MAXIMES DU DOCTEUR QUESNAY
ou RÉSUMÉ DE SES PRINCIPES D'ÉCONOMIE SOCIALE
Soyez justes, avant tout
Il n'y a pas deux justices. — Ce qui était juste dans Tétat primitif du genre humain, Test encore dans l'état de société.
Jamais il n'a été/ti«(e d'attenter à la liberté, ni \k la propriété d'autrui. Il n'y a point d'homme qui n'en ait quelquefois le pouvoir. En aucun temps, aucun homme n'en a eu le droit ; en aucun temps, ni par aucune institution, aucun homme ne pourra l'acquérir.
* Nous empruntons ces Maximes à une Notice sur Quesnay de Saint-Germain , petit-fils du docteur, publiée par Dupont de Nemours dans la Revue philosophique^ politique et littéraire. Celui-ci , en les présentant comme la base de Téducation donnée au jeune homme par son illustre aïeul , dit : « Telles étaient les idées que le docteur Quesnay, qui les exprimait avec un style original et profond , inculquait dans la tête de son petit-fils. Il ne s'agit ici ni de les discuter, ni de les défendre, ni de les répandre. Il suffit de les avoir exposées pour montrer que ce n'était pas uno éducation vulgaire. » A Texemple de Dupont, nous avons pensé qu'il n'était pas sans importance de sauver de Toubli des principes dont la sagesse se fonde entièrement sur la nature des choses , et dont l'application serait un remède beaucoup plus efficace aux souffirances actuelles de l'humanité , que le vieux système d'antagonisme politique et commercial, en faveur duquel se liguent de nos jours, d'une manière si curieuse, VEsprit de parti et V Esprit de monopole * ; ou que toutes les conceptions utopiqucs par lesquelles la philanthropie , quand elle n'est pas l'expression déguisée de l'un ou de Pautre , semble avoir pris à tâche de faire sur le bon sens du peuple les expériences les plus anti-sociales. Ces lignes ne laissent pas, au surplus, que de jetés beaucoup de jour sur la pensée économique de Quesnay, qu'on a peut- être très mal saisie jusqu'à présent. (E. D.).
■ Voyez, i cet égard, la récente et remarquable piiblication de M. Frédéric Bastiat, iniituh^e Cohden et la ligue t ou VAgUaHion anglaise pour la liberté du commerce. Quel ami du bien public et de la Térilé pourrait savoir moins de gré que nous-méme à cet honorable économiste , d'avoir si soudaioement démasqué la honteuse coalition de ÏEsprii de parti et de ÏEsprit de monopole dans notre patrie, contre le principe^ éminemment social, de la liberté des échanges? Il est impossible que ce livre, dont Vlntroduetion est plus qu'une OBuvre de talent, car elle est un acte de courage , ne porte pas son lirait dans l'avenir; et que la France ne comprenne pas enfin, et môme bientôt , pourquoi, depuis Mplaii#,«D l'a tenue dans une ignorance complète des faits les plus graves de l'histoire économique tt fwtoDporaiDa d^ r Angleterre.
Las hommes , en se confédérant et formant des corps politiques, n'ont renoncé k aucun de leurs droits naturels , car ils n'aYaieat pas celui de nuire; et ne pas nuire, se défendre réciproquement contre ceux qui nuiraient, est la seule condition fondamentale de la société.
Loin d'abandonner une partie de leurs droits, c'est pour étendre Tnsage de tous ceux que leur a conférés la nature, pour en garantir Texercice, pour en accroître les avantages, qu'ils se sont promis une protection mutuelle et que, pour se la donner avec règle, ils ont établi des magistrats et sont convenus de suivre des lois.
Les lois sont des règles de justice, de morale, de conduite, utiles à tous et k chacun. Les hommes ni leurs gouvernements ne les font point et ne peuvent point les faire. Ils les reconnaissent comme conformes h la raisoti suptéme qui gouverne Tunivers ; ils les déclarent; ils lesportent au milieu de la société; ils les pré^ntent k Tobéissance des gens de bien, k la conscience même du méchant. — C'est pour cela qu'on dit PORTEUk de loi, législateur^ et recueil des lois t>ORTÉES, /^jwlation, et qu'on n'a jamais osé dire faiseur de /oi, /^^îsr acteur, ni légisFACnoi^.
Les lois sont irrévocables, elles tiennent k l'essence des hommes et des choses ; elles sont l'expression de la volonté de Dieu; et plus on y réfléchit, plus on les révère.
Les ordonnances sont l'ouvrage dés hommes. Elles Ont pour objet l'exécution des lois. La soumission provisoire leur est due pour le maintien de Vordre. Mais il est dans leur nature de demeurer sujettes k l'examen, et d'être révocables quand il devient évident qu'elles ne sont point d'accord avec les /ow.
La liberté de chaque homme étant également sacrée, le respect pour celle des antres est la limite naturelle de l'usage licite que chacun peut faire de la tienne. — L'individu qui dépasse cette limite se met en guerre avec ses semblables. Les événements d'une telle guerre doivent être contre lui. La punition qu'il mérite n'est pas une atteinte k sa liberté; car a ne pouvait réclamer celle de faire du mal. Elle est au contraire un hommage rendu a la liberté de tous«
Tout homme tient de la providence elle-même les facultés qu'elle lui a départies; c'est ce qui le constitue propriétaire de sa personne.
L'usage de sa propriété personnelle embrasse la liberté du travail, sous Tunique réserve de ne pas mettre obstacle au travail d'aulrui, de ne pas envahir les acquisitions des autres. Ne gênez jamais le travail.
Ce que chacun acquiert par son travail, on par l'emploi de sa propriété personnelle, devient sa propriété mobilière.
Et quand la propriété personnelle et la propriété mobilière mettent en état de culture un terrain qu'un autre homme n'avait point acquis, la