V. noa 5* Dii€ours «vr tordre social
LE TROSïfE
jj]dis[»enâable que loules les proflnclious abordent a la métropole pour y payer Timpôt, et qu'elles soient achetées et apportées par des r^ûtcoles; parce que les i^lrangers qu'on admettrait en concurreoce poarraienl en porter ailleurs une partie-
Je n'ai autre chose k répondre^ sinon que c'est jusliâer une faute par une autre faute ; que la métropole tireraîl infiniment plus de ressourr e de sescoloûies par un partage régulier du produit net des terres, que les co* long lèveraient eux-niéme&etsans frais^etquine nuirait point ii la valeur, que par une taxe sur les productions, qui préjudicie à la valeur, et q^^H oblige ensuite d'y préjudicier encore par des prohibitions de comroeree,^^
D'ailleurs, cette manière de percevoir Timpôt ne rend poiûl impossible la liberté du commerce, parce qu'au lieu de taxer les productions ;i rarrivée, on peut les taxer h la sortie; et même ceux des droits compris sous te nom de domaine éCOcHdmi ont été originairement établis sur la sortie: c'est pourquoi ils se payent même sur les productions réexportées de France à Tétranger^ tandis que ces mêmes marchândiset réexportées sont exemptes des autres droits. On pourrait peut-être éemander !i cet égard par quelle prédilection qou5 afTranchissotm la ûlHI> sommation des étrangers d'une partie des impôts pour ne grever que la »otre* La raison en est, d'une part, le désir de leur vendre; de Taulre^^^M persuasion où nous sommes que cet impôt ne porte que sur les cobnteSt^^ tandis que, dans le vrai, il porte presqu'en entier sur la métropole qui consomme, attendu que les colonies vendent leurs productions au cours qui a lieu entre les colonies qui ont les mêmes cultures.
m. — De rintérét que croit avoir la métropole d'interdire certaines cultures à ses colonies.
Pour me renfermer ici dans ce qui regarde particulièrement la France, ses colonies donnent des productions précieuses et particulières au climat. Mais est-ce une raison pour leur interdire d'autres cultures^ Si le climat n'y est pas propre, il est inutile d'interdire; s'il y est propre, le quid utilius est une affaire de calcul. Or, c'est h l'intérêt particulier à faire ce calcul. Le gouvernement ne doit jamais se mêler de la culture. H doit tenir pour principe invariable, l^que le droit de choisir est une suite de la propriété; 2* que l'intérêt personnel doit en être l'arbitre souverain. 11 n'a donc pas plus de droit ni d'intérêt de prescrire des lois aux colons sur cet objet, que de dire à tel canton du royaume, vous cultiverez du blé, et à tel autre, vous cultiverez de la vigne. Il doit avoir sa part dans le produit net; il ne lui importe dans quel genre il exisie. En vain dira-t-on qu'il n'est pas à propos de permettre qu'on oc-
cupe un climat qui peut donner des productions précieuses par des productions qu'on récolte en Europe. Cest faffaire de la colonie : si cela ne lui est pas utile, elle ne le fera pas; r^sez-vous sur son calcul, il sera toujours plus éclairé que le yôlre.
rV. — De Vintérét^ qu9 croit avoir la méiropole^ de se réserver exeluiivemefU éTapprovitùmncr ses colonies des productions de son territoire.
La métropole parait n*avoir d*autre objet, en interdisant certaines cultures k ses colonies , que l'avantage de les approvisionner elle-même. Cette prohibition suppose que sans cela Pintérêt de la colonie pourrait la porter k tirer elle-même de son territoire du moins une partie de ces productions.
L'intention de la métropole est donc de s'assurer un débouché toujours ouvert pour ses productions; elle connaît donc les avantages du débit et de la valeur, et elle ne craint pas que cette exportation nuise à sa propre consommation.
