II. — Que le travail de Pindustrie est absolument stérile
Il y a sans doute différents genres de travaux relatifs à nos besoins. La terre accorde les productions au premier travail ; mais la plupart, et surtout les matières premières, exigent un second travail pour être appropriées à nos besoins.
L'industrie est donc très utile, très nécessaire; mais il n'y a que le travail de la culture qui soit productif, parce qu'il s'exerce sur un fonds productif. Partout ailleurs, l'homme, réduit k lui-même, no peut rien pro-
iQière^ lait donc conipeDsation avec une valeur égale qui a été délmtte. Ce n'csl donc qu'un remplacement de dépense sann nouvelle prodactioit ; ce n'est qu'une juire valeur en frais; Touvrier uc peut être ttm^ bourse qu'autant qu'un autre veut et peul en faire la dépense. Tout se réduit donc h la reproduction qui paye ce travail '.
Y Objection en faveur de la produetikUii^ de CinduHrw*
On oppose h ces raisons un argument qu*il esl h propos de mettue dansi tout son jour. On dit : si la valeur que riudustrie ajoute a b ma» lîère première n'est qu'un remplacement ifavances , et une suhslitaiioii d'une valeur a une valeur détruite , on <loit en dire auLaut de la portion des producUonB destinées à remplacer les avances de la culture* Lc^ denrées que le cultivateur a consommées n'eici^tent plus; elles sont d« même remplacées par une nauvellc produclion qui a coûté ce quVtle vaut. 11 e8t vrai que le fabricant ne produit pas ses frais en nature, le genre de son travail ne le permet pas; mais il les reproduit par équiva^ lent; il leur substitue une valeur qui, par le moyen de rechange, ttenl exactement lieu des denrées consommées pendant le temps de la faliri* cation; cette valeur est une Hchesse comme Tétaient les productions consommées. Le fabricant peut donc être assimilé en ce point au enlti^ vateur> Celui-ci, pendant le temps d'une récolte k Tautre, a consommé heiuicoup de denrées que le ^enre de sii culture ne lui rend [»as too* jours en nature; il suffît qu'elle les lui rende par équivalent, et que la faculté d'échanger lui assure tous ses besoins. La parité se rencontre entre eux : l'un et l'autre ont substitué par leur travail une valeur a une valeur, et la valeur fournie par Tinduslrie est une richesse échangeable comme le sont les productions. Tour a tour la culture paye l'industrie, et est payée par elle : tous les jours le fruit du travail de la culture est échangé contre un ouvrage de main-d'œuvre, parce que l'un et Taulre sont également un bien appréciable et coramerçable. Le cultivateur, ainsi que l'ouvrier, ne retire ses avances qu'autant que les autres lui achètent ses denrée.<; et ils ne peuvent les lui acheter qu'autant que le travail dans l'un des deux genres leur a fourni médiatement ou immédiatement la faculté de payer. L'un et l'autre ne retirent leurs avances que par le moyen de l'échange, et la nature des choses échangées est ici indiCTérente;car il ne s'agit pas de comparer la nécessité ou Futilité plus ou moins grande d'une chose relativement à une autre, mais de comparer
* V. plus haut. Mercier de la Rivière, cb. 16 et 17 de VOrdrc naturel des sodétéi politiques.
DE L'INTÉRÊT SOCIAL. 9/il
les valeurs. Or, dès qu'elles entrent dans la balance de l'échange, elles sont égales.
VL — Réponse à tobjectûm.
L'argument se réduit à dire: l'industrie n'est pas stérile, puisqu'elle reproduit ses frais par équivalent, et qu'elle donne richesse pour richesse, quoique dans un genre différent. La valeur qu'elle produit entre dans la balance des échanges, ce qui suppose égalité de part et d'autre.
Il est vrai que la reproduction, quant à la portion correspondante aux frais, ne fait que remplacer des productions consommées. Mais la différence essentielle, comme je l'ai déjà dit, c'est que c'est la nature qui fait ce remplacement, au lieu que, dans l'industrie, c'est l'acheteur qui le fournit, et qu'il ne peut le faire qu'avec des richesses qu'a fait naître le premier travail.
Cette valeur produite par l'industrie, ou plutôt transportée par elle sur la matière première, n'est pas un être réel et existant par lui-même, comme sont dix setiers de blé , qui remplacent dix setiers consommés par le cultivateur; elle n'existe que par le besoin ou l'envie qu'un autre aura de jouir de cette matière travaillée, et il ne peut en jouir qu'en l'achetant. Cette valeur n'est donc pas une véritable production fournie par le fonds même, et qui ne coûte rien à personne, comme sont les dix setiers restitués par le travail productif. Elle attend son existence du besoin d'un autre ; elle est un objet de dépense pour celui qui voudra l'acquérir; elle ne restitue ses frais qu'autant qu'un autre les paye.
Où est donc le rapport qu'on prétend trouver entre la culture et l'industrie, quanta la restitution de leurs frais respectifs? S'il en existe un, c'est celui qui se trouve entre donner et recevoir, produire et consommer, dépenser et gagner. C'est la nature même qui restitue les frais de la culture, par un nouveau don qui remet des productions existantes à la place de celles qui ont été consommées.
