‹ Physiologie (volume 2)Chapitre 80 sur 203 · IN OL · texte numérisé non relu

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Les animaux à sang froid supportent l'inanition pendant un temps prodigieusement long. Les auteurs classiques donnent à cet égard des chiffres très nombreux, et le tableau d'ensemble présenté ici, tableau qui est, je crois, plus complet que tous ceux qu’on à publiés jusqu'ici, fournit des indications caractéristiques.

J'ai écrit à mon savant collègue du Muséum, M. Varcrawr, pour lui demander des renseignements sur la durée de l’ina- « nition des serpents, Il m'a cité le cas d’un python de 70 kilogrammes qui a vécu vingt-trois mois sans manger. M. Cor cite un crotale qui serait resté vingt-neuf mois sans nourriture. Voilà des faits bien intéressants et bien invraisemblables, quoique authentiques! deux ans sans manger pour le python, et deux ans et demi à peu près pour le crotale ‘!

Chez les autres vertébrés à sang froid, la survie à l’abstinence est aussi très longue. Rep: parle d’une tortue qui serait restée dix-huit mois sans nourriture et d’une grenouille qui est restée seize mois. Quand nous avons des grenouilles dans nos aquariums, pour nos expériences, nous ne les nourrissons

1. Cnossar à fait sur les animaux à sang froid, comme sur les pigeons, de très belles expériences. Une grenouille à survécu 16 mois. Moyenne des autres grenouilles : 8 mois 1/2.

Pertettinale eee LA ES COS co 41,9 Perte par kilogramme et par heure... . . . . 0,0625

3 anguilles : 5 mois.

Porto finalel(mOn) ET 21 p. 100 Perte par kilogramme et par heure.. . . . . 0,1

3 grenouilles reinettes vécurent 185 jours; 1 tortue, 40 jours; 2 lézards (moyenne), 80 jours; # autres lézards vivaient encore au bout de 48, 130, 130 et 90 jours. | | | |

BérarD (Cours de physiologie, t. Ier, p. 536) cite un poisson qui, d'après RoNDELET, serait resté 3 ans sans manger, des tortues 6 ans, des protées 5 àM 10 ans. Mais il est permis de contester la rigoureuse-exactitude de ces derniers chiffres. | | 4

Dans une expérience que j'ai faite récemment, une tortue au froid est restée

26 jours sans manger. Elle pesait 440 grammes. Au bout de 26 jours, elle pesait

435 grammes. | Soit, perte par kilogramme et par Jour, 11,4; et par kilogramme et par

heure, 0,018.

f LA f à

ve va

pas, et elles ne meurent jamais de faim. Il est vrai qu’elles

maigrissent beaucoup.

Nous avons, M. Roxpzau et moi, enfermé des tortues dans du plâtre, nous les avons murées, et, malgré l'inanition,

“ malgré l'énorme diminution des échanges gazeux respira-

toires, elles ne sont mortes qu'au bout d'un temps très long, deux mois.

Je ne parle que pour mémoire de ces histoires plus ou moins exactes, mais dont je ne nie pas absolument la véracité. On prétend que l’on a trouvé des crapauds enfermés depuis plusieurs années dans des troncs d'arbres. //s s'étaient nourris de l'air du temps, comme on dit, mais ils n'étaient pas morts.

Donc les animaux à sang froid peuvent vivre très longtemps sans nourriture. Et pourquoi? Précisément parce qu'ils n’ont pas de consommation organique à faire. Cette consommation doit compenser la quantité de chaleur dont nous rayonnons au dehors. Les animaux à sang froid, eux, n’ont pas besoin de rayonner au dehors; ils n’ont pas besoin de perdre de poids, ou du moins ils en perdent extrêmement peu. De fait, si les animaux à sang chaud perdent 1 gramme par kilogramme et par heure, et si la courbe générale des animaux à sang chaud et à sang froid marque également une perte de poids, la perte est dix fois moindre pour les animaux à sang froid.

Or quelle est la moyenne de la vie pour un chien soumis à l’inanition? Elle est d’une trentaine de jours. Le renouvellement sera donc dix fois plus long pour les animaux à sang froid ; leurs oxydations sont plus lentes, et ils résisteront dix

. fois plus longtemps ou trois centsjours.Ces animaux brûlent moins vite; et ici encore se représente la vieille comparaison

“ avec la flamme.

