‹ Physiocrates (volume 3)Chapitre 80 sur 92 · V. la note 12 de mes Discours sur l'Ordre social · texte numérisé non relu

V. la note 12 de mes Discours sur l'Ordre social

m. L'IWTÉRÊT SOCIAL. 967

une nouvelle cause progressive d'appauvrissement. La diminution du prix et de la quantité des laines, bien loin de mettre le peuple en état de consommer davantage en cette partie, restreint au contraire sa consommation, parce que la faculté de dépenser suit nécettairement Tétat de la reproduction, qui en fournit les moyens et détermine la somme des salaires. En conséquence, pendant que toute la partie aisée de la nation porte ailleurs sa dépense, et cessée de vivifier le territoire par sa consommation , des millions d'hommes sont réduits à se refuser des habits de laine; h porter de la toile au milieu de Thiver, et à coucher durement avec leur famille. Mais nous avons l'agrément d'être habillés de soie, et d'en habiller une partie de l'Europe. Sans doute la pauvreté du peuple tient encore a bien d'autres causes ; mais celle-ci en est certainement une, et forme en même temps une des principales branches du commerce extérieur.

4/" Un grand commerce extérieur de main-d'œuvre se réduit, quant à l'intérêt d'une nation, à une vente de productions converties sous une autre forme. Mais si, pour multiplier le travail en cette partie, on cherche à se procurer la préférence en faisant tomber, par des prohibitions de commerce, le prix intérieur des denrées de première nécessité, on peut à la vérité réussir k donner plus d'étendue k ce commerce précaire , mais c'est en ruinant la nation.

5"" Il est des nations moins favorisées auxquelles la nature refuse certaines productions. Quoique leur excédant dans d'autres genres leur fournisse les moyens d'acheter, les frais du commerce sont pour elles une surcharge qui diminue leurs jouissances. C'est un désavantage de leur situation.

6^* Dans des cas de disette, le commerce prend nécessairement de très grands accroissements, et n'est certainement point alors une preuve de prospérité. Une nation manque devin, une autre de blé; il faut un très grand commerce pour remplir les besoins respectifs, et les deux nations se trouvent chargées de très grands frais d'échange *.

7"" La politique moderne, qui interdit à des colonies la culture des denrées nécessaires, et la fabrication des ouvrages de main-d'œuvre, pour les faire approvisionner par la métropole; qui leur défend même la fabrication de leurs propres productions pour se la réserver, qui les prive de toute concurrence dans leurs échanges ; qui les oblige de n'exporter que par les voiluriers nationaux; d'envoyer toutes leurs denrées a la métropole, sauf h en réexporter Texcédant, multiplie encore extrêmement

* Cette observation et la suivante se retrouvent dans V introduction à la philosophie économique^ de Tabbé Baudeau. V. p. 758-759 de ce volume. (E. D.;

LE TBOSNE.

le eonlmeroe exiérienr par des moyecisirés favambles aux nuirdtaiid&i aux voilurieni nalioiiâtix^ tuais irèi^ ûnéreui aux colonies, et tnéoial la mélropolef (Kiur Ui^uelleils rânctH^risgent les producUiiim qtt'etlf* i feçotL ^

Il i'eût^Qt doiic bien que le coEnm^arce exlérietir soil loujouts une preuve de prospérités puisqu'il estdeâ circonstauce^aû i) est une preuve et iiuhiie uue cause d'appauvriasemenL

Excepté dans le atâ où uoe nation possède des cultures privtt et en meltaol à part son importance pour soutenir les prii iulérieiW»; commeree extérieur est plutôluu inconvénient néceîisaire qu'un ai»tage réel, braque le grand éloignement exige de grands fraii» ; car le eecnnieree d'une province frontière à une province lifnitropbed'uuaiitrf Étal, est le même que celui de deux provinces voi^jucâdu mémo efBf»inî. La difTëreoce de$dominaiioiiâ n^y fait rien; ce n'est pas parce qu'il sefaii avec I étranger que le cûmmerce extérieur est onéreux, ce ne peut tin qu'à raifiou de réloiguement* Le comuier ce de Pétersbourg avec le KaiutÂ* cbatka est uo cooimerce très désavantageux, quoique ces deux €ontréc^ soienl Sûumi£K!Sà la tnéme domination, et celui delà Proveooe et da Fi^iont e^t très protitable* Celui de Uunkerqneet de Kouen, avec la tlût" lande et rAngleterrt% est plus avantageux que celui decesdeux vili Marseille ou mente Bayonne.

leÉjjl^]

in. — Que l'intérêt d'une nation nt comiête qiw dam U b<m prix éeêm

productions.

