FLourens, loc. cit. p
3. Voici quelques citations à cet égard. Frourens écrit (loc. ci. p. 171) : « Je retranchai, sur un jeune et vigoureux lapin, d'abord les lobes cérébraux et l'animal perdit aussitôt toute faculté de vouloir et de percevoir; plus le cervelet
servir à déterminer le rôle des centres nerveux dans la respiration, ce qu'il a étudié et ce qu'il s’est assez exclusivement contenté d'observer, c’est la persistance ou la non-persistance de la respiration. A vrai dire FLourens s’est peu occupé des diverses modifications du rythme respiratoire, qui pouvaient survenir au cours de ses expériences fort variées; ce qu'il lui importait de démontrer — il le dit à chaque instant, — c'était le « principe », l'organe « essentiel » de la respiration. Le rythme respiratoire en lui-même ne paraît pas l'avoir
= préoccupé; les simples modifications de fréquence ne sont pas notées dans ses expériences. Dès lors l'opinion de Frou- RENS cesse de peser d’un aussi grand poids dans la solution du problème qui nous occupe. Les résultats consignés dans ses expériences permettent de conclure quant à l'organe, principe de la respiration, mais non quant à l'organe, régulateur de cette même fonction. Il est facile de concevoir, en effet, que la cause productrice, le principe d’un mouvement et l’agent régulateur de ce même mouvement puissent ne pas être localisés dans le même organe. Et pour ce qui est de la respiration, il semble bien que le principe de cette fonction soit dans le bulbe, maïs cela ne saurait contredire que sa régulation appartienne au cerveau — pour quelque part, du moins.
Dès 1851, un élève de Brown-Séquarp, M. Bensamn Cosre, avait cherché à déterminer l'influence du cerveau sur la respiration*. Ce travail, auquel servent de base à la fois des recherches expérimentales et surtout de nombreuses observa-
et il perdit toute faculté de se mouvoir avec ordre et régularité ; enfin les tubercules quadrijumeaux, et ses iris, jusque-là contractiles et mobiles, perdirent bientôt tout ressort et tout mouvement. Malgré ces diverses mutilations l'animal vivait et respirait bien. » P. 172 : « Je pris un autre lapin; je retranchai parcillement les lobes cérébraux, les tubercules quadrijumeaux et le cervelet. Pareillement la respiration persistait toujours. » On le voit, FLouRENS ne s'est pas du tout occupé, dans ses expériences, du rythme de la respiration, mais exclusivement de la persistance de la respiration.
1. BENsAMIN Cosre. « Sur le rôle de l’encéphale et particulièrement de la protubérance annulaire dans la respiration. » Thèse de Paris, 1851.
100 V. PACHON.
tions cliniques empruntées à LaLLEMAND (Lettres sur l'encéphalr, 1820-1830; obs. 6, 8, 16, 17, 1" lettre; 6, 7, 9, 13, 2 lettre: 1,9, 11, 18, 21,5° lettre; 4, 9, 4° lettre), à Bourzaup (Traité de l'encéphalite), à Serres (Mémoire sur l’apoplexie, obs. 46, 17, 18, 20, 22, 2n Annuaire médico-chirurgical, 1819), à Laexnec (Traité de l'auscultation médiate, t. 1, p. 168. Paris 1826), à Cruveizurer (Anatomie pathologique du corps humain), ete., se résume dans les conclusions suivantes formulées par l’auteur :
1. — « Des expériences et des observations que nous avons mentionnées, et de quelques autres faits que nous n’avons pu rapporter, faute d'espace, nous croyons pouvoir conclure que presque toutes les divisions de l’encéphale, lobes cérébraux, cervelet, couches opliques, corps striés, tubercules quadrijumeaux et protubérance, servent à la respiration.
2. — « D'une autre part, comme lorsqu'une lésion considérable, ayant lieu sur la voie de communication entre la moelle allongée et les parties antérieures ou supérieures de l’encéphale, supprime non seulement l'influence que possède la partie lésée sur la respiration, mais encore plus ou moins complètement l'influence des autres parties de l’encéphale, il s'ensuit que, plus la partie lésée est voisine de la moelle allongée, plus la respiration est troublée. Aussi, de toutes les parties de l’encéphale, autres que la moelle allongée, il n’en est aucune dont les lésions soient plus capables, que celles de la protubérance, d'amener un trouble considérable de la respiration. »
C'était clairement affirmer le rôle du cerveau dans la respiration. Et cette affirmation avait l'avantage de reposer sur un nombre assez considérable d'observations importantes pour qu’elle fût digne d'attirer l'attention. Mais l'autorité de Frou- Rens, dont l’œuvre était si remarquable dans son ensemble, détourna de cette question les travaux des physiologistes.
