TOME ir
Il)
O te 'M CO
c: C: O ^ -J ^ kS
C OJ 2
OJ <1J OJ
eu
OJ
cj
fl
ffi
a u S ft
OJ
'Td
rt
Cl)
SO 5 ;^ r> |2q Oh
Q yj û co g œ g M
Les animaux à sang froid supportent l'inanition pendant un temps prodigieusement long-. Les auteurs classiques donnent à cet égard des chiffres très nombreux, et le tableau d'ensemble présenté ici, tableau qui est, je crois, plus complet que tous ceux qu'on a publiés jusqu'ici, fournit des indications caractéristiques.
J'ai écrit à mon savant collègue du Muséum, M. Vaillant, pour lui demander des renseignements sur la durée de l'inanition des serpents. Il m'a cité le cas d'un python de 70 kilogrammes qui a vécu vingt-trois mois sans manger. M. Colin cite un crotale qui serait resté vingt-neuf mois sans nourriture. Voilà des faits bien intéressants et bien invraisemblables, quoique authentiques! deux ans sans manger pour le python, et deux ans et demi à peu près pour le crotale ' !
Chez les autres vertébrés à sang froid, la survie à l'abstinence est aussi très longue. Redi parle d'une tortue qui serait restée dix-huit mois sans nourriture et d'une grenouille qui est restée seize mois. Quand nous avons des grenouilles dans nos aquariums, pour nos expériences, nous ne les nourrissons
!. Chossat a fait sur les animaux à sang froid, comme sur les pigeons, de très belles expériences. Une grenouille a survécu 16 mois. Moyenne des autres grenouilles : 8 mois 1/2.
Perto finale 41,5
Perte i)ar kilogramme et par heure 0,0625
:] anguilles : o mois.
Perte finale (mort) ?1 p. 100
Perte par kilogramme et par heure 0,1
3 grenouilles reinettes vécurent 18:1 jours; 1 tortue, 40 jours; 2 lézards (movenne), 80 jours; 4 autres lézards vivaient encore au bout de 48, 130, 130 et 90 jours.
BÉRARD {Cours de physiologie, t. I", p. .■i36; cite un poisson qui, d'après Rondelet, serait resté 3 ans sans manger, des tortues 6 ans, des protées 5 à 10 ans. Mais il est permis de contester la rigoureuse exactitude de ces derniers chiffres.
Dans une expérience que j'ai faite récemment, une tortue au froid est restée 2G jours sans manger. Elle pesait 440 grammes. Au bout de 26 jours, elle pesait 43."> grammes.
Soit, perte ])ar kilogramme et par jour, il, 4; et par kilogramme et par heure, 0,018.
L'INA.MTION. 293
pas, et elles ne meurent jamais de faim. Il est vrai qu'elles maigrissent beaucoup.
Nous avons. M. Rondeau et moi, enfermé des tortues dans du plâtre, nous les avons murées, et. malgré l'inanition, malgré l'énorme diminution des échanges gazeux respiratoires, elles ne sont mortes qu'au bout d'un temps très long, deux mois.
Je ne parle que pour mémoire de ces histoires plus ou moins exactes, mais dont je ne nie pas absolument la véracité. On prétend que l'on a trouvé des crapauds enfermés depuis plusieurs années dans des troncs d'arbres. Ils s étaient nourris de F air du temps, comme on dit, mais ils n'étaient pas morts.
Donc les animaux à sang froid peuvent vivre très longtemps sans nourriture. Et pourquoi? Précisément parce qu'ils n'ont pas de consommation organique à faire. Cette consommation doit compenser la quantité de chaleur dont nous rayonnons au dehors. Les animaux à sang froid, eux, n'ont pas besoin de rayonner au dehors; ils n'ont pas besoin de perdre de poids, ou du moins ils en perdent extrêmement peu. De fait, si les animaux à sang chaud perdent 1 gramme par kilogramme et par heure, et si la courbe générale des animaux à sang chaud et à sang froid marque également une perte de poids, la perte est dix fois moindre pour les animaux à sang froid.
