I II III
Avant rinjecliou (moyenne). , . . 0,42 0,45 0,22
Après injection de sucre (moyenne). 1,74 0,81 0,90
Après la première injection. . . . 0,03 0,63 0,68
Après la deuxième injection. . . . 1,06 0,85 0,47
Après la troisième injection. . . . 2,4."> 0,07 0,9.")
Après la quatrième injection. . . . 2,14 0,78 0,20
Après la cinquième injection. . . . 2,40 » 1,20
Ainsi la quantité totale d'urée excrétée augmente en même temps que l'eau éliminée par le rein avec le sucre. Ce fait démontre que la glycosurie, l'azoturie et la polyurie sont trois phénomènes simultanés dépendant tous les trois d'une même condition physiologique, à savoir la glycémie.
Pour le sucre comme pour les autres substances (ainsi que nous le verrons plus loin), le moment de la polyurie coïncide avec celui de l'élimination par le rein.
Lorsque l'expérience a duré longtemps, et que la quantité d'urine excrétée a été considérable, les nouvelles injections de sucre ne déterminent plus qu'une polyurie très passagère, et la sécrétion diminue promptement.
Ainsi la sécrétion urinaire qui, à la suite d^ injections successives de quantités variables d'une solution sucrée, avait atteint à différents instants, et par minute, 0,56 | 1,8 | 4,43 I 3 I 4,3, tomba, une demi-heure après la sixième injection, à 0,6 par minute.
Par conséquent, la déshydratation du sang atteint bientôt certaines limites qu'elle ne peut plus dépasser, et l'introduction de nouvelles quantités de sucre demeure alors sans action.
Toutefois, au début des expériences, l'écoulement est assez régulier et persiste assez longtemps pour permettre d'entreprendre avec avantage des recherches sur les modifications quelconques de la fonction du rein. Si l'on injecte dans le sang une autre substance, l'écoulement de l'urine, plus ra-
POLYLIRIE EXPERIMENTALE. 199
pide qu'à l'état normal, peut être diminué ou accru. L'expérimentateur verra plus vite et plus nettement cette diminution ou cet accroissement se produire s'il a au préalable injecté un peu de sucre, et provoqué de la sorte une légère polyurie. Nous avons souvent dû employer cet artifice pour constater facilement que Teau arrête la sécrétion, ou que la glycérine l'augmente. Cette polyurie préalable ne doit être considérée que comme un moyen d'investigation plus commode, ne modifiant qu'à peine les conditions physiologiques de l'organisme. Peut-être même y aurait-il intérêt à étudier par cette méthode l'influence des nerfs sur la sécrétion de l'urine.
Un point important que nous n'avons pas abordé, c'est l'influence que cette polyurie provoquée doit exercer sur l'élimination plus rapide des poisons par l'urine.
Les diff"érents sucres : sucre de canne, sucre de canne interverti, glycose, lactose, sont à peu près également tous diurétiques. La dextrine est peut-être moins diurétique que les sucres proprement dits (Exp. XVj; cependant son action est analogue; la sécrétion qui était nulle avant l'injection s'éleva à 1,66 après l'injection de 18 grammes d'une solution de dextrine. L'urine contenait de la dextrine, reconnaissable au précipité abondant formé par l'addition d'alcool à l'urine, précipité facilement redissous dans un excès d'eau.
Tels sont les principaux résultats des injections de sucre au point de vue de la fonction rénale. Il y a encore d'autres effets portant sur les diverses fonctions de l'organisme, qui sont intéressants à étudier, d'autant plus que l'attention des expérimentateurs ne s'est pas arrêtée sur cette question.
Si l'injection est faite trop rapidement, la mort peut sur-» venir, comme nous l'avons vu dans un cas, dès le début de l'expérience. Probablement c'est un arrêt du cœur par suite de la substitution d'un liquide presque inerte au sang oxygéné.
Mais si l'on procède avec une lenteur suffisante, on n'observe d'abord aucun accident. A mesure que la quantité de sucre injecté dans le sang est plus grande, on voit la sensibilité de l'animal diminuer. Dans nos expériences, qui se prolongeaient souvent pendant sept heures, la narcotisation de l'animal n'était nécessaire qu'au début (Exp. III). Le chloral et la morphinesemblaientcontinuerindéfinimentleurs effets. En réalité, l'immobilité et l'insensibilité toujours croissantes de l'animal ne peuvent s'expliquer que si l'on admet une certaine influence du sang sucré sur le système nerveux central. La pression artérielle baisse, et, au lieu de se défendre, l'animal reste immobile, plongé dans une sorte de coma.
