V. PAcno
fort diminuée. Dans des expériences de contrôle, j'ai pu constater les variabilités de celte diminution de fréquence même sur les divers individus d'une même espèce, le lapin, par exemple. Mais je n'ai jamais vu la respiration, dans ces conditions, descendre au-dessous de 17 à 18 respirations par minute chez le lapin. Cette opinion est d'accord avec les expériences des divers auteurs (II. Girard^ Beau- Ms). Je crois donc être parfaitement autorisé à conclure que, dans l'expérience précédente, la diminution considérable de la fréquence respiratoire — tombée à 4 respirations par minute — est le fait de l'intoxication morphinique qui a agi sur la respiration après et malgré la section des nerfs pneumogastriques. C'est dire que la morphine, si elle agit après et malgré la section de ces nerfs sur la respiration, agit normalement sur celle-ci sans l'intermédiaire de ces nerfs.
Que si la morphine agissait sur la respiration indépendamment des nerfs pneumogastriques, elle n'en agissait peutêtre pas moins indirectement sur la fréquence et le rythme de cette fonction par son action sur la température. On sait l'influence prépondérante qu'exerce, parmi les diverses conditions physiologiques, la température sur la respiration. Dès lors les modifications respiratoires observées dans l'intoxication morphinique ne pouvaient-elles être fonction de l'hypothermie consécutive à l'injection de morphine? C'était là une importante question à résoudre.
L'action delà morphine sur la température est constante et remarquable. C'est là, du reste, un fait classique. Ch. Richet, dans une étude synthétique sur les poisons et la température, en a longuement discuté et interprété le mécanisme \ Les courbes des expériences XXI et XXII donnent l'image fidèle et expressive de cette action de la morphine sur la température, (cf. fig. 116 et 117.)
Expérience XXI. — 21 octobre 1891. Chien adulte. Poids 7 kg. 150. T. 39° 5. Température du laboratoire 12°o.
3 h. 3o. — Injection intra-péritonéale de 2 centimètres cubes d'une solution de morphine à 1 p. 100, soit 2 centigrammes de morphine. — L'animal vomit immédiatement.
4 h. 10. — Deuxième injection intra-péritonéale de2 centigrammes de morphine. Le chien est absolument calme. A chaque respiration, il a tout le corps secoué par un frisson général.
4 h. 35. — L'animal a donc reçu en injection intra-péritonéale 4 centigrammes de morphine, soit prés de 1 centigramme par kilogr. de poids. — L'état général est calme, le chien dort profondément. 11 frissonne au moment des inspiralions. La courbe de la fig. 116 représente les modifications subies par la température.
Expérience XXIÏ. — 26 septembre 1891. Chien de W jours. Poids 390 gr.,
T. 39°8. Température du laboratoire 12».
2 h. — 2 h. 30. — Le petit chien est enlevé de la niche où il était
couché sous le ventre de sa mère. Sa température est alors de 39°8.
Porté dans le laboratoire, il est abandonné quelque temps sur la table
1. Ch. Richet. De la chaleur animale (Bibliothèque scientifique internationale). Paris, 1889, p. 211.
d'expérience. Après vingt-cinq minutes, c'est-à-dire à 2 h. 30, sa température n'est plus que de 38°2. Le petit animal frissonne.
A ce moment, on lui injecte dans le péritoine 1 centimètre cube
d'une solution de morphine à 1 p. 100, soitl centigramme de morphine. Le petit animal gémit continuellement, sa respiration est irrégulière, diflicile à enregistrer au pneumographc, à cause du frisson continu dont il est agité.
Lacourbe de la fig.l 17 représente l'abaissement rapide et considérable de la température après une demi-heure. Le jeune chien est alors reporté à la niche, près de sa mère.
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Fio. 11 G. — Cliien de 7 kil. Injection de 4 cenligram. de morphine. Courbe de la température.
Sur l'ordonncie verticale de la courbe sont inscrites les températures; l'ordonnée horizontale repri'-scnte le temps exprimé eu minutes.
