‹ Physiologie; (volume 3)Chapitre 22 sur 168 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

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évider ]a capsule avec le bec de la sonde ou une curette fixée au rouge. Les débris de la capsule sont enlevés avec une éponge portée au bout d'une pince ou avec la pince elle-même. Par ce procédé, la destruction complète, surtout pour la capsule droite, est difficile, mais il faut ajouter que les débris restant sont touchés par le feu, ainsi qu'on peut le constater à l'autopsie. Nous avons du reste, dans un certain nombre d'expériences, passé une ligature au catgut à la base de la capsule, à l'émergence de la veine capsulaire.

Nos animaux étaient des cobayes adultes, d'un poids variant entre 400 à 600 grammes. Quand nous avons opéré sur les deux capsules, soit pour une destruction totale, soit pour une cautérisation partielle, nous avons fait varier l'intervalle entre les deux opérations. Pour quelques animaux l'opération a été faite à une heure d'intervalle, chez d'autres nous avons attendu de un à quinze ^jours, quelquefois même plus longtemps, n'opérant du second côté que lorsque l'animal avait récupéré et même dépassé son poids primitif, pour éviter ainsi l'objection de l'influence d'un second traumatisme agissant sur un animal déjà affaibli par une opération récente*.

L'opération, quand aucune complication ne survient, peut être faite très rapidement, quinze minutes depuis le moment où l'animal est rasé, l'abdomen lavé antiseptiquement, jusqu'au moment oii, le double plan de suture fait, la plaie occluse avec du collodion iodoformé, il est détaché et porté à l'étuve à 30".

Nous diviserons nos recherches sur les cobayes en trois groupes, suivant en cela l'ordre que nous avions adopté pour l'étude sur les grenouilles :

1" Destruction totale d'une seule capsule;

2° Cautérisation partielle des deux capsules;

1. Stilling a signalé chez le lapin, dès le second ou troisième jour, une hypertrophie compensatrice de la capsule restante. Nous avons nous-mêmes constaté une hypertrophie très nette de la capsule intacte, hypertrophie caractérisée par une augmentation de volume de l'organe et une congestion très marquée.

3» Destruction totale des deux capsules.

I. — Destruction d'une même capsule. — C'est presque toujours la capsule droite qui a été détruite. Celle-ci, par suite du voisinage du foie et de la veine cave, est beaucoup plus difficile à opérer; la difficulté était même regardée par Gratiolet comme telle, qu'il considérait son ablation comme fatalement mortelle. Il nous a donc paru indispensable de débuter toujours par elle. M. Brown-Séquard avait déjà montré que cette opération n'était pas toujours fatale, et nos recherches à cet égard sont pleinement confirmatives. Nous avons détruit sur 40 animaux la capsule droite; un certain nombre de ceux-ci, quand ils ont été complètement rétablis, ont subi la destruction de la deuxième capsule. Sur les animaux gardés en observation nous n'avons noté que deux décès. En règle générale, les animaux, après la destruction d'une seule capsule, ne présentent aucun trouble apparent ni dans la motilité ni dans la respiration. Le choc opératoire est nul. La température, qui pendant l'opération descend quelquefois jusqu'à 36 et même 3o°, remonte rapidement au chiffre normal.

Bien que l'animal mange, on constate assez souvent néanmoins, dans les premiers jours, un amaigrissement assez marqué, mais passager, et les cobayes reprennent ensuite leur poids primitif ou le dépassent.

Dans deux cas (sur quarante) Tamaigrissement a été rapide et continu, et les deux animaux sont -morts dans un état d'émaciation extrême, quelques jours après l'opération, et sans que l'examen des organes ait pu nous expliquer les troubles profonds survenus dans la nutrition. Chez ces deux animaux, nous n'avons noté aucun mouvement convulsif.

Expérience XX. — Cobaye mâîe (poids 415 grammes). Le 22 janvier, destruction de la capsule droite. Pas de choc opératoire. On n'observe aucun trouble dans la motilité. L'animal mange bien dès le second jour; néanmoins, on constate une diminution de poids pendant la pre-

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mière semaine. 11 existe, il est vrai, une suppuration superficielle de la plaie abdominale. La cicatrisation se fait néanmoins et actuellement, en mai, c'est-à-dire quatre mois après l'opération, il pèse 50o grammes.