Ainsi, dans cette même expérience, le chien, ayant reçu à heures la dernière injection sous-cutanée de chlorhydrate de morphine nécesaire pour produire la narcotisation, semblait plus narcotisé à 6 heures qu'à 4 heures, après injection de 900 " d'une solution concentrée de sucre de canne.
Quoique l'insensibilité fût complète à ce point que les réflexes oculaires étaient nuls, nous avons pu, par l'excitation tactile du museau répétée plusieurs fois, provoquer une attaque convulsive épileptiforme. Sur d'autres chiens nous avons obtenu des contractures. Ces phénomènes, joints à l'abaissement de température, à l'adynamie générale et à l'impuissance musculaire, établissent nne certaine analogie entre les effets secondaires des hémorragies abondantes et les effets des injections de quantités considérables de sucre. En injectant de grandes quantités de lait, nous avions déjà observé des symptômes très analogues.
La sécrétion biliaire et la sécrétion salivairene paraissent pas sensiblement modifiées ; nous n'avons pas constaté d'augmentation de ces liquides; tout au contraire, il y a eu un accroissement notable de la sécrétion intestinale : cette production exagérée se traduit par une diarrhée abondante, et, à l'autopsie des animaux, nous avons pu recueillir dans l'intestin une quantité considérable de liquide contenant toujours
POLYLRIE EXPERIMENTALE. , 201
du sucre en grande proportion. Nous avons même tenté l'expérience de façon à recueillir, par une fistule intestinale, le liquide sucré excrété par l'intestin (Exp. IV). Nous avons va un liquide visqueux, transparent et très abondant s'écouler par les tubes placés dans les deux bouts de l'anse intestinale. Avant que l'injection sucrée ne fût faite dans la veine, c'est à peine si l'on voyait quelques gouttes de mucus. Cependant il se produisait un tympanisrae facilement appréciable et un épanchement asci tique fut constaté à l'autopsie.
Lorsque la solution est concentrée, le passage de l'intestin au système circulatoire est rendu très difficile. Ainsi (Exp. Y),'après avoir injecté directement dans le duodénum et l'estomac 1 900 grammes de sucre dissous dans la moitié de son poids d'eau, c'est à peine si nous pûmes constater au bout de deux heures de la polyurie. Quant au volume du liquide contenu dans l'estomac et le duodénum, il était resté à peu près le même au bout de deux heures.
Ces deux faits rapprochés l'un de l'autre paraissent montrer une différence entre l'osmose qui se fait du système circulatoire à l'intestin et l'osmose qui se fait de l'intestin au système circulatoire. Quoi qu'il en soit, il est certain que, si le sang est chargé de sucre, ce sucre tend à exsuder par les parois de l'intestin, de même que, chez les urémiques, l'urée s'élimine par la muqueuse gastro-intestinale. On ne peut attribuer cette influence à l'eau injectée en même temps que le sucre : c'est le sucre qui est en cause; en effet, après l'injection d'eau, nulle sécrétion intestinale (ou péritonéale) ne se produit. Quant à la dextrine, elle agit comme le sucre, et passe dans l'intestin et dans l'estomac (Exp. Yll).
Le liquide intestinal recueilli dans ces conditions est légèrement coloré en jaune et ne précipite que très faiblement par l'acide nitrique : il ne contient donc que peu de bile et peu d'albumine ; en revanche, il renferme beaucoup de sucre.
L'autopsie des animaux morts à la suite d'injection de
quantités énormes de sucre ne donne que peu de renseignements : les reins sont volumineux, mais pâles et comme lavés; le foie et les poumons sont congestionnés; le sang-, quelle que soit la quantité de sucre qu'il contient, est coagulable. Une altération presque constante, c'est la présence dans les ventricules, sous l'endocarde, d'ecchymoses puncliformes qui semblent se localiser de préférence au niveau de l'insertion des muscles papillaires du cœur gauche.
En résumé, nous avons constaté les faits suivants :
r L'injection de sucre à dose faible (1 gramme par kilogramme de l'animal) provoque une polyurie manifeste en même temps que la glycosurie ;
2" L'urine n'est ni sanguinolente, ni albumineuse ;
3" Elle contient moins d'urée par litre, mais, la quantité d'urine éliminée étant plus considérable, il y a en somme une élimination d'urée supérieure à la normale.
4° A dose forte de sucre, la polyurie devient très intense;
5° Le sucre et la dextrine s'éliminent en partie par l'intestin, et l'animal meurt avec des phénomènes d'anémie bulbaire.
