‹ Physiologie; (volume 3)Chapitre 153 sur 168 · E. DELBOSC · texte numérisé non relu

E. DELBOSC

Un fragment du nerf sciatique d'une grenouille est immergé dans une solution forte de cocaïne. Le nerf devient brun-jaunâtre, et on trouve à l'examen microscopique que tout le contenu des fibres nerveuses est coagulé, dissocié. Un autre fragment de nerf, immerg-é pendant le même temps dans de l'eau distillée, ne présente de coagulation qu'au voisinage de la gaîne de Schwann. Il faut donc admettre que la cocaïne agit en altérant le protoplasma des éléments nerveux.

D'ailleurs il est à remarquer que, dans un nerf mixte, les fibres sensitives sont les premières atteintes; les fibres motrices ne le sont que secondairement, Feinbkrg ' a vu que la cocaïne, appliquée sur un nerf mis à nu, produit une anesthésie locale qui se propage à la périphérie, tandis que le bout central du nerf et sa motilité restent intacts.

Parfois, après une application locale de cocaïne, on obtient une analgésie généralisée atout le tégument. M. Labop.de", qui, le premier, a vu ce phénomène, renonce à l'expliquer; il se contente de faire observer que le système nerveux centra n'est pas influencé; car l'excitabilité du tronc nerveux est conservée et même augmentée. M. Brown-Séquard" croit que ce phénomène doit être rapproché de ce cas cité par M. A. Ri- CHET, en 1 846, dans lequel une simple cautérisation au fer rouge produisit une analgésie non seulement du point touché, mais encore du corps tout entier.

En résumé, on peut dire que la cocaïne, appliquée sur une muqueuse, ou injectée dans le tissu cellulaire sous-cutané, suspend les fonctions physiologiques des cellules sensitives avec lesquelles on la met en contact. Une faible quantité d'alcaloïde suffit pour obtenir ce résultat. Ainsi, un centigramme de sel en solution, injecté dans le derme, donnera une analgésie parfaite de toute la partie du derme baignée par le liquide.

1. Feinberg, {Zur Cocaïnwlrkiinrjj. Berlin. Klin. Woch. n" 10, p. 166, 7 mars

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