Chaque récolte, dans la portion qui correspond aux frais, ainsi que dans sa partie disponible, est donc également une création de richesses ; elle est destinée à la subsistance et à l'entretien de la classe productive, elle est son patrimoine. Mais quel est le patrimoine de l'industrie? C'est la rétribution qu'elle gagne par son travail ! Et cette rétribution, par qui est-elle fournie? Est-ce par son travail même? Non, car le travail de l'homme n'est qu'une manière d'être * ? Est-ce par la matière qu'emploie l'ouvrier? Non certes, car c'est un fonds stérile qui a été produit, mais qui ne produit pas ! Elle est donc fournie par l'acheteur. Or, si cette ré-
' Ce n'est, en dernière analyse, que du mouvement, comme Ta dît MiU.
trtbulrot) estimée par un tiers; ê\ la voleur ajontée k la matière pttfnii'm par la main-d'œuvre ne consiste fjue dans celte réirïbulioii; si eeltev^lair ii*a par elle-même aucune estisteoce réelle et n'en reçoit qn'auUint (|u'il plaith un tiers de Etii en donner, il s'ensuit que celle valeur, qui ne vant qu'autanUju'elleestpayée, ne restitue pas ses frais, maiâenailemld'ailleur^ la restitution; il s'ensuit qu'elle ne donue pas richesse pour ridieââe, puisqu'elle n'est rien par elle-mûmc; il s'ensuit que rouvrier ai crn^ sommé sans rien produire qui tienne lieu de »a consomr nation; (fue, «il a ajouté une valeur, cette valeur n'est point une nouvelle richesse^ mais servira d'emploi à une richesse existante; que prétendre b calculer de nouveau, c'est voir les objets doubles^ c'est prendre un simple cliangenicnt demain pour une cause productive; en un mot que celle valeur ea relativement ii Tourner le résultat de ses frais* cl relativement h Tiriieteur un remboursement de frais.
Que met donc Pouvrier dans la balance de rechange? Il y mei la matière première, et en celle partie il n'est que revendeur; il y mel fon temps qui est appréciable, son travail, f^on talent, &es fi*ais; il y met Ic^ productions qu'il a consommées. Or, des producuon^ f^onsommm n'existent plus. Il est donc rigoureusement vrai de dire qu'il n'y a point 1^ d'échange proprement dit, mais une rétribution ou un salaire. I^ cal^ ttvateur, qui donne du vin pour du blé, échange véritablement; il reçoit réqui valent de ce qu'il a donné, il m (>erd ni ne gagne, il ne dépeast; rien. L'industrie, au conlraire, nous vend ce qu'elle produit, c'esl*à-ilire ses services, et une forme qui est un résultat de frais ; elle nous vend le travail de l'homme; mais ce travail, porté partout ailleurs que sur la terre, est absolument stérile, car Thomme n'est pas créateur.
Cependant si on l'exige, j'appellerai échange la convention qui intervient entre l'ouvrier et Tacheteur, pourvu que Ton convienne de la différence qui se trouve entre les choses échangées, dont l'une consiste dans une chose existante et l'autre dans la valeur de choses qui n'existent plus. Cette différence, née de la chose même, n'empêche pas que le contrat ne se fasse d'une valeur pour une valeur égale; car des productions consommées peuvent très bien entrer en compensation avec des pro« ductions existantes, lorsque ce remboursement de dépense esi le salaire d'un service rendu.
VII. — Que c esi le premier travail qui fait naitre de quoi payer le travail
de Vindusirie.
Les propriétaires des productions ont pour objet, non-seulenoieot de se procurer leur propre consommation en nature ou par échange, mais encore d'étendre leur jouissance et de la rendre plus commode et plus
DE LINTÉIIÊT SOCIAL 943
agréable. Ce but oltérieur, qui donne à rintérét personnel une étendue indéfinie, exige qu'ils cultivent pour eux-mêmes et pour autrui, et qu'ils partagent les productions avec les autres hommes dont ils obtiennent des services en tout genre.
Ce n'est donc pas Tindustrie qui fait naître la faculté de payer ses services; elle la trouve existante, et elle en profite pour tirer sa part de la reproduction. Si elle consomme, c'est parce que la première classe en a fait naître pour elle les moyens ; lorsqu'elle achète, elle ne fait que rapporter l'argent qu'on lui a donné *. Ce n'est donc point elle qui règle le prix des productions, puisqu'elle ne peut payer qu'avec ce qu'elle reçoit, et que ses facultés sont bornées par sa recette qu'elle ne contribue nullement à augmenter. Ce sont les productions elles-mêmes qui sont le principe de la valeur, comme je l'ai prouvé plus haut par le § 10 du premier chapilre de cet ouvrage. Ce sont elles qui décident de la somme qu'une nation peut dépenser en salaires, et non la somme des salaires qui contribue à augmenter la reproduction. C'est donc prendre TeiTet |K>ur la cause, que de faire valoir la consommation de la troisième classe, qui ne consomme qu'autant qu'elle est payée pour le faire, qui ne peut consommer plus qu'autant qu'une plus grande reproduction fournit les moyens de dépenser davantage en sa faveur ; qui étendrait inutilement ses travaux au-delh de cette mesure, puisque ses travaux ne peuvent accroître la somme des richesses qui servent à les payer.
Il y a donc en tout ceci un point fixe auquel il faut toujours revenir, la reproduction^ qui est la source unique des dépenses, laquelle ne peut s'accroître par des travaux purement stériles, mais seulement par le moyen de la culture. Il n'y a point a sortir de ce cercle circonscrit par la nature.
Vllf. — Cause de terreur en laquelle on tombe par rapport d Findustrie.
Ce qui fait illusion, ce qui semble même donner à l'industrie une sorte de prééminence sur la culture, c'est que ses ouvrages ont une durée plus ou moins grande, et qu'en s'accumulant, ils ajoutent continuellement à la masse des richesses d'une nation, au lieu que les subsistances sesétruiseni annuellement et ne font que se remplacer.
Mais l'illusion consiste à attribuer cet efl*et à l'industrie, tandis qu'il est dû bien plutôt au premier travail , puisque c'est lui qui a fourni tant les matières premières que les denrées consommées pendant l'exécu-
' Ijt moC propre «erait : fo^n^. Dii reste, «i iVxpression près, que, dniis ce passage, il ne Ciiit pas interpréter judniquement, telle est la pensée de Le Trosne et des Physiocrates. (E. U.)
tion du travail* It est vrai que Touvricr a doniu'f cette Torme i h^nolk s'est atratiiée une valeur; mais celle valeur ayaul coûte tout ce qu'elle vaut, il n'eu résulte aucun accroissement de richcssep SU en résut uuc accumulatioD de richesses, c'est que les matières premières lesquelles â'e&t reportiSe la valeur des denrées consommées étaient mi moins durables*
Il est flonc <i vident que T industrie nous sert, mm ne neut enn pas, et qu'elle gagne' sans rien produire, puisqu'elle ne produit ni l« watiÈres premières, ui les productions qu'elle consomme, oj ta fàcullé de tlepcûser dans ceux qui ta payent.
