‹ PhysiocratesChapitre 54 sur 157 · IX. PRÉFKRF?:fCE POUR l'aGRICULTITRE · texte numérisé non relu

IX. PRÉFKRF?:fCE POUR l'aGRICULTITRE

Quune fiation, qui a un grand territoire à cultiver et la facilité d'exercer un grand commerce des denrées du crù^ n'étende pas trop Vemploi de

bliera jamais qu'un ministre du dernier siècle', ébloui du commerce des Hollandais et de l'éclat des manufactures de luxe, a jeté sa patrie dans un tel délire que Tonne parlait plus que commerce et argent, sans penser au véritable emploi de l'argent ni au véritable commerce du pays.

Ce ministre, si estimable. par ses bonnes intentions, mais trop attaché à ses idée», voulut faire naitre les richesses du travail des doigts, an préjudice delà source même des richesses, et dérangea toute la constitution économique d'une nation agricole. Le commerce extérieur des grains fut arrêté pour faire vivre le fabricant à bas prix ; le débit du blé dans Pintérieur du royaume fut livré à une police arbitraire qui interrompait le commerce entre les provinces. Les protecteurs de l'industrie, les magistrats des villes, pour se procurer des blés à bas prix, minaient par un mauvais calcul leurs villes et leurs provinces, en dégradant insensiblement la cultnre de leurs terres. Tout tendait à la destruttion des revenus des biens fonds, des manufactures, du commerce et de l'industrie , qui , dans une nation agricole, ne peuvent se soutenir que par les produits du sol ; car ce sont ces produits qui fournissent au commerce l'exportation du superflu, et qui payent les revenus aux propriétaires, et le salaire deshofnmes employés aux travaux lucratifs. Diverses causes d'émigrations des homroeset des richesses hâtèrent les progrès de cette destruction *.

Les hommes et l'argent furent détournés de l'agriculture, et employés aux manufactures de soie, de coton, de laines étrangères , au préjudice des manufactures de laine du pays et de la multiplication des troupeaux. On provoqua le luxe de décoration qui fit des progrès très rapides. L'administration des provinces, pressée par les besoins de l'État, ne laissait plus de sûreté dans les campagnes pour l'emploi visible des richesses nécessaires à la reproduction annuelle des richesses ; ce qui fit tomber une grande partie des terres en petite culture, en friches et en non-valeur, r^s revenus des propriétaires des biens-fonds furent sacrifiés en pure perte ci un commerce mercantile qui ne pouvait contribuer à l'impôt. L'agriculture dégradée et accablée touchait à l'impossibilité d'y subvenir ; on l'étendit de plus en plus sur les hommes, sur les aliments, sur le commerce des denrées du crû; il se multiplia en dépenses dans la perception, et en déprédations deslnictivcs de la reproduction ; et il devint l'objet d'un système de finance qui enrichit la capital»» des dépouilles des provinces. Le trafic de l'argent à intérêt forma un genre principal de revenus fondés en argent et tirés de l'argent ; ce qui n'était, par rapport à la nation, qu'un produit imaginaire qui échappait à Tirnpôt et minaitTÉtat. Ces revenus établis sur l'argent, et l'aspect de l'opulence, soutenus par la magnificence d'un luxe ruineux, en imposaient au vulgaire, et diminuaient de plus en plus la reproduction des richesses réelles, et le pécule de la nation. Et malheureusement les causes do ce désordre général ont été trop longtemps ignorées : indè malilabes. Mais aujourd'hui le gouvernement est attaché à des principes plus lumineux ; il connaît les ressources du royaume et les moyens d'y ramener l'abondance.

• Colberl

« Allti^on à lu r^Toration d^ l'Editdc îlanlcs, ainsi qu'à lous If5 autres acin dinïoî^ranre reli- 9irmr. mti signalcrfnt If rcpnr de Loui< XIV. (E. D.^

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r argent et des hommes aux manufactures et au commerce de luxe, au préjudice des travaux et des dépenses de Vagriculture * ; car, préférablement

à tout, LE ROYAUME DOIT ÊTRE BIEN PEUPLÉ DE RICHES CULTIVATEURS '.

