‹ Physiologie (volume 2)Chapitre 180 sur 203 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

o14 JOSEPH ROUX.

éviler l'influence toxique bien connue des sels de potassium.

Toutefois, entreprenant des recherches quantitatives, nous avons dû employer une précaution spéciale.

En effet, tandis que l’iodure de potassium est un sel anhydre, l'iodure de sodium est déliquescent, donc la quantité d'iode que contient un gramme de ce sel varie suivant son degré d’hydratation; cette question a été traitée par M. Dr- BOUSQUET-LABoRDERIE, à la Société de thérapeutique, séance du 26 mars 1890. Aussi, pour donner à nos solutions titrées toute la précision désirable, n’avons-nous employé l'iodure de sodium qu'après calcination à une douce chaleur.

Si nous donnons ces détails, c’est afin que l’on puisse se rendre un compte exact de la manière dont nous avons conduit nos expériences, pour que le contrôle par des recherches ultérieures puisse se faire dans des conditions identiques, ou du moins en connaissant avec précision comment nous avons opéré.

Expérience sur la localisation de l'iodure. Calcination, dosage.

EXPÉRIENCE XV. — Nous avons cherché dans quel organe l’iodure se localisait de préférence, afin de voir si la thérapeutique des lésions de tel ou tel tissu pouvait bénéficier davantage du traitement ioduré.

22 décembre 1889.— Nous avons pris un lapin de 2 k.170 gr.; nous lui avons injecté une solution contenant 6 grammes d’iodure de sodium calciné, solution au dixième.

Nous commençons l'administration de l’iodure à 3 h.15; le lapin est maintenu étendu sur le dos, et nous lui injectons dans la cavité péritonéale, coup sur coup, deux seringues de 5 ce.,contenant chacune 50 centigrammes d’iodure.

A 3,45, second gramme . 2 piqûres À 4,15, troisième gramme. NAS D, — À 4,15, quatrième et cinquième grammes. & —

À 5,15, sixième gramme. : ; À 6 heures, saignéc HUE

Nous avons employé les injections périlonéales, parce que, en raison

de la surface d'absorption, le médicament passe rapidement dans la circulation, et que ce mode évite les dangers de l'injection intraveineuse, toujours plus délicate ; en effet, ici, il suffit de piquer perpenaiculairement à la paroi.

Pour pratiquer la saignée du lapin nous avons choisi la carotide : on place une ligature, puis, deux centimètres plus bas, une pince; on ouvre l'artère entre les deux, on y introduit une canule munie d’un tube, on la lie, on place l'extrémité du tube de caoutchouc dans un récipient, puis on lève la pince et le sang s'écoule sans qu’on ait à craindre d’en perdre.

Nous avons ainsi recueilli :

grammes.

Sang. . . 45,50 Foie. . . 80,50 Cerveau... 10,50 Reiïins.… . 12,92 Muscles. . 95,39

Chacune de ces parties a été calcinée séparément dans un creuset métallique après addition de carbonate de soude. à

Quand la calcination touche à sa fin, nous ajoutons peu à peu des cristaux d’azotate d’ammoniaque, dont la déflagration contribue à calciner les dernières parties.

| Le résidu a été repris à chaud par une quantité d’eau quelconque, | environ 50 grammes, filtré, puis légèrement acidifié à l’acide acétique, comme nous l’avons dit plus haut. Ces solutions obtenues ont été alors soigneusement pesées dans des récipients tarés, puis nous avons cherché, au moyen de l’eau chlorée titrée, combien un centimètre cube de chaque solution contenait d’iodure de sodium, quantité que nous avons ensuite rapportée à 100 grammes de l’organe examiné.

Voici les chiffres que nous avons trouvés en iodure de sodium :

grammes.

Cerveau... 0,019 pour 100 grammes.

Foie., . . 0,0519 ==

Sang. . . 0,084 Muscles. . 0.094 Reïins. . . 1,702 —

Gomme ou le voit, le rein contient une quantité considérable d’iodure par rapport au cerveau. Aussi avons-nous pensé à rendre plus évidente celte proportion, en la traduisant, non par des chiffres, mais par deslongueurs : nous avons donc dressé le tableau suivant où les centigrammes sont représentés par des millimètres.

Cerveau.

Foie.

Sang,

Muscles.

Reins.

