MAXIMES DU DOCTKUR QUESNAY
propriété foncière de ce terrain appartient k celui qu'on ne pourrait en priver sans lui dérober ce qu'il a consacré de ses deux propriétés originaires h faire naitre la troisième.
Les propriétés peuvent être transmises par succession, par donation, par échange ; et comme il est naturel que les enfants ou les plus proches parents d'un homme qui meurt, prennent possession du bien qu'il délaisse, k l'acquisition duquel l'amour qu'il leur portait et leur propre travail ont souvent concouru, et sur lequel nul autre n'a autant de droit; comme on ne donne pas sans raison; comme on n'échange que pour son avantage, la société doit garantir ces trois moyens de transmettre des propriétés, de même qu'elle a protégé ceux de les acquérir.
Toute propriété est bornée par les propriétés environnantes, comme toute liberté par lesautres libertés. — Elles se pressent sans seconfondre comme les alvéoles des abeilles.
Nul travail ne peut être eifectué sans des avances préalables. — L'enfant a reçu la nourriture de ses parents avant de la chercher.
Le premier chasseur était pourvu au moins d'un repas, auquel il a dû la force de saisir sa première proie.
Les armes qu'il s'est fabriquées ont été une grande augmentation de son capital^ ou de ses avances.
Il en a été et il en sera toujours ainsi de tous les travaux subséquents.
L'augmentation des capitaux, est donc le principal moyen d'accroître le travail, et le plus grand intérêt de la société.
Les capitaux et les travaux employés à faire naitre des productions qui n^existaientpas, ou à en recueillir qui n^étaient pas k l'usage de l'homme, tels que ceux de l'agriculture, de la pêche, de l'exploitation des mines et des carrières, sont la source des richesses. Ils en sont producteurs,
La consommation ne peut excéder le produit. La mesure de la subsistance est cette de la population. Mais l'économie dans les dépenses, et le bon emploi des consommations faites par des hommes utilement laborieuxj peuvent accroître presque indéfiniment la masse des capitaux.
Les travaux et les capitaux du commerce qui servent à faciliter les échanges sont distributeurs de richesses; et en leur ouvrant de part et d'autre dans chaque échange un avantageux débouché, ils répartissent les jouissances et les augmentent; ils les rapprochent d'une heureuse égalité; ils donnent aux travaux producteurs l'occasion et le moyen de s^étendre.
Ne craignez point les effets du débit do vos productions, c'est le père deFubondance.
Ne craignez pas d'acheter, car si vous n'achetiez pas, où trouveriezvous le prix des ventes qui entretiennent vos cultivateurs, vos propriétaires, vos artisans?
Acheter c'est vendre^ et vendre c'est acheter. Ne tentez pas de fiver les prix des productions, des marchandises, des travaux, des services : ils échapperaient à vos règlements.
La concurrence seule peut régler les prix avec équité; seule elle les contient dans une modération peu variable ; seule elle amène avec sfireté l'approvisionnement où sont les besoins, et le travail où il est nécessaire.
Ce que l'on appelle la cherté est Tunique remède à la cherté : cherU foisonne.
Les capitaux et les travaux employés aux constructions des bâtiments, des machines, à la confection des meubles, des étoffes, des vêtements, des bijoux, etc., sont conservateurs des richesses. Ils contribuent à la formation des capitaux; ils accumulent, sur les objets fabriqués, la valeur des consommations faites par les ouvriers qui ont servi k la fabrication. — Mais ce n'est pas un avantage qui leur soit particulier. Le premier élément de la valeur des productions de la terre et des eaux est pareillement celle des consommations qu'il a fallu faire pour se les procurer, et qui s'incorpore dans les récoltes. — On doit demander de tous les travaux : Qu'en reste-t-iH — Cela sert à classer ceux dont il demeure des jouissances durables; et les travaux de simple agrément qui ne procurent que des plaisirs passagers.
Cependant, le respect pour la liberté et pour la propriété exige que les hommes et les capitalistes demeurent complètement les maîtres de l'usage de leurs avances et de leur temps, pourvu qu'il n'en résulte ni gêne k la liberté, ni dommage à la propriété de personne. Pas trop gouverner.
Quand l'intérêt n'est point usurpateur, il est pour la plupart des hommes un très bon conseiller; laissez faire. — Les capitaux s'accroissent et affluent où l'on en peut disposer le plus librement.
Respectez donc les capitaux. Evitez de donner l'exemple des mœurs qui tendraient h les dissiper.
Que l'impôt ne porte jamais sur eux.
Qu'il ne porte jamais sur les avances que les travaux exigent, et qui doivent être remboursées avec profil aux entrepreneurs, si l'on ne veut pas tarir ou restreindre la source du travail et des richesses.
Maintenez dans l'aisance les hommes dont le travail est utile, et le plus utile : Pauvres paysans^ pauvre royaume.
Ne demandez de contributions qu'aux revenus nets.