S1 une flamme dégage beaucoup de chaleur, elle s'étein- .dra, dans un milieu confiné, plus vite qu’une flamme dégageant peu de chaleur; dans une combustion lente, le combus-

üble qui produit peu de chaleur ne diminuera pour ainsi dire pas de poids.

Eh bien! nous retrouvons chez les animaux la même proportion. Les animaux à sang chaud perdent 4 gramme par kilogramme et par heure; les animaux à sang froid perdent 1 décigramme. Par conséquent, si les animaux à sang chaud peuvent vivre trente jours sans manger, les animaux à sang froid pourront vivre trois cents jours.

Or, ce qui est curieux, c’est de voir qu’ils meurent d’inanition précisément quand ils sont arrivés au même taux de perte que les animaux à sang froid. Nous disions qu’un animal à sang chaud meurt quand il a perdu 40 p. 400 de son poids. Si nous faisons jeùner des grenouilles, nous arrivons au même résultat. Au moment de la mort, c’est la même perte de poids finale. 40 p. 100 est donc la limite compatible avec la vie, chez les animaux à sang chaud, aussi bien que chez les animaux à sang froid. Seulement, chez les uns, cette descente du poids se produit très vite, chez les autres elle se produit très lentement.

Et pourquoi? Je reviens toujours à la même explication, la seule qui me paraisse rationnelle : c'est que le système nerveux est, chez les animaux à sang froid, chez les reptiles, dix fois moins considérable, dix fois moins actif. Par suite, les actions chimiques sont dix fois moins intenses.

Ce qui prouve que le système nerveux règle l'intensité des échanges chimiques, c’est que, dans de certaines conditions, les animaux à sang chaud deviennent des animaux à sang froid. Les marmottes, les hérissons, les chauves-souris, les loirs, les blaireaux, tous ces animaux hibernants, tous ces insectivores, au moment où la froide saison arrive, commencent à s’engourdir. Leur respiration devient rare, leur circulation paresseuse, leurs mouvements plus faibles. Leurs paupières se ferment. Ilssontendormis du sommeil hibernal. Ilsnè sont plus animaux àsang chaud; ils sont maintenantanimaux àsang froid, avecune température pouvantdescendre jusqu à4°.

Leur respiration devient extrèmement lente. Au lieu de respirer quarante fois par minute, ils respirent une ou deux fois toutes les cinq minutes. Dans ces conditions, la déshy-

dratation et la désassimilation générale sont très lentes, la

sécrétion urinaire diminue notablement; les matières fécales continuent à se produire, mais elles ne se produisent et ne sont éliminées qu'en très petite quantité. Pour s’en débarrasser, les animaux se réveillent ; ils sortent de leurs tanières et vont à quelque distance rejeter leurs excréments — (c'est même ce qui indique aux chasseurs, surtout quand la terre est couverte de neige, l'endroit où ces animaux sont cachés). — M. Dusois me racontait qu'il avait placé une marmotte dans ma balance enregistrante, et que cette marmotte,se réveillant à des intervalles de quelques semaines, allait déposer ses excréments dans un coin du laboratoire; puis, cette fonction achevée, revenait se mettre dans la balance. Après s'être débarrassés, les hibernants reviennent s'endormir de nouveau. Or, pendant ce court réveil, la température s’est relevée, la circulation et la respiration se sont accélérées, la perte de poids a augmenté {VazenTiN) ‘. Enfin, sous l'influence du coup de fouet donné par le système nerveux, toutes les fonctions organiques, qui s'étaient ralenties pendant le sommeil, ont repris pour quelques instants une activité nouvelle, qui s’est manifestée par un rayonnement de calorique exagéré. Donc nous avons là le type de transition entre les animaux à sang chaud et les animaux à sang froid, et nous voyons qu’une excitation partie du système nerveux suffit à les faire passer d’une classe dans l’autre.

Durée Perte . du Perte par kilogramme jeûne. intégrale. et parheure.

jours. pour cent. en grammes.

Animaux à-sang chaud... . 10 39,7 1,75 Animaux à sang froid. . . ‘226 40,4 0,087 (CHossaT).

1. Dans l'étude des animaux hibernants, il faut surtout citer les remar- … quables travaux de VALENTIN qui a étudié avec le plus grand soin toutes les

à — fonctions physiologiques des hibernants. (Moleschot®s Untersuchungen, passim.)