Ou ne peut donc jamais mettre en parallèle les fruits de sou travail avec ceux de la culture , comme formant deux article;^ séparés et deranl être calculés à part, puisque les ouvrages de Tindustne, quant au fonds, soûl tournis par le premier travail, et quant k la lorme, sont pajib par lui %
M, Fabbé de Goudillac Ta senti parfaitement , et ne peut se dii^penser de convenir (p- 7t) que, sans les subsistances et les matières premières, il ii\ aurait point de ce qu'il appelle riche$$es mobilière»^ et qu'il attribue il rindustrie, f La valeur de» ouvraijes de f#irr. dit-il, wl ta ca/mr même de la matière prrmière , ;iilm la vaieur de la fùrmn; §i la vaieur 4^ la forme t$t étiuivaknte â ta valeur despr^ductiom que f ouvrier eu {xnM a^oir coHBomtnéei (p. 74). »
D'après cet aveu, auquel il n'était pas possible de se refuser, je demande comment on peut attribuer distinctement et séparément à Tindustrie la production de ces richesses mobilières , puisqu'elles sont le résultat de deux aiticles fournis par la culture; je demande comment on peut dire formellement (p. 73 et 348) : « Nous avons deux sortes de nchesses : les richesses foncières^ que nous devons au colon, et qui se remplacent-^ les richesses mobilières que nous devons à Partisan ou à C artiste^ et qui s'accumulent »
Les ouvrages de l'industrie n'ont point de valeur propre , de Taveu même de M. l'abbé de Condillac; ils n'ont qu'une valeur empruntée, une valeur en frais ajoutée à celle de la matière première , une valeur qui résulte de consommations faites, et qui de plus n'existe, et n'est transportée sur l'ouvrage, qu'autant qu'un autre aura la faculté de payer cette dépense.
L'industrie diffère donc essentiellement de la culture, dont les pro-
' V. la note précédente.
* On peut dire que tout le système de Quesnay est impUcitement contenu dans cet alinéa et le précédent. Les objections que ce système soulève, et sa portée dans la pratique, servent de matière à notre Introduction, (E. D.)
dactioDs ont une valeur à elle et un prix supérieur au montant des Trais quUl a fallu faire pour les tirer de la terre. Outre ses dépenses que la culture restitue sans qu'il en coûte rien à personne, et par le bienfait de la nature, elle donne par-delk ses frais une quantité plus ou moins grande de productions qui est disponible, et qui constitue le produit net dont la somme est la mesure de la puissance d'une nation.
On ne trouve rien de semblable dans la prétendue production de Tindnstrie; ses ouvrages ne valent que leurs frais indispensables , et ils ne les restituent qu'autant qu'un autre paye cette dépense. A plus forte raison, ne donne- t-elle jamais de produit net.^
S'il est des artistes qui se font payer au-deik des frais indispensables , c'est qu'à raison de leur talent et des études qu'ils ont faites, ils ont droit k une plus forte consommation que les ouvriers ordinaires, et ils exigent d'autant plus qu'ils ont moins de concurrents. Mais, s'ils semblent obtenir une sorte de produit net, ils ne le produisent pas, ils le gagnent; et cette plus-valeur, qui est pour eux un bénéfice, est une dépense de plus pour les acheteurs.
IX. — Différence de l'intérêt d*une nation par rapport à la valeur des froduetionSf et par rapport à la valeur des ouvrages de Vindustrie.
Il est de l'intérêt d'une nation que les productions aient une valeur filTorable, parce que leur prix en première main décide du produit net.
n est de son intérêt que les ouvrages de l'industrie ne valent que leurs frais indispensables, et que ces frais soient réduits au taux le plus bas.
Cette différence vient de celle qui existe entre ces deux valeurs. Celle des productions est une valeur réelle dont il résulte une richesse, l'autre n'est que le résultat d'un montant de frais. La première procure les moyens de dépenser, la seconde est un objet de dépense. Or , les propriétaires de la reproduction en sont primitivement et de droit les premiers distributeurs. Moins les travaux qui leur sont nécessaires ou utiles seront chers, plus ils pourront satisfaire de besoins pour leur propre jouissance. Cet ordre est, de droit naturel, une prérogative de leur propriété, à laquelle sont assujétis tous ceux qui n'ont pas un droit immédiat k la reproduction.
Mais quelle est donc cette espèce de valeur qu'il est également intéressant et juste de mettre au rabais? Si c'est une vraie richesse, une production réelle, devons-nous craindre de l'augmenter? Si, comme l'enseigne M. l'abbé de Condillac, les marchands et les artisans concourent à augmenter la masse des richesses ^ si leur industrie est autant pour la société un fonds ds richesses que celle des colons , etc. , multiplions
U^ Ll TRÔSNE.
les travaux de mmtt-d^œuvre, bannissons (outés tes iovêaUûos qui tuiiutem le travail; ^^ardotis^tious de coridaiimer le Inie, fstfon le comme one mmçe ïmUiime de richesses : le {>lus ulile sera eel qui âjauuu^ imo plus grande valeur k la matière première. Dès-lors âuâsi^ il oe sera pluâ possible d*étre de Tavis île M, Tablié de.CaailHtic (lani^ son cliap. xxvti sur le hixe, où il ledefmit un«x€€$, oti il eo hk sep tir les iiiconvéûicuts, rnitne torsqu'H ^si entretenu par Cindmîrit iw- Itotm/^; où il conclut que ia vie simple peut seule reodre uû {leuple n» che, puissant et heureux. Il esl également dillieile d'être de sau aiis sur rioipôt, auquel II soutient que les ageots de Tiiulustrie ne doiveni pas ëlre nssujétis. En eflet, pourquoi Tarlisan^dont rindustriee«i autan! productive de richesses que celle du colon, ne contrituierattHl pas^* lemeiH \i la dépense publique? 11 semble qu'il est indispensable d^opler eutre le principe de théorie et le résultat pratique \
X — Etat delà question réduit à des termes encare plus eimpleMpar supposiliom des payejthmts en nature.