■ On ne doit s^attacher qu'aux manufactures de marchandises de main-d'œuvre dont on a les matières premières, et qu'on peut fabriquer avec moins de dépense que dans les autres pays; et il faut acheter de Tétranger les marchandises de main-d'œuvre qu'il peut vendre à meilleur marché qu'elles ne coûteraient à la nation, si elle les faisait fabriquer chez elle. Par ces achats on provoque le commerce réciproque; car si on voulait ne rien acheter, et vendre de tout, on éteindrait le commerce extérieur et les avantages de l'exportation des denrées du crû, qui est infiniment plus profitable que celle des marchandises de main-d'œuvre. Une nation agricole doit favoriser le commerce extérieur actif des denrées du crû par le commerce extérieur passif des marchandises de main-d'œuvre qu'elle peut acheter à profit de l'étranger. Voilà tout le mystère du commerce : à ce prix nous ne craignons pas d'être tributaires des autresnaiÊmt'

■ LeMutili ^^ OoodmanS'Chester en Angleterre est célèbre dans l'histoire pour avoir accompagné son roi avec le cortège le plus honorable, ayant conduit cent quatrevingts charrues à son passage. Ce faste doit paraître bien ridicule à nos citadins accoutumés aux décorations frivoles. On voit encore des hommes stupidement vains ignorer que ce sont les riches laboureurs et les riches commerçants attachés au commerce rural , qui animent l'agriculture, qui font exécuter , qui commandent , qui gouvernent, qui sont indépendants, qui assurent les revenus de la nation, qui, après les propriéuires distingués par la naissance, par les dignités, par les sciences, forment l^ordre de citoyens le plus honnête, le plus louable et le plus important dans TÉtat. Ce sont pourtant ces habitants honorables de la campagne, ces maîtres, ces patriarches, ces riches entrepreneurs d'agriculture, que le bourgeois ne connaît que sous le nom dédaigneux de paysans, et auxquels il veut même retrancher les maîtres d'école qui leur apprennent à lire, à écrire, à mettre de la sûreté et de l'ordre dans leurs affaires, à étendre leurs connaissances sur les différentes parties de leur état. Ces instructions, dit-on, leur inspirent de la vanité et les rendent processifs : la défense juridique doit-elle être permise à ces hommes terrestres qui osent opposer de la résistance et de la hauteur à ceux qui, par la dignité de leur séjour dans la cité, doivent jouir d'une distinction particulière et d'une supériorité qui doit en imposer aux villageois. Tels sont les titres ridicules de la vanité du citadin, qui n'est qu'un mercenaire payé par les richesses de la campagne. Omnium aulem rerum ex quibus aliquid acquiritur^ nihil est agricultura melius, nihil uberius^ nihil dutcius, nihil homine Uberodignius. Cicero,de Officiis.... Jlfea quidem sententia, haud scio an nulla bealior esse possil, neque soium officio, quod hominum generi universo eultura agrorum est salularis ; sed et delectalione^ et saluritale, copiâque omnium rerum quœ ad victum hominum^ ad culium eliam deorum pertinent. Idem, de Senectute.

De tous les moyens de gagner nu bien, il n'y en a point de meilleur, de plus abondant, DE PLUS ACRiéABLE, DE PLUS CONVENABLE A L'HOMME , DE PLUS DIGNE DE l'HOMME

LIBRE, QUE L'AGRICULTURE... Pour moi, je ne sais s'il y a aucune sorte de vie plus

HEUREUSE QUE CELLE-LA, NON-SEULEMENT PAR l'UTILITÉ DE CET EMPLOI, QUI FAIT SUBSISTER tout LE GENRE HUMAIN, MAIS ENCORE PAR LE PLAISIR ET PAR L'aBONDANCE QU'iL PROCURE; CAR LA CULTURE DE LA TERRE PRODUIT DE TOUT CE QU'Olf PEUT DESIRER POUR LA VIE DES HOMMES ET POUR LE CULTB DE» DIEUX.

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