A vrai dire, nous constatons des effets; mais nous ne pouvons aller plus loin. Nous ignorons le mécanisme par lequel ces effets se produisent. Nous ne pouvons pas dire comment le froid agit sur le bulbe d’une marmotte, Nous nous bornons à constater que ces animaux qui étaient à sang chaud sont devenus des animaux à sang froid, mais des animaux à sang froid d’une sorte Lout à fait particulière, c’està-dire chez lesquels le système nerveux n’est que momentanément paralysé et, dès le réveil, fait reprendre très vite aux fonctions qu’il gouverne toute leur activité normale.

Par conséquent on voit, dans ces lois relatives à l’inanition, prédominer l'influence du système nerveux. Celui-ci est le grand incitateur de la nutrition. Avec un système nerveux vigoureux ou excité, la nutrition stomacale est très active, la respiration très rapide, la température très élevée : la perte de poids et la durée de l’abstinence suivent la même marche.

Ainsi, je pense vous avoir démontré : 1° qu'une des principales influences qui déterminent la durée de la vie chez les animaux soumis à l’inanition, c’est la taille; 2° que les petits animaux perdent beaucoup de leur poids et meurent très vite, tandis que les grands animaux perdent relativement moins de poids et résistent plus longtemps; 3° enfin que, chez les animaux à combustions lentes, la perte de poids quotidienne, par kilogramme, est très faible, de sorte que la mort n'arrive qu'au bout d’un temps très long; mais que, pour les uns et pour les autres, animaux à sang chaud ou animaux à sang froid, la mort survient quand ils ont perdu 40 p. 100 de leur poids.

Eh bien, pour l'homme, ce sont les mêmes conditions d’abstinence ou d'’inanition que pour les animaux à sang chaud. L'homme est un animal au même titre que les autres mammifères ; il ne fait pas exception à la règle; les conditions des phénomènes physiologiques sont les mêmes chez

| L’INANITION. 297 a. 2

ui que chez eux. Nous relrouverons donc chez l'homme toutes

“les conditions que nous avons étudiées chez les mammifères,

“ioutes les influences de la taille, de l’âge et du système

… nerveux.

— D'abord, pour ce qui concerne l’âge, vous connaissez tous

“l'histoire légendaire de la famille d'Ugolin; c’est le plus petit

“de ses enfants, un enfant de huit ans, qui meurt le premier;

“les autres meurent ensuite; Ugolin ne meurt que trois ou

“quatre jours après !.

— [lenest de mème dans le naufrage de la Méduse que Sa- &

viGny à raconté d’une facon si émouvante. Sur le radeau, ce “sont encore les enfants qui sont morts les premiers ; les vieil- “lards sont morts ensuite, et enfin les adultes. On avait cru “autrefois que les vieillards résistaient davantage. Il n’en est rien. Les vieillards supportent mieux le jeüne peut-être, mais ils supportent moins bien l’inanition.

Chez les nouveau-nés, chez les petits enfants, la résistance à l’inanition est moindre que chez l’adulte. Elle est cependant assez notable encore. Dans les expériences de M. Corn, on voit que les petits animaux résistent encore au bout d’une semaine et même au bout de huit à dix jours. De même, chez les petits chiens et les petits chats, la résistance est beaucoup plus forte qu’on ne serait tenté de le croire. On a fait beaucoup d’études sur l’inanition chez les nouveau-nés, et on a constaté qu'ils étaient très résistants aux influences extérieures. Ils n'ont besoin que d’être nourris et

bien nourris. Donnez-leur de bon lait, et ils résisteront admi-

1. Tout le monde connaît sans doute le récit du Dante : « Comme le quatrième jour commençait, le plus jeune de mes fils tomba à mes pieds étendu, en me disant : « Mon père, secours-moi! » C’est à mes pieds < qu'il expira, et je les vis tous trois tomber un à un entre la cinquième et la “sixième journée, si bien que, n'y voyant déjà plus, je me jetai moi-même, hur- Jant et rampant, sur ces corps inanimés, les appelant deux jours après leur

mort, et les rappelant encore, jusqu’à ce que la faim éteignit en moi ce qu'avait

laissé la douleur. »

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rablement à tout, même au froid. De fait, la mortalité des petits enfants est due surtout à un défaut d'alimentation qu'on a appelé l’athrepsie. Les enfants morts d'athrepsie présentent les mêmes lésions organiques que les animaux inanitiés. Chez les enfants athrepsiques, on constate à l’autopsie que tous les organes sont dépourvus de graisse, comme ceux des animaux morts de faim, mais que le système nerveux n’a pas diminué de poids. | Par conséquent, si vous voulez avoir des notions exactes sur la santé des petits enfants, il faut recourir à des peséesm fréquentes et observer la courbe qu’elles donnent. Si, au bout d’un certain temps, la courbe baisse constamment, vous pourrez en conclure qu’il existe, chez l'enfant, une causem

d’affaiblissement, soit une maladie, soit une alimentation" insuffisante.