Les productions ne naissent que pour être consommées : il n'importe par qui elles le soient, pourvu que ce soit à bon prix. Le commerce eitérieurn'enrichit donc pas plus une nation que la consommation intérieure : il l'appauvrit même en certains cas, comme je viens de le prouver; et en général le principal avantage qu'elle doit y chercher est de soutenir au-dedans le bon prix de ses productions.

Les gens qui n'ont jamais approfondi ni la source des richesses, ni l'ordre de leur distribution, n'apperçoivent dans le commerce extérieur que le montant des sommes vendues à l'étranger : ils ont peine à concevoir qu'une nation puisse s'enrichir par le surhaussement du prix de ses consommations, qui résulte de la liberté extérieure, parce que c'est & elle-même qu'elle paye, et que ce qui est bénéfice pour les uns devient dépense pour les autres. J'ai déjîi répondu à celle difficulté dans le 5 XFV du P"" chapitre de cet ouvrage ; je vais encore Péclaircir par quelques réllexions.

Il faut d'abord observer que cette bonne valeur, si désirable et si imporianlo à la prospérité d'une nalion, n'est pas une valeur excessive, ar-

bitraire et indéfinie '. C'est uniquement celle qui résulte de Texercice légitime des droits de liberté et de propriété. Si une nation en avait toujours joui pleinement, elle n'aurait rien à désiref^u-delà, et ne pourrait porter ses prix au-dessus de ce niveau: elle serait dans Tordre, et il ne faut pas prétendre mieux. Si^ après en avoir été privée depuis longtemps, elle recouvre la liberté des échanges, le surhaussement qu'elle éprouve dans les prix, par la suppression des obstacles factices qui les rendaient trop vils et trop variables, ne fait que lui restituer ce qu'un régime désordonné lui avait fait perdre, et la rétablir dans l'ordre naturel et dans la jouissance de ses droits essentiels.

Mais, dès que le prix de la liberté est conforme à l'ordre, il contient non-seulement l'intérêt des propriétaires, mais celui de tous les citoyens, et n'est au désavantage de personne.

En effet, il faut considérer que personne n'achète qu'au moyen d'une vente précédemment faite; le propriétaire, le fermier, le journalier, le marchand , le voiturier, l'artisan, le rentier sont chacun vendeurs. Il n'est pas besoin de prouver que les vendeurs des productions sont intéressés au bon prix. Mais ceux qui sont vendeurs de travaux et de services ne le sont pas moins ,parce que le prix de leurs travaux se règle sur celui des productions, et que ne faisant pas naître eux-mêmes leur rétribution, la somme des salaires qui peuvent être dépensés en leur faveur, est déterminée par celle de la reproduction dont l'état dépend de la valeur en première main '. Plus cette valeur sera maintenue à son taux naturel par la liberté et la facilité des échanges, plus il y aura d'occupation pour le trafic, de débit pour les manufactures, de travail pour le journalier, de consommation en tout genre, de sûreté pour le payement des rentes, de salaires pour tous ceux qui n'ont que leurs bras, de secours pour l'infirme et pour l'indigent.

On opposera peut-être que l'abondance pourrait suppléera la valeur, et enrichir également la nation. Mais il est une connexité nécessaire entre ces deux choses : l'abondance sans la valeur n'est qu'embarras, surcharge et pauvreté; et l'on ne peut parvenir à une abondance durable et soutenue que par une valeur constante.

On ne peut pas dire non plus que, lorsque la valeur maintenue par la liberté aura fixé l'abondance parmi nous, la quantité des denrées en fera baisser le prix; car l'effet de ces deux causes réunies sera de répandre une aisance générale dans la nation , et de faire naître des hommes qui auront la faculté de consommer. D'ailleurs, dès qu'on suppose la liberté

« V. ch. I,$i5.

* V. Qiicsnay, 18' et 19*' Mtitnmes générales.

âu-dfidans el au-dehorB, les prix ne peuvi^ot baisser au-dessous do pri| commun éxMl par lûcour^ eiilre les oattongcommerçantef^; Us nepet^ vent nor» plus ni ne doivent rexcéden Lo Itiit doit donc être cl'atteîitdr h ce point i^ar le aïo^n de la liberté al de rimmunité du coinnieiix, afin de parvenir h rabondancaj*" des producttoni^, 2:" des bommes, d'oiî suivra eiicori: plus de consommation, plus de ricliesses, plu ^ de pûpubtion. Tel est Tétai de prospérité oii arrivera une nalion agricole, quand aucmio cause étrangère ne Ten empêchera; quand rien ne s*opp4»scra à raccroissemenl du revenu^ îi la liberté des échanges, à la grande cop* sommation des denrées, k la ciitttire de toutes les productions que le territoire peut fournir; quand la propriété des ricbessesd'exploitaLioo sera aussi respectée que la propriété des terres; quand il n'y aura pom de charges indirectes cjui retotnbeut au double sur le revenu, (juanJ Tordresocial gouvernera tous les rapports de la société.