Si les payements sa iaisaient toujours par tes productions eu uatui jamais on n'aurail sougé à attribuer krindustrie la prérogative de produire des richesses. On aurait vu évidemment des (rdm^ des consomma* lioiîSt tics salaires (^ayi^s et reçus, et rieu de plus. On aurait senti quc,^j[ la reproduction totale est de SOOeiilte mesures, que les deux preiuièfi^| classes partagent entre elles comme reprises et produit net, ces deui
' Me serait-il permis de remarquer que, parmi les excellentes choses que Al. Tabbé de Condiilac dit au sujet de l'impôt, il emploie (p. 317) un argument auquel il est facile de répondre? Or il est tant de moyens décisifs contre l'impôt indirect, qu'il peut-être dangereux d'en présenter de faibles.
11 dit que, si les salariés sont forcés de prendre sur leurs salaires une partie de l'impôt faute de pouvoir la rejeter sur l'acheteur, ils seront réduits à retrancber sur leur cousommation, et que la perte qui en résultera sur la valeur, retombera sur les propriétaires.
Ou t)eut lui répondre que l'impôt direct présente le même inconvénient, pui^qu'en demandant aux propriétaires une portion quelconque de leur revenu, il laretranche, siuou toujours sur leur consommation personnelle, du moins sur la dépense qu'ils auraient pu faire eu salaires.
Mais, quel que soit [impôt, on répondra que les salariés du gouvernement remplacent celle consommation qui ne se fait pas par les salariés des propriétaires, et que /a troisième classe en profite également, de manière que la totalité de la reproduction se trouve dépensée. C'est par des moyens plus approfondis qu'il faut attaquer l'impôt indirect; par son arbitraire indispensable, par les frais de sa perception, par ses elVels nuisibles à la valeur et à la reproduction, etc. II faut en même temps faire voir que, si cette manière de percevoir accumule des profils et des richesses pécuniaires, la consommation qui en résulte n'a pas le même avantage que celle du peuple qu'on a diminuée par ces impôts.
classes ont des besoins roaliipliés h remplir pour la préparation des productions, k laquelle elles ne veulent ni nepeuvent vaquer; que, pour obtenir ces services, elles livrent une partie de la reproduction à ceux qui offrent de les leur rendre ; qu'en le faisant, elles n'augmentent par leurs richesses, mais les dépensent; et que, comme cette manière de les dépenser leur est utile, elle devient un motif pour étendre la reproduction, et pour multiplier les moyen» de dépenser. En un mot, on n'aurait vu autre chose que la consommation faite par la classe stérile d'une partie des productions qui renaissent annuellement par les travaux de la classe productive ••
Mais l'argent payé contient-il autre chose qu'une valeur équivalente aux productions que l'ouvrier a droit de consommer; valeur que celui qui la donne s'est procurée immédiatement ou médiatement avec des productions, et que celui qui la reçoit fera acquitter quand il voudra et à son choix? Et, d'ailleurs, combien d'exemples de payements en nature nous conduisent au même résultat!
Je sème deux mesures de blé , j'en recueille douze. Mon travail a été productif de dix par-delà la semence. Je mets ces douze mesures au moulin, le meunier en retient une pour son salaire, et il ne m'en reste qu'onze. Son travail est fort nécessaire , mais il est stérile : s'il procure au meunier le gain d'une mesure, c'est h mes dépens, et son salaire est une portion de ma récolte. Je demande pardon de renvoyer mes adversaires à un exemple si simple. Mais il en est de même du fabricant de draps, d'étoffes de soie, de toiles, de dentelles, etc. Ils préparent la laine, la soie, le chanvre, le lin, pour les rendre propres à nos usages : ils reçoivent en conséquence des salaires qui équivalent des productions, ou des productions même en nature.
Veut-on un exemple dans le genre de la fabrication? Au lieu d'acheter cent aunes de toiles, j'ai récolté du chanvre que j'ai fait iiler par mes domestiques; je fais venir à ma terre un tisserand avec toute sa famille; sa femme et sa fille préparent et dévident mon fil ; ils ont en outre deux petits enfants incapables de travailler. Le père monte son métier dans ma cave et fait ma toile. Je nourris cette famille pendant tout le temps, même les jours de repos, et je tiens registre exact de la dépense qui en résulte. M'aurai-je pas droit de dire que ma toile me coûte tant de blé, de bois, de viande, de vin, de sel, etc.? Je payerai en outre h ce tisseland un salaire^ non pour sa dépense comestible, mais pour la dépense qu'il fait, lui et sa famille, en habillements, meubles, etc. Ce salaire en
I L'argumentation précédente se trouve reproduite par Germain Garnier, dans ses Notes sur Ad. Smith. V. Richi$$e de$ iValioiu, VI, page 966, édition de lS2â.
0/iB ^HV LE THOSXË.
ûutre doit renlemner une partie du pris de ion loyer; et s*fl surpasse peu ces divers objets, le surplus est un excédanl qu'il doil mettre m réserve pour les cas d'accident, qui, le constituant dans «ne dépense m* périeure b ses gains journaliers, le réduiraient à ta mendicité, s'il o'a eu de longue main la précaution d'amasser quelque chose poury sotiTenir, Lorsque je lui donne tna toile k faire cIibï lui, le prix doit renrcnner réquivalent de tous ces articles- CepeodaDt, il n*en est pas toujours le résultat exact. Souvent une cause prépondérante Temporle, et en met* tant les salaires au ral)âisj es restreint outre mesure. Cette caus^ i^slli consommation plusou moins Torle des ouvrages de riudusirie combinée aYCC le nombre des ouvriers. Elle décide souverainemenl des prix, et les réduit souvent trop bas dans la partie de l'industrie la plus commune. Lorsque les diverses causes de dégradation dans les revp^nBS d'une nation restreignent la consommation du peuple, les ouvriers qui travaillent pour elle sont forcés de donner leur temps ait rabais, ce i|Qt prouve bien que Tindustrie n*est pas une cause productive de richesse » mais un simple moyen de distribution de salaires uécessaîremeiit subor donnés à la reproduction qui les paye.