Elle reparut lorsque, après les découvertes fondamentales de Frrrscm et HrrziG sur les effets moteurs produits par l’excitation électrique de régions déterminées de l'écorce cérébrale,
on se mit à étudier par de nouveaux procédés d’expérimentation les fonctions du cerveau. En portant l'excitation électrique sur des régions variées de la masse cérébrale, les expérimentateurs cherchèrent à déterminer s'il n'existait pas des centres cérébraux en rapport avec la respiration. Depuis 1875 les travaux se sont succédé assez nombreux sur ce sujet. | Ce sont les travaux de DanLewsky (1875), de Lépine et Bo- .« cmronTAINE (1875), de Cu. Ricuer (1878), de Newezz-Marri et Booxer (1879), de Curisrrani (1880), de MarkwaL (1886), de Fr. Franck (1887), de Unvermicur (1888), de H. Girarp (1889), Preosrasenexsxy (1890). L'accord est fort loin d'exister entre ces divers auteurs '. D'après Curisrian, il existe deux centres cérébraux d'inspiration situés, l’un à la partie interne des couches optiques, au niveau du 3° ventricule, l’autre dans la région intermédiaire aux deux groupes de tubercules quadrijumeaux. En outre, il existe un centre d'expiration dans la substance des tubercules quadrijumeaux antérieurs, au niveau de l'entrée de l’aqueduc de Sxrvivs. Newezr MarriN et Booxer admettent, de leur côté, l'existence d’un centre inspiratoire, analogue à celui du 3° ventricule (Carisrran) et situé à l'union des tubercules quadrijumeaux antérieurs et postérieurs. D’après Unverricur et PreoprascHexsky, il existe chez le chien, au voisinage de la partie antérieure et latérale du sillon qui sépare la deuxième circonvolution frontale de la troisième, un point dont l'excitation électrique produit des modifications du rythme respiratoire analogues à
1. Daxizewsky. Archives de Pfüger, 1815. B. xx, p. 134-137. — Lépine et BocHEroNTAINE. Archives de physiologie normale et pathologique, 1876, p. 168. * Cr. Ricuer. Structure des circonvolutions cérébrales. Thèse d’agrégation, Paris, 1818. — Newezz Martinet Booker, The Journal of Physiology. T. 1, p. 310. — Carisrranr. Centralbl. f. d. med. Wiss, no 15, 1880. — FR, FRANOK. « Lecons sur les fonctions motrices du cerveau, » Paris, 1887. —
UNVERRICHT. Congrès de Médecine interne. Wiesbaden, 1888. — PREOBRAS- CHENSKY. Wien. klin. Wochenschrift. nos 41 et 43, 1890. — MarkwWALD, Zeitschrift für Biologie. xx, N. +. T. v. 1886, et xxvi, p. 258, 1889. — H, GIRARD.
« Recherches sur l'appareil respiratoire central. » Genève, 1890.
102 V: PACHON,
celles qui se produisent sous l'influence de la volonté. Mais la plupart des auteurs n’admettent pas dans le cerveau l’existence de vrais centres respiratoires à localisations précises. Is sont toutefois unanimes à reconnaître que l'excitation électrique portée dans des régions variées du cerveau amène des modifications du rythme respiratoire, mais sans qu’il soit possible d'établir un rapport absolu entre Ja nature de l'effet respiratoire et le siège de l'excitation cérébrale. Fr. Franck, dont le travail fait autorité, écrit à propos de l'influence du cerveau sur les fonctions organiques en général : « L’expérience montre bien que l'excitation de certaines régions de l'écorce et celle des faisceaux blancs sous-jacents provoque des réactions organiques variées. Mais, contrairement à ce qui s’observe pour les réactions motrices volontaires, on ne retrouve pas de points spéciaux à fonctions indépendantes ; de plus la suppression de ces mêmes régions cérébrales, dont l'excitation provoque si nettement des effets organiques, n’entraîne pas la perte de la fonction mise en jeu par l'excitation *. » Et, pour ce qui se rapporte plus spécialement à l'influence du cerveau sur la respiration, Fr. Francx conclut de ses expériences : « Il n’y a pas de points corticaux 'dissociables correspondant les uns au mouvement du larynx, les autres aux mouvements du diaphragme. — On ne trouve pas davantage de points commandant à l'inspiration ou à l'expiration à la surface des circonvolutions. — Il est même peu vraisemblable qu'on soit conduit à admettre des centres respiratoires dans les circonvolutions, chacun des points excitables de la zone motrice pouvant provoquer les modifications respiratoires indiquées?. » C'est dire, en résumé, que le cerveau exerce une influence sur la respiration; mais que cette influence, dont les effets, comme l'observe Fr. Franck, peuvent être aussi bien positifs que négatifs ou suspensifs (inhibitoires), est le fait de