IV — Que l'intérêt des natiom est t intérêt du commerçât ^ trêsdisiimi IHntérét des agents du commerça V

Les erreurs dans lcs4]uclleâ on est tombé ne viennent que dec^^^qa^oir

a conlomlu ces deux inlcrcts, el de ce qu'on a f;iit prévaloir Pintérét subordouné k l'intérêt principal, celui du (ru fie k celui du commercé^ celui des nations^ celui de eaux qui les servent dans leurs commuaicâtiani*

L'idée complexe qu'on a iHtariif^i^ 'i ^-«^ mol, qu*on emploie rgnlcnn^nt pour exprimer le commerce de propriété, qui est celui des nations, el rexcrcice du commerce de revente, a induit à confondre les choses mêmes, el les intérêts qui sont très différents. L'intérêt des nations consiste a être servies aux meilleures conditions possibles dans leurs ventes et dans leurs achals, par le moyen de la liberté dans les échanges et dans les moyens d'échange : celui des agenls de cette communication en est aussi distinct que rinlérêl de celui qui est payé est différent de rinlérêt de celui qui paye. Les agents du commerce, qui ne gagnent que sur les frais de réioignement el sur la différence de Tachai à la revente, font effort pour multiplier leurs bénéfices, tant au détriment de la valeur première qu'en surhaussement de la revente, ou en renchérissement du transport, et deviennent par cela même ennemis de la concurreuce el avides de privilèges. Ce n'est certainement pas là l'inlérél des nations, qui consiste dans la valeur des productions porléesà leur prix naturel, el dans la réduction des frais. Tous les intérêts sont ren-

* V. Mercier de la Rivière, ch. 12; Tabbé Baudeau, ch. 5, art. 5 ; el Quesnay, dans ses Dialogues sur le commerce et sur les travaux des artisans.

fermés dans celui-là; et quiconque prétend en faire valoir un autre, agit centre le véritable intérêt national, qui même, lorsqu'on porte ses regards au-delà du cercle étroit de telle ou telle profession en particulier, renferme essentiellement rintérétde la classe salariée prise en masse. En effet, plus la reproduction sera abondante (et la liberté des échanges est une condition essentielle de la culture), plus il y aura de salaires à distribuer, de productions à fabriquer et à voiturer.

Rien n*est si évident que la distinction à faire entre le commerce elMe service du commerce. I/échange lui-même n'enrichit pas les nations, il ne fait que remplir leurs besoins; et Ton a pris pour une cause de richesses les moyens par lesquels il se fait, les bénéfices et les frais qu'il occasionne, le mouvement qu'il excite'; et, comme ce mouvement est très rapide dans les ports ou se rassemblent les marchands et les voituriers, où s'accumulent une grande partie des frais et des bénéfices, c'est là qu'on a vu le siège du commerce, sans faire attention d'où partait et où aboutissait ce mouvement. On a ainsi oublié les deux termes essentiels, le producteur et le consommateur, dont on a compté l'intérêt pour rien ; et l'on a attribué au commerce de revendeur ce qui n'est vrai que du commerce de propriété, ou ce qui n'est vrai du premier que relativement au second, et en tant qu'il en est un moyen.

Dès-lors l'intérêt du commerce a été concentré dans celui de ses agents; il n'y aurait en cela qu'une inexactitude dans les idées sans inconvénient réel, si l'on n'eût pas distingué entre ces agents, et qu'on les eût considérés sans prédilection. La concurrence entre eux les eût forcés de servir les nations aux meilleures conditions possibles. Mais une avidité aveugle et mal calculée a suggéré une idée bien plus fausse. Les nations se sont persuadées qu'elles pouvaient se réserver à elles-mêmes les frais et les bénéfices du trafic. La chose parait difficile. Comment faire pour que ceux qui payent un salaire gagnent eux-mêmes ce salaire? Cela ne se peut d'homme à homme : on l'a imaginé possible pour une nation qui n'est qu'une collection d'hommes, et l'on a cru en avoir trouvé le moyen, en excluant les étrangers pour ne se servir que des agents domiciliés, du moins le plus qu'il est possible.