Expérience LV. — Cobaye femelle (poids 410 grammes). Le 31 mars, la capsule droite, qui se présente bien, est facilement détruite. Les débris sont enlevés à l'éponge et à la pince. L'opération est rapidement faite et sans hémorragie. Immédiatement après, l'animal réagit vigoureusement, marche sans difficulté. On le porte néanmoins à l'étuve à 30", où il reste toute la nuit. Les jours qui suivent, et bien que l'animal ne présente aucun trouble fonctionnel, qu'il mange avec appétit de l'avoine et des carottes, il maigrit; son poids tombe, le quatrième jour, à 373 grammes. Le douzième jour, on trouve 394 grammes. Mais nouvelle rechute, le seizième jour, à 3oO grammes. Il existe une suppuration superficielle de la plaie, qui tend néanmoins à se cicatriser. A partir de cette époque, il reste stationnaire pendant huit jours, puis reprend ensuite. Récupère son poids normal le 29 avril, soit un mois après l'opération; et le 26 mai atteint o91 grammes.

Expérience LVIII. — Cobaye mâle (poids 441 grammes). Destruction, par cautérisation, de la capsule droite, le 7 avril. L'animal se remet immédiatement, il mange bien, et, le 10 avril, trois jours après l'opération, il avait augmenté de 30 grammes; l'accroissement continue; le 15, il est à îiOO grammes. L'animal, ayant été opéré ensuite de la seconde capsule, est mort, et l'autopsie a montré que la destruction de la capsule droite était complète.

II. — Destruction partielle des deux capsules. — Intentionnellement, nous n'avons, dans un certain nombre de cas, cautérisé qu'une partie des deux capsules, soit en respectant toutes les connexions nerveuses et vasculaires de la capsule, et en nous contentant de toucher ou d'enfoncer la pointe rougie dans la capsule, ou bien encore en mobilisant de tous côtés l'organe, sauf dans la région du bile, et en déterminant des lésions de voisinage aussi importantes que lorsque nous cherchions une destruction complète; enfin nous devons faire rentrer dans ce groupe d'expériences les animaux chez lesquels nous avons voulu faire une destruction complète des de'ux glandes, et oii l'autopsie nous a montré que cette destruction n'avait pas été totale.

Il résulte de l'ensemble de nos expériences, au nombre de vingt-cinq, que les troubles observés sont fonction de la gravité des lésions faites et de l'intervalle mis entre les deux opérations.

On peut diviser ce groupe, cautérisation partielle des deux capsules, en trois sous-divisions.

A. La cautérisation bilatérale a lieu à intervalle très rapproché, soit dans la même séance, soit en espaçant les deux cautérisations de vingt-quatre à quarante-huit heures.

Les animaux survivent le plus souvent, mais ils présentent un amaigrissement lent et progressif. Dans quelques cas, cependant, et après une période assez longue de dénutrition, l'amaigrissement s'arrête, la courbe du poids remonte, mais lentement.

Expérience LXIIL — Grosse femelle très vigoureuse (poids, 680 grammes). Le 21 avril, à 3 heures, cautérisation de la capsule droite, l'opération est rendue difficile par une hémorragie provenant d'une déchirure du foie; la cautérisation porte sur un cinquième environ de l'organe dans la région externe. L'hémorragie s'arrête d'elle-même, et l'animal, placé à l'étuve, réagit vigoureusement.

A 4 h. 30, on pratique une cautérisation analogue sur l'autre capsule; le point cautérisé est plus interne, et il se produit une hémorragie d'un sang rutilant assez abondante, qui nous fait craindre d'avoir touché la veine rénale. Après l'opération, le cobaye est très prostré.