Or quelle est la moyenne de la vie pour un chien soumis à l'inanition? Elle est d'une trentaine de jours. Le renouvellement sera donc dix fois plus long pour les animaux à sang froid; leurs oxydations sont plus lentes, et ils résisteront dix fois plus longtemps ou trois centsjours.Ces animaux brûlent moins vite; et ici encore se représente la vieille comparaison avec la flamme.
Si une flamme dégage beaucoup de chaleur, elle s'éteindra, dans un milieu confiné, plus vite qu'une flamme dégageant peu de chaleur; dans une combustion lente, le combus-
tible qui produit peu de chaleur ne diminuera pour ainsi dire pas de poids.
Eh bien! nous retrouvons chez les animaux la même proportion. Les animaux à sang chaud perdent i gramme par kilogramme et par heure; les animaux à sang froid perdent 1 décigramme. Par conséquent, si les animaux à sang chaud peuvent vivre trente jours sans manger, les animaux à sang froid pourront vivre trois cents jours.
Or, ce qui est curieux, c'est de voir qu'ils meurent d'inanition précisément quand ils sont arrivés au même taux de perte que les animaux à sang froid. Nous disions qu'un animal à sang chaud meurt quand il a perdu 40 p. 100 de son poids. Si nous faisons jeûner des grenouilles, nous arrivons au même résultat. Au moment de la mort, c'est la même perle de poids finale. 40 p. 100 est donc la limite compatible avec la vie, chez les animaux à sang chaud, aussi bien que chez les animaux à sang froid. Seulement, chez les uns, cette descente du poids se produit très vite, chez les autres elle se produit très lentement.
Et pourquoi? Je reviens toujours à la même explication, la seule qui me paraisse rationnelle : c'est que le système nerveux est, chez les animaux à sang froid, chez les reptiles, dix fois moins considérable, dix fois moins actif. Par suite, les actions chimiques sont dix fois moins intenses.
Ce qui prouve que le système nerveux règle l'intensité des échanges chimiques, c'est que, dans de certaines conditions, les animaux à sang chaud deviennent des animaux à sang froid. Les marmottes, les hérissons, les chauves-souris, les loirs, les blaireaux, tous ces animaux hibernants, tous ces insectivores, au moment où la froide saison arrive, commencent à s'engourdir. Leur respiration devient rare, leur circulation paresseuse, leurs mouvements plus faibles. Leurs paupières se ferment. Ils sontendormis du sommeil hibernal. Ils ne sont plus animaux àsang chaud; ils sont maintenantanimaux à sang froid , avec une températurepouvant descendre jusqu'à4''.
Leur respiration devient extrêmement lente. Au lieu de respirer quarante fois par minute, ils respirent une ou deux fois toutes les cinq minutes. Dans ces conditions, la déshydratation et ]a désassimilation générale sont très lentes, la sécrétion urinaire diminue notablement; les matières fécales continuent à se produire, mais elles ne se produisent et ne sont éliminées qu'en très petite quantité. Pour s'en débarrasser, les animaux se réveillent; ils sortent de leurs tanières et vont à quelque distance rejeter leurs excréments — (c'est même ce qui indique aux chasseurs, surtout quand la terre est couverte de neige, l'endroit où ces animaux sont cachés). — M. Dubois me racontait qu'il avait placé une marmotte dans ma balance enregistrante, et que cette marmotte, se réveillant à des intervalles de quelques semaines, allait déposer ses excréments dans un coin du laboratoire; puis, cette fonction achevée, revenait se mettre dans la balance. Après s'être débarrassés, les hibernants reviennent s'endormir de nouveau. Or, pendant ce court réveil, la température s'est relevée, la circulation et la respiration se sont accélérées, la perte de poids a augmenté (Valentix) \ Enfin, sous l'influence du coup de fouet donné par le système nerveux, toutes les fonctions organiques, qui s'étaient ralenties pendant le sommeil, ont repris pour quelques instants une activité nouvelle, qui s'est manifestée par un rayonnement de calorique exagéré. Donc nous avons là le type de transition entre les animaux à sang chaud et les animaux à sang froid, et nous voyons qu'une excitation partie du système nerveux suffit à les faire passer d'une classe dans l'autre.