XL — Subdivùwn deê divers îravaum $îéri(ef*
Les services et les travaux relatifs a nos différents besoins ne se nent pas k ceux de l'industrie ; il en est de bien des sortes qui sont tous également stériles, parce qu'il n'y a qu'un travail productif. On peut les rapporter a quatre subdivisions.
La première s'occupe à préparer et façonner les productions, tant les subsistances que les matières premières. Ainsi le boulanger, le fabricant et le maçon, se trouvent dans cette classe.
La seconde à transporter et voiturer les productions tant brutes que faifonnées.
La troisième à les acheter et h les revendre aux consommateurs»
La quatrième k rendre des services purement personnels.
Tous ces services sont également payés par la reproduction, et nul d'eux ne peut accroître la somme des richesses. Les membres de ces quatre subdivisions se rendent continuellement entre eux des serviees réciproques; mais il ne faut pas perdre de vue qu'ils ne payent euxmêmes qu'autant qu'ils en ont reçu auparavant la faculté des premiers distributeurs des productions.
On se récriera sans doute contre la parité que j'établis entre ces quatre subdivisions, et l'on soutiendra qu'il y a une grande différence entre les services personnels et les travaux de l'industrie et du corn-
merce d'où il résulte une valeur ajoutée aux productions brutes ou fa-
Cepeudant, en quoi consiste cette différence? J'ai besoin de gens qui me rendent le service de me faire une étoffe pour m'habiller, comme f ai besoin d'un homme qui me donne des conseils sur ma santé et sur mes affaires, ou d'un domestique qui me serve. Le genre des services ne fait fîen à la question présente; il ne s'agit pas ici de régler les rangs et la dignité, mais d'établir une distinction physique relative \k la somme des richesses d'une nation et aux moyens qui peuvent l'accroître. Toutes ces pifofessions donnent leur temps, leurs soins, leur travail, en échange delà rétribution qu'on leur paye. Il y a cependant une différence qu'il fiiut analyser.
XIL — En quoi eomUte la différmce entre les services personnels et les travaux de (industrie.
La différence naît du genre des services. Ceux qui sont personnels ^ne sont relatifs qu'à moi : ils ne sont ni transmissiblesni cessibles; il oe peut en résulter une valeur, parce qu'il n'est personne pour qui ce travail puisse avoir un prix, et que la valeur consiste dans le rapport d'estimation déterminé par la concurrence; au lieu que les productions, étant propres à l'usage général, ont une valeur par elles-mêmes et en acquièrent par la main-d'œuvre une nouvelle qui se transmet et se revend.
Hais cette différence ne change rien à la nature des services, quant à leur stérilité^ car elle ne consiste que dans la faculté qu'à l'acheteur de retirer en tout ou en partie par la revente le prix qu'il a payé. Cette valeur ne résulte pas proprement du travail de l'ouvrier, mais du besoin plus on moins général que les autres peuvent avoir de la matière qu'il a travaillée. Il n'a donc rien créé à cet égard, il n'a rien produit; car ce n'est pas lui qui a fait naître ce besoin ou ce désir dans lequel consiste la valeur ou l'estimation mise à la chose par la concurrence , comme ce n'est pas lui qui a procuré à l'acheteur la faculté de payer son travail.
Cette valeur que l'industrie ajoute aux productions, consiste dans la faculté, qu'a l'acheteur d'un ouvrage de main-d'œuvre, de s'en défaire et^^'en retirer le prix; il faut en revenir à l'acheteur-consommateur, dont il est vrai de dire qu'il a satisfait un besoin et qu'il a payé un service rendu.
Il est même des casi où les services de l'industrie' ne produisent pas plus de valeur que les services purement personnels. Si je revends un habit tout neuf, je perdrai plus que la façon et les fournitures. Ce travail, loin d'avoir sgouté une valeur équivalente aux salaires, pourra
ncfc j
LE trosne:
même me constiluer m perte sur le prix de réloffe. Il esl donc
la valeur ri^saUf' moins fin travail en lui-même^ que de ia coQCurfen£&
lie ceux auxquels îl peut cauveiiir*
Avani rinveatiati de rimprimeHe, une lofiaité de geos gagnai leur vie k copier. Un homaie qui r^isait copier TËnéide tcqiiéraitjttoe leur qui, peuf*étre^ éUit égale aux claires du ro|>Σlc. Je dis p€ui~^tr€^ j>arc€ qae, s'il en était ries manu&crils connue îl est aojeiird'hui d^ livreô^ 00 pouvait Wcri penlre îi la revente. Celui qui faisait copier m^M mauvais ouvrage, noû-soulemeot u*acqut.Vait rien, imiâ pet^iiil le pai^^ cheruin» Aiosi k même travail a d'un rôle déprécié la matière, et de Tautre lui a ajouté une valeur eonsiiléralïle. Cette diiférenire ne vieui \ donc pas de louvrier, mais dti mérite de l'ouvrage, qui fait que run^t rccbcrclié ei que Taulre ne Test pas. Celle cause de vaJeur esl donc étrangère îl rouvrier : elle ne résulte pas de son travail, mais de la tfN>Qeurreiicc des arhettnjrs, qui est grande d'un côté el nulle de Tautre.
Il »e trouve de même, dans bien d*autres genre», des causes de dip nntîon ou da suppression de valeur tudiqrendaules du travail. Le cba gemem de mode détruit la valeur qu*avaîi dans sa nouveauté on ouvrage de main-^d'ceuvre. En fait de livres, une nouvelle édtlion faîl tomber la première, et même sans eeja ou perd plus que la reliure i»ur les livres que l*on revend. En général, la revente d'un ouvrage d'io- . dustrie faite par tout autre que par les marchands, eonstituc ou perl^A le premier aclieienr. ^^
Cependant, si l'industrie est productive de richesse, pourquoi la valeur de ses ouvrages est-elle si arbitraire, si variable, si dépendante du caprice et des circonstances? Convenons qu'elle résulte du besoin, du désir, des facultés des acheteurs el de leur concurrence ; que Touvrier, qui n'est pas producteur de ces causes, ne nous vend que son temps et ses services, qui s'apprécient par sa dépense.