Il s’ensuivrait peut-être de là qu’en thérapeutique, on devrait prescrire des doses plus fortes d’iodure dans les maladies du cerveau que dans celles du foie, ces dernières devant être plus fortes que celles prescrites dans les altérations du rein: la clinique avait déjà permis d’arriver à ce même résultat; en effet, M. Guyor! est d'avis qu’il est nécessaire, pour obtenir des résultats thérapeutiques sérieux dans le cas de lésions syphilitiques des centres nerveux, de faire ingérer aux malades des doses élevées d'iodure : aussi donne-t-il en semblable circonstance 8 et 12 grammes d’iodure dans les vingt-quatre heures, pendant plusieurs mois.

Expérience sur la localisation de l’iodure. Calcination, Dosage.

Expérience XVI. — Les chiffres de la précédente expérience sont tellement expressifs que nous avons cherché à les vérifier par une seconde, et nous avons recommencé sur un autre lapin la même série de manipulations.

Voici les chiffres que nous avons obtenus :

28 février 1890. — Lapin, 2ki!,180 Iodure de sodium, 6 grammes. __ De 2heures à 2. h. 30, injection péritonéale de 6 grammes d’iodure. — Solution à 4/10. — 12 injections de 5 ce. — A 3 heures, saignée de Ja carotide comme plus haut. — A 3 h. 40, autopsie, la cavité abdominale contient un liquide séro-sanguinolent.

Poids des organes que nous avons examinés :

Cerveau.. 9,50 Muscles. . 13,50 Sang. . . 49,65

Foie... 44,50 Reins. . . 13,50 Urine. . . 24,10

4. Guyor, Bullelin de la Société médicale des hôpitaur, 22 mai 1885, p. 206.

Nous y avons trouvé une quantité d'iodure sensiblement égale à Selle de la première expérience (pour la calcination nous n’avons pris qu une partie du foie) :

Cerveau. . 0,018 pour 100 grammes.

Muscles. . (0,047 — Sans... 10,107 — Foie : 1.105187 — Reins. , . 0,280 — Urine.-. . 4,014 —

Voici le tableau analogue au précédent où nous avons aussi traduit les chiffres par des longueurs.

Cerveau. = Museles. ce Sang, Re \ Foie. De Reins. SARA TRE EN ENERRERE ES PAT ATRLE Urine. CRE PRET LE PE ED PE PT SG

Ces chiffres sont un peu différents des premiers. Qu’il me suffise, pour l'expliquer de faire remarquer que l’animal a été sacrifié beaucoup plus vite dans ce cas-ci que la première fois.

Hydrotomie des deux reins.

Expérience XVII. — Cette prédilection de l’iodure pour la substance rénale nous a conduit à d’autres expériences destinées à savoir si le rein fixe l’iodure dans ses cellules ou bien s’il n’agit que comme les autres tissus après avoir simplement filtré l’iodure, c’est-à-dire, s’il n’est qu'imbibé d’urine iodurée,

19 mars 1890. — Lapin de 2 kil. injection péritonéale de 6 grammes d’iodure dans une solution au dixième; une heure après, nous sacrifions l'animal et nous l’hydrotomisons pendant 24 heures environ : la canule est placée dans l’aorte, pression égale à 1 m. 50.

20 mars, — Calcination des reins en milieu alcalin.

21 mars. — Dosage en milieu faiblement acide.

Réaction complètement négative; nous ne trouvons plus la moindre

trace d'iodure dans les reins où nous en avions lrouvé aux expériences précédentes environ 4 p. 100,

Hydrotomie d'un seul rein. Comparaison entre les deux reins.

Expérience XVIII, — Nous avons repris cette expérience, non plus cette fois sur les deux reins d’un lapin en même temps, mais sur chacun des reins d’un chien pris à part et examiné d’une façon différente.

21 mars 1890. — Chien, 7kil,800. Injection péritonéale de 42 grammes d'iodure de sodium.

4 h. 30, injection, 24 piqûres.

6 heures, mort par piqûre du bulbe.

Poids de chaque rein, 18 grammes.

Urine recueillie, 50 ce.

Nous faisons l’hydrotomie d’un des reins pendant 24 heures sous une pression d’environ 1,50.

22 mars. — Nous calcinons séparément l’un et l’autre rein et l'urine. Dosage de l’iodure.

Rein hydrotomisé . . . . 0,000 pour 100 grammes. Rein non hydrotomisé. . 0,0748 ULTTESe MN EE Aer 0,1824 —

Ces deux expériences nous démontrent que le rein ne fixe pas l’iodure, et qu’il n’agit que comme les autres tissus, puisqu’un courant d'eau suffit à enlever toute trace d’iodure.

