TOME II
d'urée contenue dans un litre de sang. Mais, si, brusquement, par suite de causes étrangères, telles que la g-lycémie expérimentale, par exemple, l'urine devient très aqueuse, c'est-àdire moins riche en urée par unité de volume, alors le sang tendra lui aussi à devenir finalement moins riche en urée par unité de volume, et une plus grande quantité d'urée sera éliminée par l'urine devenue très aqueuse et très abondante. C'est ainsi que la dilution plus grande de l'urée dans l'urine suit la dilution plus grande de l'urée dans le sang. C'est ainsi que la polyurie entraîne l'azoturie.
Peut-être sera-t-il permis d'appliquer au fonctionnement normal du rein les données relatives à la polyurie.
Nous avons vu que les sucres et les sels entraînent par leur élimination une certaine quantité d'eau, tandis que l'eau pure ne peut être éliminée. On peut alors se demander si, à l'état normal, l'élimination de l'eau de l'urine n'est pas due à la filtration des sels. Il en est probablement ainsi à l'état normal, et la densité de l'urine ne tombe guère au-dessous de iOlO; de telle sorte que, de même qu'on admet un minimum de pression nécessaire pour la sécrétion urinaire, de môme il semble exister un minimum de densité de l'urine.
Ces considérations ne sauraient s'appliquer à l'état pathologique. On a constaté, dans certains cas de diabète insipide, des densités de 1007, 1005 et même 1002. Mais ici l'innervation de la glande et la pression du sang sont sans doute profondément modifiées.
En résumé, le rein doit être considéré comme le régulateur de la concentration du sang. Par conséquent la polyurie résulte de la concentration trop grande d'une substance dialysable dans le sang, réserve faite des conditions de pression et d'innervation.
POLYUHIE EXPÉRIMENTALE. 211
EXPERIENCES
Expérience I. — l^'^ juillet 1879.
Chien narcotisé avec le chloral et la morphine. Avant l'expéi'ience, l'urine ne contient pas de sucre ; elle est limpide. Urée, 19 grammes par litre.
Urée en 24 h.
par lit. et par kil.
totale. par minute, h. m. h. m. Urine en ce. gr. gr.
De 10,00 à 11,30 19,0 soit 0",2 parmin. 21,0 0,33
Injection de 10'^'= d'une solu-
— 1,00 à 1,30 17,0-0,56 ; tion tenant , ^^ ' ' ' 7o0gr de sucre ' '
de canne par
litre,
t Injection de ]
— 1,30 à 2,00 54,5— 1,8 — < 20e=delasolu- 6,3 0,85
' tion. ]
— 2,00 à 2.30 18,0- 0,6 - j soïrïeau.""^' 1 ^'^ 0,30
i Injection de ] .iO«delasplu- 4,6 0,97
\ tion sucrée. ;
[ Injection de i -^ 4,00 à 4,30 130,0— 4,3 — j 50"delasolu- 2,5 0,78
( tion sucrée.
/ Injection de i
— 5,30 à 6,00 50,0— 1 ,06 — loo- de laso- C 2,5 0,12
( lution sucrée. J
Î Injection de 100- de la so- V lution sucrée.
Le pouls est très faible, intermittent; l'animal meurt.
Expérience II. — 2i juillet 1879.
Chien de 6 kilogrammes, narcotisé par 2g'",2o de chloral et 0S'",02 de morphine.
Dans l'urine qui s'e'coule avant l'injection, il n'y a pas de sucre; on recueille en deux heures 3" d'urine.
h. m. h. m. Uriueencc. Urée par litre.
De 10,00 à 12,00 :i,0 soit 0",04parmin. 22",00
/ Injection à,
m ,00 12h,30 de ôs"- de
— 12,00 à 1,00 i:(,0 — 0 ,22 Avant l'injection : gouttes par minute
h. m. h.in.
Urine eu ce.
sucre interverti.
^ Minute de l'in- ( jection.
0 minutes après.
0 minutes après.
Urde par litre.
Injection de ISg"" de sucre interverti
De 1,30 à 2,00 27,0 soit 0'%9 par min. 4^%24
Injection de 18^'"" de sucre interverti.
POLYURIE EXPÉRIMENTALE. 213
h. m. h. m. Urine en ce. Urée par litre
De 2,30 à 3,00 14,0 — 0 ,47 par min. 3 ,18
Injection de 90" d'eau tiède.
Injection de 44^"^ de sucre interverti dissous dans 132" d'eau.
