TOME II
L'étude ‘expérimentale du jeûne a été aussi entreprise, par M. Senaror, sur un individu nommé Cetti’.
Gelti a jeûné pendant dix jours; il pesait le premier jour 51 kilogrammes, et le dixième jour 50",650, soit une perte totale de 6*,350 et une perte quotidienne de 633 grammes, ce qui fait par kilogramme et par heure une perte de 05,47 : chiffre un peu plus fort que les chiffres de Merlatti, Sauvage et M. Raxe. Cetti pouvait d’ailleurs boire de l’eau, et il à perdu plus dans les cinq premiers jours que dans les cinq suivants. rh
Le nombre des globules rouges s'est accru, par rapport à la masse du sang, de 5250000 par millimètre cube à 6830000.
On a noté que l'urine contenait une quantité notable d'urate d’ammoniaque, substance qui n'existe pas dans l'urine normale. | = On trouvera encore dans le mémoire de M. Sexaror des détails intéressants, sur lesquels je ne puis insister ici, relatifs aux dimensions des divers organes appréciés par la pereussion.
Voici maintenant d’autres faits qui montreront que quelquefois la durée de la résistance est parfois moins longue, et que certains jeûnes moins prolongés n’ont pu être supportés.
Et, en effet, il faut penser que les individus dont je viens de vous parler, Merlatti, Succi, Tanner, se trouvent dans des conditions excessivement favorables : ils n’ont pas à résister aux intempéries ; ils n’ont pas d'inquiétude sur leur sort; ils savent qu'ils n’ont qu’à faire un geste pour qu’on leur apporte aussitôt un repas succulent. Tout autre est la situation des individus qui se sont trouvés pris, par exemple, sous des éboulements; c’est un cas malheureusement assez fréquent. Les malheureux ainsi séparés du reste du monde savent qu'on ne peut pas immédiatement arriver à leur secours ; qu'il faut; pour parvenir jusqu'à eux, percer des galeries, déblayer quel-
1, Biologisches Centralblatt, 1er août 1887, p. 349.
- ques centaines de mètres cubes de terre et de pierres. Dans ces conditions, la privation de nourriture est parfois fort “longue. Béran» cite l'exemple d'hommes qui sont restés quatorze jours dans une cave humide. Un mineur, cité par Lucerus, est resté sept jours dans une cave. Les mineurs de Bois- Mouzil sont restés huit jours enfermés à la suite d’un éboulement, sans souffrir beaucoup. Ces derniers ont d’ailleurs donné un exemple bien rare de solidarité et de charité humaines. En général, les individus soumis aux angoisses de Ja faim montrent un égoïsme féroce. Les mineurs de Bois- Mouzil, au contraire, se sont partagé les provisions que l’un d'eux avait apportées‘.
On cite, dans ces jeünes forcés, d’autres exemples, non plus de mineurs, mais de naufragés. Il y a une histoire intéressante d'individus qui, errant sur les glaçons, sont restés dix-sept jours exposés à un froid terrible, sans autre nourriture qu'un peu d’eau de mer dégelée, du 24 mars au 9 avril 1809°. Quand on les altrouvés, ils avaient la peau collée sur les os; les yeux enfoncés dans l'orbite; l’haleine fétide, le teint terreux, la peau recouverte de croûtes fuligineuses, la langue noirâtre. Il faut remarquer que cet aspect fuligineux de la peau est un symptôme qui se retrouve dans les grandes disettes, comme il y en a encore dans l'Inde, dans la Chine. Aïnsi, il y a quelques années, pendant une grande famine qui à sévi en Chine et dans laquelle ont péri des millions d'individus, on a retrouvé cette altération profonde de la peau, qui empêche toute exhalation.
Je dois vous rapporter aussi quelques récits de jeûnes individuels. Telle est l’histoire que raconte Dineror de l’alchimiste Duchanteau, son ami, qui resta vingt-cinq jours à ne
1. Citation de Lonarr, Traité de physiologie, 3e édit., 1813, t. Ler, p.25: —… 2. Journ. d. pract. Heilkunde, 1811, 1. XXXII, p. 116.
Q pe soit à
boire que de son urine, espérant opérer ainsi une cobobation d’une nature particulière,
Un individu de 77 ans, italien, cité par MM. Mons et MarécHAL, aurait vécu sans se nourrir jusqu’au trente-septième jour, buvant seulement un peu de brandy et d’eau; puis il se serait remis à manger, sans éprouver d'autre inconvénient.