L'intérêt national s'est donc transformé dans celui des agents nationaux. Ce n'est pas le service en lui-même qu'on a considéré à l'effet de le rendre moins cher, c'est le domicile de ceux qui le rendent. On a dislinj»ué un commerce actif qu'une nation fait par ses voilures, et un commerce passif qu'eWe laisse faire par des voituriers étrangers, ce qui est, dit-on, très désavantageux pour elle. On n'a cessé de dire qu'une nation ne peut trop favoriser son commerce; et cela veut dire qu'elle ne peut trop ïjréjudicier à son commerce par des exclusions en favear des

$1i) LE TUOS?fE,

au-dcdanscl au-dehors, les prix ne peuvent baisser au-dessous du prit coniDum *Habli par Iccoutîî eulre \m naiiouscommerçanles; ils oepeu* vent non plus m ne doivent rescéder. Le but doit donc élred'âlleiDdre h ce point par le tuofeti de la liberté et de Timmunité du eommeree, afin de parvenir àraboudâneef i^'des productions,^ des hommes, d'ojk suivra encure plus de consomma Lion, plus de richesses, [ilus de (lopub* tion. Tel esifetalde prospérité où arrivera une narion agricole, quand aucune cnme elrangère ne Ten empêchera ; quand rien ne s'opposer» à raccrotssenieut du revenu, à la liberté des échanges, à la grande cwsommation des denrées> h la culture de toutes les prod ne lions que le territoiro peut fournir; quand la propriété des ridiesses d*exploilation sera aussi respeciée que la propriété des terres ; quand il n*v aura poîui de charges indirectes qui retombent au double sur le revenu, quaoj Tordre social gouvernera tous les rap[>orts de la société.

IV — Que l'intérêt da^ nationê e^i ^intérêt du comm€re$^ trêséUimcii tintérét des agents du commerct *,

Les erreurs dans lesquelles on est tombé ne viennent que de cequ^c a confondu ces deux intérêts^ et de ce iju'ou a fait prévaloir rintérêl su bordonné Si T intérêt principal^ celui du trafic ii celui du commercé^ celui des nations k celui de ceux qui les servent dans leurs commiiQÎeattons. L'idée roii(nîr\i^ i|nV>Ti ;i attachée ^i *(■ mol, qu'on emploie égatemefit pour exprimer le commerce de propriété, qui est celui des nations, et Texercice du commerce de revente, a induit à confondre les choses mêmes, et les intérêts qui sont très différents. L'intérêt des nations consiste à être servies aux meilleures conditions possibles dans leurs ventes et dans leurs achats, par le moyen de la liberté dans les échanges et dans les moyens d'échange : celui des agents de celte communication en est aussi dislincl que Tintérêl de celui qui est payé est différent de rinlérêl de celui qui paye. Les agents du commerce, qui ne gagnent que sur les frais de réloignemenl et sur la différence de Tachai à la revente, font effort pour multiplier leurs bénéfices, tant au détriment de la valeur première qu en surhaussement de la revente, ou en renchérissement du transport, et deviennent par cela même ennemis de la concurrence et avides de privilèges. Ce n'est certainement pas là Tinlérél des nations, qui consiste dans la valeur des productions portées a leur prix naturel, et dans la réduction des frais. Tous les intérêts sont ren-

' V. Mercier de la Rivière, ch. 12; Tabbé Baudeau, ch. 5, art. 5 ; cl Quesnay, dans ses Dialogues sur le commerce cl sur les travaux des artisans.

fermés dans celui-là; el quiconque prélend eu faire valoir un autre, agit cenlre le véritable intérêt national , qui même, lorsqu'on porte ses regards au-delà du cercle étroit de telle ou telle profession en particulier, renferme essentiellement rintérêt de la classe salariée prise en masse. En effet, plus la reproduction sera abondante (et la liberté des échanges est une condition essentielle de la culture), plus il y aura de salaires à distribuer, de productions à fabriquer et à voiturer.

Rien n*est si évident que la distinction à faire entre le commerce er le service du commerce. L'échange lui-même n'enrichit pas les nations, il ne fait que remplir leurs besoins; et Ton a pris pour une cause de richesses les moyens par lesquels il se fait, les bénéfices et les frais qu'il occasionne, le mouvement qu'il excite.; et, comme ce mouvement est très rapide dans les ports où se rassemblent les marchands et les voituriers, où s'accumulent une grande partie des frais et des bénéfices, c'est là qu'on a vu le siège du commerce, sans faire attention d'où partait et où aboutissait ce mouvement. On a ainsi oublié les deux termes essentiels, le producteur et le consommateur, dont on a compté l'intérêt pour rien; et l'on a attribué au commerce de revendeur ce qui n'est vrai que du commerce de propriété, ou ce qui n'est vrai du premier que relativement au second, et en tant qu'il en est un moyen.