Le lendemain, l'animal paraît remis, mange avec appétit; mais dans la journée, il tombe dans une torpeur marquée, quoique passagère. Les jours suivants, bien que l'animal mange, il existe une certaine torpeur qui disparaît peu à peu; l'amaigrissement est rapide. Du 21 avril au 10 mai, la perte de poids est régulière; un peu de suppuration des plaies. Le 10 mai, c'est-à-dire en vingt jours, l'animal est tombé à 498 grammes, soit une diminution de 180 grammes; mais, à partir de cette époque, il paraît se rétablir, et, au 2o mai, il atteint 610 grammes.

B. Si l'on met un intervalle de huit à dix jours entre les deux cautérisations partielles légères, les animaux ne présentent aucun trouble notable ; à peine observe-t-on une diminution de poids passagère, bientôt l'animal retrouve son poids. Nous avons des animaux opérés depuis plusieurs mois qui

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n'ont présenté, depuis cette époque, aucun trouble et ont un accroissement de poids normal.

Exi'ÉuiK.NCE XLVIII. — Cobaye femelle (poids 47u grammes). Le .31 mars, destruction partielle de la capsule droite; la destruction porte sur le quart externe. Le 12 avril, l'animal pèse 3o0 grammes; le 1.3, on cautérise profondément la région médiane de la deuxième capsule. Le 15 avril, poids 473 grammes; le 18, 495 grammes; le 28, 50 1 grammes; enfin, le 25 mai, 510 grammes; le 5 juin, 560 grammes.

C. Ouand les cautérisations, sans être totales, portent sur une grande partie de l'organe, des deux côtés, les animaux maigrissent rapidement, et la mort survient dans un délai assez rapide, mais la survie est néanmoins beaucoup plus longue que lorsqu'il y a eu destruction totale (quatre à cinq jours environ).

ExpÉiuKxcE LXn, 19 avril. — Cobaye femelle (poids, 395 grammes). Dans la même séance, on cautérise les deux capsules, la destruction portant sur une moitié de l'organe. En six jours, l'animal tombe à 230 grammes; il mange néanmoins et court dans sa cage. Mort, le 27, dans un état d'émaciation profonde. L'autopsie ne révèle aucune lésion péritonéale.

III. — Destruction complète des deux capsides. — La destruction complète des deux capsules entraîne fatalement la mort à bref délai. Dans le mémoire de M. Brovvk-Séquard de i85(i, on trouve comme survie moyenne pour les cobayes adultes treize heures, comme survie minima neuf heures et maxima vingt-trois heures. Enfin, dans une note récente à la Société de Biologie, M. Brown-Séouaud donne le chiffre moyen de neuf heures.

Les survies que nous avons observées n'ont jamais dépassé ce laps de temps, et la mort est très souvent survenue vers la cinquième heure.

Les animaux meurent fatalement, môme quand on espace de huit à quinze jours les deux opérations.

Dans ces conditions, nous avons observé quelquefois une

survie un peu plus longue, mais toujours très faible : douze heures environ.

M. Brown-Séquard, dans son mémoire déjà cité de I806, a donné une description, restée classique, des accidents consécutifs à la destruction des deux capsules. Ces accidents sont de deux ordres : accidents paralytiques et accidents convulsifs. Nous verrons d'ailleurs que ces symptômes en apparence dissemblables sont pour nous les effets d'une môme cause.

Immédiatement après l'opération, les animaux s'affaiblissent graduellement. Ils s'engourdissent progressivement, et un peu avant la mort on voit survenir une parésie qui devient bientôt une paralysie complète des membres postérieurs. L'animal ne ramène pas ses pattes quand on les étend, la sensibilité est pourlant conservée puisque le pincement des pattes postérieures détermine des mouvements réactionnels dans le train antérieur, ou des cris de douleur. Bientôt le train antérieur est paralysé à son tour, l'animal tombe sur le flanc, la respiration devient dyspnéique, puis l'amplitude des mouvements respiratoires s'affaiblit, et les animaux meurent par paralysie .des muscles respirateurs.

Nous avions observé des phénomènes analogues chez les grenouilles ; guidés par l'analogie des symptômes observés, nous nous sommes demandés si la mort, chez les cobayes comme chez les grenouilles, n'était pas le résultat d'une autointoxication par l'accumulation dans l'organisme de substances paralysantes. Aussi avons-nous, au moment de la mort et même avant la mort, pendant la période préagonique, interrogé l'excitabilité des nerfs. Nous avons constaté que l'excitation du sciatique par un courant faradique même très fort ne déterminait plus de contractions musculaires dans la patte, alors qu'un courant plus faible, de moyenne intensité, appliqué directement sur le muscle, déterminait des contractions très nettes.