Animaux à sang chaud . Animaux à sans: froid.
Durée
Perte
du
Perte
par kilogramme
jeûne.
intégrale.
et par heure.
jours.
pour cent.
en grammes.
(Chossat).
1. Dans l'étude des animaux hibernants, il faut surtout citer les remar- •quables travaux de Valentin qui a étudié avec le plus grand soin toutes les fonctions physiologiques des hibernants. {Moleschott's Untersuchungen, passim.)
A vrai dire, nous constatons des efîets; mais nous no pouvons aller plus loin. Nous ignorons le mécanisme par lequel ces effets se produisent. Nous ne pouvons pas dire comment le froid agit sur le bulbe d'une marmotte. Nous nous bornons à constater que ces animaux qui étaient à sang chaud sont devenus des animaux à sang froid, mais des animaux à sang froid d'une sorte tout à fait particulière^ c'està-dire chez lesquels le système nerveux n'est que momentanément paralysé et, dès le réveil, fait reprendre très vite aux fonctions qu'il gouverne toute leur activité normale.
Par conséquent on voit, dans ces lois relatives à l'inanition, prédominer l'influence du système nerveux. Celui-ci est le grand incitateur de la nutrition. Avec un système nerveux vigoureux ou excité, la nutrition stomacale est très active, la respiration très rapide, la température très élevée : la perte de poids et la durée de l'abstinence suivent la même marche.
Ainsi, je pense vous avoir démontré : 1" qu'une des principales influences qui déterminent la durée de la vie chez les animaux soumis à l'inanition, c'est la taille; 2° que les petits animaux perdent beaucoup de leur poids et meurent très vite, tandis que les grands animaux perdent relativement moins de poids et résistent plus longtemps; 3" enfin que, chez les animaux à combustions lentes, la perte de poids quotidienne, par kilogramme, est très faible, de sorte que la mort n'arrive qu'au bout d'un temps très long; mais que, pour les uns et pour les autres, animaux à sang chaud ou animaux à sang froid, la mort survient quand ils ont perdu 40 p. 100 de leur poids.
Eh bien, pour l'homme, ce sont les mêmes conditions d'abstinence ou d'inanition ([ue pour les animaux à sang chaud. L'homme est un animal au même titre que les autres mammifères; il ne fait pas exception à la règle; les conditions des phénomènes physiologiques sont les mômes chez
L'INx\NITION. 297
lui que chez eux. Nous relrouverous donc chez l'homme toutes les conditions que nous avons étudiées chez les mammifères, toutes les influences de la taille, de l'âge et du système nerveux.
D'abord, pour ce qui concerne l'âge, vous connaissez tous l'histoire légendaire de la famille d'Ugolin; c'est le plus petit de ses enfants, un enfant de huit ans, qui meurt le premier; les autres meurent ensuite; Ugolin ne meurt que trois ou quatre jours après K
Il en est de même dans le naufrage de la Méduse que SaviGNY a raconté d'une façon si émouvante. Sur le radeau, ce sont encore les enfants qui sont morts les premiers ; les vieillards sont! morts ensuite, et enfin les adultes. On avait cru autrefois que les vieillards résistaient davantage. Il n'en est rien. Les vieillards supportent mieux le jeune peut-être, mais ils supportent moins bien l'inanition.
Chez les nouveau-nés, chez les petits enfants, la résistance à l'inanition est moindre que chez l'adulte. Elle est cependant assez notable encore. Dans les expériences de M. Colin, on voit que les petits animaux résistent encore au bout d'une semaine et même au bout de huit à dix jours. De même, chez les petits chiens et les petits chats, la résistance est beaucoup plus forte qu'on ne serait tenté de le croire.
On a fait beaucoup d'études sur l'inanition chez les nouveau-nés, et on a constaté qu'ils étaient très résistants aux influences extérieures. Ils n'ont besoin que d'être nourris et bien nourris. Donnez-leur de bon lait, et ils résisteront admi-