Xin. — Dm genre de main-d'œuvre qui parait le plus productif.
S'il est un genre de main-d'œuvre dans lequel l'industrie pût se tlallcr d'être productive, ce serait sans doute dans la construction des bâtiments, dont la location produit un revenu annuel qui constitue Tintérét de la somme dépensée.
Observons d'abord que la richesse, qui procède d'une construction, dépend de la situation. Si je bâtis en campagne, je ne trouverai qu'un faible loyer, el en revendant ma terre avec le bâtiment, je ne retrouverai pas le quarl de ma mise en sus du prix de ma terre. Si je bâtis en ville el en bonquarlier, j'acquiers un revenu proportionné à ma dépensée! un capital. Cette dilTérence ne vient certainement pas du travail des
OQvriers ; il a été le même de part et d'autre. Elle procède de la concurreDce plus ou moins grande des gens auxquels conviennent ces bâtiments.
Au fond, le travail de l'industrie est aussi stérile en ce genre qu'en tout autre. Celui qui bâtit emploie des productions fournies par la terre, et paye aux ouvriers des salaires qui font le remboursement de leur dépense. S'il bâtit pour se loger, il satisfait un besoin par cette dépense. Mais, comme ce genre de service est durable et transmissible, la concurrence plus ou moins grande des gens \k qui ce logement convient, mettra \m prix, soit à la propriété, soit a la jouissance.
Mais, si un loyer de mille livres est égal en somme à un fermage de mille livres, il est entre ces deux revenus une différenee essentielle par rapport à la somme des richesses d'une nation. L^ fermier d'un héritage tire, du fonds même qu'il a pris à bail, la somme qu'il s'est engage de payer au propriétaire ; ce n'est pas de suo qu'il paye, il ne fait que donner une partie convenue des fruits. Mais le locataire ne tire pas de la maison le prix du loyer ; cette dépense ne peut-être payée que par la terre, et le locataire ne fait cette dépense qu'autant qu'il a participé à la repro- ^tion, soit immédiatement comme propriétaire foncier, soit médiatement comme salarié, gagiste ou rentier.
Tous les bâtiments qui existent dans une nation sont donc l'emploi accumulé d'une partie de ses richesses renaissantes, et le revenu fourni par cette propriété n'est qu'un emploi annuel d'une partie du revenu lire de la terre. Ainsi la somme des loyers n'accroît nullement la masse des richesses d'une nation. D'où il suit que ce revenu, qui est une véritable dépense pour celui qui le paye, ne peut être imposé que par nn double-emploi; au reste, c'est le dernier des impôts indirects qu'il faille ôter, parce qu'il n'est ni arbitraire ni coûteux à percevoir, et qu'il n'a aucun des inconvénients des autres impôts indirects.
XIV. — De riudu8trie en tant quelle travaille pmir Vétranger.
Si l'industrie ne crée point le prix de ses ouvrages; si elle ne produit que des frais; si la valeur qu'elle ajoute n'est qu'une valeur empruntée, représentative d'une valeur égale en productions consommées, elle n'est pas plus productive de richesse lorsqu'elle vend ^ l'étranger que lorsqu'elle vend dans l'intérieur. L'exportation de ses ouvrages se rôdiiii î* une simple vente de productions, dont le montant a été rc|)ortésur la matière première. On ne peut donc pas dire que son travail , lorsqu'il esi payé par l'étranger, assure à la nation un bénéfice indépendant de son territoire.
Le prix de la main-d'œuvre est un prix nécessaire, déterminé par le
priî des productioiis. Si nodustrîe veud à Télratigt^ la iiiéiïie diose pour la nali(>n,ei quuul k lintéret de la eoasommalioD. que si rétraogÊr avait acheté les malîèreH premières et les ppoduLiiyjL. en iiatore. Si Finduslne veut] atmlessus de m pnx^ ellêpaiirm (îiiredes Létiétices; mais cet avautage lui csl propre, la aalian n'a rien à y [irétandie ; elle perd, au contraire, en ce qu'elle est forcée de pajer œs mêmes ouvrages au-dessus du prix ludispeusable, car elle ne les aura )>as h meilleur marché que rélranger.
Mais il y a plus: riudustrie ne peut vendre à Tétranger aunles&itsèi prix indispensable^ qu'autant qu*elle ^paye elle-même Im produclioas âii*des8ousdu prix du niarelié général^ ce qui suppose et prouva que h nation ne jouit pas de la liberté du commerce. Dès-lors, c'est mthm vendeurs des productions, e*0Bt-à-dire sur les deux claf^sesqui eooUî- ' tuent proprement la nation, que lombe cette perte, qui lav«f be, contiu riniérèt social, une classe qui, parla nature de son travail et Tcmploi de ses capitaux, ne lient point au territoire qu'elle habite, et n*a pourpitrimoine i\iui les salaires, qui pour la très grande partie lui sont pay^ la aaiîon même.
Cêbém^ficede l'indusirie, procuré par le moindre prÎH iiiférteOT productions, occasionne à la nation une double perle, l*' tlle ne devrait payer les ouvrages de rindustric que sur le pied qu'elle lui vend les produ€tiort6; elle les paye plus cher par la concurrence de rétratigen qui les achète au prix du m a relié général, lequel se trouve i^us haut que te prix intérieur de cette nation ; 2° mais elle perd infiniment plus parle bas prix intérieur de ses productions qui procède des obstacles misa la liberté du commerce. Quelle énorme méprise de sa part, de tenir ses productions au-dessous de leur vrai prix, pour assurer la préféreBceà SCS manufacturiers, et leur procurer de plus ^ands bénéfices ! N'est-ce pas sacrifier le travail productif au travail stérile, le profit mercantile à la richesse nationale, et tout à rien; et même, si Ton considère Findustrie en masse, et non dans telle ou telle branche particulière qu'on veut faTOriser, n'est-ce pas lui porter le plus grand préjudice, puisqu'elle ne peut s'étendre qu'en raison de la reproduction qui paye ses travaux ; et que ruiner la culture, c'est tarir la source qui l'ahmente?