L'influence hypothermisante de la mor remarquable surtout chez les petits animaux (fig. 417). C'est que la morphine exerce une action directe sur la production de chaleur, c'est-à-dire sur la thermogénèse*. Il se passe là ce qui survient dans l'intoxication par le chloral, par exemple. Ch. Richeï a montré que, sous l'influence du chloral, les combustions respiratoires, au lieu d'être, comme à l'état normal, proportionnelles à la surface de l'animal (Cn. Richkt), devenaient proportionnelles à son poids ^ La production de chaleur, sous l'influence de la morphine, subit une modilication analogue. Dès lors l'animal morphine qui
pliine est, on le voit.
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Fig. U7. — Chien de 390 grammes. Injection (lo 1 centigramme de morphine. Courbe de la température.
Sur l'ordonnée verticale do la courbe sont inscrites les températures ; l'ordonnée horizontale marque le temps exprimé en minutes.
1. J'ai fait sur ce sujet quelques expériences de calorimétrie que je rapporterai dans un autre travail.
2. Ch. Ricuet. Travaux du lahoraloire de pliysiolof/ic, t. I't, p. .^348.
se refroidit par rayonnement périphérique proportionnellement à sa surface, tandis qu'il ne produit plus de chaleur que proportionnellement à son poids, se refroidira d'autant plus que pour 1 kilogramme de son poids sa surface sera plus grande. Or un animal de petite taille a pour l kilogramme de poids une surface bien plus grande qu'un animal de haute taille; il se refroidira donc davantage sous l'influence de la morphine. C'est là l'explication physiologique de la diff"érence des courbes des figures 116 et 117.
Oii, du moins, ces courbes se ressemblent, c'est dans la représentation de ce phénomène commun, chute de la température. Cette chute était assez importante pour qu'il devînt d'un grand intérêt de savoir si les modifications respiratoires, sous l'influence de la morphine, n'étaient pas simplement la conséquence de Thypothermie. S'il en était ainsi, les modifications de la fréquence et du rythme de la respiration devenaient un phénomène absolument secondaire dans l'intoxication morphinique. La morphine agissait indirectement sur la respiration comme l'antipyrine, par exemple, en diminuant les échanges chimiques '. Dès lors l'étude des modifications respiratoires, auxquelles elle donnait naissance, devenait absolument indifférente au sujet de ce travail. — Les expériences suivantes démontrent que les modifications de la respiration ne sont pas fonction de l'hypothermie, dans le morphinisme aigu.
ExpÉKiENCE XXIII. — 25 septembre 1891. — Chienne griffon. — Poids 5 kilogr, T. 39. Température du laboratoire, 12° 4.
3 h. 40. L'animal est très émotif. Injection intra-péritonéale de o centimètres cubes d'une solution de morptiine à 1 gv. 100, soit 5 centigrammes de morphine.
Les courbes de la fig. 118 repi^ésentent les modificalions de la température et de la fréquence respiratoire, pendant deux heures.
Expérience XXIV. — 17 août 1891. —lapin arfw/^e. — Poids, 1750 grammes. T. 39" 2. Température du laboratoire 13°.
1. C'est A. Robin qui a montré que l'antipyrine ralentissait les échanges nutritifs {Bull. Acad. d. Méd. Paris, 1889).
d'une pliine
h. i;i matin. — Injection inlra-péritonéale de 5 centimètres cubes solution de morphine à i p. iOO, soit '■'< centij,'rammes de mor-
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FiG. 118. ■ — Chien de o kil. Injection de .'i centigrammes de nioi-jihine. Cnurbcs
de la température et de la fréquence de la respiration. Non- parallélisme
de ces courbes.
La ligne pointillée e.st la courbe de la température, la ligne pleine est la courbe de la resiiiraticn. — L'ordonnée horizontale représente le temps exprimé en minutes; sur l'ordonnée verticale sont inscrits les nombres de respirations et les degrés de la température.
L'élat de la respiration et de la température est noté pendant .3 heures consécutives. Les courbes de la fig. 119 représentent les variations de ces deux éléments physiologiques.
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