Circulation artificielle d'iodure dans les reins.

Une solution iodurée a été mise en circulation dans les reins d’un chien, puis nous avons cherché si la quantité d’iodure que nous retrouvions par calcination du rein était plus grande que celle qui correspondait à la quantité de liquide infiltré dans cet organe, et si le rein avait déjà soustrait de l’iodure aux premières portions du liquide en mouvement.

ExpéRiENCE XIX. — 31 mars 4890. — Chien de 5 kil. Injection dans l’aorte d’une solution contenant :

Bicarbonate de soude. . 2 grammes par litre.

SCIAN RO — Ur ere PEER 20 — —

lodure de potassium. . 2 — —

On fait passer 6 litres dans les reins, l’aorte étant liée au-dessous des artères rénales.

Durée du passage de l’iodure, 1 h. 20 minutes.

Pression du liquide, 2 mètres, équivalant à la pression normale.

Le caoutchouc qui amène la solution iodurée traverse un vase rempli d’eau chaude, les reins et la portion du chien enlevée avec eux sont mis dans un cristallisoir chauffé au bain-marie.

grammes.

Poids des reins imbibés. . . . , : dt... 48,90 Poids probable avant l'expérience . . . . . . 34

Poids de la solution infiltrée dans les reins. . 14,35 Contenanten iodure,. . . . : : "7001002810 lodure retrouvé après calcination . . . . . . 0,0236

Or nous voyons que, si l’on veut tenir compte des pertes dues à la calcination, on peut dire que le rein a joué en présence de cette solution le rôle d’éponge.

Circulation artificielle d’iodure dans les reins.

ExPÉRIENCE XX. — 1er avril 14890. — Chien, de 20 kil. Injection dans l’aorte d’une solulion contenant :

Bicarbonate de soude . . 2 grammes par litre. DÉLAI à à 24 ee 18 -- — lodure de potassium. , , 2 — -—

On fait passer 6 litres sous âne pression de 2 mètres, les reins sont dans un récipient chauffé au bain-marie, et le tube qui amène la solution iodurée passe dans un vase rempli d’eau chaude.

grammes.

Poids des reins imbibés . . . . . . . 57,55 Poids probable avant l’hydrotomie . . 50 Poids de la solution infiltrée, , . . . 7,55 Contenant'en iodure. + , "00451 Iodure retrouvé après calcination. . . 0,012

Le résultat est analogue au précédent.

Recherche de la quinine dans l’urine.

Différents réactifs d’une grande sensibilité sont connus depuis longtemps pour la recherche des alcaloïdes, tels sont les réactifs de Boucrarpar, de Dracexnorrr et de Maven. Nous allons, du reste, en rappeler les formules en indiquant la coloration du précipité qu’ils donnent avec les alcaloïdes.

1° lodure de potassium ioduré.

Réactif de BoucHARDAT.

Donne, avec les alcaloïdes, un précipité brun kermès ou marron.

grammes.

DOUÉ RE er me er 0 Iodure de potassium. 20 HANERERE ES NE ee D00

2° Jodure double de potassium et de bismuth.

Réactif de DRAGENDORFF,

Donne, avec les alcaloïdes, un précipité rouge orangé très abondant.

Sous-nitrate de bismuth. . 1 gr. 50 lodure de potassium... . . 7 grammes.

Acide chlorhydrique . . . XX gouttes.

IDNIE ER SORTE ASE ER 20 grammes.

Ce réactif se prépare en délayant le sous-nitrate dans l’eau, on porte à l’ébullition, et l’on ajoute successivement l’iodure et l’acide : il faut avoir soin, pour l'emploi de ce réactif, d'opérer en liqueur acide pour empêcher le dédoublement du sel de bismuth.

pr"

3° Lodure double de potassium et de mercure.

Réactif de Mayer. :

Donne, avec les alcaloïdes, un précipité blanc jaunâtre gélatineux.

grammes.

Bichlorure de mercure. . 13,541 lodure de potassium . . . 49,80 Eau distillée. . . . . . . Q. S. pour un litre.

Les deux premiers, lorsqu'on les applique à la recherche des alcaloïdes dans l'urine, donnent un précipité aussi bien dans l'urine normale que dans l’urine des malades qui ont pris des alcaloïdes.

Le troisième ne précipite pas, il est vrai, dans l'urine normale, mais sa sensibilité dans l'urine est bien inférieure à celle qu'il présente dans l’eau.

