XIII. — LIBERTÉ DE CULTURE
Que chacun soit libre de cultiver dans son champ telles productions que
' C'est ce qui arrivait, notamment pour les tributs payés au Saint-Siège sous la dénomination d'aiiKales et de dispenses^ tributs que Sully évaluait, en 159S, à la «omme annuelle de quatre millions, qm équivaut i plus de quatorze millions de nos jours. ( E. D. )
* Dans la grande culture, un homme seul conduit une charrue tirée par des che? aux, <|oi fait autant de travail que trois charrues tirées par des bceufs et conduites par six hommes. Dans ce dernier cas, faute d'avances primitives pour rétablissement d'une grande culture, la dépense annuelle est excessive par proportion au produit net qui est presque nul , et on y emploie infructueusement dix ou douze fois plus de terre. Les propriétaires manquant de fermiers en état de subvenir à la dépense d'une bonne culture, les avances se font aux dépens de la terre , presque entièrement en pure perte ; le produit des prés est consommé, pendant l'hiver, par les bœufs de labour, et on leur laisse une partie de la terre pour leur pâturage pendant Tété ; le produit net de la récolte approche si fort de la non-valeur, que la moindre imposition fait renoncer à ces restes de culture, ce qui arrive même en bien des endroits, tout simplement par la pauvreté des habitants. Ou dit qu'il y a une nation pauvre qui est réduite  cette petite culture dans les trois quarts de son territoire, et qu'il y a d'ailleurs, chez cette nation, plus d'un tiers des terres cultivables qui sont en non-valeur. Mais le gouvernement est ocoopé à arrêter les progrès de cette dégradation, et à pourvoir aux moyens de la réjparir»
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$or\ intérêt, ses facultés, la nature du terrain lui suggèrent pour en tirer le plus grand produit possible. On ne doit point favoriser le monopole dans la culture des biens fonds ; car il est préjudiciable au revenu général de la nation ^ Le préjugé qui porte à favoriser Tabondance des denrées de
' Des vues particulières avaient fait croire pendant un temps qu'il fallait restreindre en France la culture des vignes pour augmenter la culture du blé, dans le temps même où le commerce extérieur du blé était prohibé, où la communication même du commerce des grains entre les provinces du royaume était empêchée , où la plus grande partie des terres était en friche , parce que la culture du blé y était limitée à la consommation de Tintérieur de chaque province du royaume ; et où la destruction des vignes augmentait de plus en plus les friches. Des provinces éloignées de la capitale étaient d'ailleurs obligées de faire des représentations pour s'opposer à Tiiccroissement de la culture des grains qui, faute de débit, tombaient dans leur pays en non-fajeur, ce qui causait la ruine des propriétaires et des fermiers, et anéantissait rim^dout les terres étaient chargées. Tout conspirait donc à la dégradation des deux principales cultures du royaume, et à détruire de plus en plu^ la valeur des biens fonds ; une partie des propriétaires des terres, au préjudice des autres, tendait au privilège exclusif de la culture • funestes effets des prohibitions et des empêchements du commerce des productions des biens fonds, dans un royaume où les provinces se communiquent par les rivières et les mers, où la capitale et toutes les autres villes peuvent être facilement approvisionnées des productions de toutes les parties du territoire, et où la facilité de l'exportation assure le débouché de Texcédant.
La culture des vignes est la plus riche culture du royaume de France ; car le produit net d'un arpent de vignes, évalué du fort au faible, est environ le triple de celui du meilleur arpent de terre cullivé en grains. P^ncore doit-on remarquer que les frais compris dans le produit total de Tune et de Tanlre culture, sont plus avantageux dans la culture des vignes que dans la culture des grains, parce que, dans la culture des vignes, les frais fournissent, avec profit, beaucoup plus de salaires pour les hommes, et parce que la dépense, pour les échalas et les tonneaux, est à l'avantage du débit (les bois, et que les hommes occupés à la culture des vignes n'y sont pas employés dans le temps de la moisson, où ils sont d'une grande ressource aux laboureurs pour la récolte des grains. D'ailleurs, cette classe d'hommes payés de leurs travaux par la terre, en devenant fort nombreuse , augmente le débit des blés et des vins, et en soutient la valeur vénale à mesure que la culture s'étend et que raccroisseincnt de la culture augmente les richesses ; car l'augmentation des richesses augmente la population dans toutes les classes d'hommes d'une nation , et cette augmentation de population soutient de toutes paris la valeur vénale des produits de la culture.