Le travail de l'industrie pour l'étranger n'a d'autre utilité que de provoquer la consommation, de servir de débouché, et il se réduit h un commerce de productions. La nation gagne donc tout autant à vendre ses productions en nature k l'étranger qui lui en donnerait le même prix ; et si elle trouve quelque avantage de plus à ce moyen de s'en défaire, c'est que ses productions converties en celle forme peuvent être d'un débit plus facile, et 0onveniraux étrangers qui n'auraient peut-être
DE L'INTÉRÊT SOGUL. 953
pas acheté ses productions en nature, et que, d'ailleurs, couteuaDt une plus grande valeur sous un moindre volume, elles coûtent moins de frais de transport.
Mais, dans ce cas même où l'industrie procure à la nation une véritable utilité, on n'est pas plus fondé à regarder son travail comme productif de valeur par lui-même, mais simplement comme une cause occasionnelle de valeur qui facilite le débit par la diminution des obstacles qui s'y opposent. Un canal creusé, une rivière rendue navigable, auraient produit le même effet, et d'une manière bien plus avantageuse.
Il suit de là : l"" que l'industrie qui vend à l'étranger ne vend qu'au prix nécessaire. ^ Qu'il est indifférent à une nation, qui jouit de la liberté du commerce, de vendre ses productions à l'ouvrier ou à l'étranger, puisqu'elle ne reçoit toujours que le prix de ses productions au taux de la concurrence. S"" Que tout l'avantage qu'elle peut y trouver consiste dans la &cilitédu débit et la diminution des frais du transport. 4/" Que, si l'industrie vend au-dessus du prix nécessaire, c'est-à-dire de celui auquel elle achète les productions qu'elle consomme, c'est une perte énorme pour la nation ; c'est une preuve que ses productions sont re- ^ tenues au-dessous du prix du marché général par des obstacles de commerce. 5*" Qu'en tout état de cause, la ressource que présente l'industrie pour le débouché, ne peut jamais équivaloir et remplacer la liberté du commerce. 6° Que, si la vente des ouvrages procure, au-delà du prix des productions consommées, un bénéfice pour l'intérêt des capitaux d'avance, ce bénéfice n'est nullement national, mais très propre aux entrepreneurs; que d'ailleurs la réciprocité du commerce fait que les consommateurs des deux nations payent alternativement ces bénéfices \k leurs fabricants, ce qui feit compensation. T" Que le moyen de subsistance tiré de l'industrie est absolument précaire et dépend du goût de l'étranger et des circonstances; que les ouvriers sont des pensionnaires qu'il entretient chez vous, et qu'il peut laisser manquer au premier moment, auquel cas ib forment une population onéreuse. 8* Que le résultat pratique est qu'il ne faut point s'interdire ce débouché, qui est toqours utile, mais qu'il ne faut pas le provoquer par des faveurs particulières.
Ce sont principalement les ouvrages de luxe qui sont recherchés par les étrangers : aussi est-ce ce genre d'industrie qu'on ambitionne le plus. On le regarde comme le plus profitable, à raison de la cherté de la maind'œuvre. Cependant, en considérant l'industrie comme véhicule de consommation, qui est le seul avantage qu'elle procure à une nation lorsqu'elle travaille pour l'étranger, l'industrie de luxe est la moins utile, parce qu'elle tire sea matières premières du dehors, et qu'elle nepro-
cure de débit que par h consommation des ouvriers* Mais celte titililé* si mince et presque nulle pour uue nation qui jouU de la liberté dia j commerce, peut-cHo jamais être compensée par les suites runçstd^H qu'entraîne lé luxo pour «ne niilion qui s'y livre, par son inflntmcescir™ les mceiirs, pur le dérangement qu'il occasionne dans Tordr*^ deà depenâes,et le préjuificequ*il cat^ ù la reproduction et h la consommalion intérieure des matières première:^ du territoire ? Au physique, c'astM B^ippauvrir (mur donuer aux autres rexemplede le foire: au moral, c'est^ se carrotufire pour corrompre les autres *.
CtlAPITRE Vï.
Off la naiure el de^ efîeti du commerce
h — Définition du commerce en généraL
Le commerce consiste dans le débit des productions qui ^e fait pà moyeu de I*échauge;ou, si l'on veut, c'est réctiauge de$ bie usuels pour parvenir a leur consommation.
D'après ce que j'ai dit sur l'échinge, il n'est phis besoin d'établir té que le commerce se fait de valeur pour valeur égale; qu'il n>44l pa^un moyen de s'eorictiir, mais de remplir les divers besoins; qu'il ne cbauf^e pas de nature lorsqu'il se fait par de simples éclianges ou par la média- tion de Targent; que l'argent n*est qu'un gage ioterinédiaire eatre le» % ventes et les achats; qu'il n'est pas le but du commerce, mais une simple facilité; qu'on ne l'acquiert par les ventes que pour le rendre par les achats, et que la sommedes unes est égale h la somme des autres.
H. — Que la liberté du commerce est conforme à ^intérêt de tout.
Dès que quelques familles se sont réunies, il s'est établi entre elles une communication de biens. Les besoins réciproques sont donc le fondement du commerce.
Comme personne n'achète qu'autant qu'il a vendu précédemment, et ne vend que pour acheter ensuite, l'intérêt de chacun change suivant qu'il devient vendeur ou acheteur, et lui fait désirer tantôt le prix favorable, tantôt le bas prix. Mais comme la vente précède l'achat, en tant que c'est le prix procuré par une vente précédente, qui donne à chacun
* On trouvera des considérations analogues aux précédentes dans le ch. 16 de V Ordre naturel et eùentiel de» Sociétés politique», de Mercier de la Rivière.
la facullé d'acheler, le bon prix en tout genre est Tintérét commun de tous.