MM. Boucuaro et Canrer' ont décrit un procédé de recherche des alcaloïdes dans l'urine qui est en même temps un procédé de dosage : ils ont employé le réactif de Tanrer légèrement modifié : on le prépare en dissolvant dans l’eau distillée du sublimé, puis on ajoute de l’iodure de potassium jusqu’à ce que tout l'iodure rouge de mercure qui se forme au début soit redissous, alors on met encore un excès d’iodure de potassium et on acidifie fortement avec l'acide acétique.

Ce réactif serait d’une sensibilité extrême, malheureusement ces auteurs indiquent aussi cinq causes d'erreur; nous renvoyons à leur travail pour la manière d'éviter chacune d'elles.

Guyocun* regarde le temps d'élimination de la quinine comme connu, sans expériences à l'appui. A faible dose, l’élimination serait terminée après un à deux jours et à haute dose

1. Boucrarp et Caprer, Gazette médicale de Paris, novembre 1876. 2. Guyxocmin, Thèse de doctorat de Paris, 1872, Absorption et transformation de la quinine dans l'économie.

après trois ou quatre jours. Cet auteur a employé comme réactif une solution analogue à celle de MM. Boucuarp et Carr, puis, s'étant occupé de savoir si le sulfate dequinine est éliminé en nature, il a employé pour le retrouver à l’état de pureté le procédé suivant; l’urine a été évaporée au bain-marie à une douce chaleur presque jusqu'à siccité, le résidu est placé dans un flacon et agité vivement avec de l’éther ordinaire, l’éther est décanté dans une capsule et abandonné à l’évaporation libre, puis on reprend avec l’eau aciduléc avec de l'acide chlorhydrique pur, et on précipite à l’ammoniaque.

L’alcaloïde extrait selon ce procédé est du sulfate de quinine.

Pour cette recherche de la quinine dans les urines,nous ne devons pas nous flatter de retrouver la totalité de la quinine absorbée; un fait cilé par Guyocmn, d’après M. Orpoxez, praticien de la Nouvelle-Grenade, vient bien le démontrer. En effet, 1l dit ceci : « quand on administre le sulfate de quinine aux ouvriers indigènes souvent atteints de fièvres intermittentes, il arrive que leurs déjections sont délaissées par certains animaux qui en faisaient leur pâture. » Il est possible que le sulfate de quinine, passant en partie inabsorbé, donne aux matières fécales une amertume qui les ferait délaisser par les animaux.

Le procédé qui nous à servi est celui de Personxe ‘; il comprend les opérations suivantes, dont le détail paraîtra un peu long, mais qui cependant ne demande pas un temps bien considérable, car on fait simultanément les réactions sur tous les échantillons que l’on a à examiner.

1° Alcaliniser l'urine avec du carbonate de soude.

2 Précipiter la quinine par le tannin.

1. PERSONNE, Journal de pharmacie et chimie, série 4, t. XX VIE, p. 304,

3° Ajouter un peu d’acétate de soude pour aïder à recueillir le précipité sur le filtre.

4° Filtrer.

3° Laver le précipité sur le filtre.

6° Recueillir ce précipité.

1° Ajouter de la chaux hydratée pulvérulente.

8 Ajouter du sable pour diviser le magna.

9° Pétrir dans un verre de montre ou une petite capsule de porcelaine.

10° Sécher à l’étuve.

41° Reprendre au chloroforme.

129 Filtrer.

13° Évaporer le chloroforme.

14° Reprendre le résidu chloroformique par l’eau acidulée avec de l'acide sulfurique.

15° Voir la fluorescence.

16° Précipiter au réactif de Boucnarpar (iodure de potassium ioduré).

Nous avons longtemps cherché une méthode plus expéditive, partant plus clinique, mais nous n'avons pu en trouver.

lei, comme pour l’iodure de potassium, nous n'avons pu avoir de malade qui nous fournisse de l'urine émise dans des récipients numérotés.

Nous avons dû opérer sur nous-même, mais notre sensibilité aux médicaments nous a forcé bien vite à nous arrêter.

Nous nous bornons à donner le résumé de nos expériences et un tableau où nous les avons indiquées, ainsi que les chiffres que nous avons pu trouver dans les auteurs.

DURÉE DE L'ÉLIMINATION

Dose faible.

EXPÉRIENCE XXII. — Expérience personnelle. — Le 28 novembre, à 6 h. du soir, je prends 0,50 de sulfate de quinine avant le repas. Le tableau ci-dessous indique à quel moment j'ai examiné mes urines.

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