On doit faire attention que la facilité du commerce extérieur dos denrées du crû, délivrées d'impositions onéreuses, est un grand avantage pour une nation quia un grand territoire, où elle peut varier la culture pour en obtenir ditférentes productions de bonne valeur, surtout celles qui ne peuvent pas naître chez les nations voisines. La vente du vin et des eaux-de-vie à l'étranger étant pour nous un commerce privilégié que nous devons à notre territoire et à notre climat , il doit spécialement être protégé par le gouvernement ; ainsi, il ne doit pas être assujéti «i des impositions multipliées en pure perte pour Timpùt , et trop préjudiciables au débit des productinns, qui sont Tohjet d'un grand commerce extérieur capable de soutenir Toiuilence
premier besoin, préférablement au\ autres productions, au préjudice de la valeur vénale des unes ou des autres, est inspiré par des vues courtes qui ne s'étendent pas jusqu'aux effets du commerce extérieur réciproque, qui pourvoit à tout; et qui décide du prix des denrées que chaque nation peut cultiver avec le plus de proGt. Après les RicnEssES d'exploitation DE LA CULTURE, CE SONT LES REVENUS ET l'iMPOT QUI SONT LES
RicnsssES DE PREMIER BESOIN daus un État, pour défendre les sujets contre la disette et contre l'ennemi, et pour soutenir la gloire et la puissance du monarque, et la prospérité de la nation «.
du royaume : Timpôt doit être pur et simple , assigné sur le sol qui produit ces richesses; et dans la compensation de l'imposition générale, on doit avoir égard à celles dont il faut assurer, par un prix favorable , le débit chez l'étranger, car alors l'État est bien dédommagé de la modération de l'impôt sur ces parties , par l'influence avantageuse de ce commerce sur toutes les autres sources de richesses du royaume. '^
* En quoi consiste la prospérité d'une nation agricole ? En db grandes avances pour
PBBPIStCBR et accréditer les revenus de l'impôt ; EN UN COMMERCE INTÉRIEUR ET EXTÉ- RIEUR LIBRE ET FACILE ; EN JOUISSANCE DES RICHESSES ANNUELLES DES BIENS FONDS ; EN PAYE- MENTS PÉCUNIAIRES ET OPULENTS DU REVENU ET DE l'impôt. L'abondauce dcs productions s'obtient par les grandes avances ; la consommation et le commerce soutiennent le débit et la valeur vénale des productions ; la valeur vénale est la mesure des richesses de la nation ; les richesses règlent le tribut qui peut être imposé, et fournissent la finance qui le paye et qui doit circuler dans le commerce , mais qui ne doit point s'accumuler dans un pays au préjudice de l'usage et de la consommation des productions annuelles qui doivent y perpétuer, par la reproduction et le commerce réciproque, les véritables richesses.
L'argent monnayé est une richesse qui est payée par d'autres richesses, qui est pour les nations un gage intermédiaire entre les ventes et les achats^ qui ne contribue plus à perpétuer les richesses d'un État lorsqu'il est retenu hors de la circulation et qu'il ne rend plus richesse pour richesse : alors, plus il s'accumulerait, plus il coûterait de richesses qui ne se renouveleraient pas, et plus il appauvrirait la nation. L'argent n'est donc une richesse active et réellement profitable dans un État , qu'autant qu'il rend continuellement richesse pour richesse , parce que la monnaie B'est, par elle-même, qu'une richesse stérile qui n'a d'autre utilité, dans une nation, que son emploi pour les ventes et les achats, et pour les payements des revenus et de l'impôt, qui le remettent dans la circulation; en sorte que le même argent satisfait tour à tour et continuellement à ces payements et à son emploi dans le commerce.
Aussi la masse du pécule d'une nation agricole ne se trouve-t-elle qu'à peu près égale au produit net ou annuel des biens fonds ; car dans cette proportion il est plut que suffisant pour l'usage de la nation ; une plus grande quantité de monnaie ne serait point une richesse utile à l'État. Quoique l'impôt soit payé en argent , ce n'est pas l'argent qui le fournit, ce sont les richesses du sol qui renaissent annuellement .c'est dans ces richesses renaissantes, et non, comme le pense le vulgaire, dans le pécule de la nation, que consiste la prospérité et la force d'un État. On ne supplée point au renouvellement successif de ces richesses par le pécule ; mais le pécule est facilement suppléé dans le commerce par dos engagements par écrit, a«suréspar les
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