Injections de gomme.
Les gommes, qui, par leur composition chimique, se rapprochent du sucre, ont cependant une action physiologique tout à fait dillerente. En ellet, si on injecte dans la veine une solution concentrée de gomme, la sécrétion urinaire diminue d'abord, puis se tarit. Dans une petite quantité d'urine sécrétée pendant la première période, on peut, par l'alcool, déceler des traces de gomme. Sur un chien rendu polyuriquc par des injections de sucre, on arrête la polyurie par des in-
POLYURIE EXPÉRIMENTALE. 2(Ki
jections de gomme. Il y a donc antagonisme entre ces deux substances ; et cette différence tient à ce que la gomme ne peut pas filtrer à travers le rein, au lieu que le sucre passe avec une extrême facilité. Il est intéressant de constater que la diminution, et même l'arrêt de la sécrétion d'urine, provoqués par la gomme, surviennent malgré une énorme élévation de la pression artérielle ; tandis que la polyurie provoquée par le sucre se produit sans augmentation de pression, et souvent même persiste malgré un abaissement de la pression audessous de la normale.
De même avec le chlorure de sodium (Exp. VIII), il y avait avant l'expérience 3 gouttes par minute et une pression de 14 centimètres de Hg; après l'injection, et alors que la pression était seulement de 8 centimètres deHg, il y eut 40 gouttes par minute.
Effets des injections de différentes substances (glycérine, urée, urine, sels de sodium et de potassium).
Glycérine. — La fonction chimique de la glycérine étant analogue à celle des alcools et des sucres, nous avons voulu expérimenter avec cette substance. Nous avons injecté dans la veine de petites quantités de glycérine, et nous avons vu, comme M. Ustimowitch, qu'il se produit alors une sécrétion urinaire très abondante. L'injection de iV de glycérine fit couler 32 gouttes d'urine par minute (Exp. VI). Avec une dose plus forte, nous eûmes un écoulement plus abondant, allant jusqu'à 6o gouttes et 9"" par minute. Enfin se produisirent les phénomènes décrits par MM. Dujardin-Beaumetz et AuDiGÉ sous le nom de giycérisme aigu. L'urine recueillie, évaporée à presque siccité, et reprise par un mélange d'alcool et d'éther, cède au liquide éthéré une substance qui, après éva-
poiation du dissolvant, se présente sous la forme d'un liquide sirupeux, jaunâtre, sucré, et se dissolvant en toute proportion dans l'eau ou dans l'alcool.
Par conséquent, il y a simultanément polyurie et élimination de la substance injectée.
Urée. — L'urée, comme Ségalas l'avait montré le premier, est diurétique. Nous avons constaté {Exp. XIII), après injection de i.j grammes d'urée, un écoulement d'urine qui de 0''',24 est monté à 1,3, presque six fois la quantité d'urine primitive. L'élimination d'urée en 7 heures a représenté environ le quart de la quantité d'urée injectée.
L'urine, après injection d'une solution d'urée, ne devient ni sanguinolente ni albumineuse, alors que l'injection d'une même quantité d'eau produit aussitôt de l'hématurie.
Nous avons pu souvent constater, comme beaucoup d'auteurs l'ont déjà montré, l'absence d'accidents et de convulsions après les injections d'urée.
Urine. — On peut remplacer la solution d'urée par de l'urine, c'est-à-dire une solution d'urée et de sels assez diluée, et on voit également l'urine couler en très grande abondance (Exp. IX). L'injection de 260 grammes d'urine provoqua de la polyurie (4'"' par minute), alors que l'injection de 216grammes d'eau lit tomber cette polyurie à 2'"',1.
Chlorure de sodium. — Introduite dans le système veineux, cette substance provoque une diurèse abondante. Ainsi, dans un cas (Exp. X), il y eut, après plusieurs injections de ce sel, excrétion de 3"" d'urine par minute, alors que, avant l'expérience, cette quantité n'était que de 0'',1.
Pour voir se manifester un effet diurétique, il suffit d'une très petite quantité : ainsi (Exp. X), à la dose extrêmement
POLYURI|E EXPERIMENTALE. 205
faible de 4 centigrammes par kilo de l'animal, il s'est produit un effet diurétique marqué; et, à la dose de 8 centigrammes, la sécrétion urinaire s'est accrue, au moins pendant quelque temps, dans la proportion de 0,1 à 1,0.
