XXI
Voici donc le résumé de toutes les institutions sociales fondées sur Tordre naturel , sur la constitution physique des hommes et des autres êtres dont ils sont environnés.
Propriété personnelle établie par la nature, par la nécessité physique dont il est à chaque individu de disposer de toutes les facultés de sa personne, pour se procurer les choses propres k satisfaire ses besoins, sous peine de souffrance et de mort.
Liberté de travail, inséparable de la propriété personnelle dont elle forme une partie conslitutive.
Propriété mobilière, qui n'est que la propriété personnelle même, considérée dans son usage, dans son objet, dans son extension nécessaire sur Jcs choses arcjuises [»ar le travail de sa personne.
ORIGINE El PROGRÈS D'UNE SCIENCE NOUVELLE. 365
n'appartient qu'aux fous, et la démence n*est pas faite pour le trône. Quand on supposerait même qu'elle pût y parvenir, elle ne serait guère nuisible, ni au souverain qui aurait le malheur d'en être affecté, ni à ses sujets, tant que les nations seraient suffisamment instruites sur les lois de l'ordre, et que les magistrats, surveillés par l'évidence publique, seraient par conséquent nécessités d'êlre fidèles h leurs devoirs envers le prince et envers le peuple. Et il n'en serait pas moins despote^ autant qu'il soit donné a l'homme de l'être, le souverain co-propriélaire du produit net d'un empire éclairé par la lumière, et gouverné selon les lois de l'ordre naturel; lui qui, lorsqu'il veut augmenter ses revenus et sa puissance, est sûr de trouver toutes les volontés et toutes les forces de ses sujets disposées à le seconder, et de leur entendre dire à tous : Béni soit le prince qui veut accroître nos richesses et nos revenus.
Un gouvernement qui concilie aussi parfaitement l'intérêt de tous les hommes, qui assure si bien tous leurs droits et tous leurs devoirs réciproques, qui conduit aussi nécessairement à leur .procurer les plus grandes jouissances dont ils soient susceptibles , est évidemment le meilleur gouvernement que l'on puisse imaginer, le gouvernement prescrit aux hommes par l'ordre naturel.
Croirait-on cependant que, malgré l'évidence des vérités souveraines dont nous venons de tâcher de suivre le fil , et qui nous manifestent les lois de ce gonsernemeui physiocratique^ il se trouve encore des hommes, il se trouve encore des écrivains, et même des écrivains qui prétendent avoir étudié ces vérités, et qui, néanmoins, s'acharnent à soutenir qu'il n'est pas vrai que Dieu ait établi un ordre naturel qui doive servir de règle k la société, ou que s'il l'a fait, il n'est pas vrai que les hommes puissent acquérir la connaissance de cet ordre et s'y soumettre; ou, du moins, que s'ils le pouvaient, il n'est pas vrai qu'aucun d^eux dût commencer le premier à prendre ce parti? Non, sans doute, on ne le croirait pas, et la postérité, qui ne verra point leurs écrits, sera surprise d'apprendre qu'ilen fut jusqu'à trois que je pourrais citer. Il faut les plaindre, s'ils onWeffectivement le malheur de douter que Dieu ait donné des lois à tous les êtres, ou si, contraints par l'expérience d'avouer que nous pouvons nous procurer la connaissance certaine d'une infinité de lois natu-
améliorer leur sitaatiqn servile et périlleuse qu'en renonçant à leur prétendu deêpolisme. Ils ne sont donc pas véritablement despotes; leur en donner le litre, c'est donc manquer à la métaphysique de la langue , c'est évidemment ue pas employer le mot propre. Cette faute , pour être échappée à de très beaux génies , n*en est pas moios une faute : aussi, se trouve-t-on obligé de changer de langage, à présent que l'analyse sévère et la dissection scrupuleuse des idées font sentir la nécessité de $»\'\primer plus exactement.
torilé souveraine; pour faire les frais de son ministère protecteur, des fonctions importantes des magistrats, et de rinstroclion indispensable des lois de Tordre naturel.
Impôt direct y ou partage du produit net du territoire entre les propriétaires fonciers et l'autorité souveraine, pour former le revenu public d'une manière qui ne restreigne ni la propriété, ni la liberté, et qui par conséquent ne soit pas destructive.
Proportion essentielle et nécessaire de r impôt direct avec le produit net, telle qu'elle donne k la société le plus grand revenu public qui soit possible, et par conséquent le plus grand degré possible de sûreté, sans que le sort des propriétaires fonciers cesse d'être le meilleur sort dont on puisse jouir dans la société.
Monarchie héréditaire y pour que tous les intérêts présents et futurs du dépositaire de l'autorité souveraine, soient intimement liés avec ceux de la société par le partage proportionnel du produit net.
Tel est le précis de cette doctrine, qui, d'après la nature de l'homme, expose les lois nécessaires d'un gouvernement fait pour l'homme, et propre a l'homme de tous les climats et de tous les pays; d*un gouvernement qui subsiste à la Chine depuis quatre mille ans sous le tropique du Cancer, et que le génie d'une grande impératrice va, pour le bonheur deses sujets, établir au milieu des glaces du Nord; d'un gouvernement évidemment le plus avantageux possible aux peuples, puisqu'il leur assure la pleine et entière jouissance de tous leurs droits naturels, et la plus grande abondance possible des choses propres îi leurs besoins; évidemment le plus avantageux possible aux rois, puisqu'il leur procure la plus grande richesse et la plus grande autorité possibles.
