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Comptes rendus de l'Académie des Sczencej, juillet

Il résulte de cet ensemble d'expériences que l'on n'a aucune donnée précise relativement à l'influence des injections d'eau sur la sécrétion rénale.

En résumé, les seuls faits bien établis expérimentalement sont les suivants : l'urée (Ségalas), le chlorure de sodium (Wôhler) et la glycérine (Ustimowitch) sont diurétiques et passent dans l'urine *.

Procédé expérimental.

Nous dirons d'abord, en quelques mots, quels sont les procédés que nous avons mis en usage dans les expériences que nous rapportons.

Pour apprécier exactement les variations quantitatives de l'urine, il est indispensable de la recueillir au moment où elle s'écoule de chaque uretère. Le catéthérisme vésical est un procédé défectueux qui ne permet pas de saisir le moment précis 011 l'urine varie dans sa quantité. Au contraire, lorsqu'une canule est introduite dans l'uretère, on apprécie, à une seconde près, le moment où les gouttes s'écoulent en plus ou moins grande quantité. Aussi, dans toutes nos expériences, avons-nous cru nécessaire de placer une canule dans chaque uretère.

L'animal étant préalablement, soit anesthésié à l'aide du chloral seul, ou mieux encore, à l'aide d'unmélange de chloral et de morphine, soit immobilisé par le curare, on procède à l'ouverture de l'abdomen et à la recherche des uretères. L'opération peut se faire très vite et très facilement : on pra-

1. On trouvera l'exposé des théories actuelles relatives à la polyurie dans les thèses d'agrégation do M. Lancereaux : De la Polyurie, 1860; et Laure : De la Médication diurétique, 1878; et dans le travail de M. Mairf.t [Montpellier médical, 1879, p. 950).

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tique une incision longitudinale de dix centimètres environ sur la paroi abdominale, immédiatement en avant des muscles vertébraux entre la dernière côte et Tos iliaque. Pour empêcher les hémorragies qui surviendraient à la suite de Fincision des muscles abdominaux, il est bon de ne couper que la peau avec le bistouri, et de procéder ensuite par dilacération. On arrive ainsi, presque sans écoulement de sang, jusqu'au péritoine. Le péritoine étant incisé, on écarte l'intestin et les replis mésentériques, de manière à avoir sous les yeux le péritoine pariétal prévertébral. Il est rare qu'on ne puisse pas alors apercevoir un cordon résistant, blanchâtre, qui fait presque saillie sous le péritoine. C'est l'uretère, qu'il suffit alors de soulever sur une aiguille courbe. La recherche de l'uretère devient très facile lorsqu'on a bien présents à l'esprit son aspect et sa couleur dans le tissu cellulaire souspéritonéai. Néanmoins, ce n'est qu'après un grand nombre d'expériences que nous avons pu pratiquer rapidement et sans tâtonnements son isolement. On reconnaît qu'on a bien réellement l'uretère sur l'instrument, à la résistance élastique de ce cordon, et surtout à ce qu'il se laisse étirer et séparer facilement des parties voisines, sans entraîner avec lui des lambeaux de tissu, comme il arrive pour les artères ou les nerfs que l'on aurait saisis par erreur. Il faut alors l'attirer au dehors. Si l'uretère est volumineux, on peut le sectionner à la partie moyenne, et introduire dans sa lumière une canule d'argent. Si, au contraire, il est de petite dimension, il est bon, avant de le sectionner, de ne faire avec les ciseaux qu'une boutonnière latérale par laquelle on introduira plus facilement la canule. Cela fait, on dénude avec soin l'uretère, et on le lie sur la canule qu'il faut enfoncer jusqu'au bassinet.

Tout étant ainsi disposé à droite et à gauche, on fait la suture des parois abdominales, et au moyen d'un système de tubes élastiques et d'un tube de verre en T, on recueille la totalité du liquide qui s'écoule parles deux uretères. De cette

manière, chaque goutte que fournit l'un des deux uretères détermine la chute d'une goutte d'urine par la branche descendante du tube en T.