Dès-lors l'intérêt du commerce a été concentré dans celui de ses agents; il n'y aurait en cela qu'une inexactitude dans les idées sans inconvénient réel, si l'on n'eût pas distingué entre ces agents, et qu'on les eût considérés sans prédilection. La concurrence entre eux les eût forcés de servir les nations aux meilleures conditions possibles. Mais une avidité aveugle et mal calculée a suggéré une idée bien plus fausse. Les nations se sont persuadées qu'elles pouvaient se réserver à elles-mêmes les frais et les bénéfices du trafic. La chose parait difficile. Comment faire pour que ceux qui payent un salaire gagnent eux-mêmes ce salaire? Cela ne se peut d'homme à homme : on l'a imaginé possible pour une nation qui n'est qu'une collection d'hommes, et Ton a cru en avoir trouvé le moyen, en excluant les étrangers pour ne se servir que des agents domiciliés, du moins le plus qu'il est possible.

L'intérêt national s'est donc transformé dans celui des agents nationaux. Ce n'est pas le service en lui-même qu'on a considéré à l'effet de le rendre moins cher, c'est le domicile de ceux qui le rendent. On a disiinf»ué un commerce ac(t/ qu'une nation fait par ses voitures, et un commerce passif qu'eMe laisse faire par des voituriers étrange rs, ce qui est, dit-on, très désavantageux pour elle. On n'a cessé de dire qu'une nation ne peut trop favoriser son commerce: et cela veut dire qu'elle ne peut trop i^réjudicier à son commerce par des exclusions en faveardes

072 ^^^^ LE TROSSE.

agents natioaaux. On a dit : pui$qm la iif^êné du é h tmiion^ elk doit m userpfmr eik^mêmcet se laré$&mirp&rd$$ésediê^ tjof» « c*esUk^dire, qu'elle doit &e servir de la liberté de sod coDQmefCe pour exclure la liberté de soo commerce '.

Cepeiiflaot ritilérét du commerce et celui de ses agents soot non-geutement très dts^liticts, mais coutraires*

L'iotérél du commerce est riotérêt de ceux qui Tout Je eamaierce, qui vendent et qui acliètent pour consommer; et il est inséparable de la lî berté et de laœucurreiice, qui réduisent les frais au taux indispensable du prolil dos deux parties qui eoniracteul par des tiers interposés*

L'iutérét des agenls du commerce se subdivise; celai du négocianl est de faire un grand béoéficc entre Tachât et ta revente^ et pour eeb d'acheter îi bas prix et de revendre cher* L'iutërét du voiturier consi^ dans tes frais du transport, et en conséquence il se trouve en opposition, non-seulement avee riutérét du commerce, mais encore avec Tintérél da négociant qui remploie^ et qui |irévoJt d'autan! plus de bénéfice, qu^9 pourra égargner sur les frais.

Qm pourra concilier tous ces intérêts? La liberté entière, la coiicur^ rence indétinie entre tous les marchands et tous les voituriers^ KIte em donc due de droit rigoureux à ceux pour le compte el le service desquels se fait le commerce. La restreindre pour favoriser les agents nationau e^est sacrifier rintérôt principal k un intérêt subordonné; cependant, quelqu'un doit remporter, c'est celui de la nation, puisque cVst elle qui paye et supporte les frais; ou plutôt aucun intérêt légitime ne doit être sacrifié. C'est à la concurrence à dicter souverainement la loi.

Sans doute, on peut, par le moyen de l'exclusion, procurer un plus grand bénéfice aux agents nationaux , mais ce ne peut être qu'au préjudice de la valeur et du commerce en lui-même, que l'on confond avec l'intérêt du commerçant. Cependant l'un n'est pas l'autre : celui d'un tel négocianten particulier est le sien. Celui de tous les négociants regnicoles prisensemble, quoique bien plus étendu, n'est pas exclusivementcelui de la nation ; car, en fait de commerce extérieur, les regnicoles ne sont pas les seuls agents nécessairesd'nne nation, et s'ils prétendent lui persuader qu'il lui soit avantageux d'exclure tous les autres, ils lui font illusion.

V. — Qtte les gains du Commerce sont très personnels d ses agents, sans qtie les nations puissent y avoir aucune part.

Une nation ne gagne rien h concentrer chez elle les gains et les frais * Cet argument est un de ceux qu'on me faisait lorsqu'en 1765 et 1769 j'écrivais

du commerce, car les profits faits par les agents domiciliés chez elle ne lui appartiennent pas plus que ceux faits par les étrangers; mais l'exclusion lui fait perdre une partie des avantages de son commerce.