Ce n'est que dans ce gouvernement simple et naturel, que les souverains sont véritablement despotes*; qu'ils peuvent tout ce qu'ils veulent pour leur bienjequel se trouve inséparablement et manifestement attaché à celui des nations qu'ils gouvernent. Demander plus pour eux, ce serait leur nuire et les insulter. Le privilège de se faire du mal à soi-même,
* Le mot despote signifie, comme son étymologic l'indique, celui qui peut disposer à son gré. En l'appliquant, ainsi que Pont fait quelques célèbres Modernes, à désigner les souverains arbitraires, on ne s'est pas aperçu que le terme impliquait contradiction avec ridée qu'on voulait lui faire exprimer, puisque ces souverains arbitraires, que le vulgaire ignorant croit despotes^ et qui peuvent être assez ignorants pour se croire tels eux-mêmes, ne peuvent néanmoins disposer de rien ou de bien peu de chose. Ils sont les serviteurs de leurs serviteurs, les esclaves des opinions vacillantes de leurs peuples, les faibles jouets âc leurs soldats; ils ne sauraient presque rien faire pom* leur propre bien, ni pour celui des autre?; iN ne priiv^iii
ORIGINE El PROGRÈS DUNE SCIENCE NOUVELLE. 365
n'appartient qu'aux fous, et la démence n*est pas faite pour le trône. Quand on supposerait même qu'elle pût y parvenir, elle ne serait guère nuisible, ni au souverain qui aurait le malheur d'en être affecté, ni à ses sujets, tant que les nations seraient suffisamment instruites sur les lois de l'ordre, et que les magistrats, surveillés par l'évidence publique, seraient par conséquent nécessités d'êlre fidèles h leurs devoirs envers le prince et envers le peuple. Et il n'en serait pas moins despote^ autant qu'il soit donné à l'homme de l'être, le souverain co-propriélaire du produit net d'un empire éclairé par la lumière, et gouverné selon les lois de Tordre naturel; lui qui, lorsqu'il veut augmenter ses revenus et sa puissance, est sûr de trouver toutes les volontés et toutes les forces de ses sujets disposées à le seconder, et de leur entendre dire à tous : Béni soit le prince qui veut accroître nos richesses et nos revenus.
Un gouvernement qui concilie aussi parfaitement l'intérêt de tous les hommes, qui assure si bien tous leurs droits et tous leurs devoirs réciproques, qui conduit aussi nécessairement à leur procurer les plus grandes jouissances dont ils soient susceptibles , est évidemment le meilleur gouvernement que l'on puisse imaginer, le gouvernement prescrit aux hommes par l'ordre naturel.
Croirait-on cependant que, malgré l'évidence des vérités souveraines dont nous venons de tâcher de suivre le fil , et qui nous manifestent les lois de ce gouyevnemeni physiocratique^ il se trouve encore des hommes, il se trouve encore des écrivains, et même des écrivains qui prétendent avoir étudié ces vérités, et qui, néanmoins, s'acharnent à soutenir qu'il n'est pas vrai que Dieu ait établi un ordre naturel qui doive -servir de règle à la société, ou que s'il l'a fait, il n'est pas vrai que les hommes puissent acquérir la connaissance de cet ordre et s'y soumettre; ou, du moins, que s'ils le pouvaient, il n'est pas vrai qu'aucun d^eux dût commencer le premier k prendre ce parti? Non, sans doute, on ne le croirait pas, et la postérité, qui ne verra point leurs écrits, sera surprise d'apprendre qu'il en fut jusqu'à trois que je pourrais citer. Il faut les plaindre, s'ils onUeffectivement le malheur de douter que Dieu ait donné des lois à tous les êtres, ou si, contraints par l'expérience d'avouer que nous poiivons nous procurer la connaissance certaine d'une iuGnité de lois natu-
améliorer leur situatiqn servile et périlleuse qu'en renonçant à leur prétendu deêpoUsme, Ils ne sont donc pas véritablement despoteê; leur en donner le titre, c'est donc manquer à la métaphysique de la langue , c'est évidemment ue pas employer le mot propre. Celle faute , pour être échappée à de très beaux génies , n'en est pas moins une faute : aussi, se trouve-t-on oblige de changer de langage, à présent que l'analyse sévère et la dissection scrupuleuse des idées font sentir la nécessité de s'exprimer plus exactement.
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relies qui ne nous imporlent guère, ils pensent néanmoins que nous ne pouvons acquérir aucune connaissance de celles qui intéressent le plus notre existence et notre bonheur. Il faut les plaindre s'ils ont effectivement le malheur de ne pas sentir que Thomme soit un animal raisonnable et susceptible d'être guidé par l'évidence de son intérêt Mais, s'ils n'épargnaient aucunes manœuvres pour retarder les progrès des recherches sur des objets aussi importants, s'ils répandaient la plus acre animosité dans leurs écrits, s'ils chargeaient d'inculpations odieuses des hommes paisibles qui travaillent avec zèle dans la seule vue de concourir au bonheur du genre humain , s'ils tâchaient, quoique en vain, de rendre suspects à l'administration des citoyens vertueux dont tous les vœux et toutes les études ne tendent qu'à la gloire du prince et k la prospérité de l'état, il faudrait les plaindre encore bien davantage ; l'activité, la multiplicité des efforts qu'un orgneil mal entendu, que de vils intérêts particuliers font faire contre l'évidence des vérités utiles, ne peut jamais servir qu'à enfoncer de plus en plus ceux qui s'y abandonnent dans la fange du mépris et de l'indignation publique.
PIN DE l'origine ET DES PROGRÈS D*UNE SCIENCE NOUTELLF..