Si on veut, dès le début de Texpérience, connaître la quantité d'urine excrétée, il faut avoir soin d'amorcer le système de tubes que l'on adapte aux canules urétérines. Si l'on ne prend pas cette précaution, il faut un temps relativement très long pour qu'il se remplisse, et qu'on ait un écoulement de liquide tombant goutte à goutte. Il est vrai que, si les tubes ont été amorcés, ce n'est pas de l'urine, mais de l'eau qui s'écoule au début ; mais peu importe au point de vue de l'appréciation de la polyurie, car cet écoulement d'eau répond exactement à la quantité d'urine sécrétée. D'ailleurs, au bout d'un quart d'heure environ, il n'y a plus que de l'urine dans les tubes.

On peut se demander si l'opération ne modifie pas les conditions normales de la fonction rénale. Nous avons vu constamment que l'incision du péritoine ou peut-être la ligature des uretères sur la canule, l'exposition de l'intestin à l'air, etc., en un mot, le traumatisme opératoire, ralentissait momentanément ou supprimait même l'écoulement de l'urine. Il s'agit là probablement d'une action réflexe.

On peut facilement compter le nombre de gouttes qui s'écoulent en une minute ou même en une demi-minute. La sensibilité de ce procédé est telle qu'après l'injection de sucre on peut déjà noter un commencement de polyurie au bout de 3o à 40 secondes.

D'ailleurs, en recueillant l'urine ainsi écoulée pendant des intervalles de temps égaux , toutes les dix minutes, par exemple, on peut apprécier très exactement les variations quantitatives de l'urine. On peut ainsi recueillir des quantités suffisantes pour connaître les variations de la quantité d'urée toutes les dix minutes.

Pour ce qui concerne les modifications qualitatives de l'urine, en la faisant tomber dans des réactifs convenables.

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on voit, par le changement de coloration caractéristique ou par la formation d'un précipité, le moment de l'élimination de la substance expérimentée. Il est vrai que ce moment est un peu retardé par suite du temps nécessaire au liquide pour cheminer à travers le système de tubes. Il suit de là qu'il faut les prendre aussi courts et aussi étroits que possible.

Effets des injections d'eau.

Lorsqu on a placé les deux canules dans les uretères, on n'observe pas, tout d'abord, d'écoulement d'urine. En effet, il semble que l'opération, ou la ligature de l'uretère sur la canule, arrête momentanément la fonction du rein ; de sorte qu'au début de l'expérience, il ne s'écoule presque pas d'urine. Claude Bernard rapporte des faits analogues ^ relativement à la sécrétion du rein. D'ailleurs, nous n'insisterons pas sur ce phénomène ; car il s'agit là, très probablement, d'une de ces influences nerveuses dites d'arrêt, que nous n'avons pas l'intention d'étudier.

Lorsqu'on a attendu quelque temps, de manière à laisser la sécrétion se rétablir, on voit l'écoulement d'urine redevenir régulier ; toutefois les gouttes d'urine ne s'écoulent pas à des intervalles égaux. Il semble que, sous l'influence d'une inspiration plus profonde ou d'une contraction des voies excrétoires, ou peut-être encore d'une oscillation brusque de la pression artérielle, l'urine s'écoule par saccades, donnant plusieurs gouttes en quelques secondes, pour rester ensuite longtemps stationnaire. Cependant, en se plaçant dans les

1. Claude Bernard, Leçons sur les liquides de Vorganisme, t. II, p. 162. « Chez un lapiu, la mise à nu du rein gauche, au moyen d'une incision dans la région lombaire, comme pour la néphrotomie, avait arrêté momentanément la sécrétion urinaire. »

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conditions normales, le nombre de gouttes qui s'écoulent par minute est, en somme, assez fixe. Chez les gros chiens, ce nombre est de trois à cinq par minute, chez les petits chiens, de deux à trois par minute. On peut donc, d'une manière générale, admettre le nombre de trois par minute comme exprimant la moyenne des gouttes d'urine excrétées par un chien dans les conditions normales de l'expérience, pendant une minute .

