‹ PhysiocratesChapitre 86 sur 157 · MAXIMES DE GOUVERNEMENT ÉCONOMIQUE · texte numérisé non relu

MAXIMES DE GOUVERNEMENT ÉCONOMIQUE

I. Les travaux (Ttnduslrie ne multiplient pas les richesses. Les travaux de Tagricullure dédommagent des frais , paient la main-d'œuvre de la culture, procurent des gains aux laboureurs , et, de plus , ils produisent les revenus des biens-fonds. Ceux qui achètent les ouvrages d'industrie, paient les frais, la main-d^œuvre et le gain des marchands ; mais ces ouvrages ne produisent aucun revenu au de-là.

Ainsi, toutes les dépenses d'ouvrages d'industrie ne se tirent que du revenu des biens-fonds; car les travaux qui ne produisent point de revenus ne peuvent exister que par les richesses de ceux qui les paient

* Ces mêmes maximes, revues et développées par leur auteur, en 4788, devinrent la partie de ses œuvres intitulée : Maximes générales du gouvemewtent éeomomiqme d'un royaume agricole^ el Noies sur ces maximes. Peut-être serait-on fondé à dire que, pour la clarté, le premier traTail remporte «ur le second. — Voyez p. 84 et suiv, de 00 volume. (E. D.)

Comparez le gain des ouvriers qai fabriquent les ouvrages (industrie, k celui des ouvriers que le laboureur emploie à la culture des terres , vous trouverez que le gain, de part et d'autre ^ se borne à la subsistance de ces ouvriers; que ce gain n'est pas une augmentation de richesses ; et que la valeur des ouvrages d'industrie est proportionnée à la valeur même de la jsubsistance que les ouvriers et les marchands consomment. Aiim, l'artisan détruit autant en subsistance qu'il produit par son travail.

Il n'y a donc pas multiplication de richesses dans la production des ouvrages d'industrie , puisque la valeur de ces ouvrages n'augmente que du prix de la subsistance que les ouvriers consomment. Les grosses fortunes de marchands ne doivent point être vues autrement; elles sont les effets de grandes entreprises de commerce , qui réunissent ensemble des gains semblables à ceux des petits marchands; de même que les entreprises de grands travaux forment de grandes fortunes par les petits profits que l'on retire du travail d'un grand nombre d'ouvriers. Tous ces entrepreneurs ne font des fortunes, que parce que d'autres font des dépenses. Ainsi il n'y a pas d'accroissement de richesses.

C'est la source de la subsistance des hommes qui est le principe des richesses. C'est l'industrie qui les prépare pour l'usage des hommes. Les propriétaires, pour en jouir, paient les travaux d'industrie; et par là leurs revenus deviennent communs à tous les hommes.

Les hommes se multiplient donc à proportion des revenus des biensfonds. Les uns font naître ces revenus par la culture , les autres les préparent pour la jouissance ; ceux qui en jouissent paient les uns et les autres.

Il faut donc des biens-fonds, des hommes et des richesses, pour avoir des richesses et des hommes. Ainsi, un État qui ne serait peuplé que de marchands et d'artisans, ne pourrait subsister que par les revenus des biens-fonds des étrangers.

IL Les travaux d*industrie contribuent à la population et à Caecrois^ semetU des richesses. Si une nation gagne avec l'étranger par sa maind'œuvre un million sur les marchandises fabriquées chez elle, et si elle vend aussi à l'étranger pour un million de denrées de son crû, l'un et l'autre de ces produits sont également pour elle un surcroit de richesses, et lui sont également avantageux, pourvu qu'elle ait plus d'hommes que le revenu du sol du royaume n'en peut entretenir; car alors une partie de ces hommes ne peut subsister que par des marchandises de maind'œuvre qu'elle vend k l'étranger.

Dans ce cas, une nation tire du sol et des hommes tout le produit qu'elle en peut tirer; mais elle gagne beaucoup plus sur la vente d'un million de marchandises de son crû , que sur la vente d'un million de

marchandises de main-d'œuvre, parce qu'elle ne gagne sur celles-ci que le prix du travail de Tartisan, et qu'elle gagne sur les autres le ptix du travail de la culture et le prix des matières produites parle soi. Aimi, dans régalité des sommes tirées de la vente de ces différentes marchandises, le commerce du crft est toujours, par proportion, beaucoup pins avantageux,

m. Les travaux d*indu8lrie qui i)ccupent les hommes au préjudieê de la culture des biens- fonds ^ nuisent à la population et à F accroissement des rickes^s. Si une nation qui vend à l'étranger pour un million de marchandises de main-d'oeuvre et pour un million de marchandises de mm crû , n'a pas assez d'hommes occupés à faire valoir les bieos-foods, elle perd beaucoup sur l'emploi des hommes attachés à la fabrication des marchandises de main-d'œuvre qu'elle vend à l'étranger; parce que les hommes ne peuvent alors se livrer ^ ce travail qu'au préjudice du revenu du sol, et que le produit du travail des hommes qui cultivent h terre, peut être le double et le triple de celui de la fabrication des marchandises de main-d'œuvre.

IV. L^ richesses des cultivateurs font naître les richesses de la eulêure. Le produit du travail de la culture peut être nul ou presque nal pour l'État, quand le cultivateur ne peut pas faire les frais d'une bonne cniture. Un homme pauvre qui ne tire de la terre, par son travail, que des denrées de peu de valeur, comme des pommes de terre, du blé nmr, des châtaignes, etc., qui s'en nourrit, qui n'achète rien et ne vend rien, ne travaille que pour lui seul : il vit dans la misère ; lui, et la terre qu'il cultive, ne rapporte rien à l'État.

