XIV. — MULTIPLICATION DES BESTIAUX
Qu'on favorise la muUipUcaHon da bestiaux; car ce sont eux qui
richesses que Ton possède dans le pays, et qui se transportent chez Tétranger. L'aridité de l'argent est une passion vive dans les particuliers, parce qu'il» sont arides de la richesse qui représente les autres richesses ; mais cette sorte d'avidité, qui le soustrait de son emploi , ne doit pas être la passion de TÉtat : la grande quantité d'argent n'est à désirer dans un État, qu'autant qu'elle est proportionnée au revenu et qu^elle marque par là une opulence perpétuellement renaissante, dont la jouissance est effective et bien assurée. Telle était sous Charles Y, dit le Sage , Tabondance de l'argent, qui suivait l'abondance des autres richesses du royaume. On peut en juger par celles qui sont détaillées dans l'inventaire immense de ce prince , indépendamment d'une réserve de 47 millions (près de 500 miUions, valeur actuelle de notre monnaie) , qui se trouva dans ses coffres ; ces grandes richesses sont d'autant plus^ remarquables que les États des rois de France ne comprenaient pas alors un tier» du royaume.
L'argent n'est donc pas la véritable ridiesse d'une nation, la richesse qui se consomme et qui renaît continuellement, car l'argent n^engendre pas de l'argent. Un écu bien employé peut, A la vérité, faire nattre une richesse de deux écus; mais c'est la production, et non pas l'argent, qui s'est multipliée; ainsi l'argent ne doit pas séjourner dans des mains stériles. H n'est donc pas aussi indifférent qu'on le croit pour l'État, que l'argent passe dans la poche de Pierre ou de Paul, car il est essentiel qu'il ne soit pas enlevé à celui qui l'emploie au profit de l'État. A parler rigoureusement, l'argent qui a cet emploi dans la nation, n'a point de propriétaire; il appartient aui besoins de l'État , lesquels le font circuler pour In reproduction des richesses qui font subsister la nation et qui fournissent le tribut au souverain.
Il ne faut pas confondre cet argent avec la finance dévorante qui se trafique en prêt à intérêt, et qui élude la contribution que tout revenu annuel doit à l'État. L'argent de besoin a, dis-je, chez tous les particuliers une destination à laquelle il appartient décisivement : celui qui est destiné au payement actuel de l'impôt appartient à l'impôt ; celui qui est destiné au besoin de quelque achat appartient à ce besoin ; celui qui vivifie l'agriculture, le commerce et l'industrie appartient à cet emploi ; celui qui est destiné à payer une dette échue ou prête à écheoir, appartient a cette dette, etc., et non à celui qui le possède : c'est l'argent de la nation, personne ne doit le retenir, parce qu'il n'appartient à personne ; cependant, c'est cet argent dispersé qui forme la principale masse du pécule d'un royaume vraiment opulent, où il est toujours employé à profit pour l'Etat. On n'hésite pas même à le vendre au même prix qu'il a coûté, c'est-à-dire à le laisser chez l'étranger pour des achats de marchandises dont on a besoin ; et l'étranger n'ignore pas non plus les avantages de ce commerce où le besoin des échanges décide de remploi de l'argent en marchandises et des marchandises en argent ; car l'argent et les marchandises ne sont richesses qu'à raison de leur valeur vénale.
L'argent détourné, et retenu hors de la circulation, est un petit objet qui est bientôt épuisé par les emprunts un peu multipliés ; cependant, c'est cet argent oisif qui fait illusion au bas peuple ; c'est lui que le vulgaire regarde comme les richesses de la nation et comme une grande ressource dans les besoins d'un État , même d'un grand État, qui rêeiiement ne peut être opulent que par le produit net des richesses
fournissent aux terres les engrais qui procurent les riches mois-
sons'
qui naissent annuellement de son territoire, et qui, pour ainsi dire, fait renaître ]*ar^ent en le renouvelant et en accélérant continuellement sa circulation.
D^ailleurs, quand un royaume est riche et florissant par le commerce de ses productions, il a par ses correspondances des richesses dans les autres pays , et le papier lui tient lieu partout d'argent. L'abondance et le débit de ses productions lui assurent donc partout Tusage du pécule des autres nations, et jamais l'argent ne manque non plus, dans un royaume bien cultivé , pour payer au souverain et aux propriétaires les revenus fournis par le produit net des denrées commerçables qui renaissent annuellement de la terre; mais, quoique l'argent ne manque point pour payer ces revenus, il ne faut pas prendre le change et croire que rimp6t puisse être établi sur la circulation de l'argent *.
L'argent est une richesse qui se dérobe à la vue. Le tribut ne peut être imposé qa*à la source des richesses disponibles, toujours renaissantes, ostensibles et commerçables. Cest là que naissent les revenus du souverain , et qu'il peut trouver de plus des ressources assurées dans des besoins pressants de l'État. Les vues du gou- Temement ne doivent point s'arrêter à l'argent, elles doivent s'étendre plus loin, et se fixer à Tabondance et à la valeur vénale des productions de la terre , pour accrotdre les revenus. C'est dans cette partie de richesses visibles et annuelles que consiste la puissance de l'État et la prospérité de la nation : c'est elle qui fixe et qui attache les sujets au sol. L'argent, l'industrie, le commerce mercantile et de trafic, ne forment qu'un domaine postiche et indépendant qui, sans les productions du sol, ne conAituerait qu'un État républicain : Constantinople même, qui n'en a pas le gouvernement, mais qui est réduit aux richesses mobilières du commerce de trafic, en a, au milieu du despotisme, le génie et l'indépendance dans les correspondances et dans l'état libre de ses richesses de commerce.
' Cet avantage s'obtient par le débit, par l'emploi et l'usage des laines dans le royasme ; par la grande consommation de la viande, du laitage, du beurre, du fromage, etc., surtout par celle que doit faire le menu peuple, qui est le plus nombreux; car ce n'est qu'à raison de cette consommation que les bestiaux ont du débit et qu'on les multiplie, et c'est l'engrais que les bestiaux fournissent à la terre qui procure d'abondantes récoltes par la multiplication même des bestiaux. Cette abondance de récolte et de bestiaux éloigne toute inquiétude de famine dans un royaume si fécond en subsistance. La nourriture que les bestiaux y fournissent aux hommes y diminue la consommation du blé, et la nation peut en vendre une plus grande quantité à l'étranger, et aecroitre contimiellemenc ses richesses par le commerce d'une production si précieuse. L'aisanoe du menu peuple contribue donc par là essentiellement à la prospérité de l'ÉUt.
Le profit sur les bestiaux se confond avec le profit sur la «ulture à l'égard du revenu do propriétaire, parce que le prix du loyer d'une ferme s'établit à raison du produit qu'elle peut donner par la culture et par la nourriture des bestiaux, dans les pays où les avances des fermiers ne sont pas exposées à êtrfi enlevées per un impôt arbitraire. Mais, lorsque l'impôt est établi sur les fermiers, le reveau de la terre tombe dans le dépérissement, parce que les fermiers n'osent faire les avances des achats de bestiaux, dans la crainte que ces bestiaux, qui sont des objets visibles, ne
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