TOME II
identique, à la pepsine des vertébrés supérieurs. Elle présente en effet deux caractères principaux :
r Elle agit à une température de 20" presque aussi énergiquement qu'à 40" ;
2" Elle agit dans des solutions très acides, contenant 10, 15, et même 20 de IICl, mieux que dans des solutions ne contenant que i gramme, l^"" 5, et 2 grammes de HCl.
Le premier fait est bien connu, et je n'ai pas à y insister.
Quant au second fait, il faudrait, pour différencier la pepsine des poissons de la pepsine des mammifères, établir que celle-ci est entravée ou ralentie dans son action quand l'acidité du milieu dépasse 5 ou (5 grammes de HCl par litre.
Si l'acidité de la liqueur digestive atteint ou dépasse 25 grammes de HCl par litre, la digestion, au lieu d'être activée, est ralentie.
- Mais si Ton prend une même quantité de suc gastrique, et qu'on le fasse agir sur l'albumine dans des solutions contenant ^, 3, 4 grammes, etc., jusqu'à 10 grammes de HCl (par litre), on constate que l'activité digestive va en augmentant, à mesure que la quantité d'acide est plus considérable. Souvent des liquides gastriques, acidifiés de manière à ce que la liqueur contînt 4 grammes de HCl, m'ont par« inactifs, alors qu'ils redevenaient très actifs quand l'acidité était de 10 grammes de HCl.
D'ailleurs, il est possible que, selon qu'on fasse des digestions d'albumine ou de fibrine, l'influence de l'acidité soit différente. J'ai cru constater que l'albumine se digère mieux que la fibrine dans des milieux très acides.
La mesure de la puissance digestive de la pepsine des poissons est difficile à donner. Je puis cependant indiquer quelques faits qui vont montrer que la muqueuse stomacale des poissons contient, relativement à son poids, une très grande quantité de ferment actif.
5 grammes de suc gastrique mixte peuvent, dans l'espace de trois ou quatre heures, transformer complètement en pep-
tone G grammes de fibrine. En prenant 1 gramme de muqueuse stomacale, en la broyant avec de l'eau acidifiée, on a un extrait qui peut peptoniser en 3 ou 4 heures 6 grammes de fibrine. Par conséquent, la muqueuse de l'estomac peptonise, durant un très court espace de temps, six fois son poids de fibrine.
Ces actions peuvent s'opérer à des températures basses, à 12" par exemple.
Avec l'albumine, laquelle est si difficilement digérée par les sucs gastriques des mammifères, on obtient aussi de très bons résultats.
Ainsi en seize heures, 1 gramme delà muqueuse gastrique a parfaitement peptonise (à froid) 7 grammes d'albumine crue.
La limite de l'activité digestive n'était pas atteinte; car
I gramme de cette même muqueuse a peptonise presque complètement pendant le même temps 33 grammes d'albumine crue (à l'étuve à 38"j.
Cette muqueuse, desséchée à 40° pendant vingt-quatre heures, perd l'eau dont elle était imprégnée, de sorte que son poids diminue beaucoup, de 80 p. iOO d'après une expérience.
II s'ensuit que 0,2 de cette muqueuse sèche peut dissoudre en seize heures et peptoniser 30 grammes d'albumine environ, soit 1 gramme peut peptoniser 150 grammes d'albumine.
La dessiccation de la muqueuse n'altère pas profondément ses propriétés peptiques. La pulpe stomacale raclée, conservée quelque temps avec un peu d'alcool salicylé, puis desséchée dans Fétuve à 40% a donné une masse solide douée de propriétés très actives encore.
Par rapport au poids de l'animal on peut admettre (ainsi que me l'ont démontré beaucoup d'expériences) que sur un squale pesant 1 kilogramme, la raclure de| l'estomac donne environ 5 grammes de substance peptique. Ces 5 grammes sont capables de faire la digestion de 150 grammes d'albumine. On peut voir par là qu'un Squale d'un kilogramme peut pep-
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toniser en 24 heures 150 grammes d'albumine, soit plus du sixième de son poids.
D'ailleurs, en pareille matière, des chiffres absolus sont difficiles à donner. C'est par des expériences comparatives et multipliées qu'on pourra s'assurer que la muqueuse gastrique d'un Scylliiim ou d'un Galeus contient, proportionnellement à son poids, comme au poids total do l'animal, beaucoup plus de pepsine que la muqueuse gastrique d'un porc ou d'un chien.
Action sur la chitine.
Parmi les substances alimentaires ingérées par les poissons, il faut ranger les crustacés. Or, par le suc gastrique l'enveloppe chitineuse de ces arthropodes est parfaitement digérée. C'est un fait sur lequel MM. Pouchet et Tourxeux ont insisté, et il serait étrange de supposer, comme l'a fait M. Krukenberg ', qu'il s'agit là d'une exception.
Au contraire, c'est le fait normal et régulier, et, quoiqu'il soit difficile de réaliser coite dissolution de la chitine dans des digestions artificielles, il n'en est pas moins vrai que pendant la vie la chitine des crustacés se ramollit et se dissout dans l'estomac des squales.
Ce fait est assez surprenant, car on connaît la résistance vraiment extraordinaire de cette substance aux actions chimiques.
Lenveloppe tégumcntaire des crustacés se compose de calcaire, lequel est dissous par l'acidité de la sécrétion gastrique; de chitine, qui se dissout aussi, et d'une matière colorante qui est mise en liberté.