Cest la concurrence qui concilie tous les intérêts : elle n'est parfaite que sous le règne absolu de la liberté des échanges , qui est la première conséquence du droit de propriété, et par conséquent une des lois les plus essentielles de Tordre social K Elle seule peut établir les productions à leur prix naturel, de manière qu'elles n'éprouvent que les variations de Tordre physique, qu'elle rend même bien moins sensibles.
En même tempsja liberté établit la juste proportion entre les productions et les salaires. En eflet, le but de la reproduction est la consommation ; mais , comme je l'ai dé}k dit, ceux qui font naître les moyens de consommer pour toute la société, soit par les travaux de la culture, soit par l'entretien de la propriété foncière, ne se proposent que leur propre utilité. L'ordre social ne se maintient que par l'intérêt personnel laissé à lui-même, et contenu par l'intérêt d'autrui. Les premiers distributeurs des productions sont forcés d'associer à leur dépense une inûnité d'hommes, et d'acheter leurs services par des productions. Donc, pour qu'ils aient un grand intérêt à les multiplier, il faut qu'ils puissent se procurer beaucoup de jouissances par l'échange de ce qui excède leur consommation personnelle; ou, ce qui est la même chose, il faut que l'argent qu'ils en reliront par la vente puisse leur servir \k satisfaire beaucoup de besoins.
Pour remplir cet intérêt, les premiers distributeurs de la reproduction n'ont autre chose h demander que la liberté absolue des échanges, qui contient le plein exercice de leur droit de propriété.
L'intérêt de ceux qui n'acquièrent une part dans la reproduction que par le moyen de leurs services, est subordonné à cet intérêt primitif; mais il n'y est nullement contraire , parce que la justice ne favorise jamais personne au préjudice d'un autre.
En effet, s'ils sont payés en nature, on est forcé de leur livrer la portion qui leur est due suivant l'ordre de consommations auquel chacun d'eux a droit de prétendre d'après son état. S'ils sont payés en argent, la somme doit correspondre au prix des productions, parceque ce ne sont pas les salaires qui déterminent ce prix, et qu'il est au contraire réglé par lui.
* Cette remarque est aussi juste qu'importante, car elle contient l'argument le plus fort qu'on puisse employer au proflt du principe de la liberté des échanges. Si les économistes de nos jours s'en servaient avec autant de vigueur que les Thysiocrates, ils rendraient impossible du moins la comédie politique qui se joue dans l'enceinte des chambres législatives, où l*en entonne des hymnes en l'honneur d u Droif de propriété^ tout en consolidant Téchafaudage des lois artificielles qui y por tent le plus d'atteinte. (K. D.)
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. Il n'esl pas possible que les preiDiers distributeurs des pnHÎucHons âbus^ent jamais de la liberté des échanges; \° parce que la vente est m contrat libre, 2" Farce que la cancurrence entre les vetideurs mei des' bornes qiril n'est pas possible de passer, 5" Parce que^ pour veodné i tel prix, il faut trouver des acheteurs qui veuiHeiil et puissenl danner ce prix* 4* Parce que tous les acheteurs ayant été venileurs, trouient dansleurs ventes précédentes^ faites au prix de la liberté, les moyens d'acheter au même prix, 5'' Parce que la troisième classe, qui n'a |>oiiii à la vérité de productions k vendre, est propriétaire k un litre également ygitime' de sou temps, de ses travaux^ de son industrie, et que le prii de ses services étant réglé par le prix des productions, elle reçoit ou dei productions en nature dont alors le priai lui est égal, ou des sommes corres{>ondantes à ce même prix,
La liberté entière des échanges est donc conforma aux intérêts ^ tous, sans pouvoir blesser les intérêts de personne*
Ce qu'on ne peut trop répéter^ puisque tant de gens ne rentendeol pas encore, c'est que le prix auquel ont droit les propriétaires^ n'est pas un prit iudéfîni, mais uniquement celui qui résulte de la liberté et de la suppression de tous les obstacles factices qui s'opposent au prix aatureK Par-delà ce terme, ils n'ont rien k demander : il y a plus, c'est qu'on ne peut pas leur procurer davantage. Mais ils ont droit jusi:iiie«tà; et dès que ce droit est conforme à la justice, il ne peut être caûtrairu ^^ Pintérét social , ni à celui d'aucune classe de la société. Ainsi tombenlH d'eux-mêmes tous ces arguments tant répétés, que les propriétaires ne composent pas toute la nation ; que le prix des productions intéresse ceux qui n'en ont point à vendre^ ce qui forme le plus grand nombre ; que U souverain^ à qui tous les citoyens sont également chers^ doit veiller à ce que le prix de la première denrée ne soit pas trop haut ; qu'il doit mettre des bornes à la cupidité des propriétaires^ qui, lorsque le prix duse» tier est à vingt livres^ voudraient le voir à trente^ etc., etc., etc.
Les propriétaires ne demandent et ne peuvent demander ni le prix de dix-huit livres, ni celui de vingt-quatre, ni celui de trente, mais celui de la liberté absolue, qui ne peut jamais être un prix de disette, parce que le commerce libre sait l'abaisser s'il est trop haut, comme il Télève s'il est trop bas. Leur prétention ne mériterait donc d'être répriméeque
• CeUe vérité de droit n*est pas encore une vérité de fait de nos jours. Sans parler de Tesciavage qui compte encore parmi nous de nombreux défenseurs ; sans parler même du servage existant en Russie et dans le nord de l'Europe, ne voit-on pas d'autres États où la poUlique s'arroge le droit d'interdire à l'ouvrier la libre disposition de sa personne; où il iie peut franchir, sans autorisation, la limite du territoire? Ce qu'il y a de piquant, c'est qu'au nombre des filats dont il est question ici, se trouve une république. (E. D.)
DI riNTÉRfiT SOCIAL. 857
dans le cas oâ ils demanderaient qu*on provoquât la valeur par des moyens factices, ou qu'en donnant la liberté de la sortie, on mit la moindre borne k la liberté de rentrée.