Dans cette expérience, la quantité d'eau nécessaire pour dissoudre le sel était aussi minime que possible, et n'a pu exercer aucune influence; on voit, d'ailleurs, en lisant la suite de cette même expérience, que, en injectant une beaucoup plus forte proportion d'eau chargée d'une quantité double de sel, la diurèse est à peine plus notable qu'auparavant.
Il est donc relativement peu important que le sel injecté soit dissous dans une quantité d'eau considérable ou minime : la diurèse ne semble dépendre que de la quantité de chlorure de sodium injectée. C'est là un phénomène que nous avons également constaté avec les injections de sucre.
En analysant les résultats de cette expérience, on voit que le sucre produit beaucoup plus facilement la diurèse que le chlorure de sodium, et que 1 030 grammes d'eau contenant 15 grammes de chlorure de sodium sont beaucoup moins actifs que 120 grammes d'une solution de sucre concentrée. La diurèse, dans le premier cas, était de 1,4 environ; elle s'est élevée à 9,5, après les injections de sucre. Il est remarquable que, malgré la présence dans le sang d'un excès de chlorure de sodium et de sucre, l'injection d'eau distillée a arrêté subitement la polyurie : en 5 minutes, la sécrétion est tombée de 8,5 à 0,5 par minute.
Dans un autre cas (Exp. VII), nous avons simultanément apprécié, par l'hémodynamomètre, la pression du sang, et, par le procédé déjà indiqué, l'abondance plus ou moins marquée de la diurèse. Avant l'expérience, la pression est de 14 ; et il y a l'"',34 d'urine par minute. Au bout de 40 minutes, la pression est de 8, et il y a 2"%! d'urine par minute.
L'urine, après les injections de sel marin, n'est pas, comme après les injections d'urée et de sucre, limpide et transpa-
20(i R. MOI TARD-MARTIN ET CH. RICHET.
rente : tout au contraire, elle est, comme après les injections d'eau, sanguinolente et par conséquent albumineuse.
Cette albuminurie peut être arrêtée très rapidement par l'injection de sucre, qui augmente la diurèse et rend l'urine incolore et non albumineuse ; après cet arrêt, elle peut être provoquée de nouveau par l'injection de sel.
Y a-t-il une relation entre le moment précis de la diurèse, et l'apparition du diurétique dans l'urine? Il nous avait semblé que, pour le sucre, cette relation existait; mais cette constatation est difficile pour le chlorure de sodium et l'urée, qui sont des éléments normaux de l'urine. Nous avons donc cherché à constater cette coïncidence avec des substances qui passent dans l'urine, et dont la présence, dans ce liquide, est facile à déceler. Nous avons vu, d'une part, que les substances qui passent dans l'urine sont diurétiques, et, de l'autre, que cette diurèse coïncide précisément avec l'élimination de ces substances.
Ferrorijanure de j)otassium. — Ainsi (Exp. IX), on recueillait l'urine dans un récipient contenant une petite quantité de perchlorure de fer, de manière à apprécier le moment exact où le ferrocvanure de potassium apparaîtrait dans le liquide urinaire. Nous l'avons vu apparaître au bout de 6 minutes, et le nombre des gouttes, qui, jusque-là, avait été, par minute, de 4, a, 8, 5, 8, s'est élevé à 13, 8, 16, 11, 12, 13, 24, etc. Par conséquent, le ferrocyanure de potassium a provoqué de la polyurie ; il a été éliminé par l'urine, et, enfin, l'élimination et la polyurie ont coïncidé. Dans l'expérience XII, le résultat a été plus net encore.
Phosphate de soude. — Mêmes résultats avec le phosphate de soude (Exp. XI). Nous avons vu le phosphate de soude apparaître (dans un récipient contenant de l'eau de chaux), au bout de 4 minutes. Le nombre des gouttes, qui avait été de 37, 34, 38, 37 (polyurie provoquée par une injection anté-
POLYURIE EXPÉRIMENTALE. 207
rieure de sucre), s'est élevé après l'injection de phosphate de soude, à 20 ', 35, M , 66, 68, 61 , 62.
lodure de sodium. — Même résultat encore avec l'iodure de sodium. Ainsi (Exp. XII), le nombre de gouttes par minute, étant avant l'expérience de 3,3, fut, après l'injection de 2 grammes d'iodure de sodium, de 1, 7, 14, 13. C'est à ce moment que nous pûmes constater la présence de l'iode par l'amidon et l'acide sulfurique.
Conclusions
Les faits que nous venons d'exposer sont sans doute d'une lecture très aride ; cependant il est possible d'en déduire quelques considérations relatives à la physiologie générale.
Dans toute sécrétion, trois conditions dominent le phénomène :
La pression vasculaire ;
La composition du- sang ;
L'innervation delà glande.