Cependant la conductibilité du nerf paraît intacte, puisque, si l'on excite le sciatique dans sa continuité, on observe dans

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le train antérieur des manifestations douloureuses : mouvements du cou et de la tète.

Au moment de la mort, si on excite le phrénique, qui, comme on le sait, conserve longtemps son excitabilité après la mort sur Tanimal normal, on ne détermine aucune contraction du diaphragme, bien que l'excitation directe de ce muscle produise des contractions énergiques.

Nous avons observé une résistance plus considérable des nerfs du plexus brachial, qui réagissent encore un peu à l'excitant électrique, alors que les mouvements respiratoires ont disparu, mais cette excitabilité très faible disparaît avec une extrême rapidité. Comme on le voit, ces troubles paralytiques présentent dans leur marche une analogie très grande avec les phénomènes de l'intoxication par le curare.

Expt.KiEXGE XXXIII. — Cobaye mâle (poids, oOO grammes). Le 5 février, à 11 heures du matin, destruction des deux capsules, en espaçant d'une demi-heure les deux opérations; à 5 h. 30 du soir, parésie 1res marquée des membres supérieurs; à b h. 43, paralysie complète des pattes postérieures, liespiration dyspncique. L'animal est mourant. A ce moment, on met à nu un sciatique, et on l'excite par des courants faradiques de moyenne intensité. Pas de contractions musculaires. L'animal manifeste de la douleur par des mouvements réaetionnels de sa tête et de son train antérieur. Les muscles du membre postérieur réagissent sous l'inlluence de faibles courants directement app'.iijués sur eux. A 6 heures, l'animal meurt. On ouvre rapidement le thorax et on excite le phrénique. Pas de contractions du diaphragme. Le diaphragme se contracte énergiquement quand on l'excite directement.

Exi'ÉuiENCE LVI. ■ — Cobaye mâle (poids, 373 grammes). Destruction de la première capsule (droite), le 31 mars; le 14 avril, à 10 heures, l'animal pèse 400 grammes. On détruit la deuxième capsule. Mort à o h. 30 du soir.

ExpÉHiENCE LXIV. — Cobaye mâle (poids, 570 grammes). Le 22 avril, à 10 h. 30, destruction de la capsule droite, hémorragie hépatique légère; l'animal réagit bien après l'opération. Température, 35", 6. Il est porté à l'étuve à 30°. A 2 heures du soir, l'animal va bien, la motilité est normale. Suintement séro-sanguinoleiit à travers les lèvres de la plaie. L'animal est remis à l'étuve; le 23 avril, à 9 h. 30, l'animal va

bien. Température, 38°, 8. A dl heures, destruction de la capsule gauche. On le met dans l'étuve. A 2 h. 4o, l'animal a l'œil très vif. Température, 37°. 11 traîne un peu ses pattes postérieures, mais n'a pas encore de paralysie. A 3 h. 45, pas de troubles marqués de la motilité. A 4 heures, température 33°, o. A 9 h. 30, l'animal est affaissé, couché sur le flanc; la respiration est dyspnéique. Température au-dessous de 34°. A 10 h., mort. Inexcitabilité des nerfs, pas de péritonite, pas d'hémorrairie abdominale.

Dans certains cas, M. Brown-Séquard a observé, un peu avant la mort, des convulsions toniques et cloniques, signalées ultérieurement par d'autres physiologistes. Nous avons constaté nous-mêmes ces secousses convulsives chez un certain nombre de nos animaux. Le pincement d'une patte postérieure déterminait des réactions énergiques et prolongées. Ces faits semblent mal se conciher avec les phénomènes de paralysie que nous attribuons à une intoxication curariforme, et qui pour nous dominent la symplomatologie des animaux privés de capsules. Mais la différence n'est qu'apparente; au fond, la pathologie des troubles peut être ramenée à une même cause. Les physiologistes ', en effet, qui ont étudié l'action du curare, ont constaté fréquemment des convulsions précédant la paralysie et une exagération du pouvoir réflexe de la moelle. Il existe d'ailleurs des différences individuelles au point de vue de l'évolution des symptômes, dont il nous est difficile, dans l'état actuel, d'expliquer la cause. Du reste nous avons toujours observé au moment de la mort, sur ces animaux qui avaient présenté des convulsions, l'inexcitabilité des nerfs périphériques et du phrénique, les muscles réagissant normalement.