On raconte d'un individu nommé Granié, condamné à mort, qu'il se laissa mourir d'inanition et que la mort est survenue au bout de soixante-trois jours.
. Un amaurotique soigné par un charlatan vécut quarantesept jours sans manger, mais en ayant la permission de boire?,
Un autre individu est mort plus rapidement: c'était en 1891, il s'appelait Antonio Viterbi. Pour échapper à la peine de mort, il s’est fait mourir de faim. Il a donné un exemple bien rare de stoïcisme, en restant dix-sept jours sans manger. Il a fait, lui-même, le récit des souffrances qu’il a subies. Il avait
résolu aussi de ne pas boire; mais, à un certain moment,
ayant pris de l’eau dans sa bouche pour se rafraichir, il n’a pu résister à la tentation et il l’a avalée. Il a eu des vertiges et des cauchemars, mais il n'a souffert que de la soif. Il est mort le dix-septième jour”.
Il faut retenir ce nombre de dix-sept à vingt jours. C'est la durée moyenne de la vie chez un homme soumis à l’inanition et se trouvant dans les conditions normales. Cependant, d’après Simox Gourarr', un jeûneur, nommé Hasselt, aurait été enfermé pendant quarante jours sans nourriture, et On l'aurait, après ce long temps, retrouvé vivant.
Quant à Succi et à Merlatti, ils étaient peut-être des aliénés
4. Cité par Guey : Jeune et jeüneurs, in Revue scientifique, 2° sem. 1886, p. 125. ste |
2. Le poids de ce malade, après 47 jours de jeüne, était tombé de 65,2 à 48,5; ce qui fait une perte de 26 p. 100, soit 02,23 de perte par kilogramme Le par heure. IL mourut alors.| Son cas est cité par BérarD (Cours de physios logie, 1848, t. Ier, p. 521). A
3. Cité par MM. Moi et MarxcnaL dans Slefano Merlatti : Histoire d'un jeûne célèbre, p. 21. — In-12, sans date; Paris, chez Marpon.
4. GouLarr et non Coulart, cité par MM. Monin et MarÉCHAL, loc. cit., p.18:
- ou des mélancoliques. Les individus qui sont pris en pleine
santé résistent beaucoup moins que les maniaques. Lorsqu'il n'y a pas de folie, lorsqu'il n’y a pas d’aliénation mentale, la résistance au jeûne est beaucoup moindre. Je viens de citer le cas de Viterbi qui est mort au bout de dix-sept jours. M. Lépine cite le cas d’une jeune fille qui, ayant avalé de l'acide sulfurique, eut un rétrécissement de l’œsophage; elle est restée seize jours sans pouvoir ni manger ni boire, et elle est morte au bout de ce temps’.
Mentionnons aussi le cas extrêmement intéressant d’un négociant allemand, qui, ayant fait de mauvaises affaires, s’est retiré dans un bois, pour s’y laisser mourir de faim. Il a vécu ainsi du 15 septembre au 3 octobre 1812. Il est mort le dix-huitième jour; et, quand on l’a trouvé, il respirait encore. Il avait noté, jour par jour, les impressions qu'il éprouvait. Au bout de cinq jours, le 19 septembre, .il écrivait : « Si j'avais seulement du feu, un peu de feu! comme ces nuits sont longues, comme elles sont froides! » Ce jour-là, il but. Le 22 septembre, il essaye de boire de l’eau froide, ce qui lui donne des vomissements. Le 29 septembre, il voulut encore essayer d'aller boire de l’eau, mais ses forces le trahirent, et il resta dans son trou. À cette date, il pleut toute la nuit. Pendant ces dix-huit jours de souffrances il n'avait donc bu qu'une seule fois?.
Voilà donc des périodes de dix-neuf, dix-sept et seize jours chez des individus non aliénés. Nous pouvons ainsi admettre que, chez les individus sains, sans tare nerveuse, la durée de l'inanition qui amène la mort est d'environ vingt
jours. Mais, chez les aliénés et les individus préparés au jeûne,
la durée de l’inanition peut être plus considérable. Succi, qui s’est soumis à un jeûne de trente jours, a été deux fois en-
fermé dans un asile d’aliénés.
bé
1. Cité in Revue scientifique, 2e sem., 1886, p. 510. 2. Journal der practischen Heilkunde, mars 1819, pe 95.
Carpax raconte l’histoire d'un Écossais qui aurait vécu trente jours en prison sans rien prendre.