À propos de l’inanition des enfants nouveau-nés, il y a je ne dirai pas dans la science, mais dans les journaux de médecine, une histoire extraordinaire.

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Il s’agit d’un enfant né avant terme, à sept mois, qui serait resté sept semaines sans avoir le sentiment de la dé-« glutition. « Pendant ces sept semaines, il ne but ni ne mangea, n'évacua pas, ni n'urina, et garda la situation de l'enfant dans la matrice. Au bout de ces deux mois, il se réveilla et se mit à crier comme les autres. Cet enfant vécut et se porta très bien. » C’est une histoire qui ne date pas du xvi ou dum xvr siècle : elle a été donnée, il y a une quarantaine d'années, dans les journaux de médecine (par Cuauvanx en 1840), et, s'il n'y a pas lieu de la considérer comme absolument vraie, il n y a pas lieu non plus d’en douter complètement ”. é

En général, l’inanition, chez les enfants, se manifeste pars E la diminution du poids et par un fait curieux que M. LÉPNE a étudié : l'accroissement des globules du sang. Mais ceci nes veut pas dire que les globules du sang ont réellement aug=

1. « Enfant né avant lerme, » etc., par Cæauvain. (Journal de méd. et de chir. pratiques, 2e édit.; Paris, 1840; t. XI, art. 2023, p. 259.)

LIN ANITION:, , 299

“menté en nombre; cela signifie simplement qu'ils ont augmenté par rapport à l’eau. L'inanition entraîne une déshydratation du sang, de telle sorte que, si l’on compare deux “enfants, l’un se portant bien, l'autre en état d’inanition, le “nombre des globules paraîtra plus grand chez celui-ci que chez l'enfant en bonne santé. M. Lénine a trouvé 6 millions de globules par millimètre cube pour l'enfant en état d’inanition et 5 millions chez l'enfant normal.

Il faut étudier une autre influence qui détermine les conditions de la plus ou moins grande durée de l’inanition ; c’est l'action de la fièvre, et, là encore, nous voyons intervenir le système nerveux.

La fièvre détermine probablement une production de poisons quistimulent le système nerveux et qui amènent une dé-

“nutrition énergique.

Je vous ai dit que, chez les lapins, la perte de poids était de 1,5 par kilogramme et par heure. Dans des expériences

faites par nous sur des lapins fébricitants, nous avons vu la dénutrilion s'élever à 5 grammes par kilogramme et par heure.

Perte par kilogramme et par heure.

Lapins fébricitants . . 2,30 — Fe 5,60 = Le 1,80 Lapins normaux, . . 1,33

Ils se dénourrissaient avec une extrême rapidité. De même, M. Corix a comparé un cheval se portant bien et un cheval malade. Le cheval bien portant a perdu 0:,28 et le cheval malade à perdu six fois plus.

Durée Perte de larésistance par kilogramme à l'inanition. et par heure.

Cheval sans fièvre . . 30 jours. 0,28

Cheval avec fièvre . . (TE 1,31

Ghez les individus atteints de fièvre typhoïde, le poids du Corps diminue parfois très vite. Si, chez les individus adultes,

en bonne santé, la perte de poids est de 0,3 par kilogramme el par heure, chez les individus malades, la perte est plus considérable; chez les typhoïdiques, la dénutrition est de 0%,7 par kilogramme et par heure.

Un homme à jeun et bien portant perd en moyenne de 0,80 à 0,50 par kilogramme et par heure, tandis que des fébricitants, quoique étant alimentés, et quoique les aliments introduits comptent dans le poids final, ont perdu bien davantage.

Aïnsi, des malades atteints de fièvre typhoïde, cités par Comx (Thèse de Paris, 1887, n° 144), ont perdu, par kilogramme et par heure, les poids suivants :

En 5 ours 0/61 En 9 jours. . 0,88 En 7 jours . 0,75

ils étaient pourtant suffisamment alimentés; leur inanilion n'était pas absolue, mais relative, due seulement à ce qu'étant malades, ils ne mangeaient pas, et n’avaient pas envie de manger.