Relativement k la communication des biens, toutes les nations doivent se regarder comme n'étant composées que de vendeurs et de consommateurs, et comme n'ayant qu'un intérêt commun, qui est d'être servies aux meilleures conditions possibles dans leurs ventes et leurs achats. Les agents du commerce extérieur, quels qu'ils soient, forment une classe particulière répandue au milieu des nations, qui, par la nature même de sa profession et l'emploi de ses richesses, est cosmopolite; qui porte ses combinaisons partout où elle espère des bénéfices; qui, sans s'attacher k aucune nation en particulier, les sert toutes à la fois, puisqu'elle n'achète à l'une que pour revendre à l'autre '.

C'est ainsi que les nations doivent traiter le négoce extérieur, l'envisager du côté de l'utilité qu'elles en tirent, ne favoriser aucun de ses agents en particulier, mais les admettre tons, et les inviter h faire valoir ses denrées; car c'est par sa profession, et non par son domicile, qu'un négociant doit être considéré. L'étranger qui emploie ses capitaux au service d'une nation, ou qui Toiture pour elle, la sert aussi utilement que s il était domicilié : il est forcé de se conformer k la loi des prix ; et cette loi est d'autant plus favorable à une nation, qu'elle jouit d'une liberté plus entière «.

Le patrimoine des nations est leur territoire; elles n'ont rien à prétendre au-delà : c'est à elles k le faire valoir par la culture, soutenue de la liberté des échanges. Les richesses qu'il produit sont vraiment nationales, et les seules qui soient contribuables k la chose publique, les seules qui présentent une ressource assurée et toujours renaissante.

Le patrimoine des agents du commerce consiste dans les frais et les bénéfices qui leur sont payés par les nations. Ils participent donc aux richesses des nations, et les nations ne participent pas aux leurs. Les avantages qu'elles retirent du commerce extérieur sont absolument indépendants du domicile des agents; ils sont relatifs k la liberté plus ou moins grande et k la facilité de la communication, et jamais aux richesses des agents domiciliés, qui sont tout aussi étrangères au territoire qu'ils habitent, que celles des agents établis ailleurs. En effet, leur fortune n'a ni patrie ni domicile ; elle est dispersée de toute part, elle circule partout

en laveur de la concurrence, et combien ne m'en a-t-on pas fait d'autres de la même force ? Voyez le ion ma/ du Comwieree de 1765 et 1766.

* V. Quesnay, p. 159 et 177 de ce volume.

* Smith pensait de même. V. p. 569, en note.

oii I^s affaires la portent^ el sert [*;ti^ la iiithne opi^râlion deux nations à la fois. Cotuniciit donc la soumeliœ ;i Timpd», el sur quelle base la foire conlribuer? ïtelraDchor sur la rolrikifiati due k iiti service, c'est n-ncliérir le st^rvice, et ce readiérissemem sera supporté par cem qui h payeiil. Imposer les iiiarchaudises ellps-memes n*est pas imposer cetiii qui les indique et le3 voilure, mais le premier vendeur et le consoriia»^

leur.

Cesl doaeuoe gi-ande méprise de grever k service des étroi pour Tavoriser les agents nationaux, daiï^ respérauci? de partager Iwir bénéfices : car il eu résulte une double perle- Vous force* rétrangerà renchérir &on service, el quoique le repriieûle irait pas la même cliargt h payer, il en profite ]mur mettre le sien au même tauK.

Si les gènes que les nationf^ meltcnt à leur commerce sont réciproque!!, la perte csl respective; et celle qui en met le moins est celle qui souBh^ h moindre préjudice. Dès que ce sont les nations qui supportent etp»?^ tagent su rieurs venteii et leurs achats les frais du commerce, ce sontel1e$ qui en suppartciH le rencbérissemenl. Il ne leur importe donc par qui ces trais et les bénéUces soient gagnés; mais ce qui leur importe intiu:ment, c>$t qu'ils soient réduits au taux le plus ba$, et ta pleine conciirrence est le seul moyen d'obtenir cet avantage*

Si donc il est intéressa» i pour une ualioo d'avoir des gens qni ta servent dans sa communication avec ^s voisins, le domicile de cm ntiles ii^îeuts lui est parf:jilenient indidércul; cl, sans qu'il soit besoin qu'elle favorise a son préjudice ceux qui habitent chez elle, elle peut être assurée de n'en pas manquer; partout où il y aura des rétributions, les hommes s'empresseront de les gagner. Mais, plus la concurrence sera libre, plus les rétributions seront mises au rabais. L'intérêt des nations consiste donc dans cette concurrence.