Deviens (Journal de médecine) parle d'un aliéné qui mourut après soixante-quinze jours d’un jeûne relatif, prenant seulement quelques verres de boissons, un peu de vin et de bouillon.
H. Boëxs cite le cas' d’un boucher qui aurait pratiqué, pour se faire mourir, le jeûne absolu pendant près d’un mois. Mais l'observation est tout à fait insuffisante.
Si nous résumons ces cas divers, nous trouvons, comme durée du jeûne, les nombres suivants, pour la survie :
jours.
Mertattit. set tues HONG rE Liteni. 0 h 50
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Bresse GODART),. ee 2 220
Italien de 77 ans (MoniN ET MARÉCHAL). 37
SUECLE, CHAMP ERIEEURE, OP LARGE IE 0
cpaucheniBtENs)e ete En tnmel BDUCDANEN EN EE EC 29 Mineur de Licetus . . . . . ïl
Mineur de BÉRARD. : . . . . . PURE UZ
Mineurs de Bois-Mouzil . . . . . . . 6
La mort est survenue après les durées suivantes ;
jours Atiéné de DEVILDIERS. à . 00e ue NID Malade de DESBARREAUX . . . , . . . 63 Amaurotique de BÉRARD, . . . . . . #1 Malade.de M.SLÉPINE. s.h0. 24-20 0ut odi6 Marchand allemand de HurecanD. . . 17 APRVITORDIRE ee, Re Rene AL,
On peut donc dire que la durée relative de la vie est de bien près de vingt jours. Quant à la perte de poids totale, difficile à apprécier rigoureusement, vu la défectuosité des documents, elle serait, au moment de la mort, de 30 p. 100
environ.
4, Monix et MarécnaL, loc. cit, p. 49.
PPS SE EE
Ces faits se rapportent à des individus sains, ou à peu
près sains.
Passons aux histoires de malades. Celles-ci sont tout à
— fait extraordinaires. Il faut, dans ces matières, éviter un
. double écueil, celui de la crédulité et celui de l’incrédulité
excessives. Il est facile d’être incrédule; mais il ne faut pas
tout rejeter.
Voici un livre du commencement du xvu° siècle. C’est un
- in-folio, écrit en latin, et d’une lecture peu récréative. C'est
le fruit des méditations d’un professeur de Padoue, nommé Licerus; il est intitulé : « De ceux qui peuvent vivre longtemps sans aliments ». Il comprend divers chapitres : De ceux qui vivent huit jours. De ceux qui vivent un mois. De ceux qui vivent trois mois. De ceux qui vivent de un an à huit ans. De ceux qui vivent plus de douze ans. Enfin Lucerus termine par l'histoire de ces sages qui se sont endormis dans une cabane et qui ont dormi deux siècles, pour se réveiller après deux cents ans de sommeil : du rèène de l’empereur Décius à celui de l’empereur Théodose!
En présence de ces récits, faits par Licerus, il est permis
» d'élever plus que des doutes; mais un fait qu'on ne peut contester, c’est qu'il y a eu des enfants malades, des jeunes
filles malades, qui ont vécu longtemps dans l’état de jeûne. Il faut donc se méfier un peu de cette incrédulité si facile. Ayons un peu d’indulgence pour un livre écrit il y a trois cents ans. Peut-être y a-t-il quelque chose de vrai au milieu
. de tout ce fatras.
D'abord il est facile de voir que toutes ces longues absti-
« nences ont été observées chez des hystériques. Qu'il s’agisse
d'hommes, ou de femmes, ou d'enfants, cela importe peu.
- Un sait maintenant que l’hystérie existe aussi bien chez les enfants et chez les hommes que chez les femmes.
En prenant au hasard quelques-unes des nombreuses histoires rapportées par les vieux auteurs, nous trouverons des
traces manifestes d'hystérie. Voyons, par exemple, l'Histoire mémorable et prodigieuse d'une fille qui, depuis plusieurs années, ne boit, ne mange, ne dort et ne jette aucuns excréments et vit néanmoins par une grâce admirable et vertu de Dieu. (Francfort, Wechel, 1587. In-8°.)
| Cette jeune fille de 27 ans, Catherine Binder, d'Heidelberg, perd subitement le goût des viandes chaudes (voilà bien une fantaisie d’hystérique), et, pendant cinq ans, ne mange plus rien de chaud : alors elle se fait traiter par un charlatan et elle perd en même temps le goût des viandes froides. Elle reste sept ans sans rien manger ni boire.