Tel est l'effet de l'indigence dans les provinces où il n'y a pas de laboureurs en état d'employer les paysans, et où ces paysans trop pauvres ne peuvent se procurer, par eux-mêmes, que de mauvais aliments et de mauvais vêlements.

Ainsi, l'emploi des hommes h la culture peut être infructueux dans un royaume où ils n'ont pas les richesses nécessaires pour préparer la terre à porter de riches moissons. Mais les revenus des biens-fonds sont toujours assurés dans un royaume bien peuplé de riches laboureurs.

V. Les travaux de Vindustrie contribuent à Vaugmentatian des revenus des biens- fonds^ et les revenus des biens- fonds soutiennent les travaux d'industrie. Une nation qui, par la fertilité de son sol et par la difficulté des transports, aurait annuellement une surabondance de denrées qu'elle ne pourrait vendre a ses voisins, et qui pourrait leur vendre des marchandises de main-d'œuvre faciles à transporter, aurait intérêt a avoir chez elle beaucoup de fabricants et d'artisans qui consommeraient les denrées du pays, qui vendraient leurs ouvrages à l'étranger, et qui

aygœenleraieDt les richesses de la natioD par leur gain etpMrleur cohsonuDadon.

liais alors cet arrangement n'est pas facile , parce q^e les fabricants et artisans ne se rassemblent dans un pays qu'à proportion des revenus annuels de la nation ; c'est-k-dire à proportion qu'il y à des propriétaires ou des marchands qui peuvent acheter leurs ouvrages à peu près aussi cher qu*il les vendraient ailleurs, et qui leur en procurél^ienl le débit à mesure qu'ils les fabriqueraient; ce qui n'est guère possible chez une nation qui n'a pas elle-même le débit de ses denrées, et où la non valeur de ces mêmes denrées ne produit pas actuellement asse^ de retenus pour établilr des manufactures et des travaux de main-d'œuvi%.

Un tel projet ne peut s'exécuter que fort lentement. Plusieurs nations qui l'ont tenté ont mêtne éprouvé l'impossibilité d'y réussir.

C'est le seul cas cependant où le gouvernement pourrait s'occuper utilement des progrès de l'industrie dans un royaume fertile.

Car, lorsque le commerce dti crû est facile et libre, les travaux de main-d'œuvre sont toujours assurés infailliblement par les revt^Qs des biens-fonds.

YI. Une nation qui a un grand commerce de denrées de ton érâ, peut îeujowre entretenir^ du moins pour elle^ un grand eominereh dt nmK ekandises de màin-d^etuvre. Car elle peut toujours payer^ à prdporthMi des revenus de ses biens-fonds^ les ouvriers qui fabriquent les cmtrages de main-d'œuvre dont elle a besoin.

Ainsi, le commerce d'ouvrages d'industrie appartient aussi sftrement k cette nation que le commerce des denrées de son crû.

VIL Une nation qui a peu de commerce de denrées de ton crût eî qui esi réduite pour subsister à un commerce d^industrie^ est dans un état pré* Caire et incertain. Car son commerce peut lui être enlevé par d'autres nations rivales, qui se livreraient avec plus de succès à ce même commerce.

D'ailleurs, cette nation est toujours tributaire et dépendante de celtes qui lui vendent les matières de premier besoin. Elle est réduite à me économie rigoureuse, parce qu'elle n'a point de revenu à dépenselr, et qu'elle ne peut étendre et soutenir son traGc, son industrie et sa navigation , que par l'épargne ; au lieu que celles qui ont des biens-fonds ' augmentent leurs revenus par leur consommation.

Yin. Un grand commerce intérieur de marchandises de main-feeuwre m peut subsister que par les revenus des biens- fonds. Il faut extmiMT, dans un royaume, la proportion du commerce extérieur et du commerce intérieur d'ouvrage dMndustrie; car, si le commerce intérieur de marchandises de main-d'œuvre était par exemple de trois millions, et le

commercqtffitérieur d'un million, Jes trois quarts de tout ce commerce de marclttiraises de main-d'œuvre seraient payés par les revenus des biens-fonds de la nation, puisque l'étranger n'en payerait qu'un quart

Dans ce cas, les revenus des biens-fonds feraient la principale richesse du royaume. Alors le principal objet du gouvernement serait de veiller à l'entretien et k l'accroissement des revenus des biens-fonds*

Les moyens consistent dans la liberté du commerce et dans la conservation des richesses* des cultivateurs. Sans ces conditions, les revenus, la population, les produits de l'industrie, s'anéantissent

L'agriculture produit deux sortes de richesses, savoir : le produit annuel des revenus des propriétaires, et la restitution des frais de la culture.