Cette manière de voir et d'agir, qui est vraie dans son principe, devrait, ce me semble, la conduire h la liberté du commerce extérieur. II parait contradictoire d'employer une double prohibition de culture et de commerce pour s'assurer un petit débouché, tandis qu'on se refuse en même temps à la communication libre et beaucoup plus à portée. II semble que le même principe, qui fait mettre tant d'importance à la consommation des colonies, devrait portera chercher, dans la liberté entière du commerce, un moyen de débit et de valeur bien plus étendu. Est-ce que la communication serait d'autant plus avantageuse, qu'elle se fait k des distances considérables ? Mais cela est an moins égal au producteur : il ne vend toujours qu'au cours, et le marchand qui achète pour les colonies lui paye le même prix que celui qui achèle pour l'intérieur.
Une nation ne doit être jalouse de vendre au dehors que pour faire participer ses productions au prix courant qui a lieu entre les nations commerçantes, et la liberté du commerce extérieur est le moyen d'atteindre k ce but; dès qu'elle en jouira, il lui devient indifférent où aillent ses productions, parce qu'elles seront toujours au prix où elles doivent être, et qu'elle ne peut pas désirer mieux.
Il faut, d'une part, que la totalité de la reproduction annuelle soit consommée, et elle Test au prix le plus favorable dans l'état de liberté; il faut, de l'autre, que les colonies soient approvisionnées des productions qui leur manquent, et le commerce universel remplira cet objet. Vous aurez dans ce commerce toute la part que vous donnera la con-
1016 LE TR6SNE.
curreijce; eU si i^ous ne le faites plus tout Êûtjer, tous vendrez atlleui» ce qtie vous auriei vendu à vos colonies ; tout ce qui doit vous inicre** , $er, c'esl que vous vendrez au prix de la liberté. fl
Vos colonies sont un petit cantoo dont vous vous réservez Tapproifi- " siontienient par des exclusions, sans doute comme un moyen de valeur et d'encouiagemeot de culture^ et il ne lient qu'à vous de danûeriuie bien autre étendue k votre commerce extérieur- Vous êtes jaloux de cuU fl lîver pour vous et pour vos colonies, et vous pouvez cultiver potir voos, ™ pour elles et pour tous les consommateurs qui voudront et pourront vous aclieter. Vous ménagez avec grand soin un filet d'eau, et vous né-^ ■ gligez un Heuve qui est à votre porlée, ~
Ne serait-on pas tenté de croire que vous n'avez en vue que de procurer des bénéfices et des salaires aux commci^çants el ans voiturien regnicoles, et que vous ne recherchez dans cet approvisionnement asclusil' que les frais? J'ai réfuté cette erreur assez au long dans les trots chapitres précédents pour me dispenser d'y revenir. Mais pour seoiif , rintérét qu'auraient vos colonies^ ainsi que vous-même, à la liberté de la culture et du commerce, calculez, s'il est possible, ou du naoins cod« sidérez combien il y a dans ce commerce de frais de transport. Faite attention non-seulement a Téloignement^ mais aussi a la masse des productions qu'il s'agit de voiturer. La presque totalité de la reproducliaq des colonies est destinée b passer en Europe, et la très grande partie tia' leur consommation leur est apportée d*Europe* Ceux ^ui croient vo'f des profils dans des frais, doivent trouver un grand avantage dans ces transports; mais il en résulte une grande surcharge aux yeux de ceux (|ui regardent les frais comme des dépenses supportées el partagées par les nations aux dépens de la valeur en première main et du prix de la revente, et qui pensent en conséquence que la liberté est très avantageuse, en tant qu'elle les réduit au taux indispensable.
Il est ericore un autre motif qui peut engager la métropole à interdire à ses colonies la culture des productions d'Europe, et surtout des grains : c'est celui de les tenir dans sa dépendance absolue parle moyen de la subsistance. Tout ce que l'on peut dire à cet égard, c'est qu'une bonne et sage administration, propre à maintenir l'exercice de tous les droits, et à procurer le bonheur social, paraît être le moyen le plus propre à s'assurer la fidélité d'une province éloignée.