Il nous est permis de concevoir quelque doute sur l’exaclitude de cette affirmation. Ce qui n’est pas douteux, c’est qu'elle est très névropathique : elle ne peut tenir la tête droite, à cause des tournements de la tête. À la suile d’une apparition, elle est restée, pendant trois ans, sans entendement ni parole. Quand elle essaye de prendre de la nourriture, elle éprouve un spasme pharyngé, de sorte qu'elle ne peut avaler, son gosier étant comme clos et étouffé. On l’a surveillée pendant quatorze jours et quatorze nuits, et on a constaté que, pendant ce temps, elle n’avait ni bu, ni mangé, hi uriné.
Une autre fille’, âgée seulement de 12 ans, à partir du samedi saint, ne put plus manger (c’est encore là un phénomène hystérique que ces idées délirantes ayant une origine religieuse). « Elle parloit peu; le bruit de la halle et de l'église lui estonnoit le cerveau, dont elle sentoit la douleur à la tête. Elle avoit toujours auprès d'elle l’image du crucifix. La faim l'a quittée dès le commencement, et elle avoit en horreur toute chose mangeable, ne pouvoit avaler, si bien que, lorsqu'elle communioit, il fallait lui mettre de l’eau dans la bouche. » Pendant quatre ans elle aurait vécu uniquement avec de l’eau
‘A4, Histoire admirable et véritable d’une fille champétre du pays d'Anjou, laquelle a été quatre ans sans user d'aucune nourriture que d'un peu d'eau, par Pascaz Rogin, gentilhomme angevin. — In-8°, Paris, Roigny, 1586.
et, à de très longs intervalles, avec un peu de pain trempé dans l’eau.
Une autre histoire est celle d'Apollonie Schrierer : Historia admiranda de prodigiosa inedia Apolloniæ Virgins, etc.,
- elc., par Lexruzus. (Berne, chez Lepreux, 1604.)
Apollonie est manifestement une hystérique, et on nous la montre dans une gravure étendue sur son lit, dans l’attitude des mélancoliques, presque sans voiles, et pas trop décharnée, malgré son long jeûne. Elle était certainement insensible, puisque les mouches se promenaient sur son corps sans qu’elle cherchât à les chasser. Elle restait éveillée toute la nuit, et, à quelque heure que ses parents l’interrogeassent, ils la trouvaient éveillée. Pour s'assurer qu’il s'agissait réellement d'un jeûne prolongé et non d'une simulation quelconque, les magistrats l’ont séparée pendant deux semaines de sa mère, ce qui ne s’est pas effectué sans cris et sans larmes : ils l’ont surveillée pendant deux semaines, et ils ont constaté que, pendant deux semaines, elle n’avait pris aucun aliment.
Dans le même ouvrage se trouve l’histoire d’une fille de Spire qui a vécu sans manger, et qui a été observée par GE- RARDUS Bucorpraxus. Elle introduisait, de temps à autre, quelques gouttes d’eau ou de vin entre ses lèvres. On l’a observée pendant douze jours, et on n’a pas pu trouver de fraude. Il paraît qu’elle serait restée pendant trois ans dans cet état : d’ailleurs elle n'a pas été observée pendant trois ans, mais seulement pendant douze jours. Elle était âgée de douze
- ans, et son corps était chargé de pustules (?) : (Corpus pustulis de phlegmate scatebat). Elle était dans une somnolence contnuelle et pleurait quand on lui parlait de sa mère.
Une autre jeune fille de Cologne aurait vécu quatre ans sans nourriture. Elle entrait en syncope dès qu’on voulait lui mettre quelque chose dans la bouche. — C’est encore là une tare hystérique.
Enfin, dans le mème ouvrage de Licerus, après nombreuses
citations de jeûnes célèbres, d’Élie, de Moïse, du Christ, on arrive à l'histoire de la jeune fille de Confolens qui a excité l'admiration de quantité de médecins et de poètes’. Un sieur Moreau qui l’a vue croit devoir lui adresser ces vers :
Rougis, ventre glouton, à l’abord de ce livre,
Si tu ne veux pallir au jugement de Dieu.