Les revenus doivent être dépensés pour être distribués annuellement à tous les citoyens, et pour subvenir aux subsides de l'État

Les richesses employées aux frais de la culture doivent, être réservées aux cultivateurs et être exemptes de toutes impositions; car, si on les enlève, on détruit l'agriculture, on supprime les gains des halntants de la campagne, et on arrête la source des revenus de l'État

IX. Une nation qui a un grand territoire, et qui fait haiaer le frix des denrées de son crû pour favoriser la fabrication des ouvrages de main'd*^euvre, se détruit de toutes parts. Car, si le cultivateur n^esl pas dédommagé des grands frais que la culture exige; et, s'il ne gagne pas, l'agriculture périt; la nation perd les revenus de ses biens-fonds; les travaux des ouvrages de main-d'œuvre diminuent, parce que ces travaux ne peuvent plus être payés par les propriétaires des biens-fonds; le pays se dépeuple par la misère et par la désertion des fabricants, artisans, manouvriers et paysans, qui ne peuvent subsister qu'à prqK>rtioB des gains que leur procurent les revenus de la nation.

Alors les forces du royaume se détruisent, les richesses s'anéantissent, les impositions surchargent les peuples, et les revenus du souverain diminuent

Ainsi, une conduite aussi mal entendue suffirait seule pour ruiner an État.

X. Les avantages du commerce extérieur ne consistent pas dans FaC" croissement des richesses pécuniaires. Le surcroît de richesses que procure le commerce extérieur d'une nation, peut n'être pas un surcroit de richesses pécuniaires, parce que le commerce extérieur peut se faire avec l'étranger par échange d'autres marchandises qui se consominait par cette nation. Mais ce n'est pas moins pour cette même nation une richesse dont elle jouit et qu'elle pourrait, par économie, convertir en richesses pécuniaires pour d'autres usages.

D'ailleurs les denrées, envisagées comme marchandises, sont loul ensemble richesses pécuniaires et richesses réelles. Un laboureur qui vend son blé à un marchand est payé en argent ; il paie, avec cet argent, le propriétaire, la taille, ses domestiques, ses ouvriers, et achète les marchandises dont il a besoin. Le marchand qui vend le blé à l'étranger et qui achète de lui une autre marchandise, ou qui commerce avec lui par échange, revend à son retour la marchandise qu'il a rapportée, et avec l'argent qu'il reçoit il rachète du blé.

Le blé, envisagé comme marchandise, est donc une richesse pécuniaire pour les vendeurs, et une richesse réelle pour les acheteurs.

Ainsi, les denrées qui peuvent se vendre, doivent toujours être regardées indifféremment dans un État comme richesses pécuniaires et comme richesses réelles, dont les sujets peuvent user comme il leur convient.

Les richesses d'une nation ne se règlent pas par la masse des richesses pécuniaires. Celles-ci peuvent augmenter ou diminuer sans qu'on s'en aperçoive, car elles sont toujours effectives dans un État par leur quantité ou par la célérité de leur circulation , a raison de l'abondance et de la valeur des denrées. L'Espagne, qui jouit des trésors du Pérou, est toujours épuisée par ses besoins. L'Angleterre soutient son opulence par ses richesses réelles; le papier, qui y représente l'argent, a une valeur assurée par le commerce et par les revenus des biens de la nation.

Ce n^est donc pas le plus ou le moins de richesses pécuniaires qui décide des richesses d'un État ; et les défenses de sortir de l'argent d'un royaume, aa préjudice d'un commerce profitable, ne peuvent être fondées que sar quelque préjugé désavantageux.

Il faut, pour le soutien d'un État, de véritables richesses, c'est-à-dire des richesses toujours renaissantes, toujours recherchées et toujours payées, pour en avoir la jouissance, pour se procurer des commodités et pour satisfaire aux besoins de la vie.

XL On ne peut connaître^ par F état de la balance du commerce entre diverseinationsj F avantage du commerce et l'état des richesses de chaque nation. Car des nations peuvent être plus riches en hommes et biensfonds que les autres; et celles-ci peuvent avoir moins de commerce intérieur, faire moins de consommations, et avoir plus de commerce extérieur que celles-là.

D'ailleurs, quelques-unes de ces nations peuvent avoir plus de commerce de trafic que les autres. Le commerce, qui leur retid le prix de l'achat des marchandises qu'elles revendent, forme un plus gros objet dans la balance, sans que le fonds de ce commerce leur soit aussi avan-

tageux que celui d'un moindre commerce des autres nations qai vendent à rétrajuger leurs propres productions.

Le commerce des marchandises de main-d'œuvre en impose aossi , parce qu'on le confond dans le produit des matières premières, qui doit être distingué de celui du travail de Gatbrication.

XIL Çesi par U commerce intérieur et par U commerce extérieur^ et surtout par Vétat du commerce intérieur , qu'on peut juger de la richesse d'une nation. Car, si elle fait une grande consommation de ses denrées à haut prix , ses richesses seront proportionnées k Fabondance et au fviiL des denvées qu'elle consomme ; parce que ces mêmes denrées sont réellement des richesses, en raison de leur abondandance el de leur cl^erté; ^ qu'elles peuvent , par la vente qu'on en pourrait feire^ être susceptibles, de tout aiitre emploi dans les besoins extraordinaires. Il snlIH d'en avoir le fonds en richesses réelles.

XUI. Vue nation ne doit point envier le commerce de tes voi$im$^ quand elle tire de $on sol ^ de ses hommes et de sa namgation , le meilleur produit possiUe. Car elle ne pourrait rien entreprendre, par mauvaise intention, contre le commerce de ses voisins, sans déranger son état, et sans se nuire k elle-même, surtout dans le commerce réciproque qa'elle a établi avec eux-

Ainsi , les nations commerçantes rivales, et même ennemies, doivent être plus attentives k opaintenir ou k étendre , s'il est possible , leor propre commerce, qu'k chercher k nuire directement k celui des antres. Elles doivent même le favoriser, parce que le commerce réciproque des nations se soutient mutuellement par les richesses des vendeurs et des acheteurs.

