvés^ tA»t parle rencliérissement du prix de la revente^ qui! par la diîtiînuliODiia prix on première main, qui, sans eux^ aurait été plus fort.

Dans celte subdivision des agents du commerce, il ext «ne dilTereo» il observer par rapport aux fraie et aux béoétiees. Daos hs cinq [ir^ mières classes, les frais entrent nécessairement dans le prix de ^n* vente^qui devient uo prix composé. Les trmmes frais ayant lien ponf toas les agents du eommercc, la coueurrence qui ^e trouve euire i*iix, c^ublil un prix commun, et leur permet d'ajouter leurs frais et bénéfices lo prix de la première véniels commerce de spéculation est d'un autre genre. Le négociant qoi fMnJPÏit son opcnïlioîi sur b différence du prix qui se trouve ovf^*' m pays où une denrée est abondante, et celui où elle manque, joue une espèce de jeu de hasard. 11 ne revendra qu'au prix courant actuel du pays, sans aucun égard au bénéfice qu'il espérait, ni aux frais du trans^ port. Dans ce cas, le prix de la revente est simple, ou du moins ce négo« ciant ne peut pas dire : je veux vendre 1200 livres, parce que la marchandise me coûte 1000 livres, et qu'il doit me revenir 200 livres pour mes frais et mon bénéfice légitime. Car le prix local n'est nullement déterminé par ces causes, mais uniquement par la concurrence, qui peut avoir tellement fait baisser le prix, que le marchand perde sa rétribution et même ses frais. Il peut se trouver des marchands qui aient acheté moins cher, ou qui, venant de moins loin, vendent k moindre prix; il arrive souvent aussi que les envois faits de toute part procurent une telle abondance, que les derniers arrivés se trouvent en perte.

Il en est de même du commerce de spéculation d'un temps à un autre, entrepris dans l'attente d'une variation dans les prix. Le marchand court le risque que cette révolution n'arrive pas, et ne peut faire entrer ni les frais de garde, ni son bénéfice dans le prix de la revente ; il gagnera ou il perdra sans aucun égard à cette considération, et sera forcé de se conformer au cours. Il est donc vrai de dire en un sens que, dans le com-

merce de spéculation, les bénéûces ne se font aux dépens de personne. En eflet, le marchand a acheté au prix courant, et il a soutenu la valeur dans un tempe ou dans un lieu où les productions étaient à moindre prix : il sert ensuite les consommateurs en remettant en circulation ces mêmes productions dans un temps ou dans un lieu où elles sont plus chères ; il a donc rendu un double service. Cette considération n'empêche pas en même temps qu'il ne soit toujours vrai, dans le commerce de spéculation d'un pays à l'autre, que les Trais de transport sont un obstacle à la valeur en première main, et une suite de l'éloignemenl qui empêche de donner au premier vendeur le prix qu'on aurait pu lui offrir sans cela.

y. — Que r accroissement de valeur qui réstUte des frais du commerce^ est pour une nation une dépense^ et non une augmentation de richesse.

Cette proposition est si évidente, qu'elle ne devrait pas avoir besoin d*dtre prouvée. On en est convaincu pour le commerce intérieur; mais comme on pense et qu'on agit tout au contraire, dès qu'il s'agit du commerce étranger, il est bon de discuter et d'établir la thèse en général.

Le commerce n'est autre chose que l'échange des productions pour parvenir à leur consommation. De quelque manière qu'il se fasse, il n'a que deux termes essentiels; mais souvent, pour arriver à son but, il a besoin d'agents intermédiaires. Eu quelque nombre qu'ils soient, c'est toujours entre le premier vendeur et le consommateur qu'est concentré l'intérêt du commerce: c'est par eux, c'est pour leur utilité respective qu'il se fait, et les tiers qui s'entremettent pour les servir n'ajoutent certainement rien ni aux richesses de l'un, ni aux jouissances de l'autre.

Il est d'abord évident que les productions ne gagnent rien en quantité 60 passant par plusieurs mains : mais gagnent-elles en valeur? Oui, si Ton considère le prix de la revente ; mais cette plus-value ne peut-être réputée un accroissement de richesse, car ce n'est qu'une valeur en frais; c'est le prix d'un service rendu, nécessairement payé par la reproduction comme les services de l'industrie, comme toutes les dépenses qui se font dans la société.