V. — Examen des effets de cette lAerté relativement à [état du corn* mer ce extérieur de la métropole.
En tout état de cause, l'exclusion est préjudiciable aux colonies qui ont intérêt et droit à la concurrence dans leurs achats. Mais c'est ici
rintérét de la métropole que je discute : sous le régime de Tordre et dans le point de droit, il est inséparable de celui des colonies. Mais le propre du désordre est de diviser les intérêts, de les mettre aux prises, et de faire que Tobservation de Tordre qui était également favorable aux deux parties, ne Test plus qu*à une. Il arrive alors que la partie la plus puissante ne cherche plus que son avantage dans Téta! donné des choses, sans consulter celui du plus faible. Elle érige en maxime ce qui lui est le plus utile dans la circonstance, sans s'inquiéter si elle fait son bien au préjudice de Tautre, sans considérer même s'il ne serait pas un moyen légitime de procurer le bien commun.
Il est diflBcile de disconvenir que dans Tétat actuel, où le commerce extérieur de la métropole est grevé de tant de gènes et d'impôts , où même la sortie d'une des productions les plus importantes est absolument défendue , ou n'est permise qu'arbitrairement avec mille réserves et par intervalle, comme l'a été depuis 1764 la sortie de nos grains, l'approvisionnement des colonies présente du moins un débouché quelconque, qui ne vaut pas sans doute la liberté générale , que rien ne peut remplacer, mais qui contribue toujours à soutenir la valeur, parce qu'il est toujours ouvert et assuré. Tant que la métropole voudra rester dans cet état de prohibition, elle a sans doute à craindre que l'admission des étrangers ^ l'approvisionnement des colonies ne la privât d'une grande partie de ce débouché , dont rien ne la dédommagerait d'ailleurs. Dans cet état donné, on ne peut donc pas dire qu'elle n'agisse pas conformément à son intérêt, en excluant les étrangers de l'approvisionnement, ce qui entraîne leur exclusion pour la voiture des productions des colonies, parce qu'ils n'iront pas à vide et à faux fret pour ne faire que rapporter.
On doit en conclure, non que la liberté de l'approvisionnement soit préjudiciable en elle-même, mais que la métropole, en grevant ellemême son propre commerce, en se l'interdisant dans dés parties essentielles, en renonçant aux avantages du débouché libre et universel, s'est mise dans la nécessité de se réserver du moins quelque branche particulière.
C'est ainsi qu'une faute en amène une autre, et qu'une prohibition entraine une prohibition. C'est ainsi que ce qui serait sans inconvénient dans Tétat d'ordre, peut devenir nuisible dans l'état de désordre ; non en soi, mais par les circonstances; non absolument, mais relativement.
Il ne tient qu'à la France de faire cesser cette cause, indépendamment de la conduite des autres nations. Elle doit , et elle peut donner, sans aucun désavantage pour elle, la liberté des achats à ses colonies, dès
qu'elle se sera accordé à elle-niême ravaQie^e inesiiinable de la libefté 64 de l'immunité du commerce extérieur. Je ne dirai donc pas : la Franu doiî accorder ctttt liberté à êei eolùniûs ^ iùtsqu0 lu aulrês nadonêtum- Tonl donnée au^rleun; mais je dirai : la France doit (a leur donner, dis quêiie se sera donné à eUe~méme la liberté de son commerce ej^ériim; ce qui lui est libre de faire, quand elle le TOtidra, et ce qu'elle ne ffsi jamais assez tôt jiotir son avantage, ainsi que je Tai pronvë dans le dupitre précédent.