XIV. Dans le commerce réciproque , les nations qui vendeni ies marchandisfis les plus nécessaires ou les plus utiles , onf davantage sur edles qui vendent les marchandises de luxe. Une nation, qui est assurée par ses biens-fo]:^ds d'un commerce de denrées de son crû, et psur conséquent aussi d'un commerce intérieur de marchandises de main-d'œuvre, est indépendante des autres nations. Elle ne commerce avec celles-ci que pour entretenir,, faciliter et étendre son commerce extérieur; et elle doit, autant qu'il est possible , pour conserver son indépendance et son avantage dans le commerce réciproque, ne tirer d'elles que des oiarchandises de l^xe, et leur vendre des marchandises nécessaires aux besoins de la vie.

Elles croiroat que, par la valeur réelle de ces différentes ijnarchandises, ce commerce réciproque leur est plus favor;^ble. Mais, l'ava,ntage est toajours pour la ualioii qui vend les maicltandises les plus utiles et les nécessaires.

Car alors son commerce esl établi sur le besoin des autres; elle ne lear vend que soa superflu, et ses achats ne portent que sur son opulence. Ceux-là ont plus d'intérêt de lui vendre , qu'elle n'a besoin d'acheter^ et elle peut plus faeilemept se retrancher sur le luie, que les autres ne peuvent épargner sur le nécessaire.

Il faut même remarquer que les États qui se livrent aux manufactures de laxe> éprouvent des vicissitudes (Sbeheuses. Car, lorsque lorsque les temps sont malheureux , le commerce de luxe languit, et les ouvriers se trouveat sans pain et sans emploi.

La France pourrait , le commerce étant lilure, produire abondamment lea denrées de premier besoin , qui pourraient suffire à une grande consommation et k un grand commerce extérieur, et qui pourraient soutenir dans le royaume un grand commerce d'ouvrages de main-d'œuvre.

Mais l'état de sa population ne lui permet pas d'employer beaucoup d'honmaesaux ouvrages de luxe; et elle a même intérêt, pour faciliter le commerce extérieur des marchandises de son crà, d'entretenir, par l'achat des marchandises de luxe, un commerce réciproque avec l'étranger.

D'ailleurs^ elle ne doit pas prétendre pleinement à un conunerce général. Elle doit en sacrifier quelques branches, les moins importantes , à Favantage des autres parties qui lui sont les plus profitables, et qui augmenteraient et assureraient les revenus des biens-fonds du royaume.

Cependant tout commerce doit être libre, parce qu'il est de l'intérêt des marchands de s'attacher aux branches de commerce extérieur les plus sûres et les plus profitables.

Il suffit au gouvernement, à l'accroissement des revenus des biens du royaume, de ne point gêner l'industrie, de laisser aux citoyens la facilité et le choix des dépenses ;

De ranimer l'agriculture par Tactivité du commerce, dans les provinces où les denrées sont tombées en non valeur;

DesttpfMrimertes prohibitions et les empêchements préjudiciables au » commerce intérieur et au commerce réciproque extérieur;

D*abolir ou de modérer les droits excessifs de rivière et de péage , qui détruisent les revenus des provinces éloignées, où les denrées ne peuvent être commeffables que par de longs transports : ceux h qui ces droits appartiennent seront suffisamment dédommagés, par leur part de l'accroissement général des revenus des biens du royaume.

Il u'est pas moins nécessaire d'éteindre les prévilèges surpris par des provinces, par des villes, par des communautés, pour leur avantage particulier.

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Il est important aussi de faciliter les communications et les transports des marchandises, par les réparations des chemins et la navigation des rivières *.

Il est encore essentiel de ne pas assujétir le commerce des denrées des provinces à des défenses et à des permissions passagères et arbitraires qui ruinent les campagnes, sons le prétexte captieux d^assnrer Tabondance dans les villes. Les villes susbsistent par les dépenses des propriétaires qui les habitent; ainsi, en détruisant les revenus des biensfonds , ce n'est ni favoriser les villes , ni procurer le bien de l'État.

Le gouvernement des revenus de la nation ne doit pas être abandonné à la discrétion, ou à Tautorilé de Fadministration subalterne et particulière.

On ne doit point borner l'exportation des grains à des provinces particulières, parce qu'elles s'épuisent avant que les autres provinces puissent les regarnir; et les habitants peuvent être exposés, pendant quelques mois, à une disette que l'on attribue avec raison k l'exportation.

Mais, quand la liberté d'exporter est générale, la levée des grains n^est pas sensible, parce que les marchands tirent de toutes les parties dn royaume , et surtout des provinces où les grains sont à bas prix.

Alors il n'y a plus de provinces où les denrées soient en non valeur. L'agriculture se ranime partout à proportion du débit.

Les progrès du commerce et de l'agriculture marchent ensemble; et l'exportation n'enlève jamais qu'un superflu , qui n'existerait pas sans elle, et qui entretient toujours l'abondance, et augmente les revenus dn royaume.

