Voyez Revue scientifique, 2° sem., 1886, p
beaucoup, il est vrai, que de dire cela, mais c’est déjà quelque chose.
Comment se fait-il maintenant que, dans les jeûnes forcés, dont on connaît malheureusement quelques exemples célèbres, il y ait eu une mort beaucoup plus rapide. Je vous en eiterai trois principaux : le naufrage de la Méduse, l'ex pédidition du colonel Frarrers et le naufrage tout récent de la Mignonnette, petit canot qui s'était perdu dans les mers de PAustralie. | |
Eh bien, dans ces trois cas, ce n’est pas au bout de vingt jours ou un mois que les horreurs de la faim ont commencé à se faire sentir, c’est déjà au bout de quelques jours. Ainsi, sur le radeau de la Méduse, au bout de trois jours, les mal= heureux naufragés ont été pris de délire. D’après le récit de SAviGny ‘, ils se sont précipités les uns sur les autres, et ils s@ sont tués à coups de hache et à coups de pique. De cent soixante-treize qu'ils étaient au commencement, ils n'étaient plus que quinze après ce massacre. Il leur restait des vivres: Ce n’est donc pas la faim seulement qui avait agi sur eux.
Pourquoi donc ces naufragés ont-ils été pris de délire au bout de trois jours, et pourquoi les Danois dont je parlais tout à l'heure et qui sont restés dix-sept jours sur les glaçons ont= ils conservé toute leur raison? Je crois qu’il faut chercher là cause de cette différence dans la température. Les naufragés de la Méduse se trouvaient dans les parages du Sénégal, sous l'influence d’une température qui ne permettait pas à l'orgas nisme de se refroidir. Ils avaient beau être trempés dans l’eau de mer, ils souffraient d’une chaleur étouffante : cette eau elle-même, lorsqu'ils voulaient la boire, ne faisait qu’augs menter leurs souffrances. Savieny raconte qu'ils buvaient de l'urine plutôt que de boire de l’eau de mer, qui provoquait une soif inextinguible.
1, Thèse de Paris, 1818.
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Pourquoi aussi, dans l’histoire des malheureux qui ont échappé au premier massacre des compagnons de FLaTrers, la mort par l'inanition s’est-elle produite au bout de dix jours seulement? C’est qu'ils étaient dans le Sahara exposés à une chaleur torride. Ils n'étaient pas absolument privés de nourriture : même ils rencontraient de temps en temps des gazelles, des ânes sauvages, qu'ils tuaient. Ils trouvaient un peu d'eau saumâtre dans les puits. Malgré cela, il n'en réchappa que quatre sur quatre-vingts, et encore ces quatre survivants sont-ils des indigènes. Ils ont souffert beaucoup de la faim. Ils ont touché à des viandes sacrilèges, ils se sont entretués pour avoir à manger, et cependant leur jeûne ne durait que depuis dix jours.
Les naufragés de la Mignonnette étaient exposés également à une chaleur torride. Or une chaleur excessive accélère les combustions dans une mesure difficile à préciser. 11 est vrai qu'une température très basse accélère aussi les combustions. Mais il faut tenir compte de l’espèce d'engourdissement dans lequel le froid intense nous met aussitôt, tandis que les hommes qui sont sous l'influence de l'excitation cérébrale résultant de la température extérieure ou de l’activité exagérée imposée par la nécessité de marcher jour et nuit pour fuir, faisaient assurément des combustions et des dépenses excessives.
En somme, c'est le système nerveux qui régit les phénomènes de la dénutrition, et c’est lui, par conséquent, qui règle la durée du jeûne.