Or, pour la sécrétion rénale, on ne connaît presque pas en quoi consiste l'influence des nerfs glandulaires.
Il a été démontré par Ludv^ig et ses élèves que l'augmentation de la pression augmente la sécrétion de l'urine, et que la diminution de pression la diminue. Ce fait incontestable n'est exact que si la composition du sang demeure identique : en effet, malgré des pressions très basses, on peut obtenir de la polyurie en changeant la composition du sang.
Ce que nous avons cherché à étudier, c'est précisément
1. Il est à remarquer que, dans la iiiinute pendant laquelle on fait une injection intra-veineuse, il y a toujours un certain ralentissement de la sécrétion urinaire. C'est le fait de toutes les excitations sensibles, externes ou internes.
cette influence que les changements de composition du sang exercent sur la fonction du rein. Nous avons ainsi constaté plusieurs faits, dont le principal est le suivant : les sucres, la glycérine, les sels, lorsqu'ils sont en excès dans le sang, augmentent la sécrétion urinaire; au contraire, l'eau arrête la sécrétion.
Cette difl"érence d'action tient probablement à une différence de concentration de substances solides contenues dans le sang. Pour prendre un exemple, si on injecte dans le sang du NaCl, on augmente la teneur du sang en chlorure de sodium; si, au contraire, on injecte de Teau, on diminue la proportion du chlorure de sodium dans le sang. Or le chlorure de sodium ne pourra être éliminé que s'il parvient au chiffre atteint dans le sang normal. On peut donc admettre comme très vraisemblable que, s'il y a diurèse dans le premier cas, celle-ci est due à un excès de j\aCl dans le sang, et que, s'il y a anurie dans le second cas, elle tient à la pauvreté relative du sang en chlorure de sodium. De même, Claude Bernard a montré que la glycose n'était éliminée par le rein que si elle dépassait dans le sang la dose de 3 grammes pour 1000.
Mais cette élimination de sel ne peut se fairetouteseule.il faut que le sel entraîne avec lui une certaine quantité d'eau. Du chlorure de sodium ou du sucre injectés en solution très concentrée ne peuvent être éliminés, par suite des propriétés physiques des membranes, qu'en solution plus ou moins diluée : de là la polyurie.
A posteriori, ces considérations sont confirmées par ces deux faits : 1° toute substance saline ou sucrée introduite dans le sang provoque de la polyurie (à condition que cette substance soit une de celles que le rein peut éliminer) ; 2° cette polyurie coïncide avec le moment de l'élimination.
On voit par là que les diurétiques véritablement physiologiques sont les substances déjà contenues dans l'urine : glycose, urée, phosphates, chlorures. Beaucoup d'autres sub-
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stances qui n'existent pas normalement dans le sang, mais qui sont éliminées par les reins, peuvent être considérées comme diurétiques : glycérine, sucre de canne, ferrocyanure de potassium, etc.
Ainsi, il n'y a élimination de l'eau contenue dans le sang qu'à la faveur des substances qui y sont contenues en même temps qu'elle. Que la proportion de ces substances augmente, et la polyurie apparaîtra.
La polyurie, lorsqu'elle est provoquée par un changement de composition du sang, reconnaît donc pour cause la présence dans le sang de substances que le rein doit éliminer, élimination qui ne peut se faire qu'en entraînant une certaine quantité d'eau.
Que si l'on augmente les matières solides, aussitôt l'excès de celles-ci sera filtré par le rein, comme si la fonction de cet organe était de préserver le sang d'une concentration exagérée. Inversement, si la quantité d'eau augmente dans le sang (ou si les matières solides diminuent, ce qui revient au même), la filtration cesse.
On pourrait par suite envisager le rein comme destiné, non pas tant à éliminer qu'à conserver l'eau du sang; son rôle consisterait à maintenir moins la concentration des matières solides du sang, que leur dilution.
De plus, il y a un équilibre qui tend à s'établir constamment entre le sang et l'urine à travers le parenchyme rénal, de sorte que, si l'urine est très aqueuse, mais très abondante, elle entraînera finalement une plus grande quantité de matières solides que si elle est peu abondante, quoique très concentrée.
Supposons, pour expliquer ceci, que l'urée doive se trouver dans l'urine et dans le sang en quantités proportionnelles constantes, que, par exemple, l'urine contienne normalement 20 grammes d'urée par litre, et le sang 2 grammes. On pourra, par suite de cette relation, connaissant la quantité d'urée contenue dans un litre d'urine, prévoir la quantité