* Les diemins ruraux ou de communication avec les grande routes, les villes et les marchés, manquent ou sont mauvais presque partout dans les provinces, ee qu est un grand obstacle à Tactivité du commerce. Cependant, il semble qu^on poerrait y remédier en peu d'années : les propriétaires sont trop intéressés à la vente des denrées que produisent leurs biens, pour qu'ils ne voulussent pas contribuer aux dépenses de la réparation de ces chemins. On pourrait donc les imposer pour une petite taxe réglée au sou la livre de la taille de leurs fermiers, et dont les fer miers et les paysans sans biens seraient exempts. Les chemins à réparer seraient décidés par MM. les intendants dans chaque district, après avoir consulté les habitants , qui ensuite les feraient exécuter par des entrepreneurs. On réparerait d'abord les endroits les plus impraticables, et on perfectionnerait successivement les chemins ; les fermiers et les paysans seraient ensuite chargés de les entretenir. On pourrait faire avec les provinces de pareils arrangements pour les rivières qui peuvent être rendues navigables. Il y a des provinces qui ont si bien reconnu Tutilité de ces travaux, qu'elles ont demandé elles-mêmes à être autorisées à en faire les dépenses; mais les besoins de TÉtat ont quehpiefois enlevé les fonds que Ton y avait destinés : ces mauvais succès ont étoufTc des dispositions si avantageuses au bien de l'État.

Cet accroissement de revenus augmente la population et la consommation, parce que les dépenses augmentent et procurent des gains'^qui attirent les hommes.

Par ces progrès, un royaume peut parvenir en peu de temps à un haut degré de force et de prospérité. Ainsi, par des moyens biens simples, an souverain peut faire, dans ses propres États, des conquêtes bien plus avantageuses que celles qu'il entreprendrait sur ses voisins. Les progrès sont rapides; sous Henri IV, le royaume épuisé, chargé de dettes, devint bientôt un pays d'abondance et de richesses.

Observations sur la nécessité des richesses pour la culture des grains. Il ne faut jamais oublier que cet état de prospérité auquel nous pouvons prétendre, serait bien moins le fruit des travaux du laboureur, que le produit des richesses qu'il pourrait employer à la culture des terres. Ce sont les fumiers qui procurent de riches moissons ; ce sont les bestiaux qui produisent les fumiers; c'est l'argent qui donne les bestiaux, et qui fournit les hommes pour les gouverner. On a vu , par les détails précédents, que les frais de trente millions d'arpents de terre traités par la petite culture, ne sont que de 285 millions; et que ceux que l'on ferait, pour 30 millions d'arpents bien traités par la grande culture, seraient de 710 millions; mais, dans le premier cas, le produit n'est que de 390 millions; et, dans le second, il serait de 1,378,000,000. De plus grands frais produiraient encore de plus grands pro6ts; la dépense et les hommes qu'exige de plus la bonne culture, pour l'achat et le gouvernement des bestiaux, procurent, de leur côté, un produit qui n'est guère moins considérable que celui des récoltes.

La mauvaise culture exige cependant beaucoup de travail ; mais , le cultivateur ne pouvant faire les dépenses nécessaires , ses travaux sont infructueux; il succombe, et les bourgeois imbéciles attribuent ses mauvais succès à la paresse. Ils croient, sans doute, qu'il suflBt de labourer, de tourmenter la terre, pour la forcer à porter de bonnes récoltes; on s'applaudit lorsqu'on dit à un homme pauvre qui n'est pas occupé : Va labourer la terre. Ce sont les troupeaux qui doivent la fertiliser, sans ces secours, elle récompense peu les travaux des cultivateurs. Ne sait-on pas, d^ailleurs, qu'elle ne fait point les avances; qu'elle fait, au contraire, attendre longtemps la moisson ? Quel pourrait donc être le sort de cet hmnme indigent k qui l'on dit: Va labourer la terre? Peut-il cultiver pour son propre compte ? Trouvera-t-il de l'ouvrage chez les fermiers , sMIs sont pauvres? Ceux-ci, dans l'impuissance de faire les frais d'une bonne culture, hors d'état de payer le salaire des domestiques et des ouvriers, ne peuvent occuper les paysans. La terre, sans engrais et presqu'in* culte, ne peut que laisser languir les uns et les autres dans la misère.

298 QUESiNAY.

Il faut encore observer que tous les habitants du royaume doivent profiter des avantages de la bonne culture, pour qu'elle puisse se soutenir et produire de grands revenus au souverain. Cest en augmenlant les revenus des propriétaires et les profits des fermiers qu*dile procure des gains à tous les autres états, et qu'elle entretient une consommation et des dépenses qui la soutiennent elle-même. Mais, si les împosilîons du souverain sont établies sur le cultivateur même, si elles eslèYent ses profits, la culture dépérit, les revenus des propriétaires diminuenl; d'oft il résulte une épargne inévitable qui influe sur les stipendiés, lès marchaods^ les ouvriers^ les domestiques: le système général des dépenses, des travaux, des gains et de la consommation, est dérangé; FÉtat s'affaiblit; l'imposition devient de plus en plus destructive. Un royaume m peut donc être florissant et formidable que par les productions qui se renouvellent, ou qui renaissent continuellement, de la richesse mâne d'oa peuple nombreux et actif dont l'industrie est soutenue et animée par le gouvernemenL

On s'est imaginé que le trouble que peut causer le gouyememeat dans la fortune des particuliers est indifférent k l'Etat, parce qne, dit-oo, si les uns deviennent riches aux dépens des autres, la ricbesse existe également dans le royaume. Cette idée est £aiusse et absurde ; car les richesses d'uQ État ne se soutiennent pas par elles-mêmes, elles ne se conservent et ne s'augmentent qu'autant qu'elles se renouvellent par leur emploi dirigé avec intelligence. Si le cultivateur est ruiné par le financier, les revenus du royaume sont anéantis, le commerce et l'industrie languissent; l'ouvrier manque de travail; le souverain^ les propriétaires, le clergé, sont privés de revenus; les dépenses et les gains sont abolis; les richesses, renfermées dans les coffres du financier, sont infiructueuses ou, si elles sont placées à intérêt, elles surchargent l'État. Il (aut donc que le gouvernement soit très attentif à conserver, k toutes les professions productives, les richesses qui leur $Qut nécessaires pour la production et l'accroissement des richesses du royaume.