A 5 heures, l'animal meurt.
Expérience III. — 17 novembre 1879.
Chien de 7 kilogrammes, narcotisé par la morphine et l'éther.
Aucun écoulement d'urine;
Écoulement de quelques gouttes d'urine;
Injection de 10" de la solution de sucre de canne (750^'" par litre); l'urine coule tout de suite en abondance ;-
12 gouttes d'urine par minute;
Injection de 20" de la solution;
34 gouttes;
17 — injection de 40" de la solution;
Les gouttes sont innombrables; mais l'écoulement diminue rapidement;
Injection de 150" de la solution;
— loO —
A ce moment, l'animal respire très lentement, les battements du cœur sont réguliers; cependant il y a un état d'adynamie et de refroidissement considérable (à 4 h. 30, la température était de 35°, 7; à 6 h. 12, elle était de 34°, 2; à 6 h. 20, de 34%1); les réflexes oculaires sont presque nuls. Quoique la dernière injection de morphine ait été faite à
3 heures, l'animal semble plus profondément narcotisé à 6 heures qu'à
4 heures, c'est-à-dire trois heures après l'injection.
De 3,30
De 5,30
Un léger choc sur le museau ne produit pas d'effet appréciable ; mais, en répétant plusieurs fois de suite et rapidement cette excitation, on provoque une attaque convulsive généralisée; en recommençant cette expérience 3 minutes après, on provoque une nouvelle attaque convulsive, mais très légère et ébauchée, comme si le système nerveux avait été épuisé par l'attaque précédente.
A 6 h. 3o, la respiration cesse presque tout à fait; le cœur bat très faiblement, et l'animal meurt à 6 h. 43.
En résumé, il y a eu injection de 900" de la solution; pendant la dernière demi-heure, on a noté un écoulement abondant de liquide par la plaie; le ventre était gonflé; il y avait aussi de la tympanite et de l'ascite, la vessie était remplie d'urine. Il est encore à noter que l'urine qui s'était écoulée par les deux uretères a toujours été limpide et non sanguinolente.
En ouvrant l'intestin, on y trouve une grande quantité de liquide presque aqueux, incolore le soir à la lumière, mais jaunâtre le lendemain matin, au jour; contenant à peine quelques mucosités. Les intestins étaient blancs, comme lavés.
Le lendemain matin, on recueille dans l'estomac environ 120'"' d'un liquide jaunâtre, faiblement acide, mélangé à très peu de débris alimentaires. Les reins sont pâles, comme lavés, infiltrés d'une petite quantité de liquide. Le péricarde contient environ 10" de sérosité. Dans le cœur, quelques caillots agoniques. Au bord adhérent de la valve antérieure de la valvule mitrale est une ecchymose sous-endocardique. Les poumons, et surtout le foie, sont très congestionnés.
Expérience IV. — 19 novembre 1879.
Chien jeune, pesant 20 kilogrammes, narcotisé par le chloral et la morphine.
Après avoir pratiqué l'opération ordinaire relative à la recherche des uretères et l'adaptation d'une canule dans chacun d'eux, une autre incision est faite dans la paroi abdominale. L'intestin étant attiré au dehors et ouvert, un tube est adapté à chacun des bouts ainsi obtenus.
h. m. h. m. ( Le bout supérieur laisse écouler quelques gouttes
A 4,25 I d'un liquide sanguinolent.
— 4,35 Injection de 50" d'eau.
— 5,00 — 50 — De 5,05 à 5,20 — 550 —
A ce moment, l'urine est sanguinolente, et s'écoule très lentement.
POLYURIE EXPÉRIMENTALE. 215
h. m. h. m. [ Injection de 2i6" de la solution sucrée (ToOsi- de sucre de canne par litre); on constate qu'une minute après
De o,2o à 0,40 ^ l'injection., l'urine se met aussitôt à couler avec abondance, d'abord un peu sanguinolente, puis très transparente.
Il se fait un écoulement abondant de liquide par les tubes intestinaux, qui, jusque-là, n'avaient fourni que
A 0,35 (^ quelques gouttes de sang mélangé a un peu de mu-
cus. Le liquide qui s'écoule alors est transparent, filant. (10 gouttes par minute par le bout supérieur).
— 5,40 L'écoulement devient de plus en plus marqué.