Ce n'est donc pas le principe en lui-même auquel j*apiïorie aurooe modifleation ; il est vrai dans toute son étendue; mais c'est son application à laquelle la métropole a fait naître des inconvénients par ses faul&
C*est ainsi que« dans rapplieatioo de la tliéorie à la pratique, tl Euu avoir égard aux circonstances, attendre pour faire an bien particulier qu'on puisse le faire sans inconvénient, ne guérir un mai qu'après avoir remédié à la cause^ et faire en sorte de procurer l'indemnité d'un cAaiH gement avant de Topérer. Par exemple, quoiqu'il soit démooiré^ dinsb théorie, que Fimpôl ne doit être établi que sur le produit net des terres, SI j'avais à tracer un nouveau plan d'assiette et de perception, je me tarderais bien d'appliquer d'abord les principes dans totHe leur étendie, et de proposer d'établir sur te champ toutrimpOl sur les propriétaires, avant de leur avoir fait trouver, dans raecroissement de leur revenu et dans la diminution de leur dépense^ les moyens de le payer sans &archarge cl même avec un grand avantage. Ce ne serait que *;nrrt^s'=;iïpment et par degrés que je le ramènerais sur sa base. Je tâcherais de faire voir que cette grande révolution d'où dépend la prospérité publique, la libération de l'État, et l'aisance de toutes les classes des citoyens, peut s'opérer en peu d'années avec prudence, sans convulsion et sans secousse.
VI. — De rintërêt, que croit avoir la métropole^ de se réserver exclusif ventent d^ approvisionner ses colonies des ouvrages de son industrie.
L'exportation des ouvrages d'industrie se réduit à la valeur des matières premières et du montant des consommations faites par les ouvriers. C'est une valeur changée de forme. Ce n'est que comme moyen de débit que ce commerce doit être recherché ; d'où il suit qu'il est inindifférent à une nation, qui jouirait de la liberté entière, du commerce, de vendre ses productions en nature ou sous cette forme, sauf l'avantage de la diminution des frais de transport. Je ne puis que renvoyer à ce que j'ai dit assez au long sur cette matière dans le chapitre V, et dans les § VII et VIII du chapitre VIII. J'en conclus qu'une nation qui établirait chez elle laliberléenlière du commerce extérieur, et qui en même temps déchargerait son industrie de toute gêne et de tout impôt, non-seule-
ment jouirait de la valeur la plus avantageuse possible pour ses productions, ce qui doit être son but dans le commerce de main-d'œuvre, mais n'aurait nullement à craindre la concurrence des étrangers, et les fournirait en contrebande, s'ils haussaient encore leurs tarifs pour s'en garantir. A plus forte raison conserverait-elle l'approvisionnement de ses colonies, où elle ne trouverait ni douanes ni tarifs.
Qu'on n'oppose donc plus l'inaction et la misère où se trouveraient réduits, par la concurrence étrangère, les agents de l'industrie qui travaillent aujourd'hui pour les colonies. Qu'on ne cherche pas à nous attendrir sur leur sort; qu'on ne nous les représente pas accusant une ingrate patrie qui méconnaît ses enfants, et leur préfère des étrangers, fuyant, avec leur famille éplorée, loin du sol qui les a vu naître ; et où iraient-ils donc pour trouver mieux que la jouissance entière de tous les droits de l'homme et du citoyen, la liberté civile, la pleine disposition de leurs facultés, de leurs talents, de leurs richesses, et l'immunité parfaite de leurs travaux?
VII. — De r intérêt^ que croii avoir la métropole^ JC interdire en tout ou partie à ses colonies la fabrication de leurs productions^ pour s'en ré-server la main-d'œuvre.
Je ne m'arrêterai pas à prouver que c'est une atteinte formelle portée à la propriété, qui renferme essentiellement le droit de disposer de la production, et d'en tirer tout le parti possible* Outre que cela est évident, c'est que ce rapport ne présente que l'intérêt de la colonie qu'on fait profession de regarder comme nul, ou du moins comme très subordonné à celui de la métropole.
Il s'agit donc d'examiner celui-ci, et il n'est pas plus difficile à découvrir.
Une nation, en tant qu'elle achète, doit se regarder comme composée de consommateurs, dont l'intérêt est toujours d'être servis aux meilleures conditions possibles.