Observations sur la population soutenue par la culture des graiu. Enfin, on doit reconnaître que les productions de la terre ne sont point des richesses par elles-mêmes; qu'elles ne sont des richesses qu'autant qu'elles sont nécessaires aux hommes, et qu'autant qu'elles sontcommerçables : elles ne sont donc des richesses qu'à proportion de leur consommation et de la quantité des homip^es qui en ont besoin. Chaque homme qui vit en société n'étend pas sou travail à tous ses besoins; mais, par la vente de ce que produit son travail, il se procure ce qui lui manque. Ainsi, tout devient commerçable, tout devient richesse, par un ti'ulic mutuel entre les hommes. Si le nombre des hommes diminue d'un

tiers dans un Etat, les richesses doivent y diminuer des deux tiers, parce que la dépense et le produii de chaque homme forment une double richesse dans la société. Il y avait environ vingt-quatre millions d'hommes dans le royaume il y a cent ans : après des guerres presque continuelles pendwt quarante ^ns, et après la révocation de Tédit de Nantes, il s'en est trouvé encore, par le dénombrement de 1700, dix-neuf millions ciaq cent mille; mais la guerre ruineuse de la succession à la couronne d^E^agne, la diminution des revenus du royaume, causée par la gène da commerce et par les impositions arbitraires, la misère des campagnes, la désertion hors du royaume, Taffluence de domestiques que la panvreté et la miliect obligent à se retirer dans les grandes villes où la déhanche leur tient lieu de mariage; les désordres du luxe, dont on se dédoipmage malheureusement par une économie sur la propagation; lOHtes ces causes n'autorisent que trop l'opinion de ceux qui réduisent aajonid'hui le nombre d'hommes du royaume k seize millions ; et il y en a un grand nombre a la campagne réduits à se procurer leur noorritare par la culture du blé noir ou d'autres grains de vil prix: ainsi, ils sont aussi peu utiles à l'État par leur travail que par leur consommation. Le paysan n'est utile dans la campagne qu'autant qu'il produit et qu'il gagne par son travail, et qu'autant que sa consommation en bons aliments et en bons vêtements contribue à soutenir le prix des denrées et le revenu des biens, à augmenter et à faire gagner les fabricants et les artisans qui, tous, peuvent payer au roi des subsides à proportion des pro-. duits et des gains.

Ainsi, on doit apercevoir que, si la misère augmentait, ou que, si le royaume perdait encore quelques millions d'hommes, les richesses actuelles y diminueraient excessivement, et que d'autres nations tireraient un doubleavantage de ce désastre. Mais, si la population se réduisait à moi^ tié de ce qu'elle doit être, c'est-à-dire de ce qu'elle était il y a cent ans, le royaume serait dévasté; il n'y aurait que quelques villes ou quelques provinces commerçantes qui seraient habitées, le reste du royaume serait inculte; les biens ne produiraient plus de revenus; les terres seraient partout surabondantes, et abandonnées à qui voudrait en jouir, sana payer ni connaître de propriétaire.

Les terres, je le répète, ne sont des richesses que parce que leurs pro^ ductions sont nécessaires pour satisfaire aux besoins des hommes, et que ce sont ces besoins eux-mêmes qui établissent les richesses : ainsi, plus il y a d^hommes dans un royaume dont le tefritoire csl fen étendu et fertile, plus il y a de richesses. C'est la culture, animée par le besoin des hommes, qui en est la source la plus féconde et le principal soutien de la i)opulation ; elle fournit les matières nécessaires à nos besoins, et

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procure de& revenus au souverain et aux propriétaires. La population s*accroit beaucoup plus par les revenus et par les dépenses, que par la propagation de la nation même.

Observations sur le prix des grains. Les revenus multiplient les dépenses, et les dépenses attirent les hommes qui cherchent le gain ; les étrangers quittent leur patrie pour venir participer à Taisance d*une nation opulente, et leur aflOuence augmente encore ses richesses en sou* tenant, par la consommation, le bon prix des productions de ragriculture, et en provoquant, par le bon prix, f abondance de ces productions : car, non-seulement le bon prix favorise les progrès de Tagriculture, mais c'est dans le bon prix même que consistent les richesses qu^elle procure. La valeur d'un septier de blé, considéré comme richesse, ne consiste que dans son prix : ainsi, plus le blé, le\in, les laines, les bestiaux sont cbers et abondants, plus il y a de richesse dans TÉtat. La non^aleur avec r abondance n'est point richesse; la cherté avec pénurie est misera; l'abondance avec cherté est opulence. J'entends une cherté et une abondance permanentes; car une cherté passagère ne procurerait pas une distribution générale de richesses à toute la nation, elle n'augmenterait pas les revenus des propriétaires ni les revenus du roi ; elle ne serait avantageuse qu'à quelques particuliers qui auraient alors des denrées k vendre à haut prix.