En effet, comme je l'ai déjà dit, il n'y a (]uc le prix en première main qui serve h mesurer les richesses d'une nation, parce que c'est lui qui assure la rentrée des avances productives, et qui décide de la somme du produit net, qui ne consiste que dans l'excédant des reprises, il y a bien des manières de dépenser les richesses ; mais il n'y en a qu'une qui serve à les reproduire, et qui les restitue avec avantage. Plus les productions ont une bonne valeur, moins il est nécessaire que les fermiers en retiennent pour leurs reprises, et il en reste davantage pour le revenu.

Mais» lorsque les produclîoûs sont une foissarlies par la pi vente des maios des premiers distributeurs, la plus-value qo*e!les al nentn^aplusaucuD traita ta culture ai à la formation du revenu; elfe n'entje point dans l'évaluation de la reproduction totale^ qui est h mi* lièrede toutes les dépenses d'une nation et la mesure iJe ses ricbe«s«s, parce qu'elle ne doit son existence qu'h des Traîs, et qu*clle est oo abjei de dépose, et non un produit. Il est vrai que ces Trais sont nécessaîri» pour procurer la valeur en première maio; mais ils n'en sont pas moins des frais qui ne se reproduisent pas comme ceux de la culture, et doal le montant est Fobjet d'une soustraction, et non d'une addition dans calcul total des richesse.

Eu effet, le prix de la revente^ absolument étranger aux premiers distributeurs des productions, devient l*ajra ire personnelle du traiicant et ne présente plus, par-delà le pris de la première vente, que des fmi&t Ces frais causés par réloignement sont pour le premier vendeur une m\ pression de valeur première^ et pour l'acheteur un surhaussemeot tie prix. Ils renchérissent lacbose en pure perte pour le vendeur origindiret qui n'a reçu que la somme de la première vente, et pour rachcteur qui est obligé de les rembourser, sans acquérir rien de plus que ca qui a fait Kobjct de la première vente* L'un et l'autre supportent cette perle et It partagent. Le premier aurait mieux vendu, si le consommateiir eût été h sa portée; celui-ci aurait acheté moins cher, s'il eût été plus voisin, et dès-iors aurait été en état de consommer davantage en ce genre ou en d'autres. ^

Dira-t-on qu'on doit d'autant moins regretter ces frais qu'ils font vivre une infinité d'hommes, et procurent une consommation utile? La difficulté est-elle donc de trouver des moyens de dépenser, et doit-on jamais craindre qu'une épargne sur des frais nuise à la consommation? N'oublions jamais que les premiers distributeurs des productions ne les tirent de la terre que pour leur utilité personnelle. Comme ce sont eux qui payent toutes les dépenses qui se font dans la société, ils sont, de droit rigoureux, les arbitres de remploi des richesses renaissantes. Ils ont intérêt d'épargner sur tous les frais non indispensables, pour se procurer plus de jouissances ; et leur droit fondé sur la justice exacte consiste à payer les services au moindre prix possible.

D'ailleurs, l'utilité de l'épargne sur les frais s'applique a tous les travaux et à ceux de la culture comme aux autres ^

* C'est à ceUe vérité de sens-commun, dont le système protecteur interdit l'apfdication de peuple à autre, mais qui ne se trouve méconnue par aucun particolier dans la gestion de ses intérêts personnels, qu'est due Tinvention de toutes les machines. (E. D.)

rs ' it.

DE riNTÉKÊÏ SOCIAL. 961

Le produit nel est tout pour une nation , parce qu'il n'y a que cotte partie de libre, et que tout ce qui est engagé à des dépenses n'est pas disponible ; el le souverain qui, comme chef d'une nation agricole, a un droit incontestable au partage du produit net, a le plus grand intérêt a son accroissement.

Au reste, si Ton prend des frais purement stériles pour des produits ; si Ton veut voir un accroissement de richesse dans des dépenses qui se font au détriment du produit net possible, ou aux dépens du produit net qui existe, il est pour une nation un moyen bien facile de s'enrichir à volonté : c'est de multiplier les frais du trafic , c'est d'interdire les rivières, c'est de faire faire aux productions le double du chemin et par terre pour arriver à la consommation. Car tout est ici de rigueur : les principes sont vrais ou faux dans toute leur étendue, ai les frais sont un gain pour une nation, il faut les étendre ; s'ils sont une charge et une dépense, il faut les réduire par tous les moyens possibles ; et ce dilemme s'applique au commerce étranger comme au commerce intérieur.

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