Ou les colons auraient plus de facilité pour la préparation, ou ils en auraient moins. S'ils en ont plus, ils seront en état de donner la production préparée k moindre prix, et c'est un gain pour les consommateurs, c'est-k-dire pour la métropole ; ou ils en ont moins, et alors il est inutile de prohiber : leur intérêt, qu'ils connaissent aussi bien que personne, suffit pour les empêcher de le fkire. Mais la prohibition est une preuve qu'ils auraient l'avantage sur les fabriques nationales; elle est donc formellement dirigée contre l'intérêt de la «métropole, qui, en cette partie comme en bien d'autres, fait céder son intérêt évident à celui des agents de l'industrie et du commerce. Son intérêt est d'autant plus sensible en
HI20 W ■ * LE TflOSNE.
celte partie, que la fabricaliaii sur bs lieux épargoerait tioe grande partie îles frais de transport,
La source de cette erreur vient des fausiies idées qu'on a de rîndustriet et de ce qu'on prend des frais pour des profits.
J'observerai à cet égard que, puisqu'on croit devoir sacritîer Tintmi des consommateurs k l'avantage de la main-d*œuvre, ti paraîl contradictoire à ce principe de prohiber en France ia fabrique des eaux-de-m de sucre, et d'obliger de les réexporter à grands frais en ÏIol lande* oà] ou les convertit en eaux-de-vie qui se répaudeDldaos tout le Nord,
La raison physique de cette prohibition (car tout a sa raison) est qui cette eau -de-vie n'est pas bonne* Elle peut sans doute n'être pas aussi bonne que celle de vin ; mais il eu faut à tout pris ; elle serait bonne pour let vernis ; on la dit même préférable k certains usages, et la preuve qu>lle n'a rien de mauvais, c'est qu'on s'en sert dans tout le Nord, et qu*on en fait aux îles des liqueurs fortes,
La raison politique, c'est que le débit de ces eaui-de-vie unirait a valeur des eaux^de-yie de vin. Mais une propriété ne doit rien à u autre, et il est une autre cause qui préjudicie bieu autrement il la vdesr de nos vins et eaux-de-vie, et qui u'est pas diûicile h deviner.
Cest ainsi que, dès qu'on s'écarte de la règle invariable de Pordrc* tout devient incertitude, exception, variation, contradiction : on veutet 00 ne veut plus ; on ordonne, on défend, on favorise^ on empêche sans prin* cipe fixe.
Mais, dit-on, que deviendraient les citoyens de la métropole qui sont occupés à fabriquer les productions des colonies ? Ils feraient autre chose. Il s'agit de savoir s'il est également utile à la métropole et aux colonies d'épargner sur la main-d'œuvre et sur les frais de transport. Si cela est convenu, tout est dit; ou bien il faut admettre pour principe, qu'il est bon de rechercher les frais pour les frais, qu'on ne perd rien à les multiplier, parce que nombre d'hommes vivent sur cette dépense. Ainsi il fallait proscrire l'imprimerie qui a ôté le travail h bien des copistes, et les métiers de bas qui ont supprimé en grande partie la fabrique du tricot.
VIIL — Derinlérêt, que croit avoir la métropole, de se réserver la voilure des productions de ses colonies.
Tout se tient en celle matière. La métropole a cru qu'il était de son intérêt d'approvisionner ses colonies de ses productions et de sa maind'œuvre, dès-lors il était indispensable que les ventes de la métropole aux colonies se fissent par les voituriers regnicoles; et il s'en est suivi
pour les colonies toute la perte qui résulte du défaut de concurrence ; dès-lors aussi, indépendamment de Tintérét de l'impôt perçu en France, il était indispensable que les retours se fissent par les mêmes voitures, et il s'en est suivi pour la métropole tous les désavantages du défaut de concurrence, ou plutôt la perte sur Tallée comme sur le retour s'est parpartagée entre la métropole et les colonies, tant en diminution sur le prix en première main, qu'en renchérissement sur la revente. Je n'ai rien à ajouter à ce que j'ai dit dans les deux chapitres précédents sur les effets de la concurrence dans le transport, et sur l'intérêt qu'ont les nations à la réduction des frais.