— S, 43 On injecte 13o" de la solution sucrée.
n >• rn ' /^ .rt ( La sécrétion intestinale augmente encore. A ce moue itjoO a 6,10 < ,, • , -r, • • • 1. , ,
( ment, 1 anmial est sacrifié par une injection d alcool.
L'autopsie, faite le 20 novembi-o, montre que les intestins sont décolorés. L'estomac ne renferme pas de liquide. La plèvre et le péricarde n'en renferment pas non plus. Le foie et les reins sont congestionnés et volumineux. Le cœur est aussi volumineux.
Expérience V. — 21 novembre 1879. — Résumé.
Chien vieux et vigoureux, narcotisé parle chloral et la morphine.
Après avoir adapté des canules aux uretères, on fait une incision dans la portion duodénale de l'intestin et on injecte dans le bout stomacal 600" d'une solution contenant 2 kilogrammes de sucre par litre.
De 2 h. 50 à 3 h. 13, il s'écoule à peine quelques gouttes d'urine. A 3 h. 15, nouvelle injection, dans l'intestin, de 350 grammes de la solution; il s'écoule 30" d'urine de 3 h. 15 à 4 h. 50, soit 0,3 par minute; à 4 h. 50, on injecte dans la veine 100" de la solution; l'urine coule aussitôt en très grande abondance (36 gouttes par minute).
On constate en faisant l'autopsie que, sur les 950*"= de solution sucrée qui ont été injectés, il n'y en a guère eu que 30 d'absorbés.
Expérience VI. — 7 janvier 1880.
Chien épagneul de 13 kilogrammes, narcotisé par 4 grammes de chloral et 0s'',05 de morphine.
Les muscles sont sensibles à 11,5 de la bobine d'induction. La température rectale est de 37°, 5. Le cœur bat de 60 à 70 par minute.
A 2 h. 15 min. Injection de 5" de glycérine mélangée à 5" d'eau. On n'observe aucun eifet appréciable.
Ue 2,16 à 2, 2
216 R. MOrTAHD-MARTIN ET CH. RICHET.
A 2 b. 15 min. Injection de Q" de glycérine, comme précédenimenl; l'animal fait des mouvements d'extension, l'agitation est très vive; pulsations, 220; l'urine coule abondamment (32 gouttes par minute),
9" d'urine, soit 1",3 par minute; la pi'emière urine écoulée était rouge, sanguinolente; peu à peu elle devient d'un jaune rougeâtre et de plus en plus transparente.
— 2,22 à 2,24 13" d'urine, soit l'%l par minute.
. ^„ l Le cœur bat moins tumultueusement (104 pulsations);
'' ( température rectale, 370. ^ ^e moment (2^,34) :
Gouttes par minute.
i^" minute : o
2*^ — '6 Injection de 19" de glycérine.
Après l'injection, pulsations du cœur: 160. On observe des mouvements de contracture, des phénomènes d'extension des membres et des cris.
De 2,34 à 2,42 Urine, 23", soit 2",9 par minute.
La sensibilité musculaire est de l.'i,,"); la température de 37°, 4 : les pulsations de 104, 2,50 (iouttes par minute : 24
( Injection de 12" de
( glycérine.
23 Id.
/ R y a alors de la dys- 60 I pnée et des mouvements
( d'extension.
De 2,50 à 3,00 Urine 30", soit 3" par minute. — 3,00 à 3,10 — 36 — 3,6 —
Injection de 13" de glycérine.
Avant l'injection, 53 gouttes; après l'injection, 3 gouttes.
POLYIJRIE EXPÉRIMENTALE. 217
Injection de 26" de glycérine ; la sensibilité musculaire est de lo, mais elle est difficile à apprécier par suite des contractions fîbrillaires qu'on observe dans tous les muscles. L'animal paraît tranquille, mais, en frappant De 3,20 à 3,30 ( la table à plusieurs reprises, on provoque une crise d'épilepsie terrible. Au bout d'une minute et demie environ, l'accès cesse, l'iris est dilaté, il y a perte de connaissance. En 10 minutes, urine, 90'", soit 9" par ' minute.
i Injection de 39"" de glycérine; le cœur s'arrête; il y De 3,30 à 3,40 < a un accès tétanique, avec une contracture généralisée. ( On a recueilli 20", soit 2" par minute,
A l'autopsie, on constate que le foie est extrêmement congestionné ; l'intestin est aussi très congestionné, mais ne contient pas de liquide ; le sciatique reste sensible à l'électricité et fait contracter les muscles ; la sensibilité musculaire est ésrale à 15 au moment de la mort.