Les denrées ne peuvent donc être des richesses pour toute nation, que par Tabondance et par le bon prix entretenus constamment par une bonne culture, par une grande consommation et par un commerce extérieur : on doit même reconnaître que, relativement à toute une nation , l'abondance, et un bon prix qui a cours chez Télranger, est une grande richesse pour cette nation, surtout si celte richesse consiste dans les productions de l'agriculture ; car c'est une richesse en propriété bornée dans chaque royaume au territoire qui peut la produire : ainsi, elle est toujours, par son abondance et par sa cherté, à l'avantage de la nation qui en a le plus et qui en vend aux autres. Car plus un royaume peut se procurer de richesses en argent, plus il est puissant, et plus les facultés des particuliers sont étendues, parce que l'argent est la seule richesse qui puisse se prêter a tous les usages et décider de la force des nations relativement les unes aux autres.

Les nations sont pauvres partout où les productions du pays, les plus nécessaires à la vie, sont à bas prix ; ces productions sont les biens les plus précieux et les plus commerçables ; elles ne peuvent tomber en non valeur que par le défaut de population et de commerce extérieur. Dans ces cas, la source des richesses pécuniaires se perd dans des pays privés des avantages du commerce, où les hommes, réduits rigou-

reusement aux biens nécessaires pour exister, ne peuvent se procurer ceux quMI leur faut pour satisfaire aux autres besoins de la vie et à la sûreté de leur patrie : telles sont nos provinces où les denrées sont à vil prix, ces pays d^abondance et de pauvreté, où un travail forcé et une épargne outrée ne sont pas même des ressources pour se procurer de Fargent. Quand les denrées sont chères, et quand les revenus et les gains augmentent à proportion, on peut, par des arrangements économiques, diversifier les dépenses, payer des dettes, faire des acquisitions, établir des enfants, etc. Cest dans la possibilité de ces arrangements que consiste Taisance qui résulte du bon prix des denrées. Cesi pourquoi les villes et les provinces d*un^ royaume où les denrées sont chères, sont plus habitées que celles où toutes les denrées sont h trop bas prix, parce que ce bas prix éteint les revenus, retranche les dépenses, détruit le commerce, supprime les gains de toutes les. autres professions, les travaux et les salaires des artisans et manouvriers: de plus, il anéantit les revenus du roi, parce que la plus grande partie du commerce pour la consommation se fait par échange de denrées, et ne contribue point à la circulation de Targent; ce qui ne procure point de droits au roi sur la consommation des subsistances de ces provinces, et très peu sur les revenus des biens.

Quand le commerce est libre, la cherté des denrées a nécessairement ses bornes, fixées par les prix mêmes des denrées des autres nations qui étendent leur commerce partout. Il n'en est pas de même de la non valeur ou de la cherté des denrées causées par le manque de liberté du commerce ; elles se succèdent tour k tour et irrégulièrement; elles sont Tune et l'autre fort désavantageuses, et dépendent presque toujours d'un vice du gouvernement.

Le bon prix ordinaire du blé , qui procure de si grands revenus à rÉtat, n'est point préjudiciable au bas peuple. Un homme consomme trois septiers de blé : si, à cause du bon prix, il achetait chaque septier quatre livres plus cher, ce prix augmenterait au plus sa dépense d'un sou par jour; son salaire augmenterait aussi à proportion, et cette augmentation serait peu de chose pour ceux qui la payeraient, en comparaison des richesses qui résulteraient du bon prix du blé. Ainsi, les avantages du bon prix du blé ne sont point détruits par l'augmentation du salaire des ouvriers; car alors il s'en faut beaucoup que cette augmentation approche de celle du profit des fermiers, de celle des revenus des propriétaires, de celle du produit des dîmes, et de celle des revenus du roi. U est aisé d'apercevoir aussi que ces avantages n'auraient pas augmenté d'un vingtième, peut-être pas même d'un quarantième, le prix de la main-d'œuvre des manufactures qui ont déterminé imprudem-

ment à défendre Texportation de nos blés, ei qui ont causé à rÉiUI ime perte immense. C'est d'ailleurs un grand inconvénient qtie d'accoutomer le peuple à acheter le blé k trop bas prix ; il en douent moins laborieux, il se nourrit de pain à peu de frais et devient paresseux et arrogant; les laboureurs trouvent difficilement des ouvriers et des domestiques; aussi sont-ils fort mal servis dans les années abondantes. Il est important que le petit peuple gagne davantage, et qu'il soit pressé par le besoin de gagner. Dans le siècle passé, où le blé se vendait beaucoup plus cher, k peuple y était accoutumé; il gagnait à proportion; il devait être plQshh borieux et plus à son aise.

Ainsi, nous n'entendons pas ici, par le mot de cherté , un prix qà puisse jamais être excessif, mais seulement un prix commun entre Booiet l'étranger; car, dans la supposition de la liberté du commerce extérieer, le prix sera toujours réglé par la concurrence du commerce des denrées des nations voisines.

Ceux qui n'envisagent pas, dans toute son étendue, la distributioii des richesses d'un Étal, peuvent objecter que la cherté n'est avmtageuse que pour les vendeurs , et qu'elle appauvrit ceux qui achètent; qu'ainsi elU diminue les richesses des uns, autant qu'elle augmente ceUes des autres. La cherté, selon ces idées, ne peut donc pas être, dans menu cas, une augmentation de richesses dans l'État.