En effet, analysons la différence qui se trouve du prix de l'achat à la revente. Le prix de la première vente est simple; il passe directement et tout entier de la main de l'acheteur dans celle du vendeur. Le prix de la revente est composé, 1*" du prix originaire; 2^ des frais ; 5° du bénéOce du négociant.

1** Le prix originaire renferme tout l'intérêt de la nation qui vend , car c'est lui qui décide de la somme du revenu, après avoir assuré la rentrée des reprises. Or la liberté du commerce, la réduction des frais, la concurrence entre les voiluriers contribuent certainement à rendre ce prix plus favorable; et l'application de ce principe au commerce extérieur est d'autant plus imporlant, qu'on doit le rechercher principalement par rapport a son influence sur la valeur en première main. Si la najlion a besoin des marchandises du dehors, son intérêt est également

sensible de ne les payer qu'au moindre prix possible : il ne s^agitquede savoir si la concurrence est un moyen de l'obtenir.

2° Les frais du commerce sont payés et partagés par les nations rieur intérêt évident est donc de les réduire. Dira-t-on qu'il résulte de cesfrais une consommation utile, et que les nations trouvent un avantage kse la réserver par Texclusion des étrangers? D'abord, c'est un bien faux calcul pour les nations qui n'ont d'intérêt qu'au prix en première main, de consentira perdre sur ce prix pour concentrer chez elles le gain de ces frais. La consommation sans doute est utile k ménager; mais une nation qui jouit de la liberté entière du commerce n'a rien à désirer k cet égard. D'ailleurs, c'est la totalité du commerce extérieur qu'il faut considérer; or, plus il sera libre, plus il s'étendra et occasionnera de consommation, que les nations partageront entre elles, et fourniront tour à tour. Enfin, les frais faits par l'étranger se font en grande partie dans les ports d'une nation : il ne peut venir acheter et charger chez elle, sans y répandre des salaires et y dépenser.

5"" Les bénéûces du commerce sont propres k ceux qui les gagnent. Les nations n'ont rien k y prétendre : elles ne peuvent les soumettre a la contribution que d'une manière fictive, et qui leur est plus onéreuse que profitable. Quant k la consommation personnelle de l'agent regnicole, cet avantage, nul d'abord en lui-même par son peu d'importance, le devient absolument dans l'état de pleine liberté du commerce, parce que la nation qui en jouit n'a point k s'inquiéter par qui se consomment ses productions ; elle est assurée non-seulement du débit, mais du bon prix. Dira-t-on que les richesses des agents regnicoles peuvent intéresser une nation, en tant qu'ils lui prêteront dans l'accasion ? Mais l'étranger en aurait fait autant, et prêter n'est pas donner. D'ailleurs, une nation bien gouvernée ne doit jamais employer cette ressource, qui grève le revenu public, et tend k la jeter dans des dépenses supérieures k ses moyens. Dans le cas d'un vrai besoin, les propriétaires fonciersdoivent contribuer par une subvention passagère.

Si l'avantage d'être servi préférablement par des agents rcgnicolcsest nul sous tous les rapports; s'il cause au contraire une perte réelle, lorsqu'on l'achète par des exclusions ; il ne mérite pas plus de considération en l'envisageant comme un moyen d'introduire de l'argent dans une nation, et d'en augmenter la masse. Le rechercher par ce motif, c'est donner de la réalité au gain illusoire de la balance du commerce; c'est supposer que l'argent vaut plus qu'une valeur égale en marchandises, qu'une nation gagne k vendre plus qu'elle n'achète, etqu'il est plusutile pour elle que les retours se fassent en argent.

J'ai suffisamment réfuté celte erreur dans le § XXIV' de mon premier

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chapitre, le présenterai seulement une ob^T^lîon singulière sur spéciilalions de la balance du commerce; c'e^l que le& oéfrodaoU rapportent que le moins qu'ils peuvent Targeût en nature; ils necî cheot qu'à le convenir en marchandises, parce qu'ils sentent qu'il o' rien h gagner pour eux sur \m retour en urgent, au lieu qu'ils gagner sur des marchandises, ne fût-ce que la voilurt-', CepeiKbal sont parvenus k se faire, auprès des nations chez lesqueUe» ilsdeiDesT^il un grand mérite de œlte iolroduclion d^argent. IIb ronl Uni répété qu'ils sont venus k bout de persuader au^ nations qu*ils les cnrichkSÊDL par fà, et que ces retours en argent tournent au prolit national. Ils ort dit eu conséquence : il faut nom priviié^ier^ cV** nom qui app<rrtms A fargmî ; hs éirangen tamporUrtiient , 1/ faut les exclura ; et Ton a du les étrangers. Cependant qu'importe k une nation la manière dontJ marchand fait ses retours? H ne lui donnera pas pour rien Targeol a rapporté* Dira->t-on qu'il l'emploiera à aclieter ses produetioits? Miif dans un état de liberté Télranger les aurait achetées utissî bien el encan mieu)Ci et il n'importe avec quel argent elles smenl payées, li'ailletJrt. Il marchand domicilié ne les achètera pas moins, qooiquHI ail &it sesr^ tours en marchandises, qu'il convertira en argent, et il aura fait im double service, puisqu'il aura rapporté des choses propres àlajoui&' sance- il Tant même remarquer qu'on commerce dont le^ retours sefcraicnttoujoursen argent, deviendrait onéreux h la nation par cela ievL Car, comme il n'y a rien à gagner surce retour, il faudrait qu^ïtou^ les frais et bénéfices de ce commerce portassent en entier sur l'exportation de ses productions, au lieu de se partager sur l'allée et sur le retour.