IV. — Toxicité du sang des cobayes acapsulés pour les grenouilles. — Enpréseçce de ces faits, nous avons cherché si le sang des animaux morts à la suite de la destruction des capsules

\. VuLPiAN, Leçons sur Les substances toxiques et médicamenteuses : Curare, p. 58.

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avait une action toxique; il est difficile d'étudier sur les animaux supérieurs les phénomènes de curarisation, tels que les a observés Cl. Bkrnard sur les grenouilles, et surtout de démontrer directement la paralysie des terminaisons motrices, les plaques motrices des mammifères perdant très vite leur excitabilité après l'anémie du membre. Aussi, pour élucider ce point, avons-nous expérimenté sur des grenouilles'.

Nous avons injecté à des grenouilles dont la circulation d'une patte postérieure était interrompue par la ligature du membre à sa racine, du sang, du sérum ou le produit du lavage de l'appareil circulatoire de cobayes acapsulés immédiatement après la mort. Nous avons constaté que ces injections déterminaient, après un laps de temps variable d'une à deux heures, des phénomènes de paralysie chez des grenouilles normales ou opérées de leurs capsules, l'excitation du nerf déterminant des réactions sur la patte liée. Comme expérience de contrôle, nous avons injecté les mêmes doses et des doses plus fortes de sang ou de sérum de cobaye normal ou de cobaye sacrifié après la destruction d'une capsule, à des grenouilles témoins, et nous n'avons pas observé de troubles.

Nous avons pu observer quelquefois, à la suite de l'injection de sang de cobayes qui avaient présenté des convulsions avant la mort, des phénomènes plutôt convulsifs que paralytiques. C'étaient des tremblements généralisés avec secousses fibrillaires coïncidant avec une impuissance motrice relative. De cette dernière catégorie de grenouilles, les unes sont mortes, les autres se sont rétablies, peut-être parce que la quantité de substances toxiques était insuffisante. Ce que nous voulons retenir de ces faits, c'est la toxicité du sang des cobayes acapsulés pour la grenouille, même normale, après la destruction de leurs capsules.

1. Abelous et Langlois, Sur l'action toxique du sang des niammileres après la destruction des capsules surrénales {Société de Biologie, 20 février 1892).

V. — Injections d extrait aqueux des capsules surrénales. — La physiologie contemporaine tend ù considérer les glandes vasculaires sanguines comme des organes destinés à déverser dans le sang des substances élaborées par elles et indispensables à l'intégrité fonctionnelle de l'organisme. Ces faits paraissent nettement établis pour le corps tbyroïde à la

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FiG. 121. — Cobaye, 3 févr. — Destruction des deux capsules terminée à 2 heures.

1. — A 3 heures et demie, secousses convulsives portant surtout sur les muscles respiratoires, enregistrées avec le cardiograplie double de Marby. — 2. — A4 heures, première injection de 5 centimètres cubes d'extrait, diminution des secousses. — 3. — A 5 heures, nouvelle injection de 5 centimètres cubes, suppression des secousses. Mort de l'animal à 7 heures du soir.

suite des expériences de nombreux physiologistes, parmi lesquels nous citerons spécialement M.. Gley. MM. Vassale, en Italie, et Gley, en France, ont réussi, en effet, à prolonger notablement la survie des animaux après l'ablation du corps thyroïde, par des injections intra-veineuses d'extraits aqueux de cette glande.