Quoi qu'il en soit , il n'est possible d'admettre la concurrence dans la voiture, que par suite de la liberté du commerce.
IX. — De rinlérét^ que croit avoir la métropole^ de ne permettre à ses colonies d'acheter des nègres que des agents nationaux.
Je n'examine point ici dans le point de droit la nature de ce commerce. Est-il permis d'acheter des hommes pour les réduire à l'esclavage ? Est-il permis de favoriser et d'entretenir par ce commerce tous les crimes auxquels se portent ces nations barbares, et les guerres qu'elles se font continuellement pour y fournir? Les Européens voudraient-ils qu'on les traitât de même? La justice est-elle applicable aux relations entre les Européens et les Africains ; ou bien la différence du blanc au noir exiget-elle d'autres principes et une autre morale? Tout cela n'est pas de mon sujet.
Je ne considère les nègres que comme des animaux servant k la culture; et il en est bien d'autres qui ne les considèrent pas autrement Or, cela posé, l'intérêt des colonies qui emploient ces animaux, est de les acheter au moindre prix possible : il est notoire qu'elles les achètent beaucoup plus cher des négociants français qu'elles ne le feraient dans l'état de concurrence ; la preuve en est la contrebande ou interlope qui a lieu en cette partie.
Mais ce renchérissement des ins^truments renchérit les frais de culture, diminue le produit net, et la part que l'Etat devrait y avoir : il renchérit en même temps les productions qui sont les fruits de cette culture. Il est donc aussi contraire aux intérêts de la métropole qu'à celui des colonies : il produit le même effet que si, par le moyen d'une exclusion, les laboureurs voyaient les chevaux renchéris de 50 ou 100 liv.
Cette perte de la métropole et des colonies est-elle le moins du monde compensée par l'avantage de concentrer tous les bénéfices et les frais de ce commerce dans les agents regnicoles? On le croit, et c'est cette per-
1922 tK TROS?fE
suasioa qui est le motif de cette e&elusion et de lûutes les autres. Vm siilVisamraent réfute cette erreur, cimp. VU, § V '.
CO^XLtîS10N DE CET OUVRAGE*
J*âi môDlré dans cet ouvrage quelles sont les cmms de la ialéor^<| goi! influence sur le revenu et la prospérité d'une nation ; 'f^\ ééittmmé les fonctions de Targenl, la source et les efîelii de la lireubtion: f^ établi la natnre des travauiL de riuduslrie et du commefce , leur ulÛilé par rapport a nos hesoiuâ; mais leur &tvrî)ité absolue, quant h t'aecrob» situent des richesses,
D^ces vérilës développées et considëréessous tous leurs rapports, j*ai tiré la conséquence de f unité dêCinîér^t $ùcial cl de** conformité €m teshis de ta justice : principe de la plus grande lécondilé, r]t]i décide t«etestes qnestionâd'éconouiJepotiti(]ue^ qui dissipe tougies jinjug^qB fie soudre ûi exc^ptiofi ni modification, qui présente aux adnaiiii^n* teurs un point Hve etinvarialile^ sans lequel il n'existerait point d'ordre social ni de règle certaine pour procurer le bonheur des hommes réank
Llijtéiél des classes du commerce et de rindustrie serait contraire à 11 ntérét social, s'il pou^^aitetre envisagé séparément. J^ai danctmlé de ritilérét de ces deu\ classes, en prouvant qifil est esseuiJelleuiait reDleruié dans celui de la reproduction; que vouloir te procurer paf des moyens contraires au bien de la culture, c^est vouloir TefTet smsb cause; que, comme ces travaux, loin d'accroître les richesses, sont uo objet de dépense , la nation qui les paye a intérêt d'en réduire les frais, et par conséquent d'assurer la plus grande liberté à leurs agents, et de ne les assujétir à aucune contribution.