VI. — Qtie tiniéréi d'une nation quivend^ n'est autre que Vintérêî Jtw propriétaire^ et que celui d'une nation en tant qu'elle achète au^ekiprs^ n^est autre que Vintèrêt du consommateur.

L'intérêt d'une nation ne peut donc jamais se confondre avec Tintérét des agents de son commerce ; il en est séparé sous tous les rapports. Sans doute une nation agricole est en même temps commerçante, en ce sens qu'elle a beaucoup à vendre et k acheter; et c'est par cela même qu'elle a le plus grand intérêt d'être servie dans ses achats et dans ses ventes aux meilleures conditions possibles. Elle est commerçante comme l'est un grand propriétaire. Elle renferme à la vérité, dans son territoire, des gens qui, pour gagner des rétributions, s'entremettent dans ses échanges, et qu'elle paye à raison de ce service. Mais leur intérêt ne peut

' V. plus haut, ch. 4, § 2, en note.

jamais s*ideDiiQer avec le sien, ni être rois en parallèle ; et, comme il existe ailleurs des gens qui offrent de rendre le même service, il est bon, il est utile, il est juste de les admettre, parce que leur concurrence est propre à diminuer les frais K

Ce principe n'est contredit par personne, lorsqu'il s'agit du commerce intérieur : les négociants d'une province et les voituriers ne seraient point admis à solliciter des impôts et des exclusions contre ceux des provinces voisines. Comment ce même principe deviendrait-il faux, dès qu'il s'agit du commerce extérieur? N'est-il pas absolument indifférent que les agents de la communication soient citoyens ou étrangers, qu ils parlent telle ou telle langue, qu'ils soient soumis personnellement à telle ou telle domination ? Qu'importe k un propriétaire de Berri, que ses laines soient manufacturées en Berri, en Languedoc ou en Piémont? Qu'importe à un propriétaire de Bourgogne que son vin soit bu dans la Flandre autrichienne ou dans la Flandre française, et qu'il soit voiture par un étranger ou par un regnicole? Tout ce qui l'intéresse, c'est de ne rien perdre du prix possible de sa denrée par le défaut de concurrence ; et par la même raison tout ce qui intéresse un consommateur est d'être servi à la meilleure condition possible.

En vain opposera-t-on qu'il vaut mieux faire son ouvrage par soimême, que de le laisser faire par les autres. Ce principe est bon en luimême ; mais son application n'est qu'une pure affaire de calcul : il s'agit de savoir si l'on peut tout faire sans inconvénient, et sans perdre d'un côté plus qu'on ne pourrait gagner ; il s'agit de savoir si, même en parvenant à tout faire, il n'en coûte pas plus cher. Ce serait une économie mal entendue que celle d'un laboureur qui voudrait faire sa moisson tout seul avec ses gens, et qui manquerait le moment favorable. Pour choisir une comparaison plus analogue à la matière présente, croit-on qu'une province fertile en vin entendit ses intérêts d'en défendre la sortie par tout autre voiturier que par ceux qui sont domiciliés dans la province, afin de leur conserver tous les salaires de la voiture, qui procurent une consommation très étendue? On lui répondrait ; le bien général de la province exige la plus grande liberté dans les communications; l'intérêt des propriétaires doit remporter sur celui des voituriers, et il consiste à épargner sur les frais de voiture pour avoir plus de produit net. Vos voituriers vont se prévaloir de l'exclusion pour vous (aire la loi ; vous payerez la voiture plus chère, au préjudice du prix en première main ; d'ailleurs, TOUS manquerez mille occasions de vendre : les voituriers étrangers qui vous apportent des marchandises, ou qui traversent votre province, char-

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