Or, si on injecte de petites quantités d'eau tiède, on ne constate pas d'abord de changement dans la sécrétion ; mais si l'on en injecte de grandes quantités, la sécrétion diminue beaucoup et finit par se tarir complètement.

Dans une expérience, nous avons injecté d'abord une petite quantité d'eau, puis des quantités croissantes. A aucun moment de l'expérience il ne s'est produit de diurèse ; bien plus, la sécrétion a fini par se tarir complètement, au point que nous n'étions pas assurés d'avoir bien adapté les canules aux uretères. L'autopsie nous démontra qu'il n'en était rien.

Il résulte de cette première expérience, d'abord, que l'eau, considérée comme dissolvant, pourvu qu'elle soit injectée en petite quantité (au-dessous de 40 " environ) chez un chien, n'exerce aucune action sur la sécrétion de l'urine. Puisqu'en injectant 20"" d'eau dans les veines, nous n'obtenons aucun effet appréciable, les effets que nous obtiendrons en injectant 20''' d'eau sucrée seront évidemment dus au sucre et non à l'eau injectée.

D'ailleurs, au lieu d'injecter primitivement de l'eau, on peut, au préalable, rendre un chien polyurique, et alors injecter de l'eau dans ses veines et observer les effets de cette opération.

Ainsi (Exp. IX), tandis que l'injection de 40'^" d'une solution sucrée fit uriner à un chien 32'' en dix minutes, l'injection de 80'' d'eau distillée ne lui fit uriner que 9'%5 dans le même temps. Le rapport de la puissance diurétique de l'eau sucrée par rapport à l'eau a donc été comme 7 à 1. Sur

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le même chien, l'injection de 260"" d'urine fit écouler 40"" de liquide en dix minutes, tandis que l'injection de 25"" d'une solution de chlorure de sodium lui fit excréter 51"" d'urine en dix minutes.

Le résultat est donc bien net : l'injection d'eau ne provoque pas de sécrétion plus abondante.

D'ailleurs, d'autres expériences vont nous donner le même résultat.

On voit, dans l'expérience I, la polyurie provoquée par 30"" d'une solution de sucre de canne (soit 22°'", 5 de sucre) et qui s'était élevée à 54"", 5 en trente minutes (soit 1"",8 par minute), tomber, après une injection de 30"" d'eau, au chiffre de 18"" en trente minutes (soit 0""6 par minute). Et plus loin, dans la même expérience, on voit encore la quantité d'urine qui, chez l'animal, alors fatigué par une expérience qui se prolongeait depuis 7 heures et demie déjà, avait atteint 50"" en trente minutes à la suite d'une injection de 100"" de la solution sucrée (soit 75 grammes de sucre) descendre brusquement, à la suite d'une injection de 150"" d'eau, à 44"",5 en trente minutes (soit 0"",o au lieu de 1""06 que l'on recueillait auparavant par minute), c'est-à-dire diminuer d'un tiers.

L'injection faite à un autre chien (Exp. II), de 20"" d'une solution sucrée donna 1"",02 d'urine par minute, alors que l'injection de 90"" d'eau provoqua seulement l'urination de 0,06"" par minute.

Si on commence l'expérience par l'injection d'eau, la sécrétion est tout à fait nulle, ou peu s'en faut. Un chien (Expérience XI) reçut dans ses veines 200"" d'eau distillée tiède : en trois heures il ne sécréta que 14"" d'urine ; cependant, dans les quinze minutes qui avaient précédé l'injection, il avait sécrété 15"" d'urine. Plus tard, sous l'influence du chlorure de sodium et du sucre, on lui fit sécréter 5*^", 8 par minute, c'est-à-dire, en 2 minutes et demie, autant de liquide qu'en 3 heures.

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