Que feras-lu, chétif, en ce terrible lieu,
Puisqu’on peut, ici-bas, longtemps vivre sans vivre ?
Il s’agit d’une jeune fille de 12 ans qui serait restée quatre
ans sans manger et sans rendre d’excréments. Mais, dans l'observation qu’en donne le médecin qui l’a observée, un certain docteur en médecine de Poitiers, il est beaucoup plus question de Prune et de Garex que de la malade. Elle est d’ailleurs manifestement hystérique, ainsi qu’il ressort de ses spasmes æsophagiens.
Jean DE Marcovizze raconte? l’histoire d’une jeune fille âgée de 22 ans « qui fut l’espace de deux ans entiers sans boire nimanger, sous réserves d’aucunes confitures et quelque peu d’eau dont elle se rafraîchissait la bouche. Elle avait le ventre si fort enflé qu’il fallait trois aulnes de IE pour en prendre le tour.
MARCOVILLE ae les histoires d’un notaire picard qui serait resté (pour cause de maladie) deux ans sans nourriture; d'un jeune homme écossais qui resta trente jours en prison, et d’une fille de Tulle qui, en l’an 822, resta trois ans sans manger après avoir reçu la communion à Pâques.
D'après Querreranus* (xvi° siècle), Jeanne Balans, âgée de 14 ans, aurait été pendant six mois avec de la dysphagie et
1. Histoire merveilleuse de l'abstinence triennale d'une fille de Confolens en Poilou. En cette histoiré est aussi traicté si l’homme peut vivre plusieurs jours,
mois et années sans recevoir aucun aliment. — Paris, chez Jean de Heuque-
ve 1602. | . Traicté mémorable d'aucuns cas merveilleux, ete., p. 40, $ xuur. — In-12;
ee chez Jean Dallier, 1564.
3. Cité par KIESEWETTER : Inedia, das mystische Fasten, in Shine, mai 1888,
> mn tm
| l'impossibilité de manger. Elle était atteinte d’une coxalgie empêchant tout mouvement, et des accès de délire et de torpeur avaient précédé sa maladie. Aucune critique d’ailleurs pour juger s’il y à, ou non, simulation.
Licerus rapporte, d'après Marmeus Ferrartus DE GRADIBUS, l'histoire d’une femme qui avait des syncopes et des accès de frénésie : elle vomissait tout ce qu’elle mangeait. Cela a duré trois ans, et, cependant, on la saignaït tous les sept jours. Elle a vécu dix-sept jours sans rien prendre qu’un peu de vin, et dix jours sans prendre absolument rien.
En des temps plus récents (1757), FonreNETTE rapporte l'histoire d’une fille de 15 ans qui, depuis quatre ans, ne boit ni ne mange. Il est vrai qu'il ne l’a pas observée par luimême; il se contente de dire qu’elle fut surveillée pendant trois semaines consécutives.
D’autres histoires encore peuvent être brièvement rapportées; car tous ces récits se ressemblent. AzriEr, médecin à Gisors (Journal de médecine, chirurgie, etc., 1162, p. 432), parle d'une petite fille de dix ans qui, à la suite d’une frayeur, est prise d’une convulsion, puis d’assoupissement avec dysphagie. Alors, après divers accès où elle tient des propos grossiers, indécents et furieux, elle entre dans une période de délire qui ressemble étrangement à du somnambulisme. Pendant trente-trois jours elle ne prend absolument rien, et pendant deux mois elle n’ingère qu’une très petite quantité de pain et d’eau. Puis, subitement, elle se réveille, demande de la nourriture et retourne à l’état normal.
A la suite de cette observation remarquable, le Frère Ca- LIXTE GAUTHIER, religieux de la Charité, démonstrateur en anatomie de l'hôpital de Grenoble, rapporte l’histoire d’un garçon de 13 ans qui vivait depuis deux ans et demi sans boire ni … manger. Le frère Gaurmer, visitant ce malade, l’observe pendant quatre jours et ne constate aucune supercherie. « Il a - la peau collée sur les os et est d’un tempérament fort susceptible et mélancolique; la plus petite contrariété le jette dans
une mélancolie qui dure plusieurs jours. » C'est assurément un cas d’hystérie.