Sous l'influence de la fièvre, le poids tombe donc bien plus vite que par l’inanition seule.

Il faut encore noter l'influence des boissons. De deux chiens observés par M. Lasorpe, l’un est mort en vingt jours; l’autre, au bout de trente-sept jours, était encore vivant, mais il avait pu boire à sa guise. Il y a bien quelques exemples contradictoires. Ainsi le chien de Farcx serait resté soixante et un jours sans boire ni manger. En général, les chiens soumis à l’inanition boivent extrêmement peu. Il semble que leur instinct les avertit de ne pas boire plus qu'il ne faut. L'eau, en effet, hâte le lavage des tissus et accélère la spoliation des sels de l'organisme. Il en résulte qu’en buvant de l’eau, on excrète plus de chlorure de sodium, plus de phos-

phates, plus d’urée, de sorte que, si, en général, les animaux

“ceux qui peuvent boire, il y aurait cependant une certaine différence entre ceux qui peuvent boire un peu et ceux qui “hoivent beaucoup, et qui mourraient plus vite.

—. En tout cas, lorsqu'on a la possibilité de boire, les souf- “frances sont moins grandes. Car ce qu’il y a de caractéristique dans la privation d'aliments et dans la privation de “boissons, c’est que la soif torture beaucoup plus que la faim, met ceux qui ont raconté les cruelles souffrances qu'ils ont “éprouvées ont dit, en effet, qu’elles étaient causées bien plus par la soif que par la faim. Il me paraît cependant, en général,

“prolongés chez l’homme. Nous avons différents cas à exa-

expériences précises, limitées à de certains jours; il y a aussi le jeûne que j'appellerai le jeûne charlatanesque ; et enfin le

lents, des naufrages, des éboulements, ou jetés tout à coup dans l’immensité du désert.

… Voyons d'abord le jeüne expérimental. Un physiologiste allemand, M. Rankr, s’y est soumis pendant quarante-huit heures. Il n’en a pas ressenti une grande incommodité : de plus, durant ce jeûne, c’est surtout aux premiers moments que les souffrances ont été cruelles. Les symptômes qu'il éprouvait étaient une grande faiblesse musculaire, l'impossibilité de se livrer à des mouvements prolongés, des frémis- ….sements fibrillaires, de la céphalalgie. Ce qu'il y avait de plus msaillant, c'était le phénomène — constant d’ailleurs — d’une dure insomnie avec des nuits troublées par des cauchemars et le retentissement du pouls dans la tête.

M. Rank a fait des expériences pour voir quelle était sa

quotidienne diminution de poids et pour déterminer sa consommalion d'azote et de carbone par kilogramme et par heure; car nous brûlons à la fois l'azote que nous ingérons et l'azote qui fait partie de nos issus : par conséquent notre consommation doit être en partie proportionnelle à la quantité ingérée.

Il a constaté que, si nous brûlons 0,1 d'azote par kilogramme et par vingt-quatre heures, nous brülons 2 grammes de carbone par kilogramme et par vingt-quatre heures, ce qui fait en chiffres ronds vingt fois plus de carbone que d'azote. II a eu soin de ne commencer ses expériences que dix-neuf heures après avoir cessé de prendre des aliments‘. Il a aussi étudié la perte de poids subie par lui, et il a constaté qu’elle était à peu près de 1,2 par kilogramme et par heure. La quantité d'acide carbonique que M. Raxke a produite à l’état de jeûne a été de quatorze litres par kilogramme et par heure.

Ce nombre est important à retenir. En effet, à l’état normal, nous produisons dix-huit litres d'acide carbonique par heure. D'autre part, dans ce jeùne, on n’est ni malade ni invalide. À quoi servent donc les quatre litres d'acide carbonique en plus? On peut supposer qu'ils ne servent guère, et qu'ils constituent une consommation de luxe. Nous pourrions, sans être incommodés, ne produire que quatorze litres d'acide carbonique, mais nous en produisons davantage. Malgré toute l’économie qu'il y a dans la machine animale, il y a un excédent de dépense considérable, puisqu'elle porte sur une fraction importante de la consommation totale.

J'ai fait, de mon côté, des expériences sur un brave homme qui s’est soumis au jeûne pendant quelque temps. Avec M. Hanrior, nous avons étudié sa consommation d'oxygène, et sa production de C0”, et nous avons trouvé qu'à l'état d'inanition, la quantité d'acide carbonique produite était de quatorze litres. Au bout de trois jours, après un repas abondant,

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