Tel est le mal que souhaitent k ces deux classes les philosophes qui font profession d'enseigner les lois de l'ordre social : puissent-elles ne jamais trouver de plus grands adversaires ! Et l'on ne cesse de dire que ces philosophes ne connaissent point de patrie, qu'ils sont indifférents au sort de leurs frères, qu'ils font profession d'aimer tous les hommes pour se dispenser d'aimer plus particulièrement leurs concitoyens : on leur reproche de ne s'occuper que de l'intérêt des propriétaires, sans doute parce qu'ils demandent que tout l'impôt soit reporté sur eux, et qu'ils prouvent que cela doit être. On les accuse d'être les détracteurs du commerce et de l'industrie, sans doute parce qu'ils sollicitent en faveur de ces travaux la liberté et l'immunité; parce qu'ils démontrent que n'étant nullement productifs de richesse, mais un pur objet dedé-
' V., sur le régime colonial actuel, les trois dernières et savantes leçons du Cours déconom, polù. de M. Rossi.
peDse payée par la reproduction, ils ne sont pas imposables. Et des gens faits pour penser ^ s'attachent à la dénomination de stérUes donnée à ces travaux : ils s'effarouchent comme des enfants d'un mot qu'on a expliqué cent et cent fois, qui n'a rapport ni à l'importance ni a l'utilité reconnue de ces travaux, mais qui ne sert qu'à exprimer la différence phytique qu'il y a entre tirer de la terre par son travail et le bienfait de la nature des productions qui n'existeraient pas, et recevoir pour prix d'un service quelconque des productions qu'un autre a fait naître.
Hais ces philosophes savent aussi que, ces travaux étant un objet de dépense, l'intérêt de ceux qui payent cette dépense est d'être servis dans un état de concurrence. C'est pourquoi ils réclament, pour les deux premières classes propriétaires de la totalité de la reproduction, la suppression de toute préférence, de tout privilège, de toute exclusion; persuadés que, plus on épargne sur une dépense, plus on peut se procurer de jouissances; que ceux qui payent ont intérêt et droit, de par la nature, de ne payer que le juste prix; que la concurrence dans tous les travaux , et en particulier dans ceux du commerce , est de la plus grande importance pour la valeur, et par suite pour la reproduction, source unique de toutes les dépenses; qu'elle est donc sous ce rapport l'intérêt de tous, puisque tous vivent sur la reproduction, puisqu'ils vivent mieux et en plus grand nombre, lorsqu'il y a plus à partager.
C'est donc cette concurrence, si juste en elle-même, contre laquelle s'élèvent les agents du commerce et de l'industrie : c'est là ce qui les blesse tellement dans la doctrine de ces philosophes, qu'ils ne leur tiennent aucun compte de ce qu'ils enseignent de favorable pour eux ; et c'est pour se garantir de cette concurrence qu'ils réclament les tmpôts d:" encouragement et les traites. On dirait que s'ils avaient le choix de l'immunité de leurs travaux avec la concurrence, ils préféreraient l'exclusion avec toute la charge des impôts; et qu'ils souscriraient à tous les tarifs, assurés de s'en indemniser sur la nation et d'en rejeter sur elle tout le poids.
Et ils ne cessent de nous dire que s'il faut encourager la culture , t7 faut soutenir t industrie^ et les regarder comme deux sœurs. Sans doute ce sont deux sœurs; mais il est une sœur aînée qui nourrit la seconde, et jamais la sœur atnée ne sollicita ni exclusion, ni privilège, ni impôt d^ encouragement contre sa cadette. Il &ut soutenir l'industne, mais ce ne doit pas être en nuisant directement ou indirectement à la culture qui l'entretient. Ce n'est pas par les feuilles, c'est par les racines qu'on cultive un arbre : les feuilles l'embellissent, et contribuent même à son accroissement; mais c'est la racine qui fournit la sève qu'elles dépensent.