Mercanier (Journal de médecine, etc., 1765, p. 133) raconte l'histoire d’une demoiselle de 23 ans, mélancolique, à demi imbécile et versant continuellement des larmes, qui est restée six mois sans prendre d'autre nourriture qu’un peu de tisane et de bouillon; pendant six semaines elle n’a pas prononcé un mot. On a osé la saigner à plusieurs reprises; mais, comme les saignées provoquaient des syncopes, on ne les faisait pas très abondantes. Elle était dans une somnolence continuelle, entrecoupée de larmes et de gémissements. Elle guérit subitement sous l'influence des douches.
Mercanier raconte aussi l’histoire d’une fille qui fut trentecinq semaines, en 1688, sans boire ni manger, d’après le Journal des savants, et d’une femme dont le Journal de Verdun, mars 1760, dit qu'elle ne voulait manger devant personne et qui serait restée dix-sept ans dans cet état.
Licerus parle d’une jeune fille de Pise (Loc. cit., Liv. [* chap. vi, p. 9), qui serait restée seize mois sans nourriture, en 1603. C'était une petite paysanne de quatorze ans ayant des contractures dansles jambes, somnolenteet taciturne. Elle guérit très bien et au bout de dix-sept mois repritsa vie ordinaire.
Lacerus rapporte aussi le fait d’une jeune fille de Pise, âgée de dix-huit ans, qui, à la suite d’un chagrin, est prise de contraclure du bras, de convulsions, puis de vomissements et de dysphagie qui l’empêchent de se nourrir. Pendant huit mois elle reste dans cet état sans rien prendre, et, ce qui excite l'admiration de Lacerus, c’est qu'elle n’a ni maigri n1 changé de visage.
Dans les Mémoires de l'Académie des sciences pour 1704, p. 462-229, nous trouvons l'observation d'une dame qui à vécu plusieurs mois sans prendre autre chose qu’un demi-. setier (25 centilitres) de bouillon maigre par jour, c’est-à-dire une décoction simple de quelques herbes potagères dans de l’eau, avec un peu de sel.
Un enfant de dix ans‘, à moitié idiot (p. 27), (« il jouait
avec un miroir en cherchant au derrière ce qu'il voyait en la e
glace »), serait resté dix-neuf mois sans manger ni boire. Si- Méon DE PRovENCHÈRES, pour une pareille affirmation, se salis-
» fait à bon compte : il ne l’a pas fait observer avec soin et se
contente de l'opinion des gens de Vauprofonde. Vaxpermonn£? raconte l'abstinence d’une femme qui serait
restée vingt-six ans sans manger. À vrai dire, l’abstinence
n'était pas complète, mais relative. Elle ne prenait que quelques cuillerées de bouillon, de lait, de vin, de tisane. Or une abstinence incomplète peut être presque indéfiniment prolongée ; et iln’est pas douteux que beaucoup de ces cas ne soient authentiques.
On trouvera à l’article Agsrinence de l’Index Catalogue, et dans le Cataloque de la Bibliothèque nationale, Sciences médicales, t.I*, p. 361, d'autres cas dé même nature, aux xvi°, xvu‘ et xvin° siècles. J'en citerai seulement quelques-uns :
I. — De Puella germanica quæ fere biennium vixerat sine cibo potuque. SIMONIS Porrir Disputatio. — In 4; L. C., 1538.
Il. — De Puella quæ sine cibo et potu vitam transigit. Auctore GE- RARDO BUCOLDIANO. — In-8 ; Robert Estienne, 1542,
IT. — Relation du jeüne d’une demoiselle de Hadersleben pendant un an et demi. —Xn-8 (en allemand); Copenhague, Imprimerie royale, 1722.
IV. — Description... d'un cas d’inanition observé, en 1718, chez Marie Jehnfelds… Manière dont cette personne est tombée dans cet état et est restée fortlongtemps sans manger, boireniparler, par LEessan. — In-4 (en allemand) Hambourg, Brandt, 1729.
V. — Conssrucn, Abstinence d'aliments et de boisson pendant dix-huit mois (Journal der pract. Heilk. (en allemand), p. 415 à 123. — Iéna, 1800.
VI — Kunpmanw, Histoire de deux femmes dont l’une est restée dix ans,
Pautre trois ans, sans manger (Sammlung von Nat. und Med., p. 298 à 306, en allemand). — Leipzig, 17243,
4. Discours sur l’inappétence d'un enfant de Vauprofonde, confins de Sens, qui n'a bu ni mangé depuis dix-neuf MO, par SIMÉON DE PROVENCHÈRES ; 2e édit. — Sens, chez Georges Niverd, 1612.