IV LETTRE. — J.-B. SAY A DUPONT DE NEMOIRS
Si je vous donne graluiteraenl des années, mon cher maître, vous me donnez des titres que je ne mérite pas davantage. Moi, descendant de Colbert! En ce cas, j'ai bien maltraité mon illustre ancêtre , comme vous l'appelez. Les règlements, les entraves, les monopoles ont été plus vivement attaqués, conspués par moi que par vos amis mêmes. Le régime colonial, tache énorme de la civilisation, l'ai-je épargné? Ah ! Le patron du régime réglementaire ne me prendrait pas, je vous assure, pour faire le préambule de ses édits ; mais je soupçonne en mOmo tenips que, s'il vivait de nos jours, ses édits seraient un peu différents; non (|u'il coa\int avec vous, mon res|)ec(a!)le ami, que les manufaclure^J et le
CORRESPONDANCE AVEC J.-Bi SAY. 623
commerce ii*emportenf pas un son dans la masse où nous puisons la satisfaction de nos besoinSy-mais il anrait senti, en étudiant les écrits des disciples de Quesnay et des disciples de Smith, que les prohibitions ne multiplient pas les richesses. Il était capable de saisir le vrai lorsqu'on le lui présentait ; et je lui rends la justice de croire qu*il Taimait et voulait le bien de bonne foL L'éloge ampoulé que Necker en a fait, m'a montré qu'il n'a point compris tout ce cpie valait Colbert N'est-ce pas un très grand mérite que d'avoir détesté Louvois^ et d'avoir fait du bien à son pays sous un Louis XIV ?
D'ici je vous fais voir un écart immense : Du bien à son pays ! — Oui ; la France a prospéré malgré les guerres, les bâtiments, les fêtes de cours et les maîtresses de Louis le Fastueux, jusqu'à la mort de Colbert ; et elle a constamment décliné depuis.
Vous dites que jamais on n'a pu faire payer que par surprise l'impôt aux manufacturiers, aux négociants. Dites-moi donc, mon ami, comment on a pu faire, tout le temps que j'ai eu une filature de coton, pour me faire payer un impôt sans cesse croissant 7 Ce ne sont pas les cultivateurs de Femambouc qui me Font remboursé ; ce ne sont pas les propriétaires fonciers de la France, qui portaient fort peu de nos cotonnades ; et, quant aux consommateurs, c'étaient principalement des ouvriers dans les villes, qui portaient beaucoup de rouenneries. Je mettais de la valeur dans un duvet d'Amérique ; et ils achetaient ma valeur ^vec celle qu'ils avaient mise dans les soies de Chine ou du Piémont '. On peut, quoi que vous en disiez, mon cher maître, consonuner de la valeur à laquelle nos propriétaires ni nos laboureurs n'ont point concouru. Et, si l'on peut la consommer, le gouvernement peut prendre une portion de celte valeur pour la faire consommer par ses agents ; et malheureusement il en prend beaucoup trop. Il ne nous la prend pas par surprise ; il la prend fièrement ; il renouvelle cette déprédation chaque année, et nous nous y soumettons chaque année, non parce que nous sommes surpris, mais parce que nous choisissons mal nos représentants.
Les membres du parlement d'Angleterre, mes héros ! Ah ! quel injuste censeur vous êtes I Si nous, Français, nous avons payé depuis dix ans quatre fois plus de contributions qu'il n'était nécessaire, les Anglais ont payé dix fois trop. Pourquoi ? parce que ma légion de héros se compose en majeure partie de gens à places dont l'industrie (les votes) est payée par les ministres avec les impôts que leur accorde la légion de héros. Vous n'avez donc pas lu comment je les traite 7 A ce sujet, je crains d'avoir oublié de vous envoyer une brochure, que j'ai brochée l'an dernier en arrivant d'Angleterre, opuscule où ils ne sont guère ménagés ; mais je ne vous en veux pas, car je suis bon homme aussi.
Quant à ces demoiselles dont la marchandise vous inspire quelque gaité au milieu de nos tribulations, savez- vous qu'elles donnent lieu à une grande guerre entre nous 7 Ce n'est pas pour leurs beaux yeux, sans doute, c'est pour la faculté productive ou non productive du travail ; c'est pour la question de la source des
* Soit. — Mais, comme les hommes vivent de choses et non de valeur, d'où vient, en dernière analyse, la matière des consommations faites par les ouvriers des villes, par quelle classe sociale sont-ils rénuroérés? Là est toute la question. (E. D.)
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dooiiésessenrices, etiiioijelesaio(iii80iiiiiiés;mait» qmkiiiedélniilB.ilBOBt prodnit, puisqu'ils oDtsatisGiftk rim demesbesoiiis, de nfimeqne iafioiiuBeciiie TOUS ayez mangée à votre de8Bert«-.fifî est détruite auuij mais qui étaitmie richem, poisqa'dle povTait Cure qoelqiie biflo.
Àh I que vofisdevrief coDTenir aitc moi que «os UeDs saot tem ce qoi satitfût àquelqv'mi de nos besoini; et que ks serrices qa'on umb rend sont vie marchandise qfae nom oonsommons, pom* notre Uen,.... «t q^riquaCoâs pour notre mal Maisttn*eatpashfi«ntedn8erviœ;demèBi6qQermd%estiQn qœ aoosdionne on finit, n'estpi^ lafiote dn finit
, QQttid ces biens nons sont donnés par la nature, comme la santé, Tattactaeineiatdenosfiemmes, ce soni des richeiMs gratuites, lesplmprédeoses de toiiiat, OHnmelalomièredn soleil; maisqqand nons hs diWMyfidnnfi > des étrangers, ï if» gens qui ne nons doîrent ni knr temps, ni leurs pdnes, il fimt Uen lev donner quelque cbose en échange. C'est le cas des serrices rendus par nos d»-
Appliques tout ce yeriNags koss demoiselles, «t tous aores reqplicatwnd*iBs conséquence incontestable deh doctrine de Snnth» quelque Im'^même ne l'A aperçue; mais fous rqMmsssres la oanséquenoe, ceatme tous aves repoussé k doctrine de Smith» et moîje n'en serai pas moios le constant admirateur de fos tdents et de tos vertus.
P. S» le n'ai, pas reçu yotre kmgue noie sur l'expédition désespérée de Buonapnrta Mais quel homme I U ne s'est jamais servi des belles parties de l'immanité; car le fitnatisme militaire n'est pas phis reoommendaÛe que la fanatime religieulu B a M servir le premier k ce qu'il a cru être son élévation, eomme les prêtres ont fiût servir le fimatisme religieux k la leur , man tout fanaijtaie est un méchant instrument; et mie grandeur personneie et vaine, un méchant hm.
rm Dl hk COBRnPONDAlICI.