Mais la cherté et l'abondance des productions de l'agricultore n'angmentent-elles pas les proGts des cultivateurs, les revenus du roi, des propriétaires, et des bénéficiaires qui jouissent des dîmes? Ces richesses elles-mêmes n'augmentent-elles pas les dépenses et les gains ? Le manouvrier, Partisan, le manufacturier, etc, ne font-ils pas payer leur temps et leurs ouvrages k proportion de ce que leur coûte leur Subsistance? Plus il y a de revenus dans un État, plus le commerce, les manufactures, les arts, les métiers, et les autres professions, deviennent nécessaires et lucratifs.

Mais cette prospérité ne peut subsister que par le bon prix de nos denrées : car, lorsque le gouvernement arrête le débit des productioas de la terre, et lorsqu'il en fait baisser le prix, il s'oppose k l'abondance, et diminue les richesses de la nation k proportion qu'il fait tomber les prix des denrées qui se convertissent en argent.

Cet état de bon prix et d'abondance a subsisté dans le royaume, tant que nos grains ont été un objet de commerce, que la culture des terres a été protégée, et que la population a été nombreuse. Mais la gêne dans le commerce des blés , la forme de l'imposition des subsides , le mauvais emploi des hommeset des richesses aux manufactures de luxe, les guerres continuelles, et d'autres causes de dépopulation et d'indigence, ont dé-

trait ces avantages; et rÉtat perd annuellement plus des trois quarts du produit qu'il retirait il y a un siècle de la culture des grains,, sans y comprendre les autris pertes qui résultent nécessairement de cette énorme dégradation de Fagriculture et de la population K

* Indcpendaimnent des écrits qui précèdent et qui nous ont paru , comme à Dupont de Nemours, l'exposé complet de la pensée politique, morale et économique de Pauteur, Qnesnay a publié de nombreux arliclcs dans le Journal de tagrieuliure^ dueommeree et des finances et dan5< les Ephémérides du cUoyen, Recueils périodiques dont la collection complète est aujourd'hui devenue fort rare '. De ces divers articles , «pii éclairctssent quelquefois sa doctrine de là manière la plus piquante, . nous citerons les suivants :

Journal de VagricuHure ^ du commerce et des finance*, année i767, numéro de NOVEMBRE : OhjecUont conlrc le Tableau économique.

Critique supposée, où, sous le nom de M. H...., Tauteur combat son système pour tendre à ses adversaires un piège dans lequel ils se laissèrent prendre.

Id., année 1766, numéro de janvier : !<> ïiépon$e aux objeelions conireh Ihbtêau économique; — 2» Qu'il n'y a pas d'inlérêl à acheter les matières premières d'un peuple pour les lui revendre manufacturées ; — 5«> Observation* sur t intérêt de l'argent ; — 49 Question économique sur les deuil*.

Ces quatre articles publiés sous les noms de M. 11... ou de M. Nisaque,

Id., numéro de février: Discussion sur la productivité et la non-productivité de /'itidtMlritf, à laquelle les partisans du système mercantile mirent fin par Tinflueuce qu*ils exerçaient sur les propriétaires du journal.

Id., numéro d^AVRiL : lo Remarques sur topinion de M. de Montesquieu^ relativement aux lois prohibitives dans le commerce des colonies^ sous le nom de M. De ttsle ;^^9P Nouvelle défense (simulée) du système mercantile ^ sous le nom de

Cette fois , Quesnay ne recourait à ce stratagème que pour maintenir, dans le

* Le Journal de l'agriculture, du commerce et des finances commença de paraître en juillet ti6R, MM» la direction do Dupont de Nemours , qui s'y mainlint Jusqu'en novembre 1766 indusivemenl. Organe des noaveUes opinions économiques, ce journal changea complètement de principes en changeant de rédacteur.

Les Ephémérides du citoyen, ou Chronique de l'esprit national, datent de la On de 1766. A partir de 1767, Tabbé Beandeau, qui était à la tète de ce recueil « mais qui en abandonna, au mois de mai 170R, la rédaction A Dupont de Nemours , leur donna pour second litre : Bibliothèque raisonnée des seienees morales et politiques. Elles devinrent alors, d'hebdomadaires mensuelles, et embra«ent ainsi la période de janvier 1767 à mars 177S inclusivement, laquelle fournit 63 numéros ou volumes in-19.

Il y a donc une double erreur dans celle indication de M. Beuchot , que « la collection des Ephémérides, i76<Hnars 1773^ forme 40 volumes in-i9. » {OEuvres de Voltaire, t. XLY I, note de la page 404). Celte erreur est d'autant moins contestable , que dans une autre note le savant bibliographe assigne lulroéme 69 volumes A cette collection, chiffre qui n'est exact que par le compte des six volumes paru» en 1766, iibid., i. XL VIII, noie de la pa^e lOS).

Ce recueil, interrompu en 1773, fut repris par Tabbé Beaudean qui le ressuscita en 177S, sous le titre de Nouvelles Ephémérides économiques ou Bibliothèque raisonnée de l'histoire, de la morale et de la politique. (V. Mercure de France, mars 1775^. Cette nouvelle publication comprend, selon M. Beocfaol, qui so trompe encore en la faisant remonter à 1774, 19 numéros ou vol. in-19.

VA QDESNAY.

joamai, b liberté de diaciusioti repousses de plut en |4as par les adfeDNÉwi Jew doetribe.

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