La nature des capsules surrénales comme glandes vascii-

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laires sanguines a été élablie depuis longtemps par les Iravaux d'EcKER et de Bhown-Séquaud. Nous avons voulu voir si des injections d'extrait aqueux de ces organes pouvaient prolonger la survie de nos cobayes opérés. Nous avons préparé ces extraits aqueux de la manière suivante : Nous nous sommes servis soit de capsules fraîches prises chez un animal venant d'être sacrifié, soit de capsules conservées dans la glycérine. On broyait sept ou huit capsules dans 25 centimètres cubes de sérum artificiel. Cet extrait non filtré était injecté sous la peau des cobayes qui venaient d'être opérés des deux capsules. On faisait ainsi trois ou quatre injections de 5 centimètres cubes chaque.

Nous avons obtenu quelquefois une certaine prolongation de la survie, prolongation qui pouvait atteindre le double de la survie moyenne. Dans des expériences communiquées récemment à la Société de Biologie (séance du 20 mai 1891) par M. Brown-Séqlaud, le succès a été plus marqué. M. Brown-Séquaru a fait ses extraits avec quatre capsules surrénales de cobayes, broyées dans 4 centimètres cubes d'eau pure. L'extrait filtré au papier a déterminé une amélioration considérable des symptômes. L'un des cobayes avait eu des convulsions et était agonisant au moment de l'injection.

Au cours de nos recherches, nous avons constaté la diminution progressive, puis la suppression des secousses convulsives qui se produisent quelquefois, comme nous l'avons dit plus haut, chez les animaux opérés, à la suite de deux injections, de 5 centimètres cube chaque, d'extrait capsulaire, comme le montre le tracé ci-dessus (p. 171).

Conclusions

Dans un travail récent fait au laboratoire de M. A. Mosso, M. Albanese a confirmé les résultats que nous avons obtenus sur les grenouilles, et a observé des faits nouveaux en ce qui concerne la résistance à la fatigue des animaux privés de capsules. Il conclut que les capsules surrénales sont destinées à détruire ou du moins à transformer les substances toxiques qui, par l'effet du travail des muscles et du système nerveux, se produisent dans l'org'anisme. Déjà, dans notre précédent mémoire, sans être aussi affirmatifs, nous avions conclu dans le même sens.

Ce qui ressort de toutes nos recherches sur les grenouilles et les cobayes, c'est que, comme l'a dit formellement M. Buown-Séquard, en 1856, les capsules surrénales sont des organes essentiels à la vie; leur très grande importance fonctionnelle se déduit naturellement des effets qui suivent leur destruction totale et même partielle. Les troubles profonds de la nutrition, l'amaigrissement extrême que nous avons observés sur les cobayes qui avaient subi la destruction partielle des deux capsules montrent bien qu'une lésion, même partielle, de ces organes peut entraîner des conséquences graves. D'autre part, la toxicité du sang des cobayes privés des capsules indique qu'il s'accumule dans l'organisme une ou plusieurs substances toxiques de nature encore inconnue à la suite de la suppression de la fonction surrénale.

Ces substances nous ont paru agir tout spécialement sur les terminaisons des nerfs moteurs dans les muscles.

On peut expliquer la mort des animaux par une autointoxication, une sorte de curarisation déterminant une paralysie progressive et rapide.

L'injection d'extrait aqueux semble bien agir d'une façon favorable pour modifier et atténuer les symptômes morbides.

m J.-E. AHELOUS ET P. LANGLOIS.

Nous conchirons donc :

Les capsules surrénales sont des glandes vasculaires sanguines dont l'impoi lance fonctionnelle est manifeste; ce sont des organes chargés d'élaborer des substances qui peuvent modifier, neutraliser ou détruire des poisons fabriqués sans doute au cours du travail musculaire et qui s'accumulent dans l'organisme après la destruction des glandes surrénales'.

1. Depuis la rédaction de cet article, nous avons communiqué à la Société de Biologie (4 juin 1802J une note sur Taction toxique exercée chez les grenouilles réceiunient privées de capsules, par l'extrait alcoolique de muscles de grenouilles mortes à la suite de la destruction de ces organes ou de grenouilles tétanisées jusqu'à épuisement. Dans un prochain mémoire nous donnerons le ri'